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AccueilJurisprudence administrativeN° TA101-2201300

Tribunal Administratif de La Réunion — Décision N° TA101-2201300

jeudi 26 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de La Réunion
SectionTribunal Administratif de La Réunion
N° DossierTA101-2201300
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation2ème chambre
Avocat requérantRAPADY ALAIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 1er octobre 2022, et des mémoires complémentaires enregistrés les 18 octobre 2023 et 16 février 2024, Mme C D épouse B, représentée par Me Daguenet, doit être regardée comme demandant au tribunal :

1°) d'annuler la convention d'occupation du domaine public en date du 16 juin 2017 conclue entre la société publique locale (SPL) Tamarun d'une part, et M. A et Mme D d'autre part.

2°) de condamner solidairement la commune de Saint-Paul et la SPL Tamarun au paiement des sommes ci-après, majorées des intérêts de droit à compter du 17 mai 2022 et de la capitalisation des intérêts :

- 215 000 euros au titre du préjudice financier ;

- 96 000 euros au titre du manque à gagner ;

- 95 998,11 euros au titre du préjudice matériel ;

- 100 000 euros au titre du préjudice moral.

3°) de rejeter à titre principal les demandes reconventionnelles de la SPL Tamarun, à titre subsidiaire de les ramener à de plus justes proportions ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Saint-Paul et de la SPL Tamarun une somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- elle est recevable à contester le contenu du contrat d'occupation du domaine public ;

- sa demande indemnitaire est recevable dès lors qu'elle a présenté une réclamation préalable chiffrée, la circonstance qu'elle ait également sollicité une médiation étant sans incidence ;

- la convention d'occupation domaniale a un contenu illicite et est entachée de nullité dès lors que la rondavelle objet de la convention est construite dans la zone inconstructible des 50 pas géométriques, aucune autorisation de construire n'a été délivrée à ce sujet et aucune activité lucrative ne peut être exercé sur le domaine public ; la rondavelle est située sur la parcelle EW 335 correspondant à une école primaire ;

- elle est fondée à demander une indemnité correspondant à l'investissement réalisé de 215 000 euros, de 96 000 euros au titre du manque à gagner et de 95 998,11 euros au titre de dettes correspondant à un préjudice matériel et de 100 000 euros au titre de son préjudice moral ;

- la demande reconventionnelle de la SA Tamarun n'est pas fondée compte tenu du fait qu'elle n'a jamais été en mesure d'exploiter la rondavelle ; le montant réclamé correspondrait au maximum aux trois dernières redevances et les frais de pénalités de retard pour libération et remis en état des lieux ne sont pas fondés.

Par des mémoires en défense enregistrés le 30 avril et 18 décembre 2023, la société Tamarun SPL représentée par Me Rapady, avocat, conclut à titre principal à l'irrecevabilité de la requête, à titre subsidiaire à son rejet, à la condamnation de Mme D à lui verser la somme de 75 850,36 euros et à ce qu'une somme de 5 000 euros soit mise à la charge de Mme D au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- la requête est irrecevable dès lors que la décision de résiliation de la convention d'occupation domaniale du 22 juin 2018 n'a pas été contestée et est devenue définitive, mesure distincte de la mesure d'expulsion qui a été contestée ;

- la demande préalable n'est pas expresse et non équivoque et ne peut être regardée comme ayant lié le contentieux ;

- la convention d'occupation temporaire du domaine public d'une durée d'un an, par nature temporaire et révocable, ne crée aucun droit réel sur la rondavelle qu'elle n'a pas construit mais dont elle assure la gestion en vertu de la convention conclue avec la commune de Saint-Paul ;

- les dispositions de la loi Littoral dont l'article L.121-16 du code de l'urbanisme ne sont pas applicables ; la zone n'est pas inconstructible ainsi que cela résulte des articles L.121-45 et suivants ;

- les préjudices dont il est demandé réparation ne sont pas fondés ;

- elle est fondée à demander la condamnation de Mme D à lui verser la somme de 75 850,36 euros.

