mardi 2 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de La Réunion |
| Section | Tribunal Administratif de La Réunion |
| N° Dossier | TA101-2200998 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 1ère chambre |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrées les 10 août 2022, 8 mars et 5 septembre 2023, M. A C B demande au tribunal :
1°) de prononcer la réduction des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu mises à sa charge au titre des années 2018, 2019 et 2020 ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat les frais irrépétibles au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ainsi que les droits de timbre qu'il a acquittés lors du dépôt de sa requête.
Il soutient que :
- son dossier aurait dû être confié au service des impôts des non-résidents, ne résidant plus à l'île de La Réunion depuis 2007 mais à Madagascar ;
- les intérêts d'emprunt qu'il a déclarés doivent être déduits de ses revenus fonciers au titre des années 2018, 2019 et 2020 ;
- les déficits fonciers des exercices 2016 et 2017 générés par les locations meublées doivent être imputés sur ses revenus globaux au titre de son activité de loueur en meublé professionnel et pris en compte dans ses déclarations de revenus des années 2018, 2019 et 2020.
Par deux mémoires en défense, enregistrés les 13 février et 20 juillet 2023, le directeur régional des finances publiques de La Réunion conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative ;
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Le Merlus,
- et les conclusions de M. Ramin, rapporteur public,
- les parties n'étant ni présentes ni représentées.
Considérant ce qui suit :
1. Par une réclamation préalable du 25 mai 2022, M. A C B a demandé à l'administration fiscale, d'une part, la déduction de ses intérêts d'emprunt de ses revenus fonciers au titre des années 2018, 2019 et 2020 et, d'autre part, l'imputation des déficits professionnels générés par son activité de location meublée sur ses revenus globaux au titre de ces mêmes années. Par une décision du 7 juin 2022, l'administration a partiellement fait droit à sa demande. Par la présente requête, il demande au tribunal la réduction des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu mises à sa charge au titre des années 2018, 2019 et 2020.
Sur la régularité de la procédure d'imposition :
2. Aux termes de l'article 11 du code général des impôts : " Lorsqu'un contribuable a déplacé soit sa résidence, soit le lieu de son principal établissement, les cotisations dont il est redevable au titre de l'impôt sur le revenu, tant pour l'année au cours de laquelle s'est produit le changement que pour les années antérieures non atteintes par la prescription, peuvent valablement être établies au lieu d'imposition qui correspond à sa nouvelle situation. ". Il résulte de ces dispositions que lorsque le contribuable change de résidence, les impositions de l'année du changement et des années antérieures peuvent être établies soit par les agents du ressort du nouveau lieu de résidence, soit par ceux du ressort de l'ancien lieu de résidence.
3. M. B fait valoir que son dossier aurait dû être confié au service des impôts des impôts des non-résidents, ne résidant plus à l'île de la Réunion depuis 2007 mais à Madagascar. Toutefois, il n'est pas contesté qu'il a déclaré, au titre de ses revenus des années 2018, 2019 et 2020, résider au 33, rue Malartic à Saint-Denis de La Réunion et n'a jamais déclaré de changement de lieu de résidence. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du service des impôts des particuliers de Saint-Denis ne peut qu'être écarté.
Sur le bien-fondé de l'imposition :
4. Aux termes de l'article 31 du code général des impôts : " I. - Les charges de la propriété déductibles pour la détermination du revenu net comprennent : / 1° Pour les propriétés urbaines : / () / d) Les intérêts de dettes contractées pour la conservation, l'acquisition, la construction, la réparation ou l'amélioration des propriétés, y compris celles dont le contribuable est nu-propriétaire et dont l'usufruit appartient à un organisme d'habitations à loyer modéré mentionné à l'article L. 411-2 du code de la construction et de l'habitation, à une société d'économie mixte ou à un organisme disposant de l'agrément prévu à l'article L. 365-1 du même code / () ".
5. Il résulte de ces dispositions que les dépenses mentionnées au I de l'article 31 du code général des impôts précité ne peuvent être déduites du revenu foncier brut que dans la mesure où les charges alléguées sont dûment justifiées, se rapportent à des immeubles dont les revenus sont imposables dans la catégorie des revenus fonciers, sont effectivement supportées par le propriétaire et sont engagées en vue de l'acquisition et de la conservation du revenu. Les dépenses de réparation, d'entretien ou d'amélioration doivent notamment, pour être admises en déduction, avoir été effectuées par le propriétaire et avoir été réellement payées au cours de l'année d'imposition. Il appartient au contribuable de justifier de la réalité, de la consistance et, par suite, du caractère déductible de ces charges en produisant des pièces justificatives, qui peuvent être constituées de factures, de plans, de photographies et de tous autres éléments permettant d'établir avec précision la nature, le montant et la réalité des charges supportées.
