mardi 11 février 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de La Réunion |
| Section | Tribunal Administratif de La Réunion |
| N° Dossier | TA101-2300188 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 1ère chambre |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 10 février 2023, M. A B, représenté par Me Vaillant, demande au tribunal :
1°) de condamner l'Etat à lui verser, d'une part, la somme de 40 000 euros en réparation de son préjudice moral résultant de son éviction illégale, assortie d'une astreinte de 100 euros par jour de retard à compter de la notification du jugement à intervenir et, d'autre part, la somme de 1 511,56 euros au titre des intérêts moratoires résultant du retard dans l'exécution du jugement du tribunal administratif de La Réunion n° 1901217 du 11 mai 2021 ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 5 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- l'illégalité de la décision du 11 juillet 2019 par laquelle la ministre des solidarités et de la santé a prononcé sa révocation, annulée par le jugement n°1901217 du tribunal administratif de La Réunion du 11 mai 2021, constitue une faute de nature à engager la responsabilité de l'Etat ;
- les allégations mensongères de faits de harcèlement sexuel qu'il aurait commis, l'attitude de ses collègues qui a changé suivant ces allégations et l'absence de soutien de ses supérieurs ont porté atteinte à sa réputation et à son honneur, lui causant un préjudice moral évalué à la somme de 40 000 euros, assortie d'une astreinte de 100 euros par jour de retard ;
- le règlement des sommes dues en exécution du jugement n° 1901217, qui n'est intervenu que le 24 février 2022, constitue un retard d'exécution justifiant que lui soit allouée la somme de 1 511, 56 euros au titre des intérêts moratoires.
Par un mémoire en défense, enregistré le 9 septembre 2024, la ministre du travail, de la santé et des solidarités conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que :
- le préjudice moral tiré de l'atteinte à la réputation et à l'honneur du requérant ne présente aucun lien direct de causalité avec l'illégalité entachant sa révocation ;
- en tout état de cause, le préjudice moral n'est pas établi ou, à tout le moins, est surévalué ;
- l'indemnité versée en février 2022 ne constituant pas une mesure d'exécution du jugement n° 1901217, le requérant ne saurait prétendre à aucun intérêt de retard ;
- le préjudice tiré d'un prétendu retard d'exécution du jugement n° 1901217 ne présente aucun lien direct de causalité avec le versement opéré sur le bulletin de paie de M. B en février 2022 ;
- le requérant n'établit pas le caractère direct et certain de ce préjudice ;
- à titre subsidiaire, il aurait dû agir dans le cadre d'une demande d'exécution du jugement n°1901217.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code civil
- le code monétaire et financier ;
- l'arrêt de la cour administrative d'appel de Bordeaux n° 24BX00359 du 4 novembre 2024 ;
- le code de justice administrative ;
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Le Merlus,
- les conclusions de M. Sauvageot, rapporteur public,
- les parties n'étant ni présentes ni représentées.
Considérant ce qui suit :
1. Par un arrêté du 11 juillet 2019, la ministre des solidarités et de la santé, la ministre du travail, le ministre de l'éducation nationale et la ministre des sports ont conjointement décidé de révoquer M. B à compter de la notification de cet arrêté, intervenue le 17 juillet suivant. Par un jugement n° 1901217 du 11 mai 2021, le tribunal administratif de La Réunion a annulé l'arrêté du 11 juillet 2019 et a enjoint au ministre des solidarités et de la santé, à la ministre du travail, de l'emploi et de l'insertion et au ministre de l'éducation nationale, de la jeunesse et des sports de réintégrer juridiquement M. B dans ses fonctions à la date de son éviction illégale et de reconstituer sa carrière et ses droits sociaux et à pension en conséquence, dans un délai de deux mois à compter de la date du jugement. M. B demande au tribunal de condamner l'Etat à lui verser, d'une part, la somme de 40 000 euros en réparation de son préjudice moral résultant de son éviction illégale et, d'autre part, la somme de 1 511,56 euros au titre des intérêts moratoires résultant du retard dans l'exécution du jugement du 11 mai 2021.
Sur les conclusions indemnitaires :
En ce qui concerne la responsabilité de l'Etat :
2. D'une part, par un jugement en date du 11 mai 2021, devenu définitif, le tribunal administratif de La Réunion a annulé l'arrêté du 11 juillet 2019 par lequel la ministre des solidarités et de la santé, la ministre du travail, le ministre de l'éducation nationale et la ministre des sports ont conjointement décidé de révoquer M. B au motif que cette sanction était disproportionnée par rapport aux agissements fautifs qui lui étaient reprochés. Dès lors, cette illégalité constitue une faute de nature à engager la responsabilité de l'Etat.
