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AccueilJurisprudence administrativeN° TA101-2200844

Tribunal Administratif de La Réunion — Décision N° TA101-2200844

mardi 22 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de La Réunion
SectionTribunal Administratif de La Réunion
N° DossierTA101-2200844
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation1ère chambre

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 8 juillet 2022, Mme B A, doit être regardée comme demandant au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite par laquelle le directeur de la direction de l'environnement, de l'aménagement et du logement a rejeté sa demande de réexamen du coefficient de modulation individuelle fondant la dotation finale d'indemnité spécifique de service pour l'année 2020 fixée par une décision du 8 mars 2022 et l'indemnité de fonctions, sujétions et expertise pour l'année 2021 fixée par une décision du 16 février 2022, ensemble le rejet de son recours gracieux du 28 mars 2022 ;

2°) d'enjoindre au directeur de la direction de l'environnement, de l'aménagement et du logement de fixer la valeur de son coefficient de modulation individuelle à 1,05, portant sa dotation finale d'indemnité spécifique de service pour l'année 2020 à 20456 euros et son indemnité de fonctions, sujétions et expertises pour l'année 2021 à 28794,75 euros ;

3°) d'enjoindre à la direction de l'environnement, de l'aménagement et du logement de verser le solde dû dans un délai de deux mois.

Elle soutient que :

- la notification de l'indemnité de service a été faite tardivement ;

- le directeur a commis une erreur manifeste d'appréciation en fixant le coefficient de modulation individuelle ;

- la décision d'indemnité pour fonctions, sujétions et expertises au titre de l'année 2021 est illégale du fait de l'illégalité du coefficient de modulation individuelle fixé pour l'indemnité spécifique de service.

Une mise en demeure a été adressée le 6 février 2024 à la ministre de la transition écologique qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code général de la fonction publique ;

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;

- le décret n° 2003-799 du 25 août 2003 ;

- le décret n° 2010-888 du 28 juillet 2010 ;

- le décret n° 2004-513 du 25 mai 2014 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Lebon, rapporteure,

- les conclusions de M. Sauvageot, rapporteur public,

- aucune des parties n'étant ni présente, ni représentée.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B A, était affectée à la direction de l'environnement, de l'aménagement et du logement (DEAL) de La Réunion, service relevant du ministère de la transition écologique en tant que cheffe de service aménagement et constructions durable correspondant au grade d'ingénieur des travaux publics de l'Etat. A compter du 1er mars 2020, elle a obtenu une promotion au grade d'ingénieur en chef des travaux publics de l'Etat du deuxième groupe. A la suite de l'adhésion du corps des ingénieurs des travaux publics de l'Etat au régime indemnitaire tenant compte des fonctions, des sujétions, de l'expertise et de l'engagement professionnel (RIFSEEP), elle a bénéficié du versement d'une indemnité pour fonctions, sujétions et expertises (IFSE) au titre de l'année 2021 pour un montant de 25416,75 euros selon les termes définis par une décision du 16 février 2022. Par une décision du 8 mars 2022 son état des droits concernant l'indemnité spécifique de service (ISS) au titre de l'année 2020 lui a été notifié pour un moment de 17 078,66 euros, sur le fondement d'un coefficient de modulation individuelle (CMI) de 0,85. Par une lettre du 28 mars 2022, Mme A a demandé au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires de modifier le CMI sur lequel ces deux indemnités sont fondées. Par la présente requête, Mme A demande au tribunal d'annuler la décision implicite de rejet née du silence gardé sur son recours du 28 mars 2022.

2. Le recours de Mme A introduit contre la décision implicite de rejet née du silence gardé sur sa demande du 28 mars 2022 doit nécessairement être regardé comme dirigé contre la décision du 8 mars 2022 portant notification indemnitaire au titre de l'année 2020 lors de la bascule au RIFSEEP et par voie de conséquence contre la décision du 16 février 2022 relative à l'IFSE pour l'année 2021.

Sur l'acquiescement aux faits :

3. Aux termes de l'article R. 612-6 du code de justice administrative : " Si, malgré une mise en demeure, la partie défenderesse n'a produit aucun mémoire, elle est réputée avoir acquiescé aux faits exposés dans les mémoires du requérant ".

4. La ministre, qui n'a pas produit d'observations en défense en dépit de la mise en demeure qui lui a été adressée le 6 février 2024, doit être réputée avoir acquiescé aux faits exposés dans la requête en application de l'article R. 612-6 précité du code de justice administrative. Cette circonstance ne dispense toutefois pas le tribunal, d'une part, de vérifier que les faits allégués par le requérant ne sont pas contredits par les autres pièces versées au dossier, et d'autre part, de se prononcer sur les moyens de droit que soulève l'examen de l'affaire.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne l'indemnité spécifique de service pour 2020 :

5. Aux termes de l'article 5 de la loi du 11 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique de l'Etat : " L'appréciation de la valeur professionnelle des fonctionnaires se fonde sur un entretien professionnel annuel conduit par le supérieur hiérarchique direct, qui donne lieu à un compte rendu. Lors de cet entretien professionnel annuel, les fonctionnaires reçoivent une information sur l'ouverture et l'utilisation de leurs droits afférents au compte prévu à l'article 22 quater de la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 précitée ". Aux termes de l'article 16 du décret du 28 juillet 2010 relatif aux conditions générales de l'appréciation de la valeur professionnelle des fonctionnaires de l'État : " lorsque des régimes indemnitaires prévoient une modulation en fonction des résultats individuels ou de la manière de servir, ces critères sont appréciés par le chef de service au vu du compte rendu de l'entretien professionnel ". Aux termes de l'article 7 du décret du 25 août 2003 relatif à l'ISS allouée aux ingénieurs des ponts, des eaux et des forêts et aux fonctionnaires des corps techniques de l'équipement : " Les montants de l'indemnité spécifique de service susceptibles d'être servis peuvent faire l'objet de modulation pour tenir compte des fonctions exercées et de la qualité des services rendus dans des conditions fixées par arrêté conjoint du ministre chargé de l'équipement, du ministre chargé du budget et du ministre chargé de la fonction publique ".

