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AccueilJurisprudence administrativeN° TA101-2201538

Tribunal Administratif de La Réunion — Décision N° TA101-2201538

mardi 15 avril 2025

JuridictionTribunal Administratif de La Réunion
SectionTribunal Administratif de La Réunion
N° DossierTA101-2201538
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation1ère chambre

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de La Réunion a été saisi par la SARL Electrom d’une demande de décharge de la cotisation foncière des entreprises (CFE) pour les années 2017 à 2020. La société invoquait notamment le plafonnement en fonction de la valeur ajoutée (article 1647 B sexies du CGI) et une force majeure liée à son expert-comptable. Le tribunal a rejeté la fin de non-recevoir soulevée par l’administration, faute de preuve de notification régulière des décisions de rejet des réclamations pour 2018-2020. Sur le fond, il a accordé la réduction de la CFE pour les années 2018, 2019 et 2020 en application du plafonnement prévu à l’article 1647 B sexies du code général des impôts, tout en rejetant les conclusions relatives à l’année 2017 pour cause de prescription de l’action en recouvrement.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, des pièces et un mémoire, enregistrés les 29 novembre, 27 décembre 2022 et 13 juin 2024, la société à responsabilité limitée (SARL) Electrom, représentée par Me Taiebi, doit être regardée comme demandant au tribunal :

1°) de prononcer la décharge, en droits et pénalités, de la cotisation foncière des entreprises mise à sa charge au titre des années 2017, 2018, 2019 et 2020 ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- ses conclusions aux fins de décharge de la cotisation foncière des entreprises au titre des années 2018, 2019 et 2020 ne sont pas tardives ;

- elle a été privée de la possibilité de présenter ses observations sur la cotisation foncière des entreprises mise à sa charge au titre des années 2018, 2019 et 2020 ;

- elle est fondée à bénéficier de la réduction de la cotisation foncière des entreprises mise à sa charge au titre des années 2018, 2019 et 2020 en application du plafonnement prévu par les dispositions de l'article 1647 B sexies du code général des impôts ;

- le litige né avec son expert-comptable qui était chargé de déposer ses liasses fiscales constitue un cas de force majeure de nature à l'exonérer du respect des délais légaux de déclaration de ses résultats ;

- la créance de l'administration portant sur la cotisation foncière des entreprises mise à sa charge au titre de l'année 2017 ayant donné lieu à la saisie-vente du 29 juin 2022 n'était plus exigible à la date de sa notification, le comptable public étant déchu de son action à compter du 31 octobre 2021 dès lors que la mise en demeure du 13 octobre 2021, qui était irrégulière, n'ayant pu interrompre la prescription.

Par un mémoire en défense, enregistré le 29 juin 2023, le directeur régional des finances publiques de La Réunion conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- les conclusions présentées par la société Electrom aux fins de réduction de la cotisation foncière des entreprises mise à sa charge au titre des années 2018, 2019 et 2020 sont tardives, le service ayant rejeté ses réclamations le 10 mai 2021 ;

- ses déclarations de résultat concernant la cotisation foncière des entreprises au titre des années 2018, 2019 et 2020 ont été déposées tardivement ;

- l'action en recouvrement n'était pas prescrite, la mise en demeure de payer ayant régulièrement interrompu le délai de prescription.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative ;

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Le Merlus,

- les conclusions de M. Felsenheld, rapporteur public,

- les parties n'étant ni présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. La société à responsabilité limitée Electrom, qui exerce une activité de commerce de gros et détail, a été assujettie à la cotisation foncière des entreprises au titre des années 2017 à 2020. Elle a déposé, les 13 décembre 2018, 12 décembre 2019 et 29 décembre 2020, des réclamations tendant à obtenir le dégrèvement des cotisations foncières des entreprises auxquelles elle a été assujettie respectivement au titre des années 2018, 2019 et 2020 sur le fondement du plafonnement en fonction de la valeur ajoutée de sa contribution économique territoriale. Elle fait valoir que l'administration fiscale n'a pas répondu à ces demandes. Par une décision du 29 juin 2022, le service a émis à l'encontre de la société Electrom une saisie-vente portant sur le recouvrement d'une créance de cotisation foncière des entreprises au titre des années 2017 à 2020. Après rejet de sa réclamation préalable, la société Electrom demande au tribunal la réduction, en droits et pénalités, de la cotisation foncière des entreprises ainsi mise à sa charge au titre des années 2017, 2018, 2019 et 2020.

Sur la fin de non-recevoir opposée en défense :

2. Aux termes de l'article L. 199 du livre des procédures fiscales : " En matière d'impôts directs et de taxes sur le chiffre d'affaires ou de taxes assimilées, les décisions rendues par l'administration sur les réclamations contentieuses et qui ne donnent pas entière satisfaction aux intéressés peuvent être portées devant le tribunal administratif. ". Aux termes de l'article R. 199-1 du même code : " L'action doit être introduite devant le tribunal compétent dans le délai de deux mois à partir du jour de la réception de l'avis par lequel l'administration notifie au contribuable la décision prise sur sa réclamation, que cette notification soit faite avant ou après l'expiration du délai de six mois prévu à l'article R. 198-10 () ". Et aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée. () ".

