lundi 11 mars 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de La Réunion |
| Section | Tribunal Administratif de La Réunion |
| N° Dossier | TA101-2301001 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Avocat requérant | SELARL GENESIS AVOVATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires en réplique enregistrés les 27 juillet, 13 octobre, 26 octobre et 1er décembre 2023, la communauté d'agglomération du Sud (CASUD), représentée par Me Benjamin, avocate, demande au juge des référés, sur le fondement de l'article R. 541-1 du code de justice administrative, dans le dernier état de ses écritures :
1°) de condamner la société SCIME à lui verser, à titre provisionnel :
- la somme de 591 438 euros correspondant à la restitution du prix payé pour les six véhicules livrés en juin 2021 en vertu d'un marché de fourniture conclu en octobre 2020 ;
- la somme de 883 408 euros représentant 50 % de ses surcoûts d'exploitation ;
- la somme de 1 978,92 euros représentant 50 % des frais d'expertise ;
2°) de condamner la société AFHYMAT à lui verser, à titre provisionnel :
- la somme de 883 408 euros représentant 50 % de ses surcoûts d'exploitation ;
- la somme de 1 978,92 euros représentant 50 % des frais d'expertise ;
3°) subsidiairement, au cas où la société AFHYMAT ne serait pas condamnée, de condamner la seule société SCIME à lui verser, à titre provisionnel :
- la somme de 591 438 euros correspondant à la restitution du prix payé pour les six véhicules livrés en juin 2021 en vertu d'un marché de fourniture conclu en octobre 2020 ;
- la somme de 1 766 816 euros correspondant à la totalité de ses surcoûts d'exploitation ;
- la somme de 3 957,84 euros correspondant au montant total des frais d'expertise ;
4°) de mettre à la charge des société SCIME et AFHYMAT une somme de 5 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
La CASUD soutient que :
- les camions livrés se sont avérés gravement défectueux et, eu égard notamment au vice de conception constaté, irréparables dans l'optique d'une utilisation conforme aux besoins de la collecte ; cela est démontré par le rapport d'expertise de M. A, expert désigné dans l'instance de référé n° 2200167 ;
- ces désordres sont imputables à la SCIME, cocontractant, et à AFHYMAT, carrossier sollicité par la SCIME pour installer les bennes, grues et grappins ;
- la responsabilité de la SCIME est engagée au titre de la garantie des vices cachés prévue à l'article 1641 du code civil et au titre de ses obligations contractuelles ;
- la responsabilité délictuelle d'AFHYMAT est engagée vis-à-vis de la CASUD ;
- les fins de non-recevoir et moyens de défense opposés par les deux entreprises ne sont pas fondés ;
- ainsi, l'obligation n'est pas sérieusement contestable.
Par un mémoire en défense enregistré le 29 août 2023, la société SCIME, représentée par Me Cerveaux, avocat, conclut au rejet de la requête et, le cas échéant, à la condamnation de la société AFHYMAT à la garantir des condamnations prononcées à son encontre.
La SCIME soutient que :
- en l'absence de résolution du contrat, la demande de restitution du prix et la requête à fin de provision sont irrecevables ;
- il n'y a pas lieu de se référer au rapport de l'expert, lequel n'a pas pleinement accompli sa mission ;
- les désordres litigieux, qui découlent d'un vice de conception imputable à AFHYMAT et ne sont pas irréparables, ne justifient pas une restitution des véhicules ni une restitution du prix ;
- les surcoûts d'exploitation allégués ne sont établis ni dans leur principe, ni dans leur quantum ;
- ainsi, l'obligation est sérieusement contestable ;
- les erreurs de conception engagent la responsabilité d'AFHYMAT à son égard.
Par des mémoires en défense enregistrés les 19 septembre et 17 novembre 2023, la société AFHYMAT, représentée par Me d'Halluin, avocate, conclut au rejet de la requête, au rejet de l'appel en garantie de la SCIME, à ce qu'une somme de 3 000 euros soit mise à la charge de la CASUD au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et, le cas échéant, à la condamnation de la SCIME à la garantir des condamnations prononcées à son encontre.
