jeudi 26 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de La Réunion |
| Section | Tribunal Administratif de La Réunion |
| N° Dossier | TA101-2201058 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | NORMAND & ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 24 août 2022, Mme C agissant en sa qualité de représentante légale de sa fille D H, représentée par Me Lomari, avocate, demande au tribunal :
1°) de condamner le département de La Réunion à lui verser la somme de 58 713 euros correspondant en réparation des préjudices subis par sa fille ;
2°) de mettre à la charge du département de La Réunion une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la responsabilité sans faute du département de La Réunion est engagée envers elle, en sa qualité d'assistante maternelle agréée pour les dommages que sa fille a subi du fait d'un enfant dont l'accueil lui a été confié ;
- ses préjudices s'établissent selon le rapport d'expert à 3 100 euros au titre de frais d'assistance par tierce personne, à 20 000 euros au titre des souffrances endurées, à 4 000 euros au titre du préjudice esthétique temporaire, à 7 623 euros au titre du déficit fonctionnel temporaire, à 18 690 euros au titre du déficit fonctionnel permanent, à 2 000 euros au titre du préjudice d'agrément, à 1 000 euros au titre du préjudice esthétique permanent, à 1 500 euros au titre des frais irrépétibles du référé expertise et au remboursement des frais d'expertise de 800 euros.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 6 janvier 2023 et 30 mai 2024, le département de La Réunion, représenté par Me Cariou, avocat, conclut à ce que la demande indemnitaire soit ramenée à une somme qui ne saurait excéder 17 595 euros.
Il soutient que les préjudices dont la réparation est demandée sont surévalués.
Par un mémoire, enregistré le 2 mai 2024, la caisse générale de la sécurité sociale de La Réunion (CGSSR) demande au tribunal de mettre à la charge du département la somme de 13 623,37 euros somme à parfaire dès la consolidation de l'état de santé de l'assurée.
Par une ordonnance du 1er juillet 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 22 juillet 2024 à 12h.
Vu :
- l'ordonnance n° 2000765 du 7 avril 2022 liquidant et taxant les frais d'expertise à la somme de 800 euros HT ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des collectivités territoriales ;
- le code de l'action sociale et des familles ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Monlaü, premier conseiller,
- les conclusions de M. Sauvageot, rapporteur public,
- et les observations de Me Lomari pour la requérante et de Me Remongin, substituant Me Cariou, pour le département de La Réunion.
Considérant ce qui suit :
1. Dans le cadre d'une mesure d'assistance éducative, un contrat d'accueil continu a été mis en place entre le département de La Réunion et Mme C, assistante familiale, visant à accueillir l'enfant E A à compter du 6 janvier 2018. Le 11 novembre 2019, cet enfant, âgé de 10 ans, a blessé à l'œil la fille de Mme C âgée de 6 ans D H, laquelle a été prise en charge le même jour au centre hospitalier universitaire de La Réunion, afin d'y subir un barrage laser en raison de l'apparition d'un décollement de la rétine. Par une ordonnance du 19 octobre 2020, le juge des référés a prescrit une expertise médicale. L'expert a remis son rapport le 11 janvier 2021. Par la présente requête, Mme C agissant en qualité de représentante légale de sa fille, D H, demande au tribunal de condamner le département de La Réunion à lui verser la somme de 58 713 euros en réparation des préjudices subis par sa fille.
2. Aux termes de l'article L. 421-13 du code de l'action sociale et des familles, alors en vigueur : " Les assistants maternels agréés employés par des particuliers doivent obligatoirement s'assurer pour tous les dommages, quelle qu'en soit l'origine, que les enfants gardés pourraient provoquer et pour ceux dont ils pourraient être victimes. Leurs employeurs sont tenus, avant de leur confier un enfant, de vérifier qu'ils ont bien satisfait à cette obligation. Les assistants maternels employés par des personnes morales, les assistants familiaux ainsi que les personnes désignées temporairement pour remplacer ces derniers sont obligatoirement couverts contre les mêmes risques par les soins des personnes morales qui les emploient ". Il résulte de ces dispositions législatives que la responsabilité du département, dont relève le service de l'aide sociale à l'enfance, est engagée, même sans faute, envers une assistante maternelle agréée pour les dommages subis par celle-ci du fait d'un enfant dont l'accueil lui a été confié. Eu égard au rôle reconnu à la "famille d'accueil" par les dispositions de l'article L. 421-16 du code de l'action sociale et des familles, alors en vigueur, la responsabilité du département s'étend aux dommages subis par les personnes résidant au domicile de l'assistante maternelle.
