jeudi 28 novembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de La Réunion |
| Section | Tribunal Administratif de La Réunion |
| N° Dossier | TA101-2200705 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | SADASSIVAM |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 31 mai 2022 et le 13 février 2024, Mme C A, représentée par Me Sadassivam, demande au tribunal :
1°) de condamner l'Etat (recteur de l'académie de La Réunion) à lui verser la somme de 84 223,02 euros au titre du préjudice moral et du préjudice de carrière résultant du harcèlement moral subi entre 2017 et 2018 ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 500 euros au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
-le rectorat de l'académie de La Réunion est responsable de la situation de harcèlement moral à laquelle elle a été confrontée entre 2017 et 2018 ;
-elle est victime d'une sanction déguisée ;
-elle a subi des préjudices moraux et financiers :
-30 000 euros pour le préjudice de carrière,
-30 000 euros pour le préjudice moral,
-10 000 euros au titre de la sanction déguisée ayant porté atteinte à sa dignité et à sa réputation,
-14 223,02 euros pour les missions accomplies en qualité de chargée de mission à la rentrée scolaire 2018-2019.
Par un mémoire en défense, enregistré le 26 janvier 2023, la rectrice de l'académie de La Réunion conclut à titre principal au rejet de la requête et, à titre subsidiaire, à la limitation à hauteur de 1 465,92 euros du montant de l'indemnité sollicitée au titre du paiement des missions d'inspection accomplies à la rentrée scolaire 2018-2019.
Elle fait valoir que :
- les faits de harcèlement moral ne sont pas imputables à l'administration et ne présentent pas de caractère fautif de nature à engager la responsabilité du rectorat ;
- ils ne constituent pas une sanction déguisée,
- il sont dépourvus de lien de causalité avec les préjudices allégués.
Par une ordonnance du 16 octobre 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 30 octobre 2024.
Par un courrier du 12 novembre 2024, les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office tiré de l'irrecevabilité des conclusions tendant à la réparation du préjudice résultant du défaut de paiement des missions accomplies au cours de la période de la rentrée scolaire 2018-2019, le contentieux n'étant pas lié dans la demande préalable sur ce point.
Par un courrier enregistré le 13 novembre 2024, des observations en réponse ont été produites pour Mme A.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code général de la fonction publique ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Tomi,
- les conclusions de M. Sauvageot, rapporteur public,
- et les observations de Me Sadassivam représentant Mme A.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A, professeure de chaire supérieure en philosophie au sein de l'académie de La Réunion, affectée depuis 2009 en qualité de professeure en classe préparatoire et chargée de missions d'inspection et d'animation pédagogique depuis l'année scolaire 2013-2014, a été informée par courrier de l'inspecteur pédagogique régional du 5 septembre 2018 qu'elle était déchargée de ces missions dans le cadre d'une nouvelle répartition des champs d'intervention de l'équipe des chargés de mission en philosophie. Par un jugement du 8 octobre 2021 devenu définitif, le tribunal administratif de La Réunion a rejeté sa demande d'annulation de cette décision, s'agissant d'une mesure d'ordre intérieur. Par courrier du 24 février 2022, Mme A a formé une demande indemnitaire préalable fondée sur la responsabilité de l'administration à raison du harcèlement moral subi au cours des années 2017-2018 et de la sanction déguisée qui lui a été infligée, à l'origine de préjudices matériel et moral estimés à hauteur de la somme totale de 84 223.02 euros. A la suite du rejet implicite de sa demande né du silence gardé par le rectorat pendant deux mois, par sa requête, Mme A demande au tribunal de condamner l'Etat (recteur de l'académie de La Réunion) à lui verser la somme de 84 223,02 euros en réparation des préjudices qu'elle estime avoir subis.
Sur la responsabilité :
En ce qui concerne le harcèlement moral :
2. Aux termes de l'article L.134-5 du code général de la fonction publique : " La collectivité publique est tenue de protéger l'agent public contre () les agissements constitutifs de harcèlement () sans qu'une faute personnelle puisse lui être imputée. Elle est tenue de réparer, le cas échéant, le préjudice qui en est résulté. " Aux termes de l'article L. 133-2 de ce code : " Aucun fonctionnaire ne doit subir les agissements répétés de harcèlement moral qui ont pour objet ou pour effet une dégradation des conditions de travail susceptible de porter atteinte à ses droits et à sa dignité, d'altérer sa santé physique ou mentale ou de compromettre son avenir professionnel ".
