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AccueilJurisprudence administrativeN° TA101-2201578

Tribunal Administratif de La Réunion — Décision N° TA101-2201578

jeudi 3 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de La Réunion
SectionTribunal Administratif de La Réunion
N° DossierTA101-2201578
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation2ème chambre
Avocat requérantCHARREL ET ASSOCIES

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de La Réunion était saisi par la société SEDRE d’un litige l’opposant à la commune de Saint-Paul au sujet du refus de cette dernière d’inscrire au bilan de la concession d’aménagement de la ZAC de l’Éperon les indemnités dues à des acquéreurs. Le tribunal a jugé que la décision de la commune du 23 juin 2022 constituait un acte pris pour l’exécution du contrat de concession et non une décision administrative détachable, rendant irrecevables les conclusions en annulation de la SEDRE. Sur le fond, il a estimé que la SEDRE avait commis des manquements constitutifs d’une faute lourde, excluant ainsi la prise en charge des indemnités par la commune, et a rejeté l’intégralité de la requête. La solution retenue s’appuie sur les principes régissant l’exécution des contrats administratifs et la responsabilité des concessionnaires.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires enregistrés les 14 décembre 2022, 22 novembre 2023 et 31 janvier 2024, la société d'équipement du département de La Réunion (SEDRE), représentée par Me C, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision de la commune de Saint-Paul du 23 juin 2022 refusant l'inscription au bilan de la concession d'aménagement des indemnités dues aux consorts B et A ;

2°) d'enjoindre à la commune de Saint-Paul d'admettre au bilan de la concession la somme de 126 253,27 euros au titre des dépenses liées à la concession conclue le 26 novembre 1993 ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Saint-Paul la somme de 3 000 euros au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- sa demande est recevable ;

- le traité de concession prévoit en son article 13 que toute indemnité due à des tiers est prise en compte, à titre de dépense, au bilan de l'opération concédée, sous réserve de deux conditions qui sont remplies, l'indemnité résulte d'un fait commis " dans l'exécution du traité de concession " ; en l'espèce, la vente d'un terrain à bâtir au sein de la ZAC de l'éperon et l'indemnité due ne résulte pas d'une faute lourde de la SEDRE, la non réponse à un courrier faisant suite à une médiation et l'absence d'étude de sol réalisée par la SEDRE, ne constituant pas une telle faute, dès lors que par ailleurs la SEDRE a respecté ses obligations dans le cadre de la vente d'un " terrain à bâtir " et une condamnation judiciaire n'étant pas synonyme de faute lourde ;

- le défaut d'information reproché à la SEDRE sur la qualité du sol constitue une faute simple et il ne peut y avoir faute lourde compte tenu de la responsabilité de tous les intervenants, sociétés participantes et les acquéreurs ;

- elle n'a pas méconnu l'obligation contractuelle de remise en état du sol qui ne s'étendent pas à l'obligation d'adapter les sols aux fondations des constructions ;

- la non-production par la SEDRE de la déclaration de sinistre à son assurance responsabilité civile n'est pas une méconnaissance d'une obligation contractuelle.

Par des mémoires en défense enregistrés le 21 septembre et 29 décembre 2023, la commune de Saint-Paul, représentée par Me Charrel, conclut à titre principal, au rejet de la requête, à titre subsidiaire à ce qu'il soit sursis à statuer sur la requête dans l'attente de la décision à venir de la cour d'appel, et à ce que la somme à inscrire au bilan de la concession soit ramenée à la somme de 48 933,50 euros, et à ce qu'il soit mis à la charge de la SEDRE la somme de 3 600 euros au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- la SEDRE a commis de nombreux manquements qui peuvent être qualifiés de faute lourde en méconnaissant son devoir d'information à l'égard des acquéreurs sur l'état du sol, le terrain étant non conforme à sa destination ainsi que le jugement du tribunal judiciaire l'a constaté, en méconnaissant l'article 14 du cahier des charges relatif à la remise en état des sols avant cession et en ne produisant aucune déclaration de sinistre à son assureur ;

- la commune ne saurait être condamnée pour des fautes commises par les sociétés qui ont examiné la nature et la qualité du sol propre à recevoir une construction ;

- le montant de la somme à inscrire au bilan ne saurait excéder la somme correspondant aux travaux de remise en état du sol d'un montant de 48 933,50 euros.

Par une ordonnance du 1er février 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 20 février 2024 à 12h.

Les parties ont été informées, par un courrier du 17 septembre 2024, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le tribunal était susceptible de relever d'office un moyen d'ordre public tiré de l'irrecevabilité des conclusions de la SEDRE à demander d'annuler la décision de la commune du 23 juin 2022 refusant l'inscription au bilan de la concession des indemnités dues aux consorts B et A dès lors qu'il s'agit d'un acte pris pour l'exécution du contrat de concession.

Des observations en réponse à ce moyen d'ordre public, enregistrées le 19 septembre 2024, ont été présentées par la SEDRE.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Monlaü,

- les conclusions de M. Sauvageot, rapporteur public,

- et les observations de M. C pour la SEDRE et de Me Garnier, substituant Me Charrel, pour la commune de Saint-Paul.

