vendredi 19 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de La Réunion |
| Section | Tribunal Administratif de La Réunion |
| N° Dossier | TA101-2201438 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | R222-13 (JU 2) |
| Avocat requérant | LAZZAROTTO TANIA |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 3 novembre 2022 et un mémoire complémentaire enregistré le 24 octobre 2023, Mme D B, représentée en dernier lieu par Me Lazzarotto, avocat désigné au titre de l'aide juridictionnelle, demande au tribunal :
1°) d'annuler les décisions de la caisse d'allocations familiales (CAF) de La Réunion confirmant, suite à ses réclamations préalables, l'indu de revenu de solidarité active (RSA) mis à sa charge pour un montant de 2 998,27 euros au titre de la période d'avril 2019 à janvier 2022, ainsi que l'indu de prime d'activité fixé à 320,35 euros pour la période d'avril 2021 à janvier 2022 ;
2°) de prononcer la décharge de l'obligation de payer lesdites sommes et d'ordonner la restitution des sommes prélevées sur ses prestations ;
3°) d'annuler la décision de la CAF du 22 mai 2023 lui infligeant une pénalité administrative de 345 euros et d'ordonner le remboursement de cette somme.
Elle soutient que :
- la rectification de ses droits au RSA fondée sur la prise en compte d'une valeur locative appliquée au bien sis 163 rue Ronsard à Saint-Joseph est injustifiée dès lors qu'il s'agit d'une maison en ruine inhabitable, non imposée à la taxe foncière et dépourvue de valeur locative, et que le bien est détenu en indivision par les dix héritiers du défunt père de son mari ;
- la rectification de ressources ayant conduit à l'indu de prime d'activité n'est pas justifiée non plus ;
- le grief de fraude n'est pas fondé.
Par des mémoires en défense enregistrés les 28 mars 2023 et 7 mai 2024, la CAF de La Réunion conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que :
- le litige concernant la pénalité administrative relève de la compétence du tribunal judiciaire ;
- une régularisation a été opérée le 6 mai 2024 à l'égard du droit à la prime d'activité, un rappel de 307,65 euros ayant été effectué en faveur de l'allocataire ;
- c'est à bon droit, compte tenu de la nécessaire prise en compte de la valeur locative du bien litigieux, qu'a été mis à la charge de l'allocataire un indu de RSA fixé à 2 998,27 euros.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu la décision du 27 avril 2023 par laquelle Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.
Vu la décision du président du tribunal désignant M. Aebischer, vice-président, pour statuer sur les litiges mentionnés à l'article R. 222-13 du code de justice administrative.
Vu :
- le code de l'action sociale et des familles ;
- le code de la sécurité sociale ;
- le code général des impôts ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Aebischer, magistrat désigné ;
- les observations de Mme A, représentant la CAF de La Réunion.
Considérant ce qui suit :
1. Par la présente requête, Mme B entend obtenir du tribunal, suite aux décisions de la CAF rejetant ses réclamations successives, la décharge de l'indu de RSA mis à sa charge en février 2022 pour un montant de 2 998,27 euros au titre de la période d'avril 2019 à janvier 2022, ledit indu ayant pour origine la rectification de ses ressources, injustifiée selon elle, par la prise en compte de la valeur locative d'un bien sis 163 rue Ronsard à Saint-Joseph. Elle entend obtenir également la décharge d'un indu de prime d'activité fixé à 320,35 euros et d'une pénalité administrative infligée le 22 mai 2023 à hauteur de 345 euros.
En ce qui concerne la pénalité administrative :
2. Il résulte des dispositions de l'article L. 114-17 du code de la sécurité sociale que le contentieux des pénalités dites administratives relève de la compétence du pôle social du tribunal judiciaire. Dès lors, les conclusions soumises au tribunal administrative sur ce point doivent être rejetées comme portées devant une juridiction incompétente pour en connaître.
En ce qui concerne l'indu de prime d'activité :
3. Il résulte de l'instruction que la CAF a admis, postérieurement à l'introduction de la requête, que l'indu de prime d'activité était infondé et que l'allocataire devait bénéficier, après régularisation de ses droits, d'un rappel de prime d'activité pour un montant proche de celui de l'indu qui lui avait été notifié. Dès lors, les conclusions présentées sur ce point sont devenues sans objet.
En ce qui concerne l'indu de RSA :
4. Au vu des éléments particulièrement circonstanciés produits par Mme B, il y a lieu de lui donner acte de ce que son foyer n'est en aucune manière susceptible de bénéficier, depuis 2019, de ressources en provenance du bien sis 163 rue Ronsard à Saint-Joseph. Il est en effet établi, notamment par les photographies versées au dossier, par divers documents émanant de l'administration fiscale et par les actes retraçant la situation de propriété de ce bien, d'une part, qu'il s'agit d'une maison en ruine totalement inhabitable et non imposable à la taxe foncière, sa valeur locative ne pouvant plus, au demeurant, être déterminée par l'administration compétente, et, d'autre part, que M. C B, époux de l'allocataire, ne dispose que d'un droit de propriété très limité à l'égard de ce bien, qui est détenu en indivision par les dix héritiers de son défunt père. Dans ces conditions, la CAF a fait une inexacte application des articles L. 262-3, L. 132-1, R. 262-6 et R. 132-1 du code de l'action sociale et des familles en estimant que les ressources à prendre en considération pour la détermination du droit au RSA de Mme B devaient être abondées, pour la période litigieuse d'avril 2019 à janvier 2022, par la prise en compte d'une valeur locative théorique appliquée au bien susmentionné, cette valeur locative ayant été fixée par simple référence à une valeur locative identifiable en 2018 à l'époque où le bien était encore assujetti à la taxe foncière.
5. Il résulte de ce qui précède que les décisions de la CAF confirmant l'indu de RSA mis à la charge de Mme B pour la période d'avril 2019 à janvier 2022 doivent être annulées et que Mme B doit être déchargée de l'obligation de payer la somme de 2 998,27 euros, les sommes déjà prélevées sur ses prestations au titre de l'indu devant lui être restituées.
DECIDE :
Article 1er : Les décisions de la CAF de La Réunion confirmant l'indu de RSA mis à la charge de Mme B à hauteur de 2 998,27 euros sont annulées.
Article 2 : Il est accordé à Mme B la décharge de l'obligation de payer la somme de 2 998,27 euros mise à sa charge au titre de l'indu de RSA susmentionné, les sommes déjà prélevées sur ses prestations devant lui être restituées.
Article 3 : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions relatives à l'indu de prime d'activité.
Article 4 : Les conclusions relatives à la pénalité administrative sont rejetées comme portées devant une juridiction incompétente pour en connaître.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme D B et à la caisse d'allocations familiales (CAF) de La Réunion.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 juillet 2024.
Le magistrat désigné,
M.-A. AEBISCHER
La greffière,
S. LE CARDIET-BALOUKJY
La République mande et ordonne au préfet de La Réunion en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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