Par un mémoire en défense enregistré le 16 février 2024, la commune de Saint-Paul, représentée par Me Charrel, conclut au rejet de la requête, à la condamnation de Mme D au paiement d'une somme de 1 500 euros pour procédure abusive, et à ce qu'il soit mis à la charge de Mme D la somme de 3 500 euros au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- elle a la qualité de tiers au contrat dont l'annulation est demandée ; les conclusions tendant à la condamnation de la commune de Saint-Paul ne peuvent être accueillies dès lors qu'elle n'est pas la personne publique responsable ;

- les conclusions tendant à l'annulation d'un contrat d'occupation du domaine public résilié depuis le 22 juin 2018 sont irrecevables, ce qui entraine l'irrecevabilité des conclusions indemnitaires tirées de la nullité du contrat ;

- l'indemnité pour procédure abusive est justifiée.

Par une ordonnance du 19 février 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 5 mars 2024 à 12h.

Les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office tiré de l'irrecevabilité des conclusions reconventionnelles de la SPL Tamarun aux fins d'indemnisation en raison de l'irrecevabilité des conclusions principales et de l'irrecevabilité des conclusions de la commune de Saint-Paul tendant à la condamnation de la partie requérante à une amende pour recours abusif.

Par un mémoire du 19 juin 2024, la commune de Saint-Paul a présenté des observations en réponse au moyen d'ordre public.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général de la propriété des personnes publiques ;

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Monlaü,

- les conclusions de M. Sauvageot, rapporteur public,

- et les observations de M. E, substituant Me Daguenet pour Mme D, de Me Tamil, substituant Me Rapady pour la société publique locale Tamarun et de Me Garnier, substituant le cabinet Charrel et associés pour la commune de Saint-Paul.

Considérant ce qui suit :

1. Par une convention de délégation de service du 24 décembre 2015, la commune de Saint-Paul a confié à la société publique locale (SPL) Tamarun la gestion et la valorisation du littoral balnéaire de Saint-Paul. En sa qualité de délégataire de service public, la SPL Tamarun a conclu avec M. A et Mme D une convention d'occupation du domaine public, en date du 16 juin 2017, pour exploiter une rondavelle sur le domaine public maritime, sur une parcelle cadastrée EW 335, au voisinage immédiat d'un établissement scolaire. Cette convention a été résiliée par la SPL Tamarun qui a enjoint à Mme D et à M. A de quitter les lieux dans un délai de trente jours. Par la présente requête, Mme D demande au tribunal d'annuler la convention d'occupation du domaine public en date du 16 juin 2017 conclue avec la SPL Tamarun et de condamner solidairement la commune de Saint-Paul et la SPL Tamarun au paiement d'indemnités.

Sur la fin de non-recevoir opposée aux conclusions tendant à l'annulation de la convention d'occupation du domaine public :

2. Les parties à un contrat administratif peuvent saisir le juge d'un recours de plein contentieux contestant la validité du contrat qui les lie. Il appartient alors au juge, lorsqu'il constate l'existence d'irrégularités, d'en apprécier l'importance et les conséquences, après avoir vérifié que les irrégularités dont se prévalent les parties sont de celles qu'elles peuvent, eu égard à l'exigence de loyauté des relations contractuelles, invoquer devant lui. Il lui revient, après avoir pris en considération la nature de l'illégalité commise et en tenant compte de l'objectif de stabilité des relations contractuelles, soit de décider que la poursuite de l'exécution du contrat est possible, éventuellement sous réserve de mesures de régularisation prises par la personne publique ou convenues entre les parties, soit de prononcer, le cas échéant avec un effet différé, après avoir vérifié que sa décision ne portera pas une atteinte excessive à l'intérêt général, la résiliation du contrat ou, en raison seulement d'une irrégularité invoquée par une partie ou relevée d'office par lui, tenant au caractère illicite du contenu du contrat ou à un vice d'une particulière gravité relatif notamment aux conditions dans lesquelles les parties ont donné leur consentement, son annulation. Cette action est ouverte aux parties au contrat pendant toute la durée d'exécution de celui-ci.