Considérant ce qui suit :

1. Par un traité de concession en date du 26 novembre 1993, la commune de Saint-Paul a confié à la société d'équipement du département de La Réunion (SEDRE) l'aménagement de la ZAC de l'Éperon afin de permettre la réalisation d'un ensemble urbain cohérent mixant logements, services, équipements et commerces, comprenant l'ensemble des travaux de voirie, de réseaux et d'aménagements d'espaces libres et d'installations diverses nécessaires à la vie des usagers des bâtiments situés à l'intérieur du périmètre de ZAC, et à réaliser dans le cadre de la concession. Pour réaliser cet aménagement, le concessionnaire devait notamment mettre en état les sols, céder les terrains ou les immeubles bâtis. A la suite d'un litige survenu à propos d'une vente de terrains à bâtir par la SEDRE à M. B et Mme A intervenu le 22 mars 2018, un jugement du tribunal judiciaire du 14 décembre 2021, confirmé par la cour d'appel du 15 décembre 2023 sauf en ce qui concerne le quantum de l'indemnisation des préjudices matériels, a condamné la SEDRE à verser à M. B et Mme A une indemnité ramenée à la somme de 112 058 euros. Par un courrier du 23 juin 2022, la commune a informé la SEDRE de sa décision de ne pas inscrire au bilan de la concession l'indemnité due par la SEDRE à M. B et Mme A. A la suite du silence gardé par la commune sur son recours gracieux du 18 août 2022 tendant à ce que la commune reconsidère sa position, la SEDRE demande au tribunal d'annuler la décision de la commune de Saint-Paul du 23 juin 2022 refusant l'inscription au bilan de la concession d'aménagement des indemnités dues aux consorts B et A.

2. Aux termes de l'article 13 du traité de concession : " Indemnités aux tiers : Le concessionnaire suit les contentieux liés à l'opération concédée. Toute indemnité due à des tiers par le fait du concessionnaire dans l'exécution du traité de concession est prise en compte, à titre de dépense, au bilan de l'opération concédée. () Toutefois, dans le cas de faute lourde du concessionnaire, les indemnités en cause sont à sa charge définitive, à titre de pénalité ainsi qu'il est dit à l'article 28 ci-après. " Aux termes de l'article 28 du traité : " Pénalités : En cas de faute commise par le concessionnaire ou de mauvaise exécution de son contrat de fait, le concédant pourra demander réparation de son préjudice au juge administratif. Le concessionnaire supportera personnellement les dommages-intérêts qui pourraient être dus à des tiers pour faute lourde dans l'exécution de sa mission. "

3. Dans le cadre de l'aménagement de la ZAC de l'Éperon, la SEDRE a cédé en application du e) de l'article 2 du traité de concession, un terrain à bâtir à M. B et Mme A dont les sols se sont révélés impropres à supporter une construction. Il résulte de l'instruction, notamment des motifs du jugement du tribunal judiciaire du 14 décembre 2021 et de l'arrêt de la cour d'appel du 15 décembre 2023, que l'expert judiciaire commis en référé a retenu que la note de synthèse jointe à l'acte de vente du terrain n'indiquait pas la nature exacte des remblais de la plateforme destinée à recevoir la construction des consorts B et A, alors que des essais pénétrométriques effectués en novembre 2016 avaient constaté que les remblais en cause ne pouvaient permettre d'accueillir une construction, et que la SEDRE en était parfaitement informée dès lors qu'elle avait déjà rencontré ce même problème avec l'acquéreur de la parcelle voisine. La méconnaissance de son devoir d'information par la SEDRE constaté par le jugement du 14 décembre 2021 et confirmé par l'arrêt de la cour d'appel du 15 décembre 2023 qui retient la responsabilité de la SEDRE pour vice caché du terrain vendu à raison de la qualité du sol impropre en l'état à recevoir une construction, constitue, par elle-même, et sans qu'ait d'incidence à cet égard, le fait que la SEDRE ne serait pas la seule responsable des conséquences liées à l'inconstructibilité du terrain, une faute lourde justifiant que les indemnités mises à la charge de la SEDRE en conséquence des décisions de justice précitées soient laissées à sa charge définitive à titre de pénalité conformément aux prescriptions de l'article 28 du traité de concession.

4. Il résulte de ce qui précède que la SEDRE n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision de la commune de Saint-Paul du 23 juin 2022 refusant l'inscription au bilan de la concession d'aménagement des indemnités dues aux consorts B et A. Ses conclusions à fin d'injonction doivent être rejetées par voie de conséquence.

Sur les frais liés au litige :

5. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il soit fait droit aux conclusions de la SEDRE dirigées contre la commune de Saint-Paul, qui n'est pas partie perdante. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de la SEDRE la somme de 1 000 euros au titre des frais exposés par la commune de Saint-Paul et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la SEDRE est rejetée.

Article 2 : La SEDRE versera à la commune de Saint-Paul la somme de 1000 euros au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la société d'équipement du département de La Réunion et à la commune de Saint-Paul.

Délibéré après l'audience du 19 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Blin, présidente,

M. Monlaü, premier conseiller,

Mme Tomi, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 octobre 2024.

Le rapporteur,

X. MONLAÜ

La présidente,

A. BLIN

Le greffier

F. IDMONT

La République mande et ordonne au préfet de La Réunion en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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