mardi 22 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de La Réunion |
| Section | Tribunal Administratif de La Réunion |
| N° Dossier | TA101-2200842 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 1ère chambre |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 7 juillet 2022, M. A B, doit être regardé comme demandant au tribunal :
1°) d'annuler la décision implicite par laquelle le directeur de la direction de l'environnement, de l'aménagement et du logement a rejeté sa demande, présentée le 21 mars 2022, de réexamen du coefficient de modulation individuelle sur lequel sont fondées la dotation finale d'indemnité spécifique de service pour l'année 2020 et l'indemnité de fonctions, sujétions et expertise pour l'année 2021 ;
2°) d'enjoindre au directeur de la direction de l'environnement, de l'aménagement et du logement de La Réunion de fixer la valeur de son coefficient de modulation individuelle à 1,05, sa dotation finale d'indemnité spécifique de service pour l'année 2020 à 16 340 euros et son indemnité de fonctions, sujétions et expertises pour l'année 2021 à 21 805 euros ;
3°) d'enjoindre au directeur de la direction de l'environnement, de l'aménagement et du logement à verser le solde dû dans un délai de deux mois.
Il soutient que :
- le directeur a commis une erreur manifeste d'appréciation en fixant le coefficient de modulation individuelle fondant la décision sur l'indemnité spécifique de service ;
- la décision d'indemnité pour fonctions, sujétions et expertises au titre de l'année 2021 est illégale du fait de l'illégalité du coefficient de modulation individuelle fixé pour l'indemnité spécifique de service sur lequel elle est elle-même fondée.
Une mise en demeure a été adressée le 5 septembre 2023 à la ministre de la transition écologique qui n'a pas produit de mémoire en défense.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code général de la fonction publique ;
- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;
- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;
- le décret n° 2003-799 du 25 août 2003 ;
- le décret n° 2010-888 du 28 juillet 2010
- le décret n° 2004-513 du 25 mai 2014 ;
- l'arrêté du 25 août 2003 fixant les modalités d'application du décret n° 2003-799 du 25 août 2003 relatif à l'indemnité spécifique de service allouée aux ingénieurs des ponts et chaussées et aux fonctionnaires des corps techniques de l'équipement ;
- l'arrêté du 5 novembre 2021 portant application au corps des ingénieurs des travaux publics de l'État et aux emplois d'ingénieur en chef des travaux publics de l'État du 1er groupe et du 2e groupe des dispositions du décret n° 2014-513 du 20 mai 2014 portant création d'un régime indemnitaire tenant compte des fonctions, des sujétions, de l'expertise et de l'engagement professionnel dans la fonction publique de l'État ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Lebon, rapporteure,
- les conclusions de M. Sauvageot, rapporteur public,
- les observations de M. B,
- le ministère de la transition écologique et de la cohésion des territoires n'étant ni présent ni représenté.
Considérant ce qui suit :
1. M. A B est ingénieur des travaux publics de l'Etat (échelon 3) auprès de la direction de l'environnement, de l'aménagement et du logement (DEAL) et y occupe les fonctions de responsable Unité Ecocité et Ville durable. A la suite de l'adhésion du corps des ingénieurs des travaux publics de l'Etat au régime indemnitaire tenant compte des fonctions, des sujétions, de l'expertise et de l'engagement professionnel (RIFSEEP), il a bénéficié du versement d'une indemnité de fonctions, sujétions et expertise (IFSE) de 20 248,88 euros au titre de l'année 2021, selon les termes définis par une décision du 16 février 2022. Par une décision du 8 mars 2022, son état des droits concernant l'indemnité spécifique de service (ISS) au titre de l'année 2020 lui a été notifié pour un moment de 14 783,61 euros, sur la base d'un coefficient de modulation individuelle (CMI) de 0,95. Par une lettre du 21 mars 2022, le requérant a demandé au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires de modifier le CMI sur lequel ces deux indemnités sont fondées. Par la présente requête, M. B demande au tribunal d'annuler la décision implicite de rejet née du silence gardé sur son recours du 21 mars 2022.
2. Le recours de M. B introduit contre la décision implicite de rejet née du silence gardé sur sa demande du 21 mars 2022 doit nécessairement être regardé comme dirigé contre la décision du 8 mars 2022 portant notification indemnitaire au titre de l'année 2020 lors de la bascule au régime indemnitaire tenant compte des fonctions, des sujétions, de l'expertise et de l'engagement professionnel (RIFSEEP).
Sur l'acquiescement aux faits :
3. Aux termes de l'article R. 612-6 du code de justice administrative : " Si, malgré une mise en demeure, la partie défenderesse n'a produit aucun mémoire, elle est réputée avoir acquiescé aux faits exposés dans les mémoires du requérant ".