3. Il appartient à l'agent public qui soutient avoir été victime de faits constitutifs de harcèlement moral, de soumettre au juge des éléments de fait susceptibles d'en faire présumer l'existence. Il incombe à l'administration de produire, en sens contraire, une argumentation de nature à démontrer que les agissements en cause sont justifiés par des considérations étrangères à tout harcèlement. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si les agissements de harcèlement sont ou non établis, se détermine au vu de ces échanges contradictoires, qu'il peut compléter, en cas de doute, en ordonnant toute mesure d'instruction utile. Pour apprécier si des agissements dont il est allégué qu'ils sont constitutifs d'un harcèlement moral revêtent un tel caractère, le juge administratif doit tenir compte des comportements respectifs de l'administration auquel il est reproché d'avoir exercé de tels agissements et de l'agent qui estime avoir été victime d'un harcèlement moral. Pour être qualifiés de harcèlement moral, ces agissements doivent être répétés et excéder les limites de l'exercice normal du pouvoir hiérarchique.
4. Pour faire présumer l'existence d'un harcèlement moral, Mme A se prévaut du caractère soudain de la décision la déchargeant des missions d'inspection et d'animation pédagogique intervenue alors que la rentrée scolaire avait déjà eu lieu et qu'elle exerçait ces missions depuis de nombreuses années, et soutient que la dégradation de ses conditions de travail aurait été provoquée par l'inspectrice générale, Mme B. Elle indique avoir subi par la suite des agissements répétés de la part de cette inspectrice et de l'inspecteur d'académie, son supérieur hiérarchique, parmi lesquels la menace proférée par la première de lui retirer sa mission d'inspection, attestée notamment par un courriel du 5 février 2018, l'existence de pressions, des reproches non fondés de manquement à la déontologie, des comportements qualifiés de " froid " de la part de son supérieur hiérarchique, la remise en cause de ses compétences professionnelles par ce dernier en présence de ses collègues, sa dévalorisation, et le manque de considération. Toutefois, ces agissements dont la description reste imprécise ne permettent pas en tout état de cause d'imputer une quelconque faute à l'administration, alors qu'il résulte au contraire d'un courrier adressé le 2 février 2018 par la doyenne de l'inspection générale de l'éducation nationale que cette dernière avait cherché à " rassurer " l'intéressée, rappelant à cette occasion que l'inspectrice générale n'avait pas autorité sur elle et qu'elle-même se désolidarisait de la position adoptée par cette dernière. En outre, si Mme A produit des certificats médicaux et un rapport d'expertise établi par le service de médecine légale du centre hospitalier universitaire de La Réunion sur réquisition d'un officier de police judiciaire du 7 mars 2023, laissant présumer l'existence d'une enquête pénale dont les suites ne sont pas connues, ce rapport ne permet pas de constater le caractère " patent " d'un syndrome anxieux lors de l'examen clinique réalisé le 21 mars 2023, ni l'existence de répercussions somatiques permettant de déterminer une incapacité totale de travail, sans exclure la réalité d'une souffrance au travail. Par suite, Mme A n'est pas fondée à soutenir que la décision litigieuse serait constitutive d'un harcèlement moral de nature à engager la responsabilité de l'Etat.
En ce qui concerne la sanction déguisée :
5. Une mesure revêt le caractère d'une sanction disciplinaire déguisée lorsque, tout à la fois, il en résulte une dégradation de la situation professionnelle de l'agent concerné et que la nature des faits qui ont justifié la mesure et l'intention poursuivie par l'administration révèlent une volonté de sanctionner cet agent.
6. Pour soutenir que la décision de la décharger de missions d'inspection serait constitutive d'une sanction déguisée, Mme A expose que la décision litigieuse a pour origine la position qu'elle avait adoptée à la suite d'un incident survenu dans un établissement scolaire au mois de décembre 2017, impliquant des professeurs de philosophie, à l'encontre desquels elle avait refusé d'établir un rapport à charge demandé par l'inspectrice générale. Il résulte de l'instruction que des tensions entre l'inspectrice générale et Mme A sont apparues un mois après cet incident, que cette dernière s'est vu signifier par un courriel du 29 janvier 2018 qu'elle n'était plus digne de confiance en " tant que chargée de mission de l'inspection ", que par un second courriel daté du 5 février 2018, l'inspectrice générale lui a fait savoir que, " sans avoir le pouvoir de prendre des sanctions administratives " elle faisait " référence à des mesures d'ordre humain, comme ne plus lui confier quoi que ce soit et lui retirer tout sa confiance ". De même, il résulte notamment de messages échangés avec l'inspecteur d'académie que les rapports entretenus entre ce dernier et la requérante ont évolué dans le sens d'une distanciation, caractérisée notamment par l'emploi dans un courriel daté du 16 février 2018 du vouvoiement en lieu et place de la pratique du tutoiement adoptée antérieurement, ainsi que d'une hostilité ressortant des termes de leurs échanges. Ces éléments factuels dont la matérialité est établie, et attestée par les témoignages d'autres professeurs de philosophie, ne sont pas remis en cause par les motifs avancés en défense, mais mettent au contraire en exergue que les attributions dévolues dans le cadre de cette réorganisation à Mme A ont été circonscrites à l'organisation des jurys de baccalauréat et au tuilage avec le chargé de mission coordonnateur. Ainsi, il ne résulte pas de l'instruction que la décision en cause aurait été prise dans l'intérêt du service, au regard notamment de la circonstance que la requérante a exercé de manière satisfaisante ses missions d'inspection depuis 2013. Dans ces conditions, Mme A est fondée à soutenir que la décision tendant à la décharger des missions d'inspection et d'animation pédagogique revêt le caractère d'une sanction déguisée de nature à engager la responsabilité de l'Etat.
