mardi 2 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de La Réunion |
| Section | Tribunal Administratif de La Réunion |
| N° Dossier | TA101-2200935 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 1ère chambre |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 26 juillet 2022, M. C B D et Mme A B D, représentés par Me Hoarau, demandent au tribunal :
1°) de prononcer la décharge, en droits et pénalités, des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux mises à leur charge au titre des années 2017, 2018 et 2019 ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- la procédure est irrégulière dès lors que la proposition de rectification adressée à l'EURL FFM Conseils n'évoque pas la notion de distributions induite par la rectification de ses résultats ;
- l'administration fiscale n'apporte pas la preuve de ce que les sommes versées par l'EURL FFM Conseils à la société PALAOS LTD à titre de redevances ont réellement été mises à la disposition à M. B D.
Par un mémoire en défense enregistré le 25 novembre 2022, le directeur régional des finances publiques de La Réunion conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que que les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 20 mars 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 8 avril 2024.
Un mémoire enregistré le 14 juin 2024, soit postérieurement à la clôture de l'instruction, a été produit par M. et Mme B D et n'a pas été communiqué.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative ;
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Le Merlus,
- les conclusions de M. Sauvageot, rapporteur public,
- les parties n'étant ni présentes ni représentées.
Considérant ce qui suit :
1. M. C B D est le gérant et actionnaire unique de l'EURL FFM CONSEILS qui a fait l'objet d'un examen de comptabilité portant sur l'impôt sur les sociétés au titre de la période du 1er janvier 2017 au 31 décembre 2019 ayant conduit à la réintégration dans les résultats de l'EURL de redevances versées à la société PALAOS LTD, ces dépenses ayant été regardées comme n'ayant pas été engagées dans l'intérêt de l'entreprise. A la suite de cet examen de comptabilité, l'administration a notifié à M. et Mme B D, par une proposition de rectification du 10 décembre 2020, des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux dans la catégorie des revenus de capitaux mobiliers correspondant à ces dépenses regardées comme revenus distribués. Par deux réclamations des 28 juin 2021 et 28 juin 2022, M. B D a sollicité le dégrèvement de ces impositions. Sa demande a été rejetée par deux décisions successives des 3 septembre 2021 et 7 juillet 2022. Par la présente requête, M. et Mme B D demandent au tribunal de prononcer la décharge, en droit et pénalités, des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux mises à leur charge au titre des années 2017, 2018 et 2019.
Sur la régularité de la procédure :
2. M. et Mme B D font valoir que la procédure est irrégulière dès lors que la proposition de rectification adressée à l'EURL FFM Conseils n'évoque pas la notion de distribution induite par la rectification de ses résultats. Toutefois, en application du principe d'indépendance des procédures de rectification, ce moyen doit être écarté comme inopérant.
Sur le bien-fondé de l'imposition :
3. Aux termes de l'article 109 du code général des impôts : " 1. Sont considérés comme revenus distribués : () 2° Toutes les sommes ou valeurs mises à la disposition des associés, actionnaires ou porteurs de parts et non prélevées sur les bénéfices. () ".
