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AccueilJurisprudence administrativeN° TA101-2201033

Tribunal Administratif de La Réunion — Décision N° TA101-2201033

mercredi 31 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de La Réunion
SectionTribunal Administratif de La Réunion
N° DossierTA101-2201033
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantCHARREL ET ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 18 août 2022, la société Transports C. Joseph, représentée par la SELARL Franklin Bach, mandataire liquidateur, ayant pour avocat Me Rayssac, demande au tribunal :

1°) d'annuler les titres de recette émis le 24 mai 2022 par la communauté d'agglomération du territoire de la côte Ouest (TCO), ainsi que la décision de compensation prise par le comptable public à l'égard ces titres de recette ;

2°) d'ordonner le remboursement par le TCO et la Trésorerie du Port, in solidum, de la somme de 46 685,62 euros ;

3°) de mettre à la charge du TCO et de la Trésorerie du Port, in solidum, une somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la requête est recevable dès lors que le liquidateur n'a pas été régulièrement informé de l'émission des titres exécutoires ;

- la compensation effectuée entre la dette du TCO et les pénalités réclamées à l'entreprise est irrégulière en l'absence de titre exécutoire à la date de l'acte, et en l'absence de créance liquide et exigible ;

- les pénalités, manifestement excessives, ne sont pas fondées.

Par un mémoire en défense enregistré le 24 octobre 2022, le directeur régional des finances publiques de la Réunion conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que la procédure de compensation a été mise en œuvre dans des conditions régulières.

Par un mémoire en défense enregistré le 11 mai 2023, le TCO représenté par Me Charrel, avocat, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de la requérante une somme de 4 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que :

- la procédure de compensation a été mise en œuvre dans des conditions régulières ;

- les pénalités n'ont pas été contestées dans les formes prévues par le CCAG-FCS ;

- elles correspondent à des manquements qui sont établis.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la commande publique ;

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code civil ;

- le code de commerce ;

- l'arrêté du 30 mars 2021 portant approbation du cahier des clauses administratives générales des marchés publics de fournitures courantes et de services ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Tomi, première conseillère,

- les conclusions de M. Ramin, rapporteur public,

- les observations de Me Garnier substituant Me Charrel, pour le TCO.

Considérant ce qui suit :

1. Suite à l'exécution du lot 16 du marché de transports scolaires n° 2021DMT034, dont la société Transports C. Joseph était titulaire et qui a fait l'objet d'une résiliation pour faute le 19 février 2022, le TCO a émis à l'encontre de l'entreprise, le 25 avril 2022, dix titres de recette se rapportant à des pénalités contractuelles, pour un montant global de 155 350 euros. Par jugement du 21 avril 2022, qui faisait suite à une décision de redressement judiciaire intervenue le 7 décembre 2021, le tribunal mixte de commerce de Saint-Pierre prononçait la liquidation judiciaire de la société Transports C. Joseph. Le 9 mai 2022, le TCO émettait un mandat en paiement pour une facture de 46 102,84 euros se rattachant à des prestations effectuées par l'entreprise sur la base d'un ordre de service établi en février 2022 au titre du lot 16. Le 13 mai 2022, le comptable public procédait à une compensation à hauteur de ce montant. Par la présente requête, la société Transport C. Joseph, représentée par son mandataire liquidateur, demande au tribunal d'annuler les dix titres de recette susmentionnés, ainsi que la décision de compensation du 13 mai 2022, et d'ordonner le remboursement de la somme concernée.

