jeudi 17 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de La Réunion |
| Section | Tribunal Administratif de La Réunion |
| N° Dossier | TA101-2201326 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | DODAT AVOCAT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 11 octobre 2022, Mme B A, représentée par Me Dodat-Akhoun, demande au tribunal :
1°) de condamner la commune de Saint-Paul à lui verser la somme totale de 43 387,96 euros, dont 18 387,96 euros en réparation du préjudice subi pour les faits de discrimination subis, 10 000 euros en réparation des troubles dans les conditions d'existence, 5 000 euros au titre du préjudice de santé et 10 000 euros au titre de la méconnaissance du délai de préavis et d'absence d'intérêt du service à ne pas la renouveler, avec intérêts au taux légal à compter du 30 juin 2022, ainsi que la capitalisation des intérêts ;
2°) de mettre à la charge de la commune de Saint-Paul au profit de son conseil une somme de 3 000 euros au titre des dispositions combinées de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision de non-renouvellement de son contrat est constitutive d'une discrimination fondée sur sa grossesse et son état de santé ainsi que cela a été établi par le Défenseur des droits, ce qui constitue une faute de nature à engager la responsabilité de la commune ;
- elle est fondée à demander la somme de 18 387,96 euros correspondant à l'équivalent du salaire qu'elle aurait perçu si elle n'avait pas été victime d'une discrimination, la somme de 10 000 euros au titre des troubles dans les conditions d'existence en raison de la perte de son emploi et de la précarité dans laquelle elle se trouve depuis 2 ans, la somme de 5000 euros au titre du préjudice de santé compte tenu de son anxiété au regard des pathologies traitées depuis la survenance de cet événement ;
- le non-respect du préavis et l'absence d'intérêt du service à ne pas renouveler son contrat constituent des fautes susceptibles d'engager la responsabilité de la commune dont elle est fondée à demander réparation du préjudice à hauteur de 10 000 euros.
Par un mémoire en défense enregistré le 12 janvier 2023, la commune de Saint-Paul, représentée par Me Gaspar, avocat, conclut au rejet de la requête et, en outre à ce qu'il soit mis à la charge de Mme A une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision de non renouvellement de contrat n'a pas été prise en raison du fait que la requérante était enceinte, mais pour des motifs liés à son absentéisme et à sa manière de servir ;
- le non-respect du délai de préavis prévu par le décret du 15 février 1988 est sans incidence sur la légalité de la décision de non renouvellement.
La requête a été communiquée au Défenseur des droits qui n'a pas produit d'observations.
Par une décision du 13 juillet 2022 le bureau d'aide juridictionnelle a admis Mme B A à l'aide juridictionnelle totale.
Par une ordonnance du 14 août 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 30 août 2024.
Par un courrier du 30 septembre 2024, les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office tiré de l'irrecevabilité des conclusions tendant à la réparation du préjudice tenant au non-respect du délai de prévenance, le contentieux n'étant pas lié dans la demande préalable sur ce point.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général de la fonction publique ;
- la loi organique n° 2011-333 du 29 mars 2011 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Monlaü, premier conseiller,
- les conclusions de M. Sauvageot rapporteur public,
- et les observations de Me Dodat-Akhoun pour la requérante et de Me Garnier, substituant le cabinet Charrel et associés, pour la commune de Saint-Paul.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A a été employée par la commune de Saint-Paul en qualité d'agent de surveillance et de nettoyage de l'école élémentaire Louise Siarane, puis en qualité d'adjoint au patrimoine territorial, par un contrat unique d'insertion du 16 août 2016 au 15 août 2017 et trois contrats à durée déterminée successifs, du 1er septembre 2017 au 31 août 2018, du 1er septembre 2018 au 31 août 2019, puis du 1er septembre 2019 au 31 août 2020. Par un courrier du 24 août 2020, le maire de Saint-Paul a informé Mme A du non-renouvellement de son contrat à durée déterminée à son terme. Elle a sollicité auprès du maire le 26 août 2020 et auprès du directeur de cabinet de la commune le 31 août 2020, le renouvellement de son contrat, lequel a accusé réception de cette demande le 31 août 2020. Une décision implicite de refus de renouvellement de son contrat est née du silence gardé par la commune sur sa demande. Par un courrier du 11 novembre 2020, Mme A a saisi le Défenseur des droits d'une réclamation concernant le non-renouvellement de son contrat qui, par une décision du 27 janvier 2022, a estimé que le non-renouvellement de son dernier contrat à durée déterminée intervenu le 31 août 2020 était constitutif d'une discrimination fondée sur sa grossesse et son état de santé. Par une demande du 27 juin 2022, Mme A a sollicité la réparation des préjudices qu'elle estimait avoir subis du fait de l'illégalité du non-renouvellement de son contrat consécutive à des faits de discrimination relevés par le Défenseur des droits. En l'absence de réponse de la commune, Mme A demande au tribunal, par la présente requête, de condamner la commune de Saint-Paul à l'indemniser des différents préjudices qu'elle estime avoir subis.