3. Mme D demande au tribunal d'annuler la convention d'occupation domaniale du 16 juin 2017. Or, il résulte de l'instruction que le contrat a pris fin de plein droit en l'absence de reconduction expresse, à l'échéance de la durée de douze mois telle que prévue à l'article 3 dudit contrat, et au plus tard le 22 juin 2018, date du courrier de résiliation adressé à Mme D et M. A par la SPL. Ainsi, à la date de la saisine du tribunal, le contrat conclu entre les parties était résilié. Par suite, la fin de non-recevoir opposée en défense tirée de la tardiveté des conclusions par lesquelles Mme D demande au tribunal d'annuler la convention doit être accueillie.

Sur les conclusions indemnitaires :

4. Mme D invoque le contenu illicite de la convention d'occupation domaniale en ce qu'il porte sur l'exploitation commerciale du domaine public maritime naturel. Toutefois, la convention n'emportant la reconnaissance d'aucun droit réel au profit des occupants, elle ne méconnait pas le principe d'inaliénabilité du domaine public maritime, lequel ne fait par ailleurs pas obstacle à la délivrance d'autorisations d'occupation privative aux fins d'exercice d'une activité commerciale. Si la requérante expose que la parcelle objet de la convention est située dans la zone inconstructible des 50 pas géométriques, elle se prévaut de dispositions du code de l'urbanisme issues de la loi Littoral inapplicables à La Réunion, alors que les dispositions prévues aux articles L. 121-45 et suivants du code de l'urbanisme ne consacrent aucun principe d'inaliénabilité du domaine public maritime de l'Etat correspondant à ladite zone. En outre, la circonstance que la rondavelle ait été mentionnée comme étant située sur la parcelle EW 335, laquelle serait en réalité occupée par une école primaire, est sans incidence sur la légalité de la convention. Ainsi, en l'absence de méconnaissance d'aucune règle ou d'aucun principe de protection du domaine public et de toute illégalité fautive de nature à engager la responsabilité de la SPL, les conclusions indemnitaires présentées par Mme D ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les conclusions reconventionnelles présentées par la SPL Tamarun :

5. La SPL Tamarun a présenté des conclusions reconventionnelles tendant à la condamnation de Mme D à lui verser la somme de de 75 850,36 euros en règlement de sommes dues en exécution du contrat d'occupation du domaine public. Ces conclusions reconventionnelles doivent toutefois être rejetées comme étant irrecevables, par voie de conséquence de l'irrecevabilité des conclusions principales.

Sur les conclusions de la commune de Saint-Paul relatives à la procédure abusive :

6. La commune de Saint-Paul forme des conclusions reconventionnelles tendant à la condamnation de Mme D à la réparation du préjudice qu'elle aurait subi du fait du caractère abusif de la requête. Toutefois, il ne résulte pas de l'instruction qu'elle aurait subi un préjudice d'image et de réputation du fait de la présente procédure. Ses conclusions doivent dès lors être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

7. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il soit fait droit aux conclusions de Mme D tendant à leur application et dirigées contre la commune de Saint-Paul et la SA Tamarun qui ne sont pas partie perdante. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions que la commune de Saint-Paul et la SA Tamarun présentent au titre des frais exposés par elles et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme D est rejetée.

Article 2 : Les conclusions reconventionnelles présentées par la SA Tamarun ainsi que celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Les conclusions reconventionnelles présentées par la commune de Saint-Paul ainsi que celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme C D épouse B, à la SA Tamarun et à la commune de Saint-Paul.

Délibéré après l'audience du 5 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Blin, présidente,

M. Monlaü, premier conseiller,

Mme Tomi, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 septembre 2024.

Le rapporteur,

X. MONLAÜ

La présidente,

A. BLINLa greffière,

S. LE CARDIET-BALOUKJY

La République mande et ordonne au préfet de La Réunion en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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