4. Le ministre, qui n'a pas produit d'observations en défense en dépit de la mise en demeure qui lui a été adressée le 5 septembre 2023, doit être réputé avoir acquiescé aux faits exposés dans la requête en application de l'article R. 612-6 précité du code de justice administrative. Cette circonstance ne dispense toutefois pas le tribunal, d'une part, de vérifier que les faits allégués par le requérant ne sont pas contredits par les autres pièces versées au dossier, et d'autre part, de se prononcer sur les moyens de droit que soulève l'examen de l'affaire.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
En ce qui concerne l'indemnité spécifique de service pour 2020 ;
5. D'une part, aux termes de l'article 20 de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires, dont les dispositions ont été reprises, à compter du 1er mars 2022, à l'article L. 712-1 du code général de la fonction publique : " Les fonctionnaires ont droit, après service fait, à une rémunération comprenant () les indemnités instituées par un texte législatif ou réglementaire. Les indemnités peuvent tenir compte des fonctions et des résultats professionnels des agents ainsi que des résultats collectifs des services. () ". Par ailleurs, selon les termes de l'article 55 de la loi du 11 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique de l'État, alors applicable, et dont les dispositions ont été reprises, à compter du 1er mars 2022, à l'article L. 521-1 du code général de la fonction publique : " () l'appréciation de la valeur professionnelle des fonctionnaires se fonde sur un entretien professionnel annuel conduit par le supérieur hiérarchique direct. () ". Enfin, aux termes de l'article 16 du décret du 28 juillet 2010 relatif aux conditions générales de l'appréciation de la valeur professionnelle des fonctionnaires de l'État : " Lorsque des régimes indemnitaires prévoient une modulation en fonction des résultats individuels ou de la manière de servir, ces critères sont appréciés par le chef de service au vu du compte rendu de l'entretien professionnel. ".
6. D'autre part, aux termes de l'article 1er du décret du 25 août 2003 relatif à l'indemnité spécifique de service allouée aux ingénieurs des ponts et chaussées et aux fonctionnaires des corps techniques de l'équipement, alors applicable : " Les () ingénieurs des travaux publics de l'Etat, () bénéficient, dans la limite des crédits ouverts à cet effet, d'une indemnité spécifique de service. / Cette indemnité leur est versée par leur administration d'emploi l'année civile suivant celle correspondant au service rendu par les agents concernés. () / L'année 2020 constitue la dernière année d'acquisition de droit à l'indemnité spécifique de service. () ". Selon les termes de l'article 3 du même décret : " () les taux moyens annuels de cette indemnité sont définis, pour les fonctionnaires des corps de l'équipement mentionnés à l'article 1er du présent décret, par un taux de base affecté d'un coefficient correspondant à leurs grades et emplois et d'un coefficient propre à chaque service. Le taux de base et le coefficient de modulation par service qui lui est affecté sont fixés par arrêté conjoint du ministre chargé de l'équipement, du ministre chargé du budget et du ministre chargé de la fonction publique. ". Par ailleurs, aux termes de l'article 7 de ce même décret : " Les montants de l'indemnité spécifique de service susceptibles d'être servis peuvent faire l'objet de modulation pour tenir compte des fonctions exercées et de la qualité des services rendus dans des conditions fixées par arrêté conjoint du ministre chargé de l'équipement, du ministre chargé du budget et du ministre chargé de la fonction publique. ". À cet égard, l'article 3 de l'arrêté du 25 août 2003 fixant les modalités d'application du décret du 25 août 2003 relatif à l'indemnité spécifique de service allouée aux ingénieurs des ponts, des eaux et des forêts et aux fonctionnaires des corps techniques de l'équipement, alors applicable, prévoit que : " Les coefficients de modulation individuelle prévus à l'article 7 du décret du 25 août 2003 susvisé sont fixés dans les conditions suivantes : / Ingénieur divisionnaire des travaux publics de l'Etat, détaché sur l'emploi fonctionnel d'ingénieur en chef des travaux publics de l'Etat du premier ou du deuxième groupe, Ingénieur divisionnaire des travaux publics de l'Etat et ingénieur des travaux publics de l'Etat hors classe, modulation individuelle par rapport au taux moyen 73,5 % / 122,5 % ".
7. Il résulte de la combinaison des dispositions précitées que l'ISS peut être modulée sur la base d'un CMI tenant compte des fonctions exercées et de la qualité des services rendus par l'agent, laquelle est appréciée au vu de son compte rendu d'entretien professionnel au titre de l'année concernée.