2. D'une part, aux termes de l'article 1347-1 du code civil : " Sous réserve des dispositions prévues à la sous-section suivante, la compensation n'a lieu qu'entre deux obligations fongibles, certaines, liquides et exigibles. Sont fongibles les obligations de somme d'argent, même en différentes devises, pourvu qu'elles soient convertibles, ou celles qui ont pour objet une quantité de choses de même genre ". Aux termes de l'article 1348-1 du même code : " Le juge ne peut refuser la compensation de dettes connexes au seul motif que l'une des obligations ne serait pas liquide ou exigible. Dans ce cas, la compensation est réputée s'être produite au jour de l'exigibilité de la première d'entre elles. Dans le même cas, l'acquisition de droits par un tiers sur l'une des obligations n'empêche pas son débiteur d'opposer la compensation ". D'autre part, aux termes de l'article L. 622-7 du code de commerce, applicable au redressement judiciaire et à la liquidation judiciaire : " Le jugement ouvrant la procédure emporte, de plein droit, interdiction de payer toute créance née antérieurement au jugement d'ouverture, à l'exception du paiement par compensation de créances connexes () ". Enfin, l'article 46-2 de l'arrêté du 30 mars 2021 portant approbation du cahier des clauses administratives générales des marchés publics de fournitures courantes et de services prévoit que : " Tout différend entre le titulaire et l'acheteur doit faire l'objet, de la part du titulaire, d'un mémoire en réclamation exposant précisément les motifs de ce différend et indiquant, le cas échéant, pour chaque chef de contestation, le montant des sommes réclamées et leur justification. Ce mémoire doit être communiqué à l'acheteur dans le délai de deux mois courant à compter du jour où le différend est apparu. Le délai de communication du mémoire en réclamation est prescrit à peine de forclusion ".

3. Si la société Transports C. Joseph soutient que la compensation serait irrégulière en l'absence de caractère liquide et exigible des créances, et en l'absence de déclaration de la créance, il résulte de l'instruction que les créances résultant des pénalités appliquées par le TCO en conséquence des manquements relevés au cours de l'exécution du contrat ont donné lieu à l'émission, le 25 avril 2022, de dix titres de recettes qui ont été adressés à l'entreprise par la voie postale le 11 mai 2022 et n'ont pas suscité, de la part de celle-ci, une contestation exprimée selon les formes prévues par l'article 46 du CCAG-FCS, ses allégations selon lesquelles un courrier de contestation aurait été adressé au TCO par voie d'huissier n'étant étayées par aucun justificatif. Par ailleurs, il y a lieu de constater que les créances du TCO relatives aux pénalités pour manquements et la dette de ce même établissement public correspondant à la facture émise par la société requérante en vue du paiement d'une prestation accomplie sur le fondement d'un ordre de service, se rattachent l'une et l'autre à l'exécution du lot 16 du marché de transport scolaire. De ce fait, elles présentent un lien de connexité autorisant la compensation, conformément aux dispositions de l'article 1347-1du code civil précité. Par suite, la décision de compensation prise par le comptable public le 13 mai 2022 en prenant en compte, pour refuser le paiement de la somme de 46 102,84 euros, l'existence des titres de recette émis le 25 avril 2022, lesquels revêtaient un caractère exécutoire, n'est pas entachée d'illégalité.

4. Enfin, si la société Transport C. Joseph soutient que les pénalités qui lui ont été infligées seraient disproportionnées au regard des manquements allégués, qui selon elle seraient imputables au TCO, il résulte de l'instruction que ces manquements, dûment constatés par les agents du TCO, sont avérés, présentent un réel caractère de gravité et peuvent être regardés comme relevant de la seule responsabilité de l'entreprise, laquelle avait disposé de plusieurs mois depuis la décision d'attribution pour organiser et mettre en œuvre selon des modalités régulières le service de transport scolaire qui lui était confié. Par suite, les pénalités mises à sa charge pour un montant total de 155 350 euros ne sont pas manifestement excessives au regard du marché.

5. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation doivent être rejetées, de même que, par voie de conséquence, les conclusions à fin de remboursement et celles tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit à la demande du TCO présentée sur ce même fondement.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la société Transports C. Joseph représentée par la SELARL Franklin Bach, liquidateur, est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par le TCO au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la SELARL Franklin Bach, mandataire liquidateur la société Transports C. Joseph, au TCO et au directeur régional des finances publiques de La Réunion.

Copie en sera adressée au préfet de La Réunion.

Délibéré après l'audience du 13 juin 2024, à laquelle siégeaient :

M. Aebischer, président,

M. Monlaü premier conseiller,

Mme Tomi, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 juillet 2024.

La rapporteure,

N. TOMI

Le président,

M.-A. AEBISCHERLe greffier,

F.IDMONT

La République mande et ordonne au préfet de La Réunion en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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