mardi 3 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de La Réunion |
| Section | Tribunal Administratif de La Réunion |
| N° Dossier | TA101-2200800 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 1ère chambre |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 23 juin 2022 et 31 juillet 2024, la société Royal Bourbon Industries, représentée par le cabinet AARPI FDA Fourgoux Djavadi et associés, doit être regardée comme demandant au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 26 avril 2022 par laquelle le ministre de l'économie, des finances et de la relance a ramené le montant de l'amende administrative prononcée le 8 décembre 2021 par la directrice de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités de La Réunion à son encontre à 170 000 euros ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 10 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision du 26 avril 2022 du ministre de l'économie, des finances et de la relance a été prise au terme d'une procédure irrégulière, en méconnaissance du principe du contradictoire et du principe d'impartialité ;
- la décision lui infligeant une amende administrative est entachée d'une erreur de fait dans l'appréciation du nombre de factures retenues comme étant en retard de paiement au motif que la cause de la réception tardive des factures est directement imputable à ses fournisseurs et que plusieurs des factures retenues par l'administration n'auraient pas dû être prises en compte dans la règlementation sur les délais de paiement ;
- la sanction est disproportionnée au regard des manquements constatés et de sa situation financière.
Par un mémoire en défense, enregistré le 4 juillet 2024, le ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code de commerce ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Le Merlus,
- les conclusions de M. Ramin, rapporteur public,
- les parties n'étant ni présentes ni représentées.
Considérant ce qui suit :
1. A la suite d'un contrôle portant sur le respect par la société Royal Bourbon Industries de la législation relative aux délais de paiement, les services de la direction de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités (DEETS) de La Réunion ont dressé le 21 juin 2021 un procès-verbal constatant les manquements de la société au I. de l'article L. 441-10 et aux 1° et 5° du II. de l'article L. 441-11 du code de commerce sur la période du 1er janvier au 31 décembre 2019. La DEETS de La Réunion a ensuite informé la société le 23 juillet 2021 de ce qu'elle envisageait de prononcer à son encontre une amende administrative d'un montant de 186 000 euros. Par une décision du 8 décembre 2021, la directrice de la DEETS de La Réunion lui a infligé une amende administrative de 179 000 euros. Par une décision du 26 avril 2022, le ministre de l'économie, des finances et de la relance, saisi d'un recours hiérarchique formé par la société Royal Bourbon Industries contre cette sanction, a ramené son montant à 170 000 euros. La société Royal Bourbon Industries demande au tribunal d'annuler la décision du 26 avril 2022.
Sur l'étendue du litige :
2. Il est toujours loisible à la personne intéressée, sauf à ce que des dispositions spéciales en disposent autrement, de former à l'encontre d'une décision administrative un recours gracieux ou hiérarchique et de ne former un recours contentieux que lorsque le recours gracieux a été rejeté. L'exercice du recours gracieux ou hiérarchique n'ayant d'autre objet que d'inviter l'auteur de la décision ou son supérieur à reconsidérer sa position, un recours contentieux consécutif au rejet d'un recours gracieux doit nécessairement être regardé comme étant dirigé, non pas tant contre le rejet du recours gracieux dont les vices propres ne peuvent être utilement contestés, que contre la décision initialement prise par l'autorité administrative. Il appartient, en conséquence, au juge administratif, s'il est saisi dans le délai de recours contentieux qui a recommencé de courir à compter de la notification du rejet du recours gracieux ou hiérarchique, de conclusions dirigées formellement contre le seul rejet du recours administratif, d'interpréter les conclusions qui lui sont soumises comme étant aussi dirigées contre la décision administrative initiale.
3. La décision du 26 avril 2022 par laquelle le ministre a rejeté le recours qui lui était présenté contre la sanction administrative prise le 8 décembre 2021 par la directrice de la DEETS de La Réunion ne s'est pas substituée à la sanction dès lors que ce recours hiérarchique ne présentait pas un caractère obligatoire. La requête de la société Royal Bourbon Industries tendant à l'annulation de la décision du 26 avril 2022 du ministre de l'économie, des finances et de la relance modifiant le montant de la décision du 8 décembre 2021 de la directrice de la DEETS de La Réunion doit ainsi être regardée comme tendant également à l'annulation de cette dernière décision.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
En ce qui concerne la décision du 26 avril 2022 :
4. Les vices propres de la décision du 26 avril 2022 du ministre de l'économie, des finances et de la relance, prise sur le recours hiérarchique formé par la société Royal Bourbon Industries, ne peuvent être utilement contestés. Par suite, les moyens tirés de ce que cette décision méconnaitrait les principes du contradictoire et d'impartialité doivent être écartés comme inopérants, en tout état de cause.