Sur la recevabilité :
2. La décision par laquelle l'administration rejette une réclamation tendant à la réparation des conséquences dommageables d'un fait qui lui est imputé lie le contentieux indemnitaire à l'égard du demandeur pour l'ensemble des dommages causés par ce fait générateur, quels que soient les chefs de préjudice auxquels se rattachent les dommages invoqués par la victime et que sa réclamation ait ou non spécifié les chefs de préjudice en question. Par suite, la victime est recevable à demander au juge administratif, dans les deux mois suivant la notification de la décision ayant rejeté sa réclamation, la condamnation de l'administration à l'indemniser de tout dommage ayant résulté de ce fait générateur, y compris en invoquant des chefs de préjudice qui n'étaient pas mentionnés dans sa réclamation.
3. En l'espèce, il résulte de l'instruction que si Mme A a présenté dans sa demande préalable reçue par la commune le 30 juin 2022 des conclusions aux fins d'indemnisation de son préjudice résultant de l'illégalité de la décision de non-renouvellement du contrat de la requérante en tant qu'elle est fondée sur une discrimination à raison de l'état de santé et de grossesse, elle n'a pas invoqué la méconnaissance du délai de prévenance prévu par le décret du 15 février 1988, de sorte que les conclusions qu'elle présente tendant à la condamnation de la commune à réparer son préjudice résultant de la faute de la commune à n'avoir pas respecté le délai de prévenance sont irrecevables. Dans cette mesure, les conclusions indemnitaires fondées sur le non-respect du délai de prévenance sont irrecevables.
Sur les conclusions indemnitaires :
En ce qui concerne la responsabilité :
4. D'une part, aux termes des dispositions de l'article L. 131-1 du code général de la fonction publique : " Aucune distinction, directe ou indirecte, ne peut être faite entre les agents publics en raison de leurs opinions politiques, syndicales, philosophiques ou religieuses, de leur origine, de leur orientation sexuelle ou identité de genre, de leur âge, de leur patronyme, de leur situation de famille ou de grossesse, de leur état de santé, de leur apparence physique, de leur handicap, de leur appartenance ou de leur non-appartenance, vraie ou supposée, à une ethnie ou une race, sous réserve des dispositions des articles L. 131-5, L. 131-6 et L. 131-7. ".
5. Il appartient à un agent public qui soutient avoir été victime d'agissements constitutifs de discrimination de soumettre au juge des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence de tels agissements. Il incombe à l'administration de produire, en sens contraire, une argumentation de nature à démontrer que les agissements en cause sont justifiés par des considérations étrangères à toute discrimination. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si les agissements de discrimination sont ou non établis, se détermine au vu de ces échanges contradictoires, qu'il peut compléter, en cas de doute, en ordonnant toute mesure d'instruction utile.
6. D'autre part, un agent dont le contrat est arrivé à échéance n'a aucun droit au renouvellement de celui-ci et l'administration peut toujours, pour des motifs tirés de l'intérêt du service, décider de ne pas renouveler ce contrat. Il appartient au juge, en cas de contestation de la décision de non-renouvellement, de vérifier que la décision de ne pas renouveler le contrat de travail est bien fondée sur un motif tiré de l'intérêt du service et qu'elle n'est entachée ni d'inexactitude matérielle des faits, ni d'erreur manifeste d'appréciation.