3. Par des décisions du 10 mai 2021, le service a rejeté les réclamations présentées par la société Electrom au titre des cotisations foncières des entreprises des années 2018, 2019 et 2020. Toutefois, pour démontrer la notification régulière de ces décisions, l'administration fiscale se contente de produire des copies d'écran de l'application E-contact qui ne permettent pas d'établir une date de réception certaine. Par suite, la fin de non-recevoir opposée en défense ne peut qu'être rejetée.

Sur les conclusions aux fins de décharge de la cotisation foncière des entreprises au titre des années 2018 à 2020 :

4. Aux termes de l'article 1447-0 du code général des impôts : " Il est institué une contribution économique territoriale composée d'une cotisation foncière des entreprises et d'une cotisation sur la valeur ajoutée des entreprises. ". Et aux termes de l'article 1477 du même code : " I. - Les contribuables doivent déclarer les éléments servant à l'établissement de la cotisation foncière des entreprises l'année précédant celle de l'imposition au plus tard le deuxième jour ouvré suivant le 1er mai ou, en cas de création d'établissement ou de changement d'exploitant ou d'activité en cours d'année, l'année suivant celle de la création ou du changement au plus tard le deuxième jour ouvré suivant le 1er mai () ". Aux termes de l'article 1647 B sexies de ce code : " I. - Sur demande du redevable effectuée dans le délai légal de réclamation prévu pour la cotisation foncière des entreprises, la contribution économique territoriale de chaque entreprise est plafonnée en fonction de sa valeur ajoutée () ".

5. Lorsqu'une imposition est, telle la cotisation foncière des entreprises, assise sur la base d'éléments qui doivent être déclarés par le redevable, l'administration ne peut établir, à la charge de celui-ci, des droits excédant le montant de ceux qui résulteraient des éléments qu'il a déclarés qu'après l'avoir, conformément au principe général des droits de la défense, mis à même de présenter ses observations.

6. D'une part, il résulte de l'instruction que la société Electrom n'a déclaré ses résultats au titre de l'exercice clos au 30 mars 2018 que le 16 décembre 2022, soit au-delà du délai prévu par les dispositions de l'article 1477 du code général des impôts, et qu'elle n'a déposé aucune déclaration pour les exercices clos au 30 mars 2019 et au 30 mars 2020. Ainsi, elle ne peut utilement se prévaloir d'une méconnaissance de ses droits de la défense par l'administration fiscale. D'autre part, aucune disposition législative ne prévoit de procédure particulière assortie de garanties spécifiques en matière d'assujettissement à la cotisation foncière des entreprises. Dans ces conditions, le service était tenu d'informer la société requérante qu'elle était susceptible de faire l'objet de rappels de cotisation foncière des entreprises au titre des années 2018 à 2020 et de lui laisser un délai suffisant pour présenter des observations. Il ne résulte pas de l'instruction qu'avant de recevoir les avis d'imposition à la cotisation foncière des entreprises au titre des trois années en litige, la société Electrom en aurait été avisée par l'administration fiscale, ce qui l'a privée d'une garantie.

7. Il résulte de ce qui a été dit aux points 4 à 6 du présent jugement, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur le moyen relatif au bien-fondé de la demande de plafonnement, que la société Electrom, est donc fondée à demander la décharge de la cotisation foncière des entreprises mise à sa charge au titre des années 2018, 2019 et 2020.

Sur les conclusions aux fins de décharge de la cotisation foncière des entreprises au titre de l'année 2017 :

8. Si, s'agissant de la cotisation foncière des entreprises au titre de l'année 2017, la société Electrom soutient que l'action en recouvrement était prescrite à la date à laquelle l'administration a fait procéder à la saisie-vente du 29 juin 2022, le comptable public ayant été déchu de son action à compter du 31 octobre 2021 puisque la mise en demeure du 13 octobre 2021, irrégulière, n'a pu interrompre la prescription, ce moyen, tiré de la prescription du recouvrement, est inopérant s'agissant d'un litige relatif à l'assiette de l'imposition.

9. Il résulte de ce qui a été dit au point précédént que les conclusions aux fins de décharge de la cotisation foncière des entreprises au titre de l'année 2017 doivent être rejetées.

Sur les conclusions relatives aux frais d'instance :

10. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat Normandie la somme de 1 500 euros à verser à la société Electrom en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative

D E C I D E :

Article 1er : La société Electrom est déchargée de la cotisation foncière des entreprises mise à sa charge au titre des années 2018, 2019 et 2020.

Article 2 : L'Etat versera à la société Electrom une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à la société à responsabilité limitée Electrom et au directeur régional des finances publiques de La Réunion.

Délibéré après l'audience du 21 mars 2025, à laquelle siégeaient :

Mme Khater, présidente,

M. Le Merlus, conseiller.

Mme Lebon, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe du tribunal le 15 avril 2025.

Le rapporteur,

T. LE MERLUS

La présidente,

A. KHATER

La greffière,

C. JUSSY

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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