6. Il ressort des pièces du dossier et notamment du compte-rendu d'évaluation professionnelle produit par Mme A pour l'année 2020, que son supérieur hiérarchique a estimé qu'elle avait une capacité de production particulièrement élevée en dépit du contexte sanitaire inédit lié au Covid19. Mme A est décrite comme " volontaire, consciencieuse et montre son aptitude à trouver des solutions, prises d'initiatives ". Les compétences de l'agent qui comprennent des fonctions de management, sont évaluées au niveau maîtrise et experte pour trois d'entre elles. En outre, Mme A, qui était au grade d'ingénieur divisionnaire des travaux publics de l'État (du 1er au 5' échelon inclus) du 1er janvier 2020 au 29 février 2020, au coefficient de grade de 43 et qui disposait d'un CMI de 1,05 a été promue au 1er mars 2020 au grade d'Ingénieur divisionnaire des travaux publics de l'État détaché sur emploi fonctionnel d'ingénieur en chef des travaux publics de l'État du second groupe, avec un coefficient de grade 56 et un CMI de 0,85. S'il ressort de la note de gestion du 29 décembre 2020 que le CMI de chaque agent doit être reconsidéré chaque année, sa reconduction annuelle n'étant pas garantie, il faut prendre en considération les dispositions liées à une promotion qui résultent de la note de service et qui prévoient que si un agent change de grade ou de corps en cours d'année, le calcul indemnitaire sera effectué au prorata des deux positions en gestion. Ainsi, lors de la détermination du CMI d'un agent promu, le service doit s'attacher à ce qu'il lui soit garanti, a minima, le niveau de dotation en ISS antérieurement perçue par l'agent. Le coefficient recalculé doit être pris en référence avant la fixation du CMI définitif des droits de l'ISS suite à la promotion. En l'espèce, le CMI pour un coefficient de grade antérieur de 43 est de 0,800. Par suite, la décision de notification de l'ISS en retenant un CMI de 0,85, alors qu'il s'agit d'un coefficient très inférieur à la moyenne cible pour le groupe 2 comprenant les agents appartenant au grade d'ingénieur en chef des travaux publics de l'Etat et seulement légèrement supérieur au CMI minimum en cas de promotion de l'agent et en l'absence d'éléments permettant de mettre en relation sa manière de servir et le choix d'un tel coefficient, est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de la valeur professionnelle de l'intéressée.

7. Il résulte de ce qui précède et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur l'autre moyen de la requête, que Mme A est fondée à demander l'annulation de la décision du 8 mars 2022 lui notifiant son état des droits concernant l'ISS au titre de l'année 2020.

En ce qui concerne l'indemnité de fonctions, de sujétions et expertise pour l'année 2021

8. Aux termes de l'article 6 du décret du 20 mai 2014, portant création d'un RIFSEEP dans la fonction publique de l'Etat : " Lors de la première application des dispositions du présent décret, le montant indemnitaire mensuel perçu par l'agent au titre du ou des régimes indemnitaires liés aux fonctions exercées ou au grade détenu et, le cas échéant, aux résultats, à l'exception de tout versement à caractère exceptionnel, est conservé au titre de l'indemnité de fonctions, de sujétions et d'expertise jusqu'à la date du prochain changement de fonctions de l'agent, sans préjudice du réexamen au vu de l'expérience acquise prévu au 2° de l'article ".

9. Dès lors que le montant de l'IFSE versé à Mme A a été arrêté par la décision du 16 février 2022 du directeur de la DEAL au titre de l'année 2021 à partir du montant de l'ISS notifié par la décision du 8 mars 2022 annulée par le présent jugement, la requérante est fondée à demander l'annulation de la décision du 16 février 2022 en tant qu'elle fixe le montant de l'IFSE, ainsi que l'annulation de la décision implicite par laquelle le directeur de la DEAL a rejeté son recours gracieux.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

10. Eu égard au motif d'annulation retenu, le présent jugement implique seulement que le directeur de la DEAL procède au réexamen du CMI et du montant de l'ISS fixés au titre de l'année 2020 ainsi qu'au réexamen du montant de l'IFSE accordé à Mme A au titre de l'année 2021, dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

D E C I D E :

Article 1er : Les décisions du 16 février 2022 relative à l'indemnité pour fonctions, sujétions et expertises et celle du 8 mars 2022 relative à l'indemnité spécifique de service sont annulées, ainsi que les décisions implicites de rejet des recours gracieux formés par Mme A.

Article 2 : Il est enjoint au directeur de la DEAL de La Réunion de réexaminer la situation de Mme A au titre de l'attribution du coefficient de modulation individuelle et du montant de l'indemnité spécifique de service fixés au titre de l'année 2020 et du montant de l'indemnité pour fonctions, sujétions et expertises accordé au titre de l'année 2021 dans un délai de deux mois à compter du présent jugement.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A, au directeur de la direction de l'environnement, de l'aménagement et du logement de La Réunion et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.

Délibéré après l'audience du 8 octobre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Khater, présidente,

M. Le Merlus, conseiller,

Mme Lebon, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe du tribunal le 22 octobre 2024.

La rapporteure,

L. LEBON

La présidente,

A. KHATER

La greffière,

E. POINAMBALOM

La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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