jeudi 26 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de La Réunion |
| Section | Tribunal Administratif de La Réunion |
| N° Dossier | TA101-2300721 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | DIDON |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire récapitulatif, enregistrés les 31 mai 2023 et 7 août 2024, M. A B, représenté par Me Boyer, demande au tribunal :
1°) de condamner la chambre de métiers et de l'artisanat de La Réunion (CMAR) à lui verser les sommes suivantes :
- 26 560,82 euros au titre de l'indemnité de licenciement assortie des intérêts de retard ;
- 9 715,62 euros au titre de l'indemnité compensatrice de préavis assortie des intérêts de retard ;
- une indemnité compensatrice de congés payés, sous astreinte de 50 euros par jour de retard à compter du 15 décembre 2022 ;
- l'allocation chômage correspondant à 1095 jours calendaires assortie des intérêts de retard au taux légal ;
- le paiement de la différence entre les traitements perçus entre août et novembre 2022 et ceux qu'il aurait dû percevoir sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter du 15 décembre 2022 ;
- 6 477,08 euros à titre de dommages et intérêts pour préjudice économique ;
- 3 238,54 euros en réparation du préjudice résultant de l'irrégularité de la procédure suivie devant la commission paritaire siégeant en formation de CHSCT ;
- 4 000 euros au titre des dommages et intérêts pour le préjudice moral découlant de la notification tardive de la décision de licenciement intervenue 4 mois après l'avis d'inaptitude.
- 10 000 euros au titre du préjudice moral ;
2°) de mettre à la charge de la CMAR une somme de 3 255 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- étant inapte à tout emploi, la CMAR n'était pas tenue de lui proposer un reclassement ni de saisir la commission paritaire ;
- l'offre de reclassement sur un poste d'attaché technique ne correspond pas à ses aptitudes ;
- il peut prétendre au bénéfice de l'attribution d'une indemnité de licenciement et des indemnités de chômage correspondant à 1095 jours calendaires ;
- la procédure de licenciement, irrégulière dès lors qu'il n'a pas été convoqué à un entretien préalable lui ouvre droit à indemnisation ;
- il a droit à une indemnité compensatrice de préavis et au paiement de la différence de salaires qu'il aurait dû percevoir au cours de cette période et ceux qu'il a effectivement perçus (trois mois) ;
- la procédure suivie devant la commission paritaire siégeant en formation de CHSCT irrégulière en ce que la convocation de ses membres n'a pas été accompagnée d'une note de présentation et que l'avis de cette commission a été rendu en l'absence du médecin du travail et sans avis de ce dernier justifie l'octroi de dommages et intérêts ;
- il a subi un préjudice économique et un préjudice moral justifiant la condamnation de la CMAR à lui verser des dommages intérêts ;
- il est en droit de prétendre au bénéfice de la portabilité de la mutuelle après la rupture du contrat de travail.
Par un mémoire en défense, enregistré le 22 juillet 2024, la CMAR représentée par Me Didon conclut au rejet de la requête et que soit mis à la charge de M. B le versement de la somme de 2 000 euros au titre des frais de l'instance.
Elle fait valoir que les moyens ne sont pas fondés.
Par courrier du 2 septembre 2024, il a été demandé aux parties de produire, dans le meilleur délai et au plus tard à l'audience, en application de l'article R. 611-8-7 du code de justice administrative, l'original de l'avis d'inaptitude du 4 août 2022 du médecin du travail, au plus tard lors de l'audience.
Cette pièce originale a été déposée au tribunal le 3 septembre 2024 par M. B et communiquée à la CMAR le 4 septembre 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la loi n° 52-1311 du 10 décembre 1952 ;
- le statut du personnel des chambres de métiers et de l'artisanat du 26 mars 2019 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Tomi, première conseillère,
- les conclusions de M. Sauvageot, rapporteur public,
- les observations de Me Boyer, représentant M. B ;
- la CMAR n'étant ni présente ni représentée.