8. En outre par une note de gestion du 29 décembre 2020, publiée au bulletin officiel de la transition écologique et de la cohésion des territoires, de la transition énergétique et de la mer du 19 janvier 2021, la ministre de la transition écologique, la ministre de la cohésion des territoires et des relations avec les collectivités territoriales et la ministre de la mer ont, dans l'exercice de leurs prérogatives d'organisation des services placés sous leur autorité, précisé, pour l'année 2020, les modalités de gestion indemnitaire des corps techniques des ministères de la transition écologique, de la cohésion des territoires et des relations avec les collectivités territoriales, et de la mer, bénéficiaires de la prime de service et de rendement (PSR) et de l'ISS. Selon les termes du point II. C et D. de cette note de gestion, relatifs aux modalités de calcul de la dotation annuelle d'ISS et aux dispositions de gestion liées au CMI, les différents paramètres qui interviennent dans le calcul du montant annuel de l'ISS pour chaque catégorie de bénéficiaires comprennent () le taux de CMI. Ce coefficient est au minimum de 0,850 et au maximum de 1, 150 pour les ingénieurs de travaux publics de l'Etat et le coefficient moyen cible est de 1,01 pour l'ensemble des groupes d'harmonisation,
9. Il ressort des pièces du dossier et notamment des comptes-rendus d'entretien d'évaluation professionnelle produits par M. B pour les années 2020 et 2021, que celui-ci a de manière constante donné pleinement satisfaction à sa hiérarchie, qui le qualifie d'agent prometteur, de très grande valeur, avec lequel c'est un " véritable plaisir de travailler ". Il a en outre assuré des fonctions de suivi de dossiers et de management de son unité. Par suite, en l'absence d'éléments de contradiction sur la manière de servir ou sur la nature des fonctions exercées par l'intéressé permettant de retenir un CMI inférieur à la moyenne cible pour le groupe 3 auquel appartient M. B comprenant les agents appartenant au grade d'ingénieur des travaux publics de l'Etat, la fixation de ce coefficient à un taux de 0,95 doit être regardée comme entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de la valeur professionnelle de l'intéressé.
En ce qui concerne l'indemnité de fonctions, de sujétions et expertise pour l'année 2021 :
10. Aux termes de l'article 1er du décret du 20 mai 2014 portant création d'un RIFSEEP dans la fonction publique de l'État : " Les fonctionnaires relevant de la loi du 11 janvier 1984 susvisée peuvent bénéficier, () d'une indemnité de fonctions, de sujétions et d'expertise () dans les conditions fixées par le présent décret. / Des arrêtés du ministre chargé de la fonction publique, du ministre chargé du budget et, le cas échéant, du ministre intéressé désignent, après avis du comité technique compétent ou du Conseil supérieur de la fonction publique de l'Etat, des corps et emplois bénéficiant de l'indemnité de fonctions, de sujétions et d'expertise () ". Aux termes de l'article 6 du décret n° 2014-513 du 20 mai 2014, portant création d'un régime indemnitaire tenant compte des fonctions, des sujétions, de l'expertise et de l'engagement professionnel dans la fonction publique de l'Etat, " Lors de la première application des dispositions du présent décret, le montant indemnitaire mensuel perçu par l'agent au titre du ou des régimes indemnitaires liés aux fonctions exercées ou au grade détenu et, le cas échéant, aux résultats, à l'exception de tout versement à caractère exceptionnel, est conservé au titre de l'indemnité de fonctions, de sujétions et d'expertise jusqu'à la date du prochain changement de fonctions de l'agent, sans préjudice du réexamen au vu de l'expérience acquise prévu au 2° de l'article ". Par un arrêté interministériel du 5 novembre 2021, les dispositions du décret du 20 mai 2014 ont été rendues applicables de manière rétroactive, à compter du 1er janvier 2021, au corps des ingénieurs des travaux publics de l'État, auxquels avait été jusqu'alors maintenu un régime indemnitaire propre, composé de l'ISS et de la PSR.
11. Dès lors que le montant de l'IFSE versé à M. B a été arrêté par la décision du 16 février 2022 du directeur de la DEAL au titre de l'année 2021 à partir du montant de l'ISS notifié par la décision du 8 mars 2022 annulée par le présent jugement, le requérant est fondé à demander l'annulation de la décision du 16 février 2022 qui fixe le montant de l'IFSE, ainsi que l'annulation de la décision implicite par laquelle le directeur de la DEAL a rejeté son recours gracieux.
Sur les conclusions aux fins d'injonction :
12. Eu égard au motif d'annulation retenu, le présent jugement implique seulement que le directeur de la DEAL procède au réexamen du CMI et du montant de l'ISS fixés au titre de l'année 2020 ainsi qu'au réexamen du montant de l'IFSE accordé à M. B au titre de l'année 2021, dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
D E C I D E :
Article 1er : Les décisions du 16 février 2022 relative à l'indemnité pour fonctions, sujétions et expertises et du 8 mars 2022 relative à l'indemnité spécifique de service sont annulées, ainsi que les décisions implicites de rejet du recours gracieux formé par M. B.
Article 2 : Il est enjoint au directeur de la DEAL de réexaminer la situation de M. B au titre de l'attribution du coefficient de modulation individuelle et du montant de l'indemnité spécifique de service fixés au titre de l'année 2020 et du montant de l'indemnité pour fonctions, sujétions et expertises accordé au titre de l'année 2021 dans un délai de deux mois à compter du présent jugement.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, au directeur de la direction de l'environnement, de l'aménagement et du logement de La Réunion et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.
Délibéré après l'audience du 8 octobre 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Khater, présidente,
M. Le Merlus, conseiller,
Mme Lebon, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe du tribunal le 22 octobre 2024.
La rapporteure,
L. LEBON
La présidente,
A. KHATER
La greffière,
E. POINAMBALOM
La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
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01/06/2026