mardi 18 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de La Réunion |
| Section | Tribunal Administratif de La Réunion |
| N° Dossier | TA101-2200772 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 1ère chambre |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 16 juin 2022, Mme B A doit être regardée comme demandant au tribunal :
1°) d'annuler la décision par laquelle le garde des sceaux, ministre de la justice, a implicitement rejeté sa demande d'attribution de la nouvelle bonification indiciaire à compter du 1er septembre 2004 ;
2°) d'enjoindre à l'Etat de lui verser la nouvelle bonification indiciaire à compter du 1er septembre 2004, assortie des intérêts de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat les entiers dépens.
Elle soutient que :
- elle est fondée à bénéficier de la nouvelle bonification indiciaire sur le fondement de l'annexe du décret n°2001-1061 du 14 novembre 2001 dès lors qu'elle intervient dans le ressort territorial d'un contrat local de sécurité ;
- en outre, elle exerce ses fonctions en centre d'action éducative et prend en charge des jeunes résidants dans des quartiers prioritaires de la ville.
Par un mémoire en défense, enregistré le 15 mars 2024, le garde des sceaux, ministre de la justice conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- à titre principal, la requête est irrecevable en l'absence de preuve de la date d'envoi et de réception de la demande ;
- à titre subsidiaire, les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés ;
- en tout état de cause, les créances antérieures au 1er janvier 2018 sont prescrites.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code de la sécurité intérieure ;
- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;
- la loi n° 91-73 du 18 janvier 1991 ;
- le décret n° 2001-1061 du 14 novembre 2001 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Le Merlus, rapporteur,
- les conclusions de M. Sauvageot, rapporteur public,
- les parties n'étant ni présentes ni représentées.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B A, éducatrice de la protection judiciaire de la jeunesse affectée depuis le 1er septembre 2004 au sein de l'unité éducative en milieu ouvert (UEMO) de Saint-Denis, a sollicité par un courrier du 23 février 2022, l'attribution de la nouvelle bonification indiciaire à compter de la date de son affectation. Par la présente requête, elle demande l'annulation de la décision implicite de rejet née du silence gardé par l'administration sur sa demande.
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires : " Les fonctionnaires ont droit, après service fait, à une rémunération comprenant le traitement, l'indemnité de résidence, le supplément familial de traitement ainsi que les indemnités instituées par un texte législatif ou réglementaire. Les indemnités peuvent tenir compte des fonctions et des résultats professionnels des agents ainsi que des résultats collectifs des services () ". Aux termes de l'article 27 de la loi du 18 janvier 1991 portant dispositions relatives à la santé publique et aux assurances sociales : " La nouvelle bonification indiciaire des fonctionnaires et des militaires instituée à compter du 1er août 1990 est attribuée pour certains emplois comportant une responsabilité ou une technicité particulières dans des conditions fixées par décret. ". Et aux termes de l'article 1er du décret du 14 novembre 2001 relatif à la nouvelle bonification indiciaire au titre de la mise en œuvre de la politique de la ville dans les services du ministère de la justice : " Une nouvelle bonification indiciaire au titre de la mise en œuvre de la politique de la ville, prise en compte et soumise à cotisation pour le calcul de la pension de retraite, peut être versée mensuellement, dans la limite des crédits disponibles, aux fonctionnaires titulaires du ministère de la justice exerçant, dans le cadre de la politique de la ville, une des fonctions figurant en annexe au présent décret. ", parmi lesquelles figurent les " fonctions de catégories A, B ou C de la protection judiciaire de la jeunesse : 1. En centre de placement immédiat, en centre éducatif renforcé ou en foyer accueillant principalement des jeunes issus des quartiers prioritaires de la politique de la ville ; / 2. En centre d'action éducative situé dans un quartier prioritaire de la politique de la ville ; / 3. Intervenant dans le ressort territorial d'un contrat local de sécurité. "
3. Il résulte des dispositions précitées de la loi du 18 janvier 1991 et du décret du 14 novembre 2001 que le bénéfice de la nouvelle bonification indiciaire n'est pas lié au corps d'appartenance ou au grade des fonctionnaires, mais aux emplois qu'ils occupent, compte tenu de la nature des fonctions attachées à ces emplois.