6. Il est constant que M. B a perçu, au titre des années 2018, 2019 et 2020, des revenus fonciers. Pour remettre en cause le montant des charges déductibles déclarées par le requérant, l'administration fiscale a estimé, d'une part, que la seule fourniture d'un tableau d'amortissement et d'un reçu rédigé en anglais ne permettaient pas d'établir que le prêt avait été régulièrement remboursé et que l'emprunt avait été contracté pour la conservation, l'acquisition, la construction, l'agrandissement, la réparation ou l'amélioration des immeubles donnés en location et, d'autre part, qu'aucune déclaration de contrat de prêt n'avait été enregistrée auprès de l'administration. Si M. B soutient que le 26 juin 2022, il a transmis à l'administration fiscale trois formulaires 2062 relatifs à la déclaration d'emprunt qu'il a contracté auprès d'un particulier, cette circonstance, au demeurant non établie, ne permet pas d'établir le caractère probant des justificatifs présentés au service. En outre, s'il fait valoir que les pièces transmises à l'administration consistant en des plans d'amortissement des emprunts et en des reçus de paiement de sa dette en espèce suffisent à démontrer la réalité et le caractère déductible des charges qu'il a déclarées, il ne produit aucune de ces pièces dans la présente instance. Ainsi, M. B qui n'apporte aucun justificatif suffisamment probant des charges qu'il entend voir déduire de ses revenus bruts fonciers, n'est pas fondé à soutenir que c'est à tort que l'administration en a remis en cause la déduction au titre des années 2018, 2019 et 2020.
7. Aux termes de l'article 155 du code général des impôts : " IV. - 1. Sous réserve du 2, l'exercice à titre professionnel implique la participation personnelle, directe et continue à l'accomplissement des actes nécessaires à l'activité. / 2. L'activité de location directe ou indirecte de locaux d'habitation meublés ou destinés à être loués meublés est exercée à titre professionnel lorsque les deux conditions suivantes sont réunies : / 2° Les recettes annuelles retirées de cette activité par l'ensemble des membres du foyer fiscal excèdent 23 000 € ; / 3° Ces recettes excèdent les revenus du foyer fiscal soumis à l'impôt sur le revenu dans les catégories des traitements et salaires au sens de l'article 79, des bénéfices industriels et commerciaux autres que ceux tirés de l'activité de location meublée, des bénéfices agricoles, des bénéfices non commerciaux et des revenus des gérants et associés mentionnés à l'article 62. () ". Aux termes de l'article 156 du même code : " L'impôt sur le revenu est établi d'après le montant total du revenu net annuel dont dispose chaque foyer fiscal. Ce revenu net est déterminé eu égard aux propriétés et aux capitaux que possèdent les membres du foyer fiscal () aux professions qu'ils exercent, aux traitements, salaires, pensions et rentes viagères dont ils jouissent ainsi qu'aux bénéfices de toutes opérations lucratives auxquelles ils se livrent, sous déduction : I. du déficit constaté pour une année dans une catégorie de revenus () Toutefois, n'est pas autorisée l'imputation : () 1° ter Des déficits du foyer fiscal provenant de l'activité de location directe ou indirecte de locaux d'habitation meublés ou destinés à être loués meublés lorsque l'activité n'est pas exercée à titre professionnel au sens du VII de l'article 151 septies. Ces déficits s'imputent exclusivement sur les revenus provenant d'une telle activité au cours de celles des dix années suivantes pendant lesquelles l'activité n'est pas exercée à titre professionnel au sens des mêmes dispositions () ". Et aux termes de l'article 53 A de ce code : " () les contribuables () sont tenus de souscrire chaque année (), une déclaration permettant de déterminer et de contrôler le résultat imposable de l'année ou de l'exercice précédent () ".
8. M. B soutient que les déficits fonciers des exercices 2016 et 2017 générés par son activité de location meublée doivent être imputés sur ses revenus globaux au titre de son activité de loueur en meublé professionnel et pris en compte dans ses déclarations de revenus des années 2018, 2019 et 2020. S'il n'est pas contesté par l'administration fiscale que l'activité de location meublée de M. B est exercée à titre professionnel, elle a toutefois remis en cause l'imputation des déficits fonciers des exercices 2016 et 2017 générés par cette activité sur les revenus globaux de l'intéressé au motif que celui-ci n'avait pas respecté ses obligations déclaratives, aucune déclaration des revenus de locations meublées professionnels n'ayant été déposé au titre de ces mêmes années. A cet égard, s'il résulte de l'instruction que M. B a déposé une déclaration de début d'activité le 18 mars 2022, elle n'a pas pu être prise en compte dès lors, d'une part, qu'elle visait une activité de loueur en meublé non professionnel et, d'autre part, qu'il y est précisé que le domicile de l'intéressé se trouve à Saint-Denis, alors que ce dernier a indiqué ne plus résider à La Réunion depuis 2007. Dans ces conditions, M. B n'est pas fondé à soutenir que les déficits générés par son activité de location meublée doivent être imputés sur son revenu global.
9. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander la réduction des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu mises à sa charge au titre des années 2018, 2019 et 2020. Par voie de conséquence, ses conclusions relatives aux frais d'instance doivent également être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C B et au directeur régional des finances publiques de La Réunion.
Délibéré après l'audience du 18 juin 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Khater, présidente,
M. Le Merlus, conseiller.
Mme Lebon, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe du tribunal le 2 juillet 2024.
Le rapporteur,
T. LE MERLUS
La présidente,
A. KHATER
La greffière,
J. BELENFANT
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique de la France en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
jb
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