3. Il résulte de l'instruction que le 11 novembre 2019, vers 16 heures, le jeune A E, âgé de 10 ans accueilli par Mme C dans le cadre d'une prise en charge par l'aide sociale à l'enfance du département de La Réunion, a blessé avec un cutter la jeune G F au niveau de l'œil gauche. La responsabilité du département est par suite engagée sans faute envers Mme C en sa qualité de représente légale de sa fille, pour les préjudices qu'elle a subis du fait de cet accident provoqué par l'enfant dont l'accueil lui avait été confié. Par ailleurs, il ne résulte pas de l'instruction et il n'est d'ailleurs pas allégué que le dommage serait imputable à une faute de la victime ou à un cas de force majeure. En outre, tant la matérialité des faits que l'existence d'un lien de causalité entre ceux-ci et les dommages subis par la jeune D sont établis.
4. ll s'ensuit que la responsabilité sans faute du département de La Réunion est engagée à l'égard de D Mong F, dont l'état n'est pas consolidé. Il y a donc lieu de condamner le département à réparer l'entier préjudice subi par D Mong F.
Sur l'indemnisation :
Sur les droits de la caisse de sécurité sociale :
5. Il résulte du décompte détaillé produit par la CGSSR que ses débours s'élèvent à la somme de 13 623,37 euros, dont 12 658 euros pour les frais d'hospitalisation de l'enfant pour la période du 11 novembre 2019 au 27 avril 2021, 824,58 euros pour les frais médicaux de la période du 11 novembre 2019 au 28 juin 2023 et 140,79 euros pour les frais pharmaceutiques pour la période du 15 novembre 2019 au 29 juin 2022. Par suite, il y a lieu de faire droit à la demande de la CGSSR tendant à ce qu'elle soit remboursée de ses débours à hauteur de la somme de 13 623,37 euros qu'elle demande.
Sur l'évaluation des préjudices de la victime :
S'agissant des préjudices patrimoniaux :
En ce qui concerne les frais d'assistance par tierce personne :
6. Lorsque le juge administratif indemnise la victime d'un dommage corporel du préjudice résultant pour elle de la nécessité de recourir à l'aide d'une tierce personne dans les actes de la vie quotidienne, il détermine d'abord l'étendue de ces besoins d'aide et les dépenses nécessaires pour y pourvoir. Il fixe, ensuite, le montant de l'indemnité qui doit être allouée par la personne publique responsable du dommage, en tenant compte des prestations dont, le cas échéant, la victime bénéficie par ailleurs et qui ont pour objet la prise en charge de tels frais. Il doit à cette fin se fonder sur un taux horaire déterminé, au vu des pièces du dossier, par référence, soit au montant des salaires des personnes à employer augmentés des cotisations sociales dues par l'employeur, soit aux tarifs des organismes offrant de telles prestations, en permettant le recours à l'aide professionnelle d'une tierce personne d'un niveau de qualification adéquat et sans être lié par les débours effectifs dont la victime peut justifier. Il n'appartient notamment pas au juge, pour déterminer cette indemnisation, de tenir compte de la circonstance que l'aide a été ou pourrait être apportée par un membre de la famille ou un proche de la victime.
7. Il résulte de l'instruction, notamment du rapport de l'expert désigné par le juge des référés, que l'état de santé de la fille de Mme C a nécessité l'assistance d'une tierce personne non spécialisée pour l'assistance aux besoins de la vie quotidienne à raison d'une heure par jour pendant un mois après chacune des interventions chirurgicales subies les 11 novembre 2019, 3 mars 2020, 26 mai 2020 et 27 avril 2021, soit pendant quatre mois. En tenant compte de la valeur moyenne du salaire minimum interprofessionnel de croissance sur la période considérée, augmentée des charges sociales incombant à l'employeur, du coût des congés payés et de la majoration pour dimanche et jours fériés, il sera fait une juste appréciation du préjudice qui a résulté pour la requérante du besoin d'une aide non spécialisée par une tierce personne en l'indemnisant selon un taux horaire de 13 euros. Mme C n'apporte aucun élément de nature à justifier que le coût de cette assistance devrait être déterminé à un taux supérieur, estimé selon elle à 25 euros. Par suite, le préjudice subi par la requérante résultant de l'assistance par tierce personne doit être évalué à la somme de 1 560 euros.
En ce qui concerne les frais consécutifs au référé expertise :
8. Il résulte de l'instruction que la demande de remboursement des frais exposés et non compris dans les dépens exposés lors de l'instance n° 2000765 a été rejetée par le juge des référés. La requérante, qui ne justifie pas en toute hypothèse de la réalité de ce préjudice, n'est pas fondée à demander dans le cadre de la présente instance, le remboursement de tels frais.
