mercredi 4 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de La Réunion |
| Section | Tribunal Administratif de La Réunion |
| N° Dossier | TA101-2300763 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | R222-13 (JU 3) |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires en réplique enregistrés les 12 juin 2023, 31 janvier 2024 et 19 mars 2024, la société civile immobilière (SCI) Moinvest, représentée par Me Rakotonirina, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler la décision implicite par laquelle le préfet de La Réunion a refusé de l'indemniser du préjudice de jouissance résultant du refus du même préfet de lui accorder le concours de la force publique pour l'exécution du jugement du 2 novembre 2020 du tribunal judiciaire de Saint-Denis ;
2°) de condamner l'Etat à lui verser la somme de 11 601,83 euros au titre du préjudice financier correspondant à la perte de jouissance résultant de ce refus, à compter de la date de la demande d'indemnisation datée du 1er décembre 2022, majorée des intérêts au taux légal ;
3°) d'enjoindre au préfet de prendre toutes les mesures nécessaires en vue de l'exécution du jugement rendu le 2 novembre 2020 par le juge des contentieux du tribunal judiciaire de Saint-Denis de La Réunion ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la responsabilité de l'Etat est engagée, sur le fondement de l'article L. 153-1 du code des procédures civiles d'exécution, en raison du refus du préfet de La Réunion de lui accorder le concours de la force publique pour l'exécution du jugement du 2 novembre 2020 du tribunal judiciaire de Saint-Denis, autorisant l'expulsion de Mme B A de l'appartement 41 de la Résidence Galaxy situé au n°4 de l'avenue Joseph Bédier à Sainte-Clotilde, commune de Saint-Denis ;
- le refus d'octroi du concours de la force publique a entrainé une perte de jouissance de son bien, dès lors que Mme A se maintient dans les lieux sans s'acquitter du loyer ni de l'indemnité d'occupation mise à sa charge par le jugement du 2 novembre 2020.
Par un mémoire en défense, enregistré le 5 décembre 2023, le préfet de La Réunion conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par la partie requérante ne sont pas fondés.
La procédure a été communiquée à Mme B A qui n'a pas produit de mémoire.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code des procédures civiles d'exécution ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Vu la décision du tribunal désignant M. Bauzerand, vice-président, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative, pour statuer seul sur les litiges énumérés par cet article.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Bauzerand, magistrat désigné,
- les observations de Me Rakotinirina, représentant la SCI Moinvest.
Le préfet de la Réunion et Mme A n'étaient ni présents ni représentés.
Considérant ce qui suit :
1. Par un acte sous seing privé daté du 1er novembre 2017, la société civile immobilière (SCI) Moinvest a loué à Mme B A un immeuble à usage d'habitation situé dans la résidence Galaxy au n°4 de l'avenue Joseph Bédier à Sainte-Clotilde, commune de Saint-Denis. Un commandement de payer les loyers d'un montant de 570 euros et d'avoir à justifier de l'assurance visant la clause résolutoire datant du 1er août 2019 a été signifié à Mme A le même jour. Par un jugement du 2 novembre 2020, le tribunal judiciaire de Saint-Denis, après avoir constaté la réunion des conditions d'acquisition de la clause résolutoire du bail conclu entre la SCI Moinvest et Mme A, a condamné cette dernière à verser à la société requérante une somme de 4 458,30 euros au titre des loyers, charges et indemnités d'occupation impayés et a autorisé la SCI Moinvest à expulser Mme A avec le concours de la force publique, conformément aux dispositions de l'article R. 153-1 du code des procédures civiles d'exécution. L'huissier de justice mandaté par la société requérante afin de faire procéder à l'exécution de cette décision, a signifié le 16 décembre 2020 un acte de commandement de quitter les lieux, daté du même jour, à Mme A ainsi qu'une copie de ce commandement de quitter les lieux au préfet de La Réunion, reçu par ce dernier le 18 décembre 2020. Un procès-verbal de tentative d'expulsion a été dressé le 7 juillet 2021. La SCI Moinvest a, par la suite, sollicité auprès de ce même préfet le concours de la force publique par une demande en date du 19 juillet 2021 dont le préfet de La Réunion a accusé réception le 20 juillet 2021 par voie électronique. Une décision implicite de rejet est née du silence gardé par l'administration. Par un recours gracieux daté du 1er décembre 2022, réceptionné le 12 décembre 2022, la SCI Moinvest a sollicité l'indemnisation du préjudice financier qu'elle estime avoir subi et qu'elle évalue à la somme de 11 601,83 euros. Le préfet de La Réunion a de nouveau opposé son silence à cette demande. Par la présente requête, la SCI Moinvest demande au tribunal la condamnation de l'administration.