La société AFHYMAT soutient que :
- les conclusions présentées contre elle par la CASUD et par la SCIME sont irrecevables à plusieurs titres ; l'appel en garantie ne relève pas de la compétence du juge administratif ;
- il ne peut lui être imputé aucun vice de conception ;
- les désordres sont imputables à la CASUD, qui a fait preuve de négligence et a utilisé le matériel de manière inappropriée ;
- les surcoûts d'exploitation allégués ne sont établis ni dans leur principe, ni dans leur quantum ;
- ainsi, l'obligation est sérieusement contestable.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu l'instance de référé-expertise n° 2200167.
Vu la décision du président du tribunal désignant M. Aebischer, vice-président, en qualité de juge des référés.
Vu :
- le code de la commande publique ;
- le code civil ;
- le code général des collectivités territoriales ;
- le code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes de l'article R. 541-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, même en l'absence d'une demande au fond, accorder une provision au créancier qui l'a saisi lorsque l'existence de l'obligation n'est pas sérieusement contestable () ".
2. Un marché public a été passé en octobre 2020 entre la CASUD et la société SCIME pour l'acquisition et la livraison de 6 camions de 7,5 tonnes équipés d'une benne, d'une grue auxiliaire et d'un grappin, destinés à l'enlèvement des déchets végétaux et des encombrants sur plusieurs communes du territoire communautaire. Les véhicules, de marque IVECO, ont été livrés en juin 2021 après avoir été aménagés, pour la pose des benne, grue et grappin, par l'entreprise de carrosserie AFHYMAT. Mis à la disposition de la société publique exploitante SUDEC et utilisés par celle-ci, conformément au contrat de prestations de services en quasi-régie liant celle-ci à la CASUD, ces véhicules ont rapidement connu de sérieuses dégradations, sans que n'y soient apportées des solutions de réparation pertinentes. A la demande de la CASUD, une expertise a été prescrite par ordonnance du 13 avril 2022. Le rapport d'expertise de M. A a été déposé le 12 décembre 2022. Se référant à ce rapport, qui conclut notamment à la nécessité de remplacer les camions, la CASUD sollicite, dans le cadre de la présente instance de référé-provision, la condamnation de la SCIME à lui verser, à titre provisionnel, la somme de 591 438 euros correspondant à la restitution du prix payé pour les six véhicules. Elle réclame en outre des provisions de 1 766 816 euros et 3 957,84 euros, qui seraient mises à la charge de la SCIME et de la société AFHYMAT à hauteur de 50 % chacune, au titre des surcoûts d'exploitation subis par la SUDEC et pris en charge par la CASUD. Subsidiairement, elle demande au juge des référés de désigner la SCIME comme seule débitrice des provisions de 1 766 816 euros et 3 957,84 euros.
3. Contrairement à ce que soutient la SCIME, la circonstance que la CASUD n'ait pas procédé à la résolution du contrat qui l'unissait à l'entreprise n'est pas de nature à affecter la recevabilité de la requête par laquelle cet établissement public sollicite, sur le fondement de l'article R. 541-1 du code de justice administrative, la condamnation du titulaire du marché à lui verser une provision au titre des désordres affectant les véhicules livrés et des préjudices découlant de ceux-ci.
4. Il résulte de l'instruction, et notamment du rapport de l'expert, lequel a rempli sa mission de manière complète sur ces différents points, que les véhicules livrés à la CASUD, sur lesquels avait été assemblé un système de grue et grappin dépourvu de la solidité requise, n'avaient pas été conçus dans les règles de l'art, ni conformément aux besoins préalablement définis par l'acheteur public, que ce vice de conception n'était pas perceptible au moment de la réception, les futurs utilisateurs n'ayant d'ailleurs pas bénéficié de la formation que se devait d'assurer l'entreprise, laquelle leur aurait permis de prendre immédiatement conscience de l'inadaptation du produit livré, et qu'aucune solution de réparation pertinente ne pouvait, ni ne peut encore aujourd'hui, être raisonnablement mise en œuvre pour parvenir à une remise en service des véhicules défectueux, seule pouvant en conséquence être envisagée la solution du remplacement pur et simple par des véhicules mieux conçus. Compte tenu de la gravité de ce vice de conception, la circonstance, à la supposer établie, que les utilisateurs des camions auraient commis des erreurs dans le mode d'utilisation du véhicule ou dans la manipulation de la grue lors des opérations d'enlèvement, ne révèle pas en l'espèce un comportement fautif de la CASUD ou de l'exploitant qui permettrait d'engager leur responsabilité dans la survenance des désordres. Dès lors, la CASUD est fondée à soutenir, en se prévalant, d'une part, de l'engagement contractuel pris par la SCIME de livrer des véhicules puissants et endurants pour assurer l'enlèvement des déchets végétaux et des encombrants sur les points de collecte du territoire communautaire et, d'autre part, du régime de la garantie des vices cachés institué par l'article 1641 du code civil, que la restitution par la SCIME du prix payé pour les six véhicules, à savoir 591 438 euros, est constitutive d'une obligation non sérieusement contestable.
