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AccueilJurisprudence administrativeN° TA101-2201387

Tribunal Administratif de La Réunion — Décision N° TA101-2201387

mardi 15 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de La Réunion
SectionTribunal Administratif de La Réunion
N° DossierTA101-2201387
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation1ère chambre

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 26 octobre 2022 et 22 juillet 2024, Mme B C doit être regardée comme demandant au tribunal :

1°) de condamner l'Etat à lui verser la somme de 3 962,40 euros en réparation du préjudice financier qu'elle estime avoir subi du fait de l'absence de transmission par les services du ministère de l'intérieur de son dossier à la caisse d'allocations familiales ;

2°) de condamner l'Etat à lui verser la somme de 1 000 euros au titre du préjudice moral qu'elle estime avoir subi ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- le secrétariat général de l'administration de la police nationale a commis une faute en ne transmettant pas son dossier à la caisse des allocations familiales ;

- elle a subi un préjudice financier à hauteur de 3 962,40 euros ;

- elle a subi un préjudice moral à hauteur de 1 000 euros.

Par un mémoire en défense enregistré le 18 juin 2024, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- sur le préjudice financier, la requérante ne saurait reprocher au ministère de l'intérieur d'avoir commis une faute en l'absence de transmission de son dossier à la caisse d'allocations familiales de La Réunion ;

- sur le préjudice moral, la requérante ne démontre pas qu'elle a subi un tel préjudice.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de la sécurité sociale ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Lebon,

- les conclusions de M. Felsenheld, rapporteur public,

- les parties n'étant ni présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B C a été mutée de la métropole à la Réunion où elle exerce en tant que brigadier-chef de police au sein de la direction territoriale de la police nationale depuis le 8 janvier 2016. Par courriel du 23 novembre 2021, Mme C a demandé au secrétariat général de l'administration de la police nationale (SGAP) de La Réunion de lui verser la somme de 5 547, 36 euros au titre des allocations familiales auxquelles elle pouvait prétendre pour la période allant du 1er janvier 2016 au 30 juin 2019. Par courrier du 22 décembre 2021, elle a renouvelé cette demande auprès du chef de la circonscription de sécurité publique de Saint-Pierre. Par courrier du 26 août 2022, le SGAP a rejeté cette demande en lui indiquant qu'un paiement en sa faveur avait bien été effectué pour la période allant du 1er janvier 2016 au 31 décembre 2016 mais qu'il lui était impossible de procéder au règlement des allocations familiales pour la période postérieure au 1er janvier 2017 compte tenu de l'extinction de compétence du SGAP de La Réunion pour procéder au versement des allocations familiales et du transfert de cette compétence à la caisse des allocations familiales. Après inscription auprès de la caisse d'allocations familiales, celle-ci a versé les allocations familiales sur la période du 1er juillet 2019 au 30 juin 2021. Par courrier du 30 septembre 2022, notifié le 3 octobre 2022, Mme C a demandé au SGAP de La Réunion de bien vouloir lui verser la somme de 3 962, 40 euros au titre des allocations familiales auxquelles elle pouvait prétendre pour la période allant du 1er janvier 2017 au 30 juin 2019. Par la présente requête, Mme C demande au tribunal de condamner l'Etat dès lors que le secrétariat général de l'administration de la police nationale a commis une faute en ne transmettant pas son dossier à la caisse des allocations familiales et demande l'indemnisation des préjudices financier et moral qu'elle estime avoir subis.

Sur la responsabilité de l'Etat :

2. Aux termes de l'article L. 212-1 du code de la sécurité sociale dans sa version modifiée par l'article 45 de la loi n°2015-1702 du 21 décembre 2015 de financement de la sécurité sociale pour 2016 qui est entré en vigueur le 1er janvier 2017 :" Le service des prestations familiales dues aux salariés de toute profession, aux employeurs et aux travailleurs indépendants des professions non agricoles ainsi qu'à la population non active incombe aux caisses d'allocations familiales. Toutefois, certains organismes ou services peuvent être autorisés, par décret, à servir ces prestations aux salariés agricoles ". Aux termes de l'article L. 513-1 du code de la sécurité sociale : " Les prestations familiales sont, sous réserve des règles particulières à chaque prestation, dues à la personne physique qui assume la charge effective et permanente de l'enfant". Aux termes de l'article L. 553-1 code de la sécurité sociale : " L'action de l'allocataire pour le paiement des prestations se prescrit par deux ans [] ". Aux termes de la circulaire du 27 mai 2016 du ministère des finances et des comptes publics portant sur le transfert aux caisses d'allocations familiales du service des prestations familiales dues aux fonctionnaires de l'Etat en poste en Guadeloupe, en Guyane, en Martinique, à la Réunion et à Saint-Martin, l'article 45 de la loi de financement de la sécurité sociale pour 2016 a acté le principe du transfert aux caisses d'allocations familiales de la gestion des prestations familiales dues aux agents concernés. Toutefois, afin de laisser le temps nécessaire aux travaux permettant la réalisation de ce transfert dans de bonnes conditions, cette mesure a pris effet le 1er janvier 2017. Selon la circulaire, il y a une " nécessité que les administrations accompagnent ce transfert d'une politique soutenue de communication en direction des agents bénéficiaires de prestations familiales. Cette politique de communication doit débuter le plus tôt possible et prendre la forme la plus appropriée pour toucher chaque agent personnellement concerné (note interne remise à chaque agent ou diffusé par messagerie, réunions d'information, etc.) () ". En outre, il était prévu que " Le transfert s'effectuera au moyen d'un questionnaire papier. Ce document a valeur de certificat de mutation ; il doit être rempli par les agents bénéficiaires de prestations familiales, puis complété par les services gestionnaires de prestations familiales des éléments nécessaires à la reprise des droits ".

