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AccueilJurisprudence administrativeN° TA101-2200831

Tribunal Administratif de La Réunion — Décision N° TA101-2200831

mardi 22 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de La Réunion
SectionTribunal Administratif de La Réunion
N° DossierTA101-2200831
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantHOARAU-GIRARD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 4 juillet 2022 et 4 mai 2023, M. B A et Mme C A, représentés par Me Hoarau, demandent au tribunal, dans le dernier état de leurs écritures :

1°) de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux et du supplément de contribution sur les hauts revenus mis à leur charge au titre de l'année 2015 ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- la requête n'est pas tardive dès lors qu'ils n'ont pas reçu la décision de rejet de leur réclamation préalable ;

- la procédure d'imposition est irrégulière dès lors que la réponse à leurs observations n'a pas été notifiée à leur représentant formellement désigné, en méconnaissance des dispositions de l'article L. 57 du livre des procédures fiscales ;

- la plus-value de cession doit bénéficier des abattements prévus à l'article 151 septies B du code général des impôts calculés au prorata du temps d'exploitation dès lors que si les immeubles à l'origine des plus-values litigieuses n'étaient plus affectés à l'exploitation professionnelle au moment de leur cession le 1er juillet 2015, ils l'ont été au moins jusqu'au 1er février 2012 ;

- le régime fiscal des biens migrants prévu par le II de l'article 151 sexies du code général des impôts doit s'appliquer à la cession des plus-values litigieuses ;

- les plus-values privées doivent bénéficier de l'abattement pour durée de détention prévu par l'article 150 VC du code général des impôts ;

- sur le terrain de la doctrine fiscale, ils sont fondés à se prévaloir du paragraphe n° 25 de la fiche 13 de l'instruction 8 M-1-04 publiée au bulletin le 14 janvier 2004, du paragraphe n° 120 de la doctrine administrative BOI-RFPI-PVI-10-20 publiée le 12 septembre 2012, des paragraphes 20, 30 et 80 de la doctrine administrative BOI-BIC-PVMV-10-20-30-20 publiée le 9 janvier 2013, des paragraphes n° 3, 9, 27 et 45 de l'instruction 4 B-3-08 publiée le 7 mai 2008 et des paragraphes n° 20, 100, 280 et 310 de la doctrine administrative BOI-BIC-PVMV-20-40-30 publiée le 5 avril 2017.

Par un mémoire en défense et des pièces, enregistrés les 19 avril 2023, le directeur régional des finances publiques de la Réunion conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- à titre principal, la requête est tardive dès lors, d'une part, que la décision de rejet de leur réclamation préalable leur a été notifiée par lettre recommandée avec accusé de réception le 15 juin 2020 et que l'avis est revenu avec la mention " pli avisé et non réclamé " et, d'autre part, que la lettre du 9 septembre 2021 ne peut être considérée comme une réclamation préalable ;

- à titre subsidiaire, les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative ;

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Le Merlus,

- les conclusions de M. Sauvageot, rapporteur public,

- les parties n'étant ni présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A est le gérant et actionnaire de la SARL A Beach Village, société imposée selon le régime des bénéfices industriels et commerciaux, exploitant un parc d'attraction aquatique dans la commune de L'Etang-Salé, qui a fait l'objet d'une vérification de comptabilité portant sur la période du 1er septembre 2014 au 30 juin 2018. A la suite de cette vérification, l'administration a notifié à M. A et son épouse, Mme C A, par deux propositions de rectification n°2120 des 17 décembre 2018 et 15 mai 2019, des cotisations supplémentaires d'impôts sur le revenu, de prélèvements sociaux et de contribution sur les hauts revenus au titre de l'année 2015. Par la présente requête, M. et Mme A demandent au tribunal, dans le dernier état de leurs écritures, de prononcer la décharge totale, en droits et pénalités, de ces impositions supplémentaires.

Sur la fin de non-recevoir opposée en défense :

2. Aux termes de l'article R. 190-1 du livre des procédures fiscales : " Le contribuable qui désire contester tout ou partie d'un impôt qui le concerne doit d'abord adresser une réclamation au service territorial, selon le cas, de la direction générale des finances publiques ou de la direction générale des douanes et droits indirects dont dépend le lieu de l'imposition. () ". Aux termes de l'article R. 198-10, alinéa 2 du même code : " La direction générale des finances publiques ou la direction générale des douanes et droits indirects, selon le cas, statue sur les réclamations dans le délai de six mois suivant la date de leur présentation. () ". Aux termes de l'article R. 199-1 du même code : " L'action doit être introduite devant le tribunal compétent dans le délai de deux mois à partir du jour de la réception de l'avis par lequel l'administration notifie au contribuable la décision prise sur la réclamation, que cette notification soit faite avant ou après l'expiration du délai de six mois prévu à l'article R. 198-10. ".