En ce qui concerne la décision du 8 décembre 2021 :
5. Aux termes de l'article L. 441-9 du code de commerce, dans sa version applicable au litige : " I. Tout achat de produits ou toute prestation de service pour une activité professionnelle fait l'objet d'une facturation. / Le vendeur est tenu de délivrer la facture dès la réalisation de la livraison ou de la prestation de services (). L'acheteur est tenu de la réclamer. / Le vendeur et l'acheteur conservent chacun un exemplaire de toute facture émise dans la limite de durée prévue par les dispositions applicables du code général des impôts () / II. - Tout manquement au I est passible d'une amende administrative dont le montant ne peut excéder 75 000 € pour une personne physique et 375 000 € pour une personne morale. ". Aux termes de l'article L. 441-10 du même code : " I.- Sauf dispositions contraires figurant aux conditions de vente ou convenues entre les parties, le délai de règlement des sommes dues ne peut dépasser trente jours après la date de réception des marchandises ou d'exécution de la prestation demandée. / Le délai convenu entre les parties pour régler les sommes dues ne peut dépasser soixante jours après la date d'émission de la facture. / Par dérogation, un délai maximal de quarante-cinq jours fin de mois après la date d'émission de la facture peut être convenu entre les parties, sous réserve que ce délai soit expressément stipulé par contrat et qu'il ne constitue pas un abus manifeste à l'égard du créancier. / En cas de facture périodique (), le délai convenu entre les parties ne peut dépasser quarante-cinq jours après la date d'émission de la facture ()". Et aux termes de l'article L. 441-11 de ce code : " I. - Les professionnels d'un secteur, clients et fournisseurs, peuvent décider conjointement de réduire le délai maximum de paiement fixé aux deuxième, troisième et quatrième alinéas du I de l'article L. 441-10. Ils peuvent également proposer de retenir la date de réception des marchandises ou d'exécution de la prestation de services demandée comme point de départ de ce délai. Des accords peuvent être conclus à cet effet par leurs organisations professionnelles. () / II. - Le délai de paiement, par tout producteur, revendeur ou prestataire de services, ne peut dépasser : / 1° Pour les achats de produits agricoles et alimentaires périssables et de viandes congelées ou surgelées, de poissons surgelés, de plats cuisinés et de conserves fabriqués à partir de produits alimentaires périssables : / a) Trente jours après la date de livraison ; / b) Ou, en cas de facture périodique (), trente jours après la fin de la décade de livraison () / c) En cas de facture périodique pour des achats de produits saisonniers effectués dans le cadre de contrats d'intégration conclus dans le secteur des fruits et légumes mentionnés aux articles L. 326-1 à L. 326-3 du code rural et de la pêche maritime, trente jours à compter de la fin du mois au cours duquel la livraison est effectuée ; / 5° Trente jours après la date d'émission de la facture pour le transport routier de marchandises, pour la location de véhicules avec ou sans conducteur, pour la commission de transport ainsi que pour les activités de transitaire, d'agent maritime et de fret aérien, de courtier de fret et de commissionnaire en douane () ".
6. En premier lieu, il résulte de l'instruction, en particulier des constatations relevées dans le procès-verbal du 21 juin 2021, que, sur les 5 035 factures analysées, émanant de 283 fournisseurs d'emballages, de produits agricoles, de produits locaux de fruits et de fruits semi-transformés et réglées par la société Royal Bourbon Industries au-delà des délais de paiement prévus au I. de l'article L. 441-10 et aux 1° et 5° du II. de l'article L. 441-11 du code de commerce, l'administration en a retenu 2 814, le retard moyen s'établissant à 72,06 jours et le montant total des achats réglés en retard sur cet échantillon s'élevant à la somme de 6 187 958,77 euros. La société Royal Bourbon Industries fait valoir que les retards de paiement relevés par l'administration sont directement imputables à ses fournisseurs au motif que les factures retenues lui ont été transmises avec un retard substantiel. Toutefois, si la société requérante invoque une telle négligence dans la transmission des factures imputable à ses fournisseurs, il ne résulte pas de l'instruction qu'elle aurait réclamé les factures en question, comme le l'y obligent pourtant les dispositions précitées de l'article L. 441-9 du code de commerce, notamment au regard la carence persistante qu'elle invoque. En outre, si elle soutient que les factures retenues par la société Austral Sourcing n'auraient pas dû être prises en compte dans l'appréciation des manquements au motif qu'il s'agit d'un fournisseur intragroupe et qu'elles ont conclu un accord prévoyant l'étalement du paiement des sommes dues, elle ne justifie ni de l'appartenance de cette société au même groupe ni de l'existence d'un contrat dérogeant au délai légal de paiement. Par ailleurs, la circonstance, ainsi que la société requérante le fait valoir, que les retards de paiement des factures émises par la société Sodifram résulteraient du rapport de force dans laquelle cette dernière se trouve par rapport à elle au motif que la société Sodifram constitue l'un de ses principaux clients à Mayotte, n'est pas de nature à l'exonérer de son obligation de régler les factures dans les délais légaux dès lors qu'il ne résulte pas de l'instruction qu'elle les aurait réclamées. Enfin, si elle fait valoir que les appels de cotisations aux associations Adir, Arifel et Qualitropic doivent être exclus du champ d'application de la règlementation sur les délais de paiements interprofessionnels au motif qu'ils ne correspondent ni à la livraison d'une marchandise ni à l'exécution d'une prestation de service, elle n'apporte toutefois aucun élément en ce sens, alors qu'il résulte de la lettre du ministre de l'économie en réponse à son recours hiérarchique que ces associations professionnelles proposent des prestations de service. Par suite, les circonstances invoquées par la société Royal Bourbon Industries ne remettent pas en cause l'appréciation des faits par l'administration ni l'existence de manquements aux règles fixées au I. de l'article L. 441-10 et aux 1° et 5° du II. de l'article L. 441-11 du code de commerce.