7. Il résulte de ce qui précède que l'Etat doit être condamné à réparer le préjudice subi par Mme A en lien direct avec la décision portant décharge de fonctions.
Sur l'indemnisation :
8. Le préjudice de carrière invoqué Mme A qui ne revêt qu'un caractère éventuel et dépourvu de lien direct et certain avec la faute retenue, ne peut donner lieu à indemnisation.
9. Mme A ne justifie pas que son avenir professionnel aurait été compromis. Dès lors, il n'y a pas lieu de l'indemniser.
10. En revanche, Mme A justifie d'un préjudice moral dont il sera fait une juste appréciation en lui allouant la somme de 5 000 euros.
Sur les conclusions tendant au paiement des missions accomplies à la rentrée scolaire 2018 :
11. Aux termes de l'article L.711-1 du code général de la fonction publique : " La rémunération des agents publics exigible après service fait est liquidée selon les modalités édictées par la réglementation sur la comptabilité publique ".
12. Mme A fait état d'un préjudice résultant du défaut de prise en compte du travail accompli au titre de ses fonctions de chargée de mission à la rentrée scolaire 2018. Il résulte de l'instruction qu'elle a été informée par son supérieur hiérarchique de son remplacement et de la définition de ses nouvelles missions par un courriel daté du 5 septembre 2018. Par ailleurs, elle produit des courriels des 16, 20 et 21 août 2018 se rapportant à l'exercice de missions relevant de ses fonctions d'inspectrice, attestant qu'à la rentrée scolaire 2018, elle était toujours en charge de la coordination des contractuels et de la désignation des correcteurs du baccalauréat, pour la session de septembre. De même, un courriel daté du 4 juin 2019 produit par la requérante fait état d'un compte-rendu d'audience organisé en présence du secrétaire général de l'académie et d'un représentant du syndicat national des lycées, collèges (SNACL) évoquant la question du paiement des indemnités pour le travail de préparation des épreuves du baccalauréat, session de septembre 2018, et mentionnant l'existence de justificatifs de l'effectivité de ce travail à compter du 7 août 2018, bien que non joints au dossier. En tout état de cause, le rectorat ne conteste pas le principe d'une indemnisation mais demande qu'elle soit réduite au prorata du temps passé à l'exercice de ces missions, réduit selon lui à quelques semaines en début de rentrée scolaire.
13. Il résulte de ce qui précède que Mme A est fondée à demander la condamnation de l'Etat au paiement du travail effectué au titre de sa mission d'inspection dans le cadre de la préparation de la rentrée scolaire 2018-2019. En l'état des pièces produites, et en particulier de la lettre de mission datée du 28 octobre 2016, il y a lieu de fixer le montant de l'indemnité due au titre du service fait à la somme de 1 465,92 euros, conformément au forfait correspondant à 3 heures supplémentaires année (3 HSA) sur une période limitée à un mois.
Sur les frais liés au litige :
14. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à Mme A, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
DECIDE :
Article 1er : L'Etat est condamné à verser à Mme A la somme totale de 6 465,92 euros en réparation de ses préjudices.
Article 2 : L'Etat versera à Mme A une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A et à la ministre de l'éducation nationale.
Copie en sera adressée, pour information, au recteur de l'académie de La Réunion.
Délibéré après l'audience du 14 novembre 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Blin, présidente,
M. Monlaü, premier conseiller,
Mme Tomi, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 novembre 2024.
La rapporteure,
N.TOMILa présidente,
A.BLIN
Le greffier,
F.IDMONT
La République mande et ordonne à la ministre de l'éducation nationale en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026