3. Il résulte de l'instruction que la décision du 10 juin 2020 par laquelle l'administration a rejeté la réclamation préalable formée par M. et Mme A le 12 décembre 2019 leur a été envoyée par lettre recommandée avec accusé de réception le 15 juin 2020. Toutefois, si l'administration produit la photocopie de l'enveloppe ayant contenu la décision et comportant la mention " pli avisé et non réclamé ", cette enveloppe ne mentionne pas la date à laquelle la lettre recommandée a été remise au domicile de M. et Mme A. Dans ces conditions, l'administration n'établit pas que la décision de rejet de leur réclamation préalable a été régulièrement notifiée. Par suite, la fin de non-recevoir opposée en défense doit être écartée.

Sur les conclusions aux fins de réduction des cotisations supplémentaires d'impôts sur le revenu et de prélèvements sociaux et des suppléments de contribution sur les hauts revenus :

4. Aux termes de l'article L. 57 du livre des procédures fiscales : " L'administration adresse au contribuable une proposition de rectification qui doit être motivée de manière à lui permettre de formuler ses observations ou de faire connaître son acceptation. () Lorsque l'administration rejette les observations du contribuable sa réponse doit également être motivée ". Et aux termes de l'article L. 76 du même livre : " Les bases ou éléments servant au calcul des impositions d'office et leurs modalités de détermination sont portées à la connaissance du contribuable trente jours au moins avant la mise en recouvrement des impositions. "

5. Il y a lieu, pour l'application de ces dispositions, de considérer que, sauf stipulation contraire, le mandat donné à un conseil ou à tout autre mandataire par un contribuable, personne physique ou morale, pour recevoir l'ensemble des actes de la procédure d'imposition et y répondre emporte élection de domicile auprès de ce mandataire. Par suite, lorsqu'un tel mandat a été porté à la connaissance du service en charge de cette procédure, celui-ci est, en principe, tenu d'adresser au mandataire l'ensemble des actes de cette procédure. En particulier, le mandataire doit en principe être destinataire des plis par lesquels le service notifie au contribuable, dans les conditions visées respectivement aux articles L. 57 et L. 76 du livre des procédures fiscales, les redressements qu'il entend affecter aux bases de l'imposition du contribuable et les réponses qu'il formule aux observations présentées, le cas échéant, par l'intéressé sur ces redressements, ainsi que les éléments servant au calcul des impositions d'office auxquelles il envisage d'assujettir le contribuable. Toutefois, l'expédition de tout ou partie des actes de la procédure d'imposition au domicile ou au siège du contribuable sera réputée régulière et faire courir les délais de réponse à ces actes s'il est établi que le pli de notification a été effectivement retiré par le contribuable ou par l'un de ses préposés. En revanche, lorsque ce pli est retourné par le service des postes à l'administration fiscale, faute d'avoir été retiré dans le délai imparti, il appartient à celle-ci de procéder à une nouvelle notification des mêmes actes au mandataire.

6. En l'occurrence, par l'envoi d'un mandat de représentation du 4 février 2019, réceptionné par la direction régionale des finances publiques de La Réunion le 6 février suivant, M. et Mme A ont indiqué au service vérificateur que leur conseil, Me Hoarau, les représenterait pour l'ensemble des procédures de rectification et de recouvrement les concernant au titre de l'année 2015. Selon les allégations non contestées de l'administration en défense, la lettre n°3926 du 8 août 2019 de réponse aux observations des contribuables formulées le 4 février 2019, portant sur les conséquences des rectifications opérées sur la SARL A Beach Village sur les revenus de M. et Mme A dans la catégorie des bénéfices industriels et commerciaux au titre de l'année 2015, a été envoyée avec accusé de réception le 13 août 2019 à M. et Mme A et à la SARL A Beach Village et est revenue avec la mention " pli avisé et non réclamé ". En revanche, l'administration n'établit ni même n'allègue avoir notifié cette lettre au domicile de leur conseil. Dans ces conditions, faute d'avoir procédé à une nouvelle notification au mandataire de M. et Mme A, le service ne peut être regardé comme ayant permis aux contribuables, ainsi privés d'une garantie, de connaître les motifs pour lesquels elle a maintenu les rehaussements contestés. Ainsi, la méconnaissance des dispositions de l'article L. 57 précité est de nature à vicier la procédure d'imposition.

7. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que M. et Mme A sont fondés à demander la décharge des cotisations supplémentaires, en droits et pénalités, d'impôt sur le revenu, de prélèvements sociaux et de contribution sur les hauts revenus mises à leur charge au titre de l'année 2015.

Sur les conclusions relatives aux frais d'instance :

8. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par M. et Mme A et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : M. et Mme A sont déchargés, en droits et pénalités, des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu, de prélèvements sociaux et de contribution sur les hauts revenus mis à leur charge au titre de l'année 2015.

Article 2 : L'Etat versera à M. et Mme A une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Mme C A et au directeur régional des finances publiques de la Réunion.

Délibéré après l'audience du 8 octobre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Khater, présidente,

M. Le Merlus, conseiller,

Mme Lebon, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe du tribunal le 22 octobre 2024.

Le rapporteur,

T. LE MERLUS

La présidente,

A. KHATER

La greffière,

E. POINAMBALOM

La République mande et ordonne au ministre de l'économie et des finances en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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