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AccueilJurisprudence administrativeN° TA101-2300834

Tribunal Administratif de La Réunion — Décision N° TA101-2300834

vendredi 19 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de La Réunion
SectionTribunal Administratif de La Réunion
N° DossierTA101-2300834
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
FormationR222-13 (JU 2)

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 22 juin 2023 et un mémoire enregistré le 14 mai 2024, Mme C D, représentée par Me Moutoussamy, avocat, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision de la caisse d'allocations familiales (CAF) de La Réunion du 12 avril 2023 confirmant, suite à sa réclamation du 9 février 2023, l'indu de revenu de solidarité active (RSA) mis à sa charge à hauteur de 8 134,71 euros au titre de la période de septembre 2020 à août 2022 ;

2°) d'annuler la décision de la CAF du 10 décembre 2022 mettant à sa charge un indu de prime exceptionnelle de fin d'année 2021 fixé à 152,45 euros ;

3°) de lui accorder la décharge de l'obligation de payer les sommes susmentionnées et d'ordonner le remboursement des sommes ayant donné lieu à retenue ;

4°) de mettre à la charge de la CAF une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- le principe du contradictoire a été méconnu ;

- les règles du droit de communication n'ont pas été respectées ;

- l'agent ayant effectué le contrôle n'était ni agréé, ni assermenté ;

- s'agissant de l'indu de RSA, la formalité de consultation de la commission de recours amiable n'a pas été accomplie ;

- s'agissant de l'indu de prime, la décision est insuffisamment motivée, est entachée d'un défaut de signature et n'a pas été précédée d'une décision supprimant le RSA ;

- la remise en cause de ses droits en considération d'une situation de concubinage est injustifiée.

Par un mémoire en défense enregistré le 8 septembre 2023, la CAF conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par Mme D ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu la décision du président du tribunal désignant M. Aebischer, vice-président, pour statuer sur les litiges mentionnés à l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code de la sécurité sociale ;

- le code civil ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Aebischer, magistrat désigné ;

- les observations de Mme B, représentant la CAF.

Considérant ce qui suit :

1. Prenant en compte les constatations issues d'un rapport de contrôle établi en septembre 2022, notamment une situation de concubinage qui n'avait pas été déclarée par l'allocataire, la CAF de La Réunion a remis en cause rétroactivement les droits à prestations de Mme D. Ont ainsi été mis à sa charge un indu de RSA, fixé à 8 134,71 euros et portant sur la période de septembre 2020 à août 2022, selon une décision en date du 5 décembre 2022, et un indu de prime exceptionnelle 2021, pour un montant de 152,45 euros, selon une décision du même jour. Suite à la réclamation de Mme D du 9 février 2023, ces indus ont été confirmés par décision du 12 avril 2023. Par la présente requête, Mme D demande au tribunal d'annuler ces décisions et de la décharger de l'obligation de rembourser les sommes en cause.

En ce qui concerne l'indu de RSA :

2. En premier lieu, il résulte de l'instruction que le moyen tiré de ce que l'agent ayant effectué le contrôle n'était ni agréé, ni assermenté, manque en fait, la CAF justifiant de l'existence d'un agrément en date du 8 février 2018 et d'une assermentation en date du 15 septembre 2017. De même, manque en fait le moyen tiré de la non-consultation de la commission de recours amiable, celle-ci ayant pris position le 14 mars 2023 sur la réclamation de Mme D.

3. En deuxième lieu, il résulte de l'instruction que, contrairement à ce que soutient la requérante, celle-ci a pu bénéficier de manière effective d'une procédure contradictoire, tant à l'occasion des échanges avec le contrôleur que dans le cadre de l'instruction de sa réclamation, la décision de confirmation d'indu étant intervenue après qu'elle eut été mise à même d'exposer ses arguments sur l'ensemble des points relevés par le contrôleur. Si Mme D soutient que le droit de communication n'a pas été mis en œuvre dans des conditions régulières au regard des dispositions de l'article L. 114-21 du code de la sécurité sociale, il ne résulte pas de l'instruction que la remise en cause du RSA ait été décidée sur la base d'informations obtenues auprès de tiers. Dès lors, les règles susmentionnées ne sont pas utilement invoquées.

4. En troisième lieu, il résulte des dispositions du code de l'action sociale et des familles régissant le RSA que cette prestation est soumise à une condition de ressources et que les ressources à prendre en compte pour la détermination du droit à prestation ne se limitent pas à celles de l'allocataire, mais incluent également, le cas échéant celles du conjoint ou du concubin.

5. Il résulte de l'instruction, et notamment des multiples éléments matériels relevés par le contrôleur assermenté de la CAF, que Mme D menait une vie commune avec M. A dans le même logement durant l'ensemble de la période litigieuse et qu'elle était liée matériellement avec son compagnon selon des modalités de mise en commun de leurs ressources et charges, notamment en ce qui concerne le loyer et les dépenses courantes, qui permettent de caractériser une situation de concubinage, et non une simple situation de colocation comme le soutient la requérante. Dès lors, c'est à juste titre que la CAF a remis en cause la situation de personne isolée de Mme D et qu'elle a constaté, prenant en compte les revenus dont disposait M. A, que le plafond de ressources applicable au RSA était dépassé. Ainsi, l'indu relatif à cette prestation doit être validé.

6. Il résulte de ce qui précède que les conclusions dirigées contre la décision de confirmation d'indu du 12 avril 2023 doivent être rejetées, de même que, s'agissant du RSA, les conclusions à fin de décharge et de restitution.

En ce qui concerne l'indu de prime exceptionnelle de fin d'année :

7. Aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions individuelles défavorables qui les concernent () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation () doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ". La décision par laquelle la CAF met à la charge de l'allocataire un indu de prime exceptionnelle de fin d'année est soumise à l'obligation de motivation définie par les dispositions précitées.

8. En l'espèce, la décision d'indu du 10 décembre 2022 énonce de manière succincte mais suffisante un motif de fait selon lequel, pour bénéficier de la prime exceptionnelle de fin d'année 2021, " il faut être bénéficiaire au titre du mois de novembre ou décembre 2021 d'un droit à l'allocation de RSA ". Cependant, cette décision ne comporte aucune mention des textes qui en constituent le fondement. Ainsi, faute de motivation en droit, elle est entachée d'illégalité.

9. Il résulte de ce qui précède que Mme D est fondée à demander l'annulation de la décision du 10 décembre 2022 mettant à sa charge un indu de prime exceptionnelle à hauteur de 152,45 euros.

10. Compte tenu du motif de l'annulation et de la possibilité, pour la CAF de La Réunion, de réitérer la décision d'indu sous une forme régulière, il n'y a pas lieu de prononcer la décharge de l'obligation de payer, ni d'ordonner la restitution de la somme en cause.

11. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

DECIDE :

Article 1er : La décision de la CAF de La Réunion du 10 décembre 2022 mettant à la charge de Mme D un indu de prime exceptionnelle de fin d'année 2021 fixé à 152,45 euros est annulée.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme D est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme C D et à la caisse d'allocations familiales (CAF) de La Réunion.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 juillet 2024.

Le magistrat désigné,

M.-A. AEBISCHER

La greffière,

S. LE CARDIET-BALOUKJY

La République mande et ordonne au préfet de La Réunion en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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