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AccueilJurisprudence administrativeN° TA101-2201101

Tribunal Administratif de La Réunion — Décision N° TA101-2201101

mercredi 14 août 2024

JuridictionTribunal Administratif de La Réunion
SectionTribunal Administratif de La Réunion
N° DossierTA101-2201101
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantCHARREL ET ASSOCIES

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de La Réunion a rejeté la requête de la société La Réunion Villes Propres (LRVP) qui demandait la condamnation de la communauté intercommunale du Nord de La Réunion (CINOR) à l'indemniser pour des surcoûts liés à l'exécution du lot 2 d'un marché public de bornes à biodéchets. La société invoquait des modifications unilatérales du contrat et des manquements de la CINOR. Le tribunal a jugé la requête irrecevable, car le mémoire de réclamation préalable adressé par LRVP ne détaillait pas suffisamment les bases de calcul des sommes réclamées, en méconnaissance de l'article 37.2 du CCAG-FCS.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 5 septembre 2022 et un mémoire en réplique enregistré le 26 février 2024, la société La Réunion Villes Propres (LRVP), représentée par Me de Metz-Pazzis, avocat, demande au tribunal :

1°) de condamner la communauté intercommunale du Nord de La Réunion (CINOR) à lui verser la somme de 482 726,26 euros, assortie des intérêts au taux légal eux-mêmes capitalisés, en réparation du préjudice subi du fait des surcoûts auxquelles elle a dû faire face pour l'exécution du lot 2 du marché public de " fourniture et maintenance de bornes d'apport volontaire à biodéchets " ;

2°) de mettre à la charge de la CINOR une somme de 5000 € au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- ayant été précédée d'un mémoire de réclamation présenté dans les formes requises, sa requête est recevable ;

- la CINOR a modifié unilatéralement le contrat en reportant la date de livraison des bornes au-delà du délai fixé initialement ;

- la CINOR a manqué à ses obligations contractuelles en s'abstenant de lui communiquer les adresses de livraison des bacs et en exigeant l'édition de 3 000 nouvelles vignettes autocollantes pour tenir compte d'une modification des logos ;

- ces prestations supplémentaires indispensables à l'exécution du marché ouvrent droit à indemnisation ;

- les préjudices subis par l'entreprise du fait des agissements de la CINOR représentent, pour le lot en cause, un montant total de 482 726,26 euros.

Par un mémoire en défense enregistré le 13 février 2023, la CINOR représentée par Me Charrel, avocat, conclut au rejet de la requête ou, à titre subsidiaire, à ce que le montant de l'indemnisation soit limité à 235 598,67 euros ; elle conclut en outre à ce que soit mise à la charge de la société LRVP une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

-la requête est irrecevable dès lors qu'elle n'a pas été précédée d'un mémoire de réclamation présenté dans les formes prescrites par l'article 37.2 du CCAG ;

- la requête est également irrecevable en raison de sa tardiveté ;

- les moyens soulevés par la société LRVP à l'appui de ses prétentions indemnitaires ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la commande publique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Tomi, première conseillère,

- les conclusions de M. Ramin rapporteur public,

- les observations de Me de Metz-Pazzis, avocat de la société LRVP,

- les observations de Me Garnier substituant Me Charrel, avocat de la CINOR.

Considérant ce qui suit :

1. La CINOR a attribué à la société La Réunion Villes Propres (LRVP), le 12 mars 2020, les lots 1, 2 et 4 d'un marché portant sur la fourniture et la maintenance de contenants à biodéchets. Le marché passé pour le lot 2 concernait la " fourniture et maintenance de bornes d'apport volontaire à biodéchets ". Cependant, les mesures gouvernementales liées à la crise sanitaire " covid-19 ", notamment la mesure de confinement applicable à compter du 17 mars 2020, ont conduit la CINOR à différer la mise à exécution effective du marché. Ainsi, alors que les bornes devaient être livrées au plus tard le 13 septembre 2020, il a été demandé à l'entreprise, pendant plusieurs mois, de surseoir à cette livraison, laquelle n'est finalement intervenue qu'au cours du premier trimestre 2021. Pour pallier les surcoûts de stockage invoqués par la société LRVP, la CINOR lui a adressé, le 24 décembre 2020, une proposition d'indemnisation devant faire l'objet d'un protocole transactionnel. La procédure transactionnelle n'ayant pas abouti, la société LRVP a mis en demeure la CINOR, par courrier du 16 mars 2022, de lui verser une indemnité de 482 296,93 euros pour le lot 2. La CINOR ayant rejeté cette demande le 5 avril 2022, la société LRVP lui a adressé le 16 mai 2022 un mémoire de réclamation, lequel est resté sans réponse. Par la présente requête, la société LRVP demande au tribunal de condamner la CINOR à l'indemniser, à hauteur de 482 726,26 euros, pour les préjudices qu'elle estime avoir subis du fait des dépenses supplémentaires auxquelles elle a dû faire face pour l'exécution du lot 2, les surcoûts invoqués concernant principalement les frais de stockage découlant du report de livraison des bornes.

2. Aux termes de l'article 37.2 du cahier des clauses administratives générales des marchés publics de fournitures courantes et de services (CCAG-FCS), dans sa version applicable en l'espèce : " Tout différend entre le titulaire et le pouvoir adjudicateur doit faire l'objet, de la part du titulaire, d'un mémoire de réclamation exposant les motifs et indiquant, le cas échéant, le montant des sommes réclamées () ". Un mémoire du titulaire du marché ne peut être regardé comme une réclamation au sens des stipulations précitées que s'il comporte l'énoncé d'un différend et expose, de façon précise et détaillée, les chefs de la contestation en indiquant, d'une part, les montants des sommes dont le paiement est demandé et, d'autre part, les motifs de ces demandes, notamment les bases de calcul des sommes réclamées.

3. Il résulte de l'instruction que si la société requérante a, le 16 mai 2022, adressé à la CINOR un courrier mentionnant en objet " mémoire de réclamation " qui exprimait la volonté de l'entreprise d'obtenir une indemnisation, dont le montant était indiqué, à l'égard du différend survenu sur la question des surcoûts auxquels elle avait été confrontée pour l'exécution du lot 2, les bases de calcul de la somme réclamée n'étaient pas exposées de façon précise et détaillée dans le cadre de ce mémoire, et ne pouvaient pas non plus se déduire de la référence, insuffisamment explicite, aux courriers précédemment adressés à la CINOR. Dès lors, cette dernière est fondée à soutenir que, faute pour la société LRVP de justifier de l'accomplissement en temps utile et dans les formes requises de la formalité du mémoire de réclamation, sa requête présentée le 5 septembre 2022 à l'égard du lot 2 est irrecevable.

4. Il résulte de ce qui précède que la requête de la société LRVP doit être rejetée, y compris les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la société requérante la somme que demande la CINOR sur ce même fondement.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la société La Réunion Villes Propres est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par la CINOR au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à la société La Réunion Villes Propres et à la CINOR

Copie en sera adressée au préfet de La Réunion.

Délibéré après l'audience du 27 juin 2024, à laquelle siégeaient :

- M. Aebischer, président,

- M. Monlaü, premier conseiller,

- Mme Tomi, première conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 août 2024.

La rapporteure,

N. TOMI

Le président,

M.-A. AEBISCHERLa greffière,

S. LE CARDIET-BALOUKJY

La République mande et ordonne au préfet de La Réunion en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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