4. A la suite de la vérification de comptabilité de l'EURL FFM Conseils, l'administration a réintégré dans les résultats de l'entreprise les redevances versées à la société PALAOS LTD au motif qu'elles n'ont pas été engagées dans l'intérêt de son exploitation et les a considérées comme des revenus distribués imposables entre les mains de M. et Mme B D. Les requérants soutiennent que les sommes en litige ne peuvent être regardées comme ayant été mises à disposition en totalité à M. B D dès lors que la société PALAOS LTD est détenue à 100 % par la société anonyme de La Réunion (SAAR), elle-même détenue par huit associés. Toutefois, il est constant qu'en contrepartie de ces redevances, la société PALAOS LTD, présidée par M. B D, devait mettre à disposition de celui-ci des moyens humains et matériels afin qu'il puisse exercer une activité rémunérée par elle et qu'il assure une présence plus importante sur l'île Maurice. Or, aucune de ces sommes n'a pu être regardée comme engagée dans l'intérêt de l'exploitation de l'EURL FFM et rattachée à l'exercice de ses fonctions par M. B D. Ainsi, le service a pu considérer que ces redevances ont été versées au bénéfice exclusif et personnel de M. B D alors que la société PALAOS LTD n'était que l'intermédiaire chargée d'effectuer, pour l'usage personnel de M. B D, les prestations de services financées par les redevances. Dans ces conditions, M. B D doit être regardé comme ayant eu seul la disposition des revenus distribués correspondant aux redevances versées à la société PALAOS LTD au cours des exercices clos en 2017, 2018 et 2019. Par suite, c'est à bon droit que l'administration fiscale a imposé M. et Mme B D à raison de ces sommes dans la catégorie des revenus de capitaux mobiliers sur le fondement du 2° du 1 de l'article 109 du code général des impôts.
Sur les pénalités fiscales :
5. Aux termes de l'article 1729 du code général des impôts : " Les inexactitudes ou les omissions relevées dans une déclaration ou un acte comportant l'indication d'éléments à retenir pour l'assiette ou la liquidation de l'impôt ainsi que la restitution d'une créance de nature fiscale dont le versement a été indûment obtenu de l'Etat entraînent l'application d'une majoration de : a. 40 % en cas de manquement délibéré ". Aux termes de l'article L. 195 A du livre des procédures fiscales : " En cas de contestation des pénalités fiscales appliquées à un contribuable au titre des impôts directs (), la preuve de la mauvaise foi et des manœuvres frauduleuses incombe à l'administration ". La majoration de 40 % pour manquement délibéré prévue au a de l'article 1729 du code général des impôts sanctionne la méconnaissance par le contribuable de ses obligations déclaratives. Pour établir le manquement délibéré, l'administration fiscale doit apporter la preuve de l'insuffisance, de l'inexactitude ou du caractère incomplet des déclarations du contribuable, et de son intention délibérée d'éluder l'impôt.
6. Pour appliquer la majoration de 40 % pour manquement délibéré en ce qui concerne les impositions supplémentaires découlant des rectifications en matière de revenus distribués, l'administration fiscale s'est fondée sur l'importance des montants éludés, représentant plus de 14 % du revenu fiscal de référence déclaré, sur la minoration systématique de leurs revenus, sur la fonction de gérant occupée par M. B D dans la société distributrice, sur la nature des sommes en litige et enfin sur la circonstance que les requérants ne peuvent qu'avoir agi sciemment afin de s'exonérer d'une partie de l'impôt sur le revenu réellement dû. Il résulte de l'instruction que le montant des sommes taxées au titre des revenus distribués est de 55 898 euros en 2017, de 53 873 euros en 2018 et 54 393 euros en 2019 alors que M. et Mme B D avaient déclaré 125 226 euros en 2017, 303 224 euros en 2018 et 335 208 euros en 2019. Dans ces conditions, compte tenu de l'importance de l'insuffisance de déclaration, de la fréquence et de la répétition des minorations de revenus et de ce que les contribuables ne pouvaient normalement ignorer les omissions qui leur sont reprochées, l'intention délibérée des requérants de se soustraire à l'impôt est établie.
7. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées par M. et Mme B D aux fins de décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu au titre des années 2017, 2018 et 2019 doivent être rejetées. Par voie de conséquence, leurs conclusions présentées au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent également être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. et Mme B D est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C B D, à Mme A B D et au directeur régional des finances publiques de La Réunion.
Délibéré après l'audience du 18 juin 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Khater, présidente,
M. Le Merlus, conseiller.
Mme Lebon, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe du tribunal le 2 juillet 2024.
Le rapporteur,
T. LE MERLUS
La présidente,
A. KHATER
La greffière,
J. BELENFANT
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique de la France en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
jb
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