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AccueilJurisprudence administrativeN° TA101-2200750

Tribunal Administratif de La Réunion — Décision N° TA101-2200750

vendredi 5 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de La Réunion
SectionTribunal Administratif de La Réunion
N° DossierTA101-2200750
TypeOrdonnance
RecoursPlein contentieux

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée, le 10 juin 2022, la société par actions simplifiés (SAS) Autrement, représentée par la société Optimm'up Fiscallia, demande au tribunal :

1°) de prononcer la décharge des cotisations foncières des entreprises auxquelles elle a été assujettie à raison de locaux commerciaux dont elle est propriétaire situés 82 rue Juliette Dodu à Saint-Denis à hauteur de :

° 14 650 euros au titre de l'année 2017,

° 14 500 euros au titre de l'année 2018,

° 14 415 euros au titre de l'année 2019,

° 14 378 euros au titre de l'année 2020 ;

2°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- les valeurs locatives foncières servant de base au calcul des cotisations foncières des entreprises ne correspondent pas à celles figurant sur les fiches d'évaluation en sa possession ;

- le centre des impôts fonciers n'a pas traité sa réclamation contentieuse datant du 1er avril 2021.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 12 et 13 janvier 2023 et 14 mars 2023, le directeur régional des finances publiques de La Réunion conclut au non-lieu à statuer partiel à concurrence des dégrèvements prononcés au titre des années 2017 à 2020 et au rejet du surplus des conclusions de la requête.

Il soutient que :

- avoir prononcé un dégrèvement des cotisations foncières des entreprises pour des montants de :

° 8 940 euros au titre de 2017,

° 9 567 euros au titre de 2018,

° 9 844 euros au titre de 2019,

° 7 573 euros au titre de 2020 ;

- que la requête est irrecevable, en raison de sa tardiveté.

Vu les pièces du dossier.

Vu :

- le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Par une ordonnance du 14 mai 2024, le vice-président du Conseil d'État a, en application des articles L. 221-2-1 et R. 221-6-1 du code de justice administrative, délégué M. Jégard aux tribunaux administratifs de La Réunion et de Mayotte du 15 juin au 13 juillet 2024.

Le président du tribunal a désigné M. Jégard, premier conseiller, en application de l'article R. 222-1 du code de justice administrative, pour statuer par ordonnance dans les cas prévus aux 1° à 7° de cet article.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () les magistrats ayant une ancienneté minimale de deux ans et ayant atteint au moins le grade de premier conseiller désignés à cet effet par le président de leur juridiction () peuvent, par ordonnance : / () 3° Constater qu'il n'y a pas lieu de statuer sur une requête ; / 4°Rejeter les requêtes manifestement irrecevables, lorsque la juridiction n'est pas tenue d'inviter leur auteur à les régulariser () ".

Sur l'exception de non-lieu à statuer :

2. Postérieurement à l'enregistrement de la requête, le directeur régional des finances publiques de La Réunion a prononcé le dégrèvement des cotisations foncières des entreprises auxquelles avait été assujettie la société par actions simplifiée (SAS) Autrement au titre des années 2017, 2018, 2019 et 2020 pour des montants respectifs de 8 940 euros, 9 567 euros, 9 844 euros et 7 573, soit des montants bruts de 8 323 euros, 8 894 euros, 9 151 euros et 7 102 euros. Dès lors, les conclusions de la requête sont, dans cette mesure devenues sans objet.

Sur la fin de non-recevoir :

3. D'une part, aux termes de l'article R. 190-1 du livre des procédures fiscales : " Le contribuable qui désire contester tout ou partie d'un impôt qui le concerne doit d'abord adresser une réclamation au service territorial, selon le cas, de la direction générale des finances publiques ou de la direction générale des douanes et droits indirects dont dépend le lieu de l'imposition. / () ". Selon l'article R. 198-10 du même code : " () / La direction générale des finances publiques ou la direction générale des douanes et droits indirects, selon le cas, statue sur les réclamations dans le délai de six mois suivant la date de leur présentation. () ".

