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AccueilJurisprudence administrativeN° TA101-2201031

Tribunal Administratif de La Réunion — Décision N° TA101-2201031

jeudi 12 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de La Réunion
SectionTribunal Administratif de La Réunion
N° DossierTA101-2201031
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation2ème chambre

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de La Réunion a rejeté la requête de la SAS Réunion Hard Discount Océan Indien (RHDOI) qui contestait le calcul de sa cotisation foncière des entreprises pour les années 2019, 2020 et 2021. La société, qui supportait la charge de la preuve, n'a pas démontré le caractère exagéré des impositions, notamment en ce qui concerne les surfaces retenues par l'administration pour évaluer la valeur locative de son supermarché. Le tribunal a également jugé irrecevables les conclusions relatives aux intérêts moratoires, faute de litige né et actuel avec le comptable. La décision s'appuie sur les articles 1498 du code général des impôts et R. 194-1 du livre des procédures fiscales.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 17 aout 2022, la société par actions simplifiée (SAS) Réunion Hard Discount Océan Indien (RHDOI), représentée par Me Alibhaye, demande au tribunal :

1°) de prononcer la réduction de la cotisation foncière des entreprises auxquelles elle a été assujettie au titre des années 2019, 2020 et 2021 à hauteur des sommes respectives de 32 847 euros, 31 755 euros et de 30 838 euros ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'intérêts moratoires sur le fondement de l'article L. 208 du livre des procédures fiscales ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que les surfaces retenues par l'administration fiscale pour évaluer la valeur locative des locaux occupés au titre des années 2019, 2020 et 2021 sont erronées.

Par un mémoire en défense, enregistré le 9 janvier 2023, le directeur régional des finances publiques de La Réunion conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens de la requête de la SAS RHDOI ne sont pas fondés.

Par courrier du 12 novembre 2024, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de ce que, en l'absence de litige né et actuel opposant le comptable responsable du remboursement et la SAS RHDOI, les conclusions tendant au paiement des intérêts moratoires sont prématurées et doivent être rejetées comme irrecevables.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Monlaü, premier conseiller,

- les conclusions de M. Ramin, rapporteur public,

- les parties n'étant ni présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. La société par actions simplifiée Réunion Hard Discount Océan Indien (SAS RHDOI) a été assujettie à la cotisation foncière des entreprises au titre des années 2019, 2020 et 2021, d'un montant respectivement de 32 847 euros, 31 755 euros et de 30 838 euros, à raison de l'exploitation d'un bien à usage de supermarché, sous l'enseigne Leclerc, situé 4, avenue Roland Garros à Sainte-Marie en conséquence d'un bail commercial conclu avec la SCI Wong Wing Cheung. Par une réclamation en date du 28 décembre 2020, la société a présenté une réclamation au centre des impôts fonciers (CDIF) de Saint-Denis de La Réunion et a adressé le même jour une réclamation au service des impôts des entreprises (SIE) de Saint-Denis de La Réunion en faisant valoir que l'évaluation de la valeur locative de son établissement devrait être calculée par comparaison avec le local-type n° 116 de la commune du Port en retenant un coefficient d'ajustement de 0,90 dont le prix est de 17,42 euros au m². Par une décision du 7 juin 2022, l'administration a accepté de retenir le local-type n°116 précité comme terme de comparaison, et rejeté la demande d'application du coefficient d'ajustement de 0,90 ainsi que la révision des surfaces proposées par la société requérante servant de base de calcul des cotisations foncières des entreprises. Par la présente requête, la SAS RHDOI demande la réduction de la cotisation foncière des entreprises à laquelle elle a été assujettie au titre des années 2019, 2020 et 2021.

Sur le bien-fondé des impositions :

En ce qui concerne la charge de la preuve :

2. Aux termes de l'article R. 194-1 du livre des procédures fiscales : " Lorsque, ayant donné son accord à la rectification ou s'étant abstenu de répondre dans le délai légal à la proposition de rectification, le contribuable présente cependant une réclamation faisant suite à une procédure contradictoire de rectification, il peut obtenir la décharge ou la réduction de l'imposition, en démontrant son caractère exagéré. Il en est de même lorsqu'une imposition a été établie d'après les bases indiquées dans la déclaration souscrite par un contribuable ou d'après le contenu d'un acte présenté par lui à la formalité de l'enregistrement. ".

3. La SAS RHDOI a été imposée conformément à ses déclarations. Dès lors, il incombe à la société requérante d'établir le caractère exagéré des impositions auxquelles elle a été assujettie.