3. Il résulte de l'instruction et notamment des documents que Mme C produit elle-même, d'une part, que le SGAP de La Réunion, en lien avec la caisse d'allocations familiales et la direction régionale des finances publiques de La Réunion, a communiqué, le 8 novembre 2016, aux différents services relevant de son périmètre de gestion, dont la direction départementale de la sécurité publique (DDSP) de La Réunion fait partie, divers documents destinés à l'information de l'ensemble des agents ainsi qu'un questionnaire papier à compléter par les bénéficiaires de prestations familiales afin de permettre le transfert de leur dossier à la caisse d'allocations familiales de La Réunion. Il résulte ainsi du courriel du 8 novembre 2016 dont l'objet était le " transfert des prestations familiales à la caisse d'allocations familiales au 1er janvier 2017 " que Mme A, cheffe des ressources humaines de la direction départementale de la sécurité publique de La Réunion a transmis ces informations à différent services. Si la requérante soutient ne pas avoir pris connaissance de ce mail, qu'elle aurait simplement " récupéré " dès lors que son adresse électronique ne figure pas dans la liste des adresses électroniques des destinataires, il résulte toutefois de l'instruction que l'ensemble des agents concernés ne figure pas de manière nominative dans cette liste qui contient par ailleurs la mention du service du centre de la sécurité publique de Saint-Denis au sein de laquelle Mme C était bien affectée du 9 janvier 2016 au 6 septembre 2017.

4. D'autre part, si Mme C produit la liste nominative des fonctionnaires pour le transfert de compétence du SGAP à la caisse d'allocations familiales sur laquelle elle ne figure pas, il résulte de l'instruction que le courriel du 8 novembre précité contenait la mention selon laquelle il fallait tenir compte des agents récemment mutés qui ne figureraient pas sur ces listes, ce qui était le cas de Mme C, mutée depuis mars 2016 au sein du service. Si la requérante invoque une liste d'émargement des fonctionnaires qu'elle n'a pas signée, elle n'établit ni même n'allègue qu'elle aurait retourné à son service le questionnaire mentionné par le SGAP, ce que l'avis du médiateur interne du 28 décembre 2022 confirme en précisant qu'aucun document n'a été retrouvé dans son dossier individuel. Il résulte enfin du courriel du 23 novembre 2021 produit par la requérante qu'elle a " fait confiance " aux services du SGAP, qui " s'occupait de les inscrire à la caisse d'allocations familiales de La Réunion " et qu'elle n'aurait découvert qu'elle avait droit aux allocations familiales qu'à l'occasion de " discussions entre collègues ". A supposer même que ces éléments soient établis, la prise en charge de l'inscription à la caisse d'allocations familiales par le SGAP devait en tout état de cause s'interrompre au 31 décembre 2016 ainsi qu'en ont été informés l'ensemble des agents du service. Si Mme C a fini par procéder à son inscription à la caisse d'allocations familiales qui lui a versé les prestations familiales sur la période du 1er juillet 2019 au 30 juin 2021, cela ne comprend pas les prestations du 1er janvier 2017 au 30 juin 2019, le délai de deux ans de l'action de l'allocataire pour le paiement de ces créances étant prescrit. Par suite et en l'absence de texte imposant à l'administration de transmettre les dossiers à la caisse d'allocations familiales au moment du transfert de compétences dans le versement des allocations familiales de fonctionnaires de l'État à compter du 1er janvier 2017, ainsi que le rappelle le médiateur interne dans son avis du 28 décembre 2022, la requérante ne saurait reprocher au ministre de l'intérieur d'avoir commis une faute en l'absence de transmission de son dossier à la caisse d'allocations familiales de La Réunion.

Sur les préjudices :

5. Mme C soutient que la faute commise par l'absence de transmission de son dossier à la caisse d'allocations familiales lui aurait causé un préjudice financier qu'elle chiffre à hauteur de 3 962, 40 euros en raison de son absence de perception des allocations familiales.

6. Ainsi qu'il a été dit précédemment, la requérante n'est pas fondée à se prévaloir d'une faute de la part du ministre. Par suite, elle n'est pas fondée à se prévaloir à cet égard d'un préjudice financier.

7. Pour les mêmes motifs, la requérante ne saurait reprocher au ministre d'avoir commis une faute qui lui aurait causé un préjudice moral, moyen au demeurant dépourvu de toute précision permettant d'en apprécier la portée.

8. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'indemnisation de la requérante doivent être rejetées ainsi que celles relatives aux frais d'instance.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.

Article 2: Le présent jugement sera notifié à Mme B C et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 1er octobre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Sorin, président,

M. Le Merlus, conseiller,

Mme Lebon, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 octobre 2024.

La rapporteure,

L. LEBON

Le président,

T. SORIN La greffière,

E. POINAMBALOM

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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