4. En premier lieu, d'une part, les contrats locaux de sécurité, définis par la circulaire du 28 octobre 1997 NOR : INTK9700174, sont des outils d'une politique de sécurité s'appliquant en priorité aux quartiers sensibles, conclus sous l'impulsion du maire d'une ou plusieurs communes et du représentant de l'Etat dans le département, lorsque la délinquance est particulièrement sensible sur un territoire donné. D'autre part, en application des dispositions de l'article L. 132-4 du code de sécurité intérieure, dans leur version alors applicable, le maire ou son représentant préside un conseil local de sécurité et de prévention de la délinquance (CLSPD) dans les communes de plus de 10 000 habitants et dans les communes comprenant un quartier prioritaire de la politique de la ville. Enfin, aux termes de l'article D. 132-7 de ce même code : " Le conseil local de sécurité et de prévention de la délinquance constitue le cadre de concertation sur les priorités de la lutte contre l'insécurité et de la prévention de la délinquance dans la commune. / () / Il assure l'animation et le suivi du contrat local de sécurité lorsque le maire et le préfet de département, après consultation du procureur de la République et avis du conseil, ont estimé que l'intensité des problèmes de délinquance sur le territoire de la commune justifiait sa conclusion. "
5. La circonstance que les contrats locaux de sécurité sont conclus en priorité dans des quartiers prioritaires de la politique de la ville et sont animés, lorsqu'ils existent, par le CLSPD, n'a ni pour objet ni pour effet que tout quartier prioritaire politique de la ville soit couvert par un contrat local de sécurité. Pour bénéficier de la nouvelle bonification indiciaire prévue par l'article 1er du décret du 14 novembre 2001 précité, les fonctionnaires titulaires du ministère de la justice figurant en annexe à ce décret entendant se prévaloir de la condition prévue au point 3 de cette annexe doivent apporter la preuve, par tout moyen, qu'ils accomplissent la majeure partie de leur activité dans le ressort territorial d'un ou plusieurs contrats locaux de sécurité, quel que soit, par ailleurs, leur lieu d'affectation.
6. Il résulte de ce qui a été exposé au point précédent que si les communes de Saint-Denis, Sainte-Marie, Sainte-Suzanne, Saint-André, Saint-Benoit et Saint-Anne comprennent des quartiers prioritaires de la politique de la ville dans lesquels les éducateurs de la protection judiciaire de la jeunesse affectés au sein de l'UEMO de Saint-Denis interviennent et si Mme A participe notamment au CLSPD de Saint-Benoit, de telles circonstances n'impliquent pas nécessairement, par elles-mêmes, l'existence d'un contrat local de sécurité sur le territoire desdites communes. En outre, si la requérante produit plusieurs ordonnances du tribunal judiciaire de Saint-Denis qui précisent les adresses d'usagers pris en charge par le service territorial éducatif de milieu ouvert de Saint-Denis et résidant dans des quartiers prioritaires de la politique de la ville, ces éléments ne permettent pas non plus d'établir l'existence de contrats locaux de sécurité sur le territoire des communes dans lesquelles elle intervient. Dans ces conditions, Mme A n'établit pas que les quartiers dans lesquels elle soutient exercer ses missions se situerait dans le ressort d'un contrat local de sécurité. Dès lors, elle n'est pas fondée à demander le bénéfice de la nouvelle bonification indiciaire à ce titre.
7. En second lieu, à supposer que Mme A puisse être regardée comme soutenant qu'elle est fondée à bénéficier de la nouvelle bonification indiciaire au motif qu'elle exerce ses fonctions en centre d'action éducative et prend en charge des jeunes résidants dans des quartiers prioritaires de la ville, il est constant que l'UEMO dans lequel elle exerce, qui peut être assimilée à un centre d'action éducative, n'est pas située dans un quartier prioritaire de la politique de la ville, ainsi qu'il ressort des propres écritures de la requérante et de la capture d'écran du système d'information géographique de la politique de la ville produite par le garde des sceaux, ministre de la justice en défense. La circonstance que, dans l'exercice de ses fonctions, Mme A prenne en charge des jeunes résidants dans des quartiers prioritaires de la politique de la ville n'a aucune incidence sur l'attribution de la nouvelle bonification indiciaire sur le fondement de la condition prévue au point 3 de l'annexe au décret précité qui ne dépend pas des populations en relation avec lesquelles l'agent exerce ses fonctions mais du lieu d'affectation de l'intéressée. Dès lors, elle n'est pas fondée à demander le bénéfice de la nouvelle bonification indiciaire à ce titre.
8. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir et l'exception de prescription quadriennale opposées en défense, que les conclusions aux fins d'annulation de la décision attaquée présentées par Mme A doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et relatives aux frais de justice.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au garde des sceaux, ministre de la justice.
Délibéré après l'audience du 4 juin 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Khater, présidente,
M. Le Merlus, conseiller.
Mme Lebon, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe du tribunal le 18 juin 2024.
Le rapporteur,
T. LE MERLUS
La présidente,
A. KHATER
La greffière,
E. POINAMBALOM
La République mande et ordonne au garde des sceaux, ministre de la justice, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
P/la greffière en chef
La greffière,
E. POINAMBALOM
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