3. D'autre part, par ce même jugement, le tribunal administratif de La Réunion avait enjoint au ministre des solidarités et de la santé, à la ministre du travail, de l'emploi et de l'insertion et au ministre de l'éducation nationale, de la jeunesse et des sports de réintégrer juridiquement M. B dans ses fonctions à la date de son éviction illégale et de reconstituer sa carrière et ses droits sociaux et à pension en conséquence, dans un délai de deux mois à compter de la date du jugement. Le 24 février 2022, le ministre des solidarités et de la santé, la ministre du travail, de l'emploi et de l'insertion et le ministre de l'éducation nationale, de la jeunesse et des sports ont versé à M. B la somme de 27 110,03 euros. Il est constant que cette somme visait à l'indemniser de la perte de traitement, de l'indexation Réunion ainsi que de la majoration traitement de 35% résultant de son éviction illégale du service. Contrairement à ce que soutient l'administration en défense, une décision de justice enjoignant à l'administration de tirer les conséquences financières de l'annulation contentieuse d'un acte relatif à la situation administrative d'un agent public doit être regardée comme une condamnation à une indemnité ou comme une condamnation pécuniaire. Dès lors, la somme versée par l'administration à M. B constitue une mesure d'exécution du jugement du 11 mai 2021. Par suite, en n'exécutant l'injonction prononcée par le tribunal dans son jugement du 11 mai 2021 que le 24 février 2022 alors qu'il lui avait été prescrit de tirer les conséquences financières de l'annulation contentieuse dans le délai de deux mois suivants la notification du jugement, l'administration a commis une faute de nature à engager la responsabilité de l'Etat.
En ce qui concerne les préjudices :
4. D'une part, M. B fait valoir avoir subi un préjudice moral de 40 000 euros en raison de l'atteinte à sa réputation et à l'honneur qu'il a subi du fait des allégations mensongères de harcèlement sexuel émises à son encontre, de l'attitude de ses collègues qui aurait changé à la suite de ces allégations et de l'absence de soutien de ses supérieurs. Toutefois, et alors que par son jugement du 11 mai 2021, le tribunal a considéré que la matérialité du comportement inapproprié de l'intéressé à l'égard des femmes était établi dès lors que les " différents témoignages sur lesquels l'autorité disciplinaire s'est fondée pour prononcer la sanction de la révocation à l'encontre de M. B sont crédibles et concordants, émanent à la fois de collègues de l'intéressé et d'une personne extérieure au service et font suite à l'infliction d'un blâme en raison déjà d'une attitude déplacée à connotation sexuelle " et présentaient, " au regard de l'exigence de dignité et d'intégrité qui s'attache à l'exercice par tout agent public de ses fonctions, un caractère fautif de nature à justifier l'infliction d'une sanction disciplinaire ", M. B ne démontre pas que l'illégalité dont est entachée la sanction de révocation qui lui a été infligée serait à l'origine, de manière directe et certaine, d'une atteinte à sa réputation et à son honneur constitutive d'un préjudice moral. Les conclusions présentées sur ce fondement ne peuvent, dès lors, qu'être rejetées.
5. D'autre part, aux termes de l'article 1231-7 du code civil : " En toute matière, la condamnation à une indemnité emporte intérêts au taux légal même en l'absence de demande ou de disposition spéciale du jugement. Sauf disposition contraire de la loi, ces intérêts courent à compter du prononcé du jugement à moins que le juge n'en décide autrement. / En cas de confirmation pure et simple par le juge d'appel d'une décision allouant une indemnité en réparation d'un dommage, celle-ci porte de plein droit intérêt au taux légal à compter du jugement de première instance. () ". Et aux termes de l'article L. 313-3 du code monétaire et financier dispose que : " En cas de condamnation pécuniaire par décision de justice, le taux de l'intérêt légal est majoré de cinq points à l'expiration d'un délai de deux mois à compter du jour où la décision de justice est devenue exécutoire () ".
6. Une décision de justice enjoignant à l'administration de tirer les conséquences financières de l'annulation contentieuse d'un acte relatif à la situation administrative d'un agent public doit être regardée comme une condamnation à une indemnité ou comme une condamnation pécuniaire au sens des dispositions précitées du code civil et du code monétaire et financier. Par suite, M. B a droit au paiement des intérêts au taux légal sur la somme de 27 110,03 euros qui lui a été versée par l'administration et correspondant à la perte de traitement et de majoration résultant de son éviction illégale du service, à compter du 12 mai 2021, date de notification du jugement ayant annulé l'arrêté de révocation du 11 juillet 2019 et jusqu'au 24 février 2022, date du paiement effectif de la somme. En l'absence de paiement de cette somme à la date du 12 juillet 2021, le taux des intérêts doit être majoré de cinq points à compter de cette date en application de l'article L. 313-3 du code monétaire et financier. M. B est ainsi fondé à demander que l'Etat lui verse les intérêts ainsi calculés sur les rappels susmentionnés, dans la limite de la somme de 1 511,56 euros demandée par le requérant, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Sur les conclusions relatives aux frais d'instance :
7. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions présentées par M. B sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : L'Etat est condamné à verser à M. B les intérêts dus sur la somme de 27 110,03 euros qui lui a été versée au titre des rappels de traitement et de majoration, selon les modalités indiquées au point 6 du présent jugement, dans un délai de deux mois à compter de sa notification.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au ministre du travail, de la santé, des solidarités et des familles et au ministre en charge de l'éducation nationale, de l'enseignement supérieur et de la recherche.
l'enseignement supérieur et de la recherche.
Délibéré après l'audience du 28 janvier 2025, à laquelle siégeaient :
M. Sorin, président,
M. Le Merlus, conseiller.
Mme Lebon, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe du tribunal le 11 février 2025.
Le rapporteur,
T. LE MERLUS
Le président,
T. SORIN
La greffière,
C. JUSSY
La République mande et ordonne au ministre du travail, de la santé, des solidarités et des familles et au ministre en charge de l'éducation nationale, de l'enseignement supérieur et de la recherche, en ce qui les concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026