7. A l'appui de sa demande, Mme A se prévaut d'une décision du Défenseur des droits du 27 janvier 2022 adressée au maire de Saint-Paul tendant à ce qu'il réexamine sa situation en vue de lui proposer un nouveau contrat ou, à défaut, de l'indemniser des préjudices matériels et moraux consécutifs à une situation de discrimination. S'il ne résulte pas de l'instruction que Mme A aurait été victime d'une discrimination en raison de ce qu'elle était enceinte dès lors que son état de grossesse date du courant de l'année 2019 et que la commune n'avait pas connaissance d'un nouvel état de grossesse, il résulte toutefois des pièces produites, notamment du courriel daté du 27 août 2020 de la responsable de la section jeunesse de la médiathèque Leconte de Lisle, que les raisons du non-renouvellement de son contrat portent en particulier sur le fait que " son souci de santé semble non compatible avec certaines des missions d'agent de bibliothèque tels que le maniement, le nettoyage, le prêt/retour et le classement des documents ". Il résulte ainsi de ces termes dépourvus d'ambiguïté que l'état de santé ainsi que les absences répétées de Mme A sont à l'origine du non-renouvellement de son contrat. A cet égard, si la commune fait valoir que les nombreuses absences pour congés maladie de Mme A au cours de son dernier contrat ont été susceptibles de désorganiser le service eu égard à la nature du poste occupé par la requérante, la désorganisation alléguée ne résulte d'aucune pièce produite en défense. Il résulte par ailleurs de l'instruction, notamment du compte-rendu d'entretien professionnel établi avant la décision de non-renouvellement, que si les qualités professionnelles de la requérante étaient globalement satisfaisantes, des mentions révélant quelques insuffisances ont été relevées concernant " de très nombreux points à améliorer ", " des insuffisances graves dans le respect des horaires, les absences et le caractère irrégulier du travail fourni ", les critères portant sur la " conscience professionnelle, implication, dévouement à la fonction " et " esprit de coopération avec les collègues de travail " étant en particulier considérés comme devant être améliorés. Par suite, Mme A est seulement fondée à soutenir que les faits de discrimination liés à son état de santé qui sont à l'origine du non-renouvellement de son contrat résultant du courriel du 27 août 2020 sont constitutifs d'une faute de nature à engager la responsabilité de la commune de Saint-Paul.
En ce qui concerne l'indemnisation :
8. Lorsqu'un agent public, après avoir été employé au titre d'un contrat à durée déterminée, sollicite le versement d'une indemnité en réparation du préjudice subi du fait de l'illégalité de la décision prise à l'issue de la procédure de recrutement engagée en vue de pourvoir l'emploi permanent devenu vacant à l'échéance de son contrat, il appartient au juge de plein contentieux, forgeant sa conviction au vu de l'ensemble des éléments produits par les parties, de lui accorder une indemnité versée pour solde de tout compte et déterminée en tenant compte notamment de la nature et de la gravité de l'illégalité, de l'ancienneté de l'intéressé, de sa rémunération antérieure, et des troubles dans ses conditions d'existence.
9. Compte tenu de la gravité de l'illégalité dont est entachée la décision de refus de recrutement, de l'ancienneté de 4 années dont justifiait l'intéressée lorsqu'elle a été évincée de son emploi, en tenant compte de l'absence de réalité du préjudice de santé et des troubles dans les conditions d'existence lesquels ne sont pas établis par les pièces produites, il sera fait une juste appréciation de la réparation due à Mme A en lui allouant une indemnité de 8 000 euros, tous intérêts capitalisés compris au jour de la présente décision
Sur les frais liés au litige :
10. Mme A est admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Dodat-Ahhoun, avocate de Mme A, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge de la commune de Saint-Paul, le versement à Me Dodat-Ahhoun de la somme de 1 500 euros.
D E C I D E :
Article 1er : La commune de Saint-Paul est condamnée à verser à Mme A la somme de 8 000 euros tous intérêts capitalisés compris au jour du jugement.
Article 2 : La commune de Saint Paul versera à Me Dodat-Ahhoun la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de sa renonciation à percevoir la part contributive de l'Etat à la mission d'aide juridictionnelle.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme A et les conclusions présentées par la commune de Saint-Paul au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A, à la commune de Saint-Paul et au Défenseur des droits.
Délibéré après l'audience du 3 octobre 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Blin, présidente,
M. Monlaü, premier conseiller,
Mme Tomi, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 octobre 2024.
Le rapporteur,
X. MONLAÜ
La présidente,
A. BLIN
La greffière,
S. LE CARDIET-BALOUKJY
La République mande et ordonne au préfet de La Réunion en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026