5. Cependant, il ne résulte pas de l'instruction, les conclusions de l'expert étant peu explicites sur ce point, celui-ci s'étant borné à entériner sans analyse spécifique l'esquisse de chiffrage proposée par la CASUD par référence au droit à indemnisation qu'elle avait reconnu à la SUDEC à hauteur de 441 704 euros par an, soit 1 766 816 euros sur la durée du marché, au titre des supposés surcoûts liés à la " location de véhicules en état de marche et à la reprise de la collecte manuelle des encombrants et des déchets végétaux avec un apport en main-d'œuvre de deux agents communaux par camion ", que les surcoûts d'exploitation aient réellement représenté, pour la SUDEC et par ricochet pour la CASUD, des montants aussi élevés. En l'absence d'autres éléments présentés par la requérante à l'effet de mettre en évidence la consistance réelle et le chiffrage précis du préjudice qu'elle invoque au titre des surcoûts d'exploitation directement liés à l'infructueuse livraison de véhicules, il ne saurait être constaté, de ce chef, l'existence d'une obligation non sérieusement contestable à hauteur de 1 766 816 euros, ou pour un montant inférieur. Dès lors, les conclusions à fin de provision doivent être rejetées sur ce point, qu'elles soient dirigées contre la SCIME ou contre AFHYMAT, sans qu'il soit besoin de statuer sur les fins de non-recevoir soulevées à cet égard.
6. Cela étant, il est manifeste que la CASUD a subi par ailleurs, en ayant été désignée comme débitrice des frais d'expertise, fixés à 3 957,84 euros, par l'ordonnance de taxation du 31 janvier 2023, un préjudice certain qui constitue une créance non sérieusement contestable à l'égard de l'entreprise responsable de l'infructueuse livraison de véhicules. Par suite, il y a lieu de mettre à la charge de la SCIME, de ce chef, une somme provisionnelle de 3 957,84 euros.
7. Il résulte de ce qui précède que la SCIME doit être condamnée à verser à la CASUD les sommes provisionnelles de 591 438 euros et 3 957,84 euros et que le surplus de ses conclusions à fin de provision doit être rejeté.
8. Eu égard aux liens de droit privé existant entre les sociétés SCIME et AFHYMAT pour les prestations d'installation de benne, de grue et de grappin portant sur les véhicules que la SCIME entendait livrer à la CASUD, les conclusions d'appel en garantie présentées par la SCIME à l'encontre de la société AFHYMAT doivent être rejetées comme portées devant une juridiction incompétente pour en connaître.
9. Il y a lieu de faire application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative au profit de la CASUD et de condamner la SCIME à lui verser une somme de 2 000 euros au titre des frais exposés. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'accueillir la demande présentée par la société AFHYMAT sur ce même fondement.
ORDONNE :
Article 1er :La société SCIME est condamnée à verser à la CASUD, à titre provisionnel, les sommes de 591 438 euros et 3 957,84 euros.
Article 2 : La société SCIME versera à la CASUD la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête de la CASUD est rejeté.
Article 4 : Les conclusions d'appel en garantie présentées par la société SCIME sont rejetées comme portées devant une juridiction incompétente pour en connaître.
Article 5 : Les conclusions présentées par la société AFHYMAT au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 6 : La présente ordonnance sera notifiée à la communauté d'agglomération du Sud (CASUD), à la société commerciale et industrielle de matériels d'équipement (SCIME) et à la société AFHYMAT.
Copie en sera adressée au préfet de La Réunion et à M. B A, expert.
Le président,
M.-A AEBISCHER
La République mande et ordonne au préfet de La Réunion en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026