S'agissant des préjudices personnels :
En ce qui concerne le déficit fonctionnel temporaire :
9. Il résulte de l'instruction, notamment du rapport d'expertise, que la jeune D a été hospitalisée pendant 8 jours et a souffert d'un déficit fonctionnel temporaire total pendant cette période. Elle a ensuite subi un déficit fonctionnel partiel au taux de 25% pendant une période totale de 908 jours, du 15 novembre 2019 au 10 mai 2022. En prenant en compte une base de 20 euros par jour suffisante au regard des circonstances prises en compte, l'indemnisation du déficit fonctionnel temporaire doit être fixée à titre provisionnelle au regard de l'absence de consolidation de son état de santé, à la somme de 4 562 euros.
En ce qui concerne le déficit fonctionnel permanent :
10. Il ressort de l'instruction, notamment du rapport d'expertise, que la perte totale et définitive fonctionnelle de l'œil gauche de la jeune D ne peut être totalement exclue et que son déficit fonctionnel permanent ne saurait être inférieur, selon l'expert, à 7%. Compte tenu de son âge, il sera fait une juste appréciation de son préjudice en lui allouant une indemnité provisionnelle d'un montant de 6 000 euros.
En ce qui concerne le préjudice esthétique :
11. Il résulte de l'instruction, notamment du rapport d'expertise, que le préjudice esthétique temporaire de la jeune D peut être évalué à 2,5/7. Compte tenu du port d'une coque rigide sur l'œil durant 18 mois, il sera fait une juste appréciation de ce préjudice en lui allouant une indemnité provisionnelle d'un montant de 2 100 euros. Par ailleurs, le préjudice esthétique permanent de la jeune D peut être évalué à 0,5/7. Il sera fait une juste appréciation de ce préjudice en lui allouant une indemnité provisionnelle d'un montant de 500 euros.
En ce qui concerne les souffrances endurées :
12. Il résulte de l'instruction, notamment du rapport d'expertise, que la jeune D a subi quatre interventions chirurgicales du fait de l'accident survenu le 11 novembre 2019, son état n'étant pas consolidé. Les souffrances endurées ont été évaluées par l'expert à 4/7. Dans les circonstances de l'espèce, il sera fait une juste appréciation du préjudice subi à ce titre par la jeune D en lui attribuant une indemnité provisionnelle d'un montant de 8 000 euros.
En ce qui concerne le préjudice d'agrément :
13. Il résulte de l'instruction que, du fait des séquelles de l'accident, la jeune D restera atteinte d'un préjudice d'agrément en ce qu'elle sera contrainte de se protéger du soleil et ne pourra profiter de sorties à la plage. Si l'expert a évoqué l'impossibilité de pratiquer un sport à risque, la requérante ne fait état d'aucun projet de pratique sportive auquel elle aurait été contrainte de renoncer par suite de l'accident. Il sera fait une juste appréciation du préjudice d'agrément subi en lui allouant une indemnité provisionnelle d'un montant de 1 000 euros.
14. Il résulte de tout ce qui précède que le département de La Réunion doit être condamné à verser à Mme C une somme totale de 23 722 euros ainsi qu'une somme de 13 623,37 euros à verser à la CGSSR au titre de ses débours.
En ce qui concerne les dépens de l'instance :
15. Aux termes de l'article R. 761-1 du code de justice administrative : " Les dépens comprennent les frais d'expertise, d'enquête et de toute autre mesure d'instruction dont les frais ne sont pas à la charge de l'Etat. Sous réserve de dispositions particulières, ils sont mis à la charge de toute partie perdante sauf si les circonstances particulières de l'affaire justifient qu'ils soient mis à la charge d'une autre partie ou partagés entre les parties. L'Etat peut être condamné aux dépens ". En vertu de ces dispositions, il appartient au juge saisi au fond du litige de statuer, au besoin d'office, sur la charge des frais de l'expertise ordonnée par la juridiction administrative.
16. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge définitive du département de La Réunion les frais d'expertise, qui ont été liquidés et taxés par l'ordonnance du juge de référés du tribunal administratif du 7 avril 2022 à la somme totale de 800 euros.
Sur les frais liés au litige :
17. Il y a lieu, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative de mettre à la charge du département de La Réunion une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par Mme C et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : Le département de La Réunion est condamné à verser à Mme C une indemnité d'un montant de 23 722 euros.
Article 2 : Le département de La Réunion est condamné à verser à la caisse générale de la sécurité sociale de La Réunion la somme de 13 623,37 euros au titre de ses débours.
Article 3 : Les frais et honoraires de l'expertise taxés et liquidés à la somme de 800 euros sont mis à la charge définitive du département de La Réunion.
Article 4 : Le département de La Réunion versera à Mme C la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 6 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C, à la caisse générale de la sécurité sociale de La Réunion et au département de La Réunion.
Délibéré après l'audience du 5 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Blin, présidente,
M. Monlaü, premier conseiller,
Mme Tomi, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 septembre 2024.
Le rapporteur,
X. MONLAÜLa présidente,
A. BLINLa greffière,
S. LE CARDIET-BALOUKJY
La République mande et ordonne au préfet de La Réunion en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026