Considérant ce qui suit :
1. M. B a exercé auprès la chambre de métiers et de l'artisanat de La Réunion, depuis 1999, des fonctions de formateur en bâtiment gros œuvre, au pôle de Saint-André. Le 2 juillet 2021 il a été placé en congé maladie avant d'être déclaré à l'issue de la visite de reprise par le médecin du travail, le 4 août 2022, inapte à l'emploi occupé. La CMAR lui a alors proposé, le 9 septembre 2022 un reclassement sur un poste d'attaché technique avec aménagement des conditions de travail au sein de l'URMA Nord. L'intéressé a décliné cette proposition par courrier du 21 septembre 2022. Saisie par le président de la CMAR le 28 novembre 2022, la commission paritaire locale siégeant en formation CHSCT a considéré le 9 décembre 2022, que le poste proposé répondait aux aptitudes de l'intéressé. A l'issue de cette procédure, le président de la CMAR a, par décision du 12 décembre 2022, notifié à M. B son licenciement pour inaptitude physique sans indemnité. Son recours gracieux ayant été partiellement rejeté le 5 avril 2023, M. B qui estime que son inaptitude physique devait nécessairement conduire à son licenciement, aucun reclassement n'étant envisageable, demande au tribunal de condamner la CMAR à lui payer des indemnités à divers titres en conséquence de son licenciement.
Sur l'indemnité de licenciement :
2. Aux termes de l'article 44 du statut du personnel des chambres de métiers et de l'artisanat : " En cas de licenciement, l'agent titulaire bénéficie d'une indemnité de licenciement () / II. - L'indemnité de licenciement précitée n'est pas due lorsque l'agent : / () - est déclaré définitivement physiquement inapte à l'emploi occupé et refuse un emploi de reclassement pouvant correspondre à ses aptitudes, déterminé comme tel par la commission paritaire locale conformément à la procédure mentionnée à l'article 48-III () ". Aux termes du III de l'article 48 du même statut " () L'agent qui () fait l'objet d'un avis d'inaptitude définitive à l'emploi occupé établi par le médecin du travail (), peut être reclassé sur un emploi susceptible de lui correspondre ou licencié pour inaptitude physique ou, s'il en remplit les conditions, admis à la retraite. () / L'agent est, le cas échéant, reclassé dans son nouvel emploi à un niveau équivalent de classement et de durée de présence dans l'échelon. / En cas de litige sur le point de savoir si l'emploi offert au titre du reclassement correspond ou non aux aptitudes de l'agent, la commission paritaire locale dans sa formation comité d'hygiène et de sécurité visée à l'article 54, en présence ou sur avis du médecin du travail, est appelée à émettre un avis conformément aux dispositions du même article. / Dans le cas où la commission détermine que l'emploi offert au titre du reclassement correspond aux aptitudes de l'agent et que l'agent refuse l'emploi offert, celui-ci est licencié sans indemnité. / Dans le cas où la commission détermine que l'emploi offert au titre du reclassement ne correspond pas aux aptitudes de l'agent et que l'agent refuse l'emploi offert, celui-ci est licencié et bénéficie des indemnités de licenciement selon les modalités définies à l'article 44-I-3 () ".
3. Il résulte d'un principe général du droit, dont s'inspirent tant les dispositions du code du travail relatives à la situation des salariés qui, pour des raisons médicales, ne peuvent plus occuper leur emploi, que les règles statutaires applicables dans ce cas aux fonctionnaires, que lorsqu'il a été médicalement constaté qu'un salarié se trouve, de manière définitive, atteint d'une inaptitude physique à occuper son emploi, il incombe à l'employeur public, avant de pouvoir prononcer son licenciement, de chercher à reclasser l'intéressé dans un autre emploi. La mise en œuvre de ce principe implique que, sauf si l'agent manifeste expressément sa volonté non équivoque de ne pas reprendre une activité professionnelle, l'employeur propose à ce dernier un emploi compatible avec son état de santé et aussi équivalent que possible avec l'emploi précédemment occupé ou, à défaut d'un tel emploi, tout autre emploi si l'intéressé l'accepte. Ce n'est que lorsque ce reclassement est impossible, soit qu'il n'existe aucun emploi vacant pouvant être proposé à l'intéressé, soit que l'intéressé est déclaré inapte à l'exercice de toutes fonctions ou soit que l'intéressé refuse la proposition d'emploi qui lui est faite, qu'il appartient à l'employeur de prononcer, dans les conditions applicables à l'intéressé, son licenciement.