4. D'autre part, aux termes de l'article R. 421-2 du code de justice administrative : " Sauf disposition législative ou réglementaire contraire, dans les cas où le silence gardé par l'autorité administrative sur une demande vaut décision de rejet, l'intéressé dispose, pour former un recours, d'un délai de deux mois à compter de la date à laquelle est née une décision implicite de rejet. () ". Aux termes de l'article R. 421-5 de ce code : " Les délais de recours contre une décision administrative ne sont opposables qu'à la condition d'avoir été mentionnés, ainsi que les voies de recours, dans la notification de la décision ".

5. Il résulte de ces dispositions, d'une part, que l'avis d'imposition ou l'avis de mise en recouvrement par lequel l'administration porte les impositions à la connaissance du contribuable doit mentionner l'existence et le caractère obligatoire, à peine d'irrecevabilité d'un éventuel recours juridictionnel, de la réclamation prévue à l'article R. 190-1 du livre des procédures fiscales, ainsi que les délais de forclusion dans lesquels le contribuable doit présenter cette réclamation et, d'autre part, que le non-respect de l'obligation d'informer l'intéressé sur les voies et les délais de recours ou l'absence de preuve qu'une telle information a été fournie est de nature à faire obstacle à ce que les délais prévus par les articles R. 196-1 et R. 196-2 du livre des procédures fiscales lui soient opposables.

6. Toutefois le principe de sécurité juridique, qui implique que ne puissent être remises en cause sans condition de délai des situations consolidées par l'effet du temps, fait obstacle à ce que puisse être contestée indéfiniment une décision administrative individuelle qui a été notifiée à son destinataire, ou dont il est établi, à défaut d'une telle notification, que celui-ci a eu connaissance. Dans le cas où le recours juridictionnel doit obligatoirement être précédé d'un recours administratif, celui-ci doit être exercé, comme doit l'être le recours juridictionnel, dans un délai raisonnable. Le recours administratif préalable doit être présenté dans le délai prévu par les articles R. 196-1 ou R. 196-2 du livre des procédures fiscales, prolongé, sauf circonstances particulières dont se prévaudrait le contribuable, d'un an. Dans cette hypothèse, le délai de réclamation court à compter de l'année au cours de laquelle il est établi que le contribuable a eu connaissance de l'existence de l'imposition.

7. Par sa requête, la SAS Autrement demande au tribunal de prononcer la décharge des cotisations foncières des entreprises auxquelles elle a été assujettie, au titre des années 2017, 2018, 2019 et 2020. La société requérante justifie avoir formé une réclamation contentieuse datée du 1er avril 2021, réceptionnée le 8 avril 2021 par le directeur régional des finances publiques de La Réunion, aux fins de contestation des impositions réclamées, à laquelle elle s'est vue opposée une décision implicite de rejet, née du silence gardé par ce service. S'il ne résulte pas des pièces produites, que les avis d'imposition comportaient les voies et délais de recours, la requérante indique elle-même qu'elle avait connaissance de la naissance d'une décision implicite de rejet à l'expiration d'un délai de six mois, en application des dispositions de l'article R. 198-10 du livre des procédures fiscales. Elle a toutefois attendu le 10 juin 2022 pour introduire sa requête, soit plus d'un an après la réception par le service de sa réclamation contentieuse. Par suite, la requête enregistrée après l'expiration du délai de recours contentieux et au-delà d'un délai raisonnable est tardive. Il y a lieu, dès lors, d'accueillir la fin de non-recevoir soulevée en défense.

8. Il résulte de ce qui précède, que les conclusions à fin de décharge des cotisations foncières des entreprises au titre des années 2017 à 2020 ne peuvent qu'être rejetées en application des dispositions précités du 4° de l'article R. 222-1 du code de justice administrative.

ORDONNE :

Article 1er : Il n'y a pas lieu à statuer sur les conclusions de la requête de la SAS Autrement à concurrence des dégrèvements de cotisations foncières des entreprises pour des montants de 8 940 euros, 9 567 euros, 9 844 euros et 7 573 euros prononcés par le directeur régional des finances publiques de La Réunion respectivement au titre des années 2017, 2018, 2019 et 2020.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de la SAS Autrement est rejeté.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à la société par actions simplifiés Autrement et au directeur régional des finances publiques de La Réunion.

Fait à Saint-Denis, le 5 juillet 2024.

Le magistrat délégué,

X. JÉGARD

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

jb

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