4. Aux termes de l'article 1498 du code général des impôts dans sa version applicable au 1er janvier 2019 : " I. - La valeur locative de chaque propriété bâtie ou fraction de propriété bâtie, autres que les locaux mentionnés au I de l'article 1496, que les établissements industriels mentionnés à l'article 1499 et que les locaux dont la valeur locative est déterminée dans les conditions particulières prévues à l'article 1501, est déterminée selon les modalités prévues aux II ou III du présent article. II. - A. - La valeur locative de chaque propriété bâtie ou fraction de propriété bâtie mentionnée au I est déterminée en fonction de l'état du marché locatif à la date de référence du 1er janvier 2013, sous réserve de la mise à jour prévue au III de l'article 1518 ter. Elle est obtenue par application d'un tarif par mètre carré déterminé conformément au 2 du B du présent II à la surface pondérée du local définie au C du présent II." Aux termes de du C du II de cet article : " C. - La surface pondérée d'un local est obtenue à partir de la superficie de ses différentes parties, réduite, le cas échéant, au moyen de coefficients fixés par décret, pour tenir compte de leur utilisation et de leurs caractéristiques physiques respectives ". Aux termes de l'article 324 Z de l'annexe III au même code : " Pour l'application du C du II de l'article 1498 du code général des impôts, la surface pondérée d'un local est la somme, le cas échéant arrondie au mètre carré inférieur, des superficies de ses différentes parties, affectées, le cas échéant, du coefficient mentionné au troisième alinéa. La superficie des différentes parties d'un local, y compris celle des dégagements et sanitaires, est la superficie réelle, mesurée au sol, entre murs ou séparations et arrondie au mètre carré inférieur / Lorsque l'une de ces parties a une valeur d'utilisation réduite par rapport à l'affectation principale du local, la superficie de cette partie est réduite par application d'un coefficient fixé à 0,5 lorsque cette partie est couverte et à 0,2 dans le cas contraire. ". L'appréciation de la consistance d'un bien, par le recours à sa superficie, peut faire l'objet d'une pondération de la surface de ses différents éléments afin de tenir compte de la valeur d'utilisation des différentes unités composant le bien, notamment en fonction de leur affectation et de leur emplacement au sein du local.

5. La SAS RHDOI soutient que la superficie pondérée de son établissement s'établit à 2 290 m² alors qu'une superficie de 3 030 m² a été prise en compte pour établir les impositions litigieuses, ainsi que cela ressort de l'évaluation foncière des propriétés bâties locaux professionnels du 28 octobre 2020. Elle expose qu'eu égard à l'imprécision des surfaces initialement déclarées par le propriétaire des locaux, la SCI Wong Wing Cheung, telles que figurant dans le bail commercial renouvelé en 2010, elle a procédé, en transmettant à l'administration un plan d'intervention " sécurité " du supermarché, à un nouveau calcul des surfaces réelles déclarées dans les formulaires 6660 REV et 6660 CBD que l'administration n'a pas pris en compte. Toutefois il résulte de l'instruction que d'une part, l'administration s'est fondée sur les surfaces indiquées dans la déclaration 6660 REV du propriétaire des locaux du 25 mars 2013 dont il n'est pas établi par la société requérante qu'elles seraient erronées, d'autre part, le plan de sécurité versé ne mentionne aucune surface. La société requérante qui s'est abstenue de répondre à la demande du service foncier des impôts de produire des documents plus précis tels que par exemple un plan métré qui permettrait de valider les surfaces dont la société souhaite la révision et qui s'est bornée à reproduire dans sa requête un tableau de surfaces, ne conteste ainsi pas utilement les surfaces retenues en dernier lieu par le service. Par suite, le moyen tiré des erreurs concernant les surfaces retenues doit être écarté.

6. Il résulte de ce qui précède que les conclusions aux fins de réduction des impositions litigieuses présentées par la société requérante doivent être rejetées.

Sur les intérêts moratoires de l'article L. 208 du livre des procédures fiscales :

7. Aux termes de l'article L. 208 du livre des procédures fiscales : " Quand l'Etat est condamné à un dégrèvement d'impôt par un tribunal ou quand un dégrèvement est prononcé par l'administration à la suite d'une réclamation tendant à la réparation d'une erreur commise dans l'assiette ou le calcul des impositions, les sommes déjà perçues sont remboursées au contribuable et donnent lieu au paiement d'intérêts moratoires dont le taux est celui de l'intérêt de retard prévu à l'article 1727 du code général des impôts. Ces intérêts sont également dus lorsque l'administration prononce un dégrèvement pour corriger une erreur qu'elle a commise dans l'établissement de l'assiette ou le calcul des impositions. Les intérêts courent du jour du paiement. Ils ne sont pas capitalisés. () ".

8. Les intérêts dus au contribuable en vertu de l'article L. 208 du livre des procédures fiscales, en cas de remboursements effectués en raison de dégrèvements d'impôts prononcés par un tribunal ou par l'administration des impôts à la suite d'une réclamation sont, en application de l'article R. 208-1 du même livre, " payés d'office en même temps que les sommes remboursées au contribuable par le comptable chargé du recouvrement des impôts ". En l'absence de litige né et actuel opposant le comptable responsable du remboursement et la SAS RHDOI, les conclusions tendant au paiement des intérêts moratoires sont prématurées et doivent être rejetées comme irrecevables.

Sur les frais liés au litige :

9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que l'Etat, qui n'a pas la qualité de partie perdante, verse à la SAS RHDOI la somme que celle-ci réclame au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1 : La requête de la SAS RHDOI est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société par actions simplifiée Réunion Hard Discount Océan Indien et au directeur régional des finances publiques de La Réunion.

Délibéré après l'audience du 28 novembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Blin, présidente,

M. Monlaü, premier conseiller,

Mme Tomi, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 décembre 2024.

Le rapporteur,

X. MONLAÜ

La présidente,

A. BLIN

La greffière,

S. LE CARDIET-BALOUKJY

La République mande et ordonne au préfet de La Réunion en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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