4. D'une part, si M. B soutient que la CMAR lui a proposé à tort un reclassement, alors qu'il présentait une inaptitude physique à tout emploi, l'avis d'inaptitude émis le 4 août par le médecin du travail à l'issue de la visite de reprise consécutive à son congé maladie qu'il produit en dernier lieu, formalisé sur un imprimé type, conforme à la copie produite par la CMAR ne vise qu'un seul des deux cas de dispense de l'obligation de reclassement " tout maintien du salarié dans un emploi serait gravement préjudiciable à sa santé ", à l'exclusion du second cas " l'état de santé du salarié fait obstacle à tout reclassement dans un emploi ". Dans ces conditions, M. B n'est pas fondé à soutenir que la CMAR n'avait d'autre choix que de procéder à son licenciement pour inaptitude physique sans reclassement préalable ou de l'admettre à la retraite, et n'était dès lors pas tenue de lui proposer un autre emploi, différent de celui qu'il occupait et de niveau équivalent, dans le cadre d'un reclassement.
5. D'autre part, M. B n'établit pas que l'emploi d'attaché technique qui lui a été proposé au titre du reclassement ne correspondait pas à ses aptitudes. Dès lors, il n'est pas fondé à soutenir que le président de la CMAR en estimant que le motif de son refus opposé à l'offre de reclassement n'était pas légitime, aurait commis une erreur d'appréciation.
6. Compte-tenu de ce qui a été dit au point 4, à les supposer avérées, les irrégularités de la procédure suivie devant la commission paritaire soulevées par le requérant sont en toute hypothèse sans incidence sur la régularité de la décision litigieuse.
7. Il résulte de ce qui précède que, dès lors que l'article 44 du statut du personnel des chambres de métiers et de l'artisanat prévoit que l'indemnité de licenciement n'est pas due lorsque l'agent refuse sans motif légitime un emploi de niveau équivalent à celui qu'il occupait, au titre d'un reclassement, les conclusions tendant à l'annulation de la décision litigieuse de licenciement de M. B doivent être rejetées.
Sur les autres demandes indemnitaires :
8. Il ne résulte pas des dispositions du statut du personnel des chambres de métiers et de l'artisanat, que M. B aurait dû être reçu en entretien préalablement à la décision de licenciement, les dispositions de l'article L.1266-11 du code du travail étant inapplicables au présent litige.
9. De même, il ne résulte pas du statut du personnel des chambres des métiers que l'agent licencié pour inaptitude physique doive bénéficier de l'indemnité compensatrice de préavis prévue par l'article L. 1266-14 du code du travail.
10. M. B ne justifie pas du nombre de congés payés dont la CMAR resterait débitrice. Les conclusions tendant au paiement d'une indemnité compensatrice de congés payés doivent dès lors être rejetées.
11. M. B ne justifie pas de la qualité de demandeur d'emploi de nature à lui ouvrir droit au bénéfice de l'allocation chômage. Les conclusions présentées en ce sens ne peuvent qu'être rejetées.
12. M. B n'établit pas avoir subi, du fait du délai écoulé entre l'avis d'inaptitude et la décision de licenciement et de la privation de salaires constatée lors de cette période, un préjudice en lien direct avec les agissements de son employeur. Les conclusions présentées sur ce point ne peuvent donc qu'être rejetées.
13. M. B ne justifie pas des préjudices économique et moral qu'il invoque. Par suite, les conclusions présentées en ce sens doivent également être rejetées.
14. Si M. B se prévaut de la portabilité de la mutuelle postérieurement à la rupture de son contrat, il n'apporte aucune précision concernant les conditions de mise en place de cette portabilité. Par suite les conclusions présentées à ce titre doivent être également rejetées.
15. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. B doit être rejetée.
Sur les frais liés à l'instance :
16. les dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la CMAR, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que M. B demande sur ce fondement. Il n'y a pas lieu dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de M. B la somme que demande la CMAR sur le même fondement.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Les conclusions de la chambre de métiers et de l'artisanat de La Réunion présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B et à la chambre de métiers et de l'artisanat de La Réunion.
Délibéré après l'audience du 5 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Blin, présidente,
M. Monlaü, premier conseiller,
Mme Tomi, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 septembre 2024.
La rapporteure,
N. TOMI
La présidente,
A. BLIN
La greffière,
S. LE CARDIET-BALOUKJY
La République mande et ordonne au préfet de La Réunion en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026