Sur les conclusions aux fins d'indemnisation :
Sur la responsabilité de l'Etat :
2. Aux termes de l'article L. 153-1 du code des procédures civils d'exécution : " L'Etat est tenu de prêter son concours à l'exécution des jugements et des autres titres exécutoires. Le refus. Le refus de l'Etat de prêter son concours ouvre droit à réparation. ". Aux termes de l'article R. 153-1 du même code : " Si l'huissier de justice est dans l'obligation de requérir le concours de la force publique, il s'adresse au préfet. La réquisition contient une copie du dispositif du titre exécutoire. Elle est accompagnée d'un exposé des diligences auxquelles l'huissier de justice a procédé et des difficultés d'exécution. / Toute décision de refus de l'autorité compétente est motivée. Le défaut de réponse dans un délai de deux mois équivaut à un refus. Ce refus est porté à la connaissance du créancier par l'huissier de justice. ".
3. Tout justiciable nanti d'une décision de justice exécutoire est en droit d'obtenir, si nécessaire, que l'Etat lui apporte l'assistance de la force publique pour son exécution. L'Etat ne peut légalement refuser de prêter le concours de la force publique que si l'exécution forcée de la décision de justice est de nature porter à l'ordre public des troubles d'une exceptionnelle gravité.
4. Il résulte de l'instruction que par un acte du 19 juillet 2021, notifié le 20 juillet 2021 par voie électronique, le concours de la force publique a été sollicitée en vue de l'exécution du jugement du 2 novembre 2020 du tribunal judiciaire de Saint-Denis. Il n'est pas contesté que le concours de la force publique n'a pas été octroyé par le préfet de La Réunion. Par suite, compte tenu du délai normal de deux mois dont dispose l'administration pour exercer son action, la responsabilité de l'Etat s'est trouvée engagée à compter du 20 septembre 2021 au mois de mars 2024, date à laquelle la société requérante a arrêté le calcul de son indemnisation.
Sur le préjudice allégué :
5. La société requérante soutient avoir subi un préjudice résultant de la perte de jouissance liée à l'occupation irrégulière de son bien et du défaut d'octroi du concours de la force publique. Il résulte des décomptes et pièces produites par la SCI Moinvest que sur la période de responsabilité mentionnée au point 4 du présent jugement, la dette locative dont était redevable Mme A, occupante du logement en cause s'élevait 7 125, 40 euros. Sachant que les pénalités de retard alléguées ne sont pas justifiées, il y a donc lieu de fixer la somme de 7 125, 40 euros, l'indemnité due par l'Etat à la SCI Moinvest au titre de la perte de jouissance de son bien, après déduction des allocations versées par la caisse d'allocations familiales, pour la période du 20 septembre 2021 au mois de mars 2024.
6. Il n'est pas contesté que la SCI Moinvest a présenté une demande d'indemnisation le 1er décembre 2022, notifiée le 12 décembre 2022. Par suite, la SCI Moinvest a droit, sur la somme mentionnée au point 5, aux intérêts de droit à compter de la date de réception par l'administration de sa demande préalable d'indemnisation.
Sur les conclusions aux d'injonction :
7. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. ". Aux termes de l'article L. 911-2 du même code : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne à nouveau une décision après une nouvelle instruction, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision juridictionnelle, que cette nouvelle décision doit intervenir dans un délai déterminé. "
8. En demandant au tribunal d'enjoindre au préfet de La Réunion de prendre toutes les mesures nécessaires en vue de l'exécution du jugement rendu le 2 novembre 2020 par le juge des contentieux du tribunal judiciaire de Saint-Denis de La Réunion, la SCI Moinvest doit être regardée comme demandant au tribunal d'enjoindre au préfet de La Réunion de lui accorder le concours de la force publique. Toutefois, la présente décision, relative à l'indemnisation du préjudice financier de la SCI Moinvest au titre de la responsabilité sans faute de l'Etat, n'implique pas nécessairement, au sens des dispositions de L. 911-1 et L. 911-2 du code de justice administrative précité, que le préfet de La Réunion prenne la mesure d'exécution sollicitée. Par suite, il y a lieu de rejeter les conclusions aux fins d'injonction présentées par la SCI Moinvest.
Sur les frais liés à l'instance :
9. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, et de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à la SCI Moinvest au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : L'Etat est condamné à verser à la SCI Moinvest la somme de 7 125, 40 euros assortie des intérêts de droit à compter du 12 décembre 2022.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejetée.
Article 4 : L'Etat versera à la SCI Moinvest la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à la société civile immobilière (SCI) Moinvest et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Copie sera adressée au préfet de La Réunion.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 septembre 2024.
Le magistrat désigné, Le greffier,
Ch. BAUZERAND D. CAZANOVE
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
P/La greffière en chef,
Le greffier,
D. CAZANOVE
N°2300763
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026