7. En second lieu, il résulte de l'instruction que, pour fixer le montant de l'amende à 170 000 euros, l'administration a pris en compte l'ampleur des retards moyens de paiement constatés, s'établissant, en ce qui concerne les délais fixés au I de l'article L. 441-10 du code de commerce, à 76,76 jours pour 2 253 factures contrôlées, en ce qui concerne les délais fixés au 5° du II de l'article L. 441-11 du code de commerce, à 34,51 jours pour 303 factures contrôlées, et en ce qui concerne les délais fixés au 1° du II de l'article L. 441-11 du code de commerce, à 68,27 jours pour 232 factures contrôlées, le volume des factures incriminées, lequel s'élève à 6 187 958,77 euros, ainsi que le nombre de fournisseurs concernés. La société Royal Bourbon Industries fait valoir qu'elle présente des difficultés financières importantes pour l'ensemble de la période 2017-2019 - qui se sont notamment aggravées par la rétention de trésorerie réalisée par ses clients à son détriment - sa croissance et ses résultats étant faibles voire négatifs, sa capacité d'autofinancement très insuffisante et la structure de sa dette inadaptée. Elle indique également que le montant de l'amende entre en contradiction avec son identification par le dispositif " signaux faibles " du gouvernement comme une entreprise susceptible de connaître des difficultés financières. Toutefois, l'existence de ces difficultés ne suffit pas à établir que l'amende en litige, qui est plus de deux fois inférieure au montant maximal prévu et qui représente 2,74 % du total des paiements en retard 14 % de la rétention de trésorerie sur la période contrôlée, serait de nature à fragiliser de manière disproportionnée sa situation financière. En outre, les manquements reprochés à la société Royal Bourbon Industries étant constitués, comme il a déjà été dit, du seul fait de ne pas respecter les délais de paiements mentionnés au I. de l'article L. 441-10 et aux 1° et 5° du II. de l'article L. 441-11 du code de commerce, la circonstance que l'administration ne prendrait pas en compte, d'une part, la complexité du processus interne de gestion des flux financiers et comptables ainsi que l'augmentation du nombre de factures qui résulterait de l'apparition récente de bons à réduction immédiats (RBI) et, d'autre part, l'absence de caractère intentionnel des retards de paiement et de griefs formulés par ses fournisseurs, est sans influence sur le quantum de la sanction administrative qui lui a été infligée. Au regard de l'ensemble de ces éléments, le montant, fixé à la somme globale de 170 000 euros, de l'amende infligée à la société Royal Bourbon Industries à raison de ces manquements, n'est pas disproportionné.
8. Il résulte de tout ce qui précède que la société Royal Bourbon Industries n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision du 8 décembre 2021 par laquelle la directrice de la DEETS de La Réunion lui a infligé une amende administrative de 179 000 euros, ensemble la décision du 26 avril 2022 par laquelle le ministre de l'économie, des finances et de la relance a ramené son montant à 170 000 euros. Par voie de conséquence, ses conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ne peuvent qu'être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de la société Royal Bourbon Industrie est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société Royal Bourbon Industrie et au ministre de l'économie et des finances.
Copie en sera adressée au directeur de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités de La Réunion
Délibéré après l'audience du 19 novembre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Sorin, président,
M. Le Merlus, conseiller.
Mme Lebon, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe du tribunal le 3 décembre 2024.
Le rapporteur,
T. LE MERLUS
Le président,
T. SORIN
La greffière,
E. POINAMBALOM
La République mande et ordonne au ministre de l'économie et des finances ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
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Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
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Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
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01/06/2026