mardi 16 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de La Réunion |
| Section | Tribunal Administratif de La Réunion |
| N° Dossier | TA101-2301047 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | R222-13 (JU 2) |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 11 août 2023, Mme D C, représentée par Me Rakotonirina, avocat, demande au tribunal :
1°) d'annuler les décisions de la caisse d'allocations familiales (CAF) de La Réunion des 20 janvier, 26 janvier, 28 janvier, 4 février et 12 avril 2023 par lesquelles ses droits au revenu de solidarité active (RSA), à la prime d'activité et à l'allocation de logement ont été remis en cause et des indus lui ont été notifiés à hauteur de :
- 5 483,79 euros pour le RSA majoré (janvier 2020 à octobre 2020) ;
- 10 444,01 euros pour le RSA (novembre 2020 à décembre 2022) :
- 376,29 euros pour la prime d'activité (mai 2022 à juillet 2022) ;
- 7 891,00 euros pour l'ALF (janvier 2020 à octobre 2021) ;
- 3 610,00 euros pour l'ALS (novembre 2021 à décembre 2022) ;
- 228,67 euros, 500,00 euros, 228,67 euros et 152,45 euros pour les primes et aides exceptionnelles des années 2020, 2021 et 2022 ;
2°) de lui accorder la décharge de l'obligation de payer les sommes susmentionnées ;
3°) de condamner la CAF à lui rembourser les frais de l'instance.
Elle soutient que :
- ses droits à prestations n'auraient pas dû être remis en cause dès lors que sa situation ne relève pas du concubinage, les ressources de M. A devant ainsi être exclues, que son enfant vivait bien auprès d'elle jusqu'à ce qu'il soit pris en charge par son père à Madagascar et qu'elle a toujours maintenu sa résidence à La Réunion ;
- elle est dans l'incapacité de rembourser les importantes sommes qui lui sont réclamées.
Par un mémoire en défense enregistré le 9 octobre 2023, la CAF conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que la remise en cause des droits à prestations de Mme C est justifiée au regard des conditions fixées par les dispositions applicables, compte tenu des faits relevés dans le cadre du contrôle effectué par un agent assermenté.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu la décision du président du tribunal désignant M. Aebischer, vice-président, pour statuer sur les litiges mentionnés à l'article R. 222-13 du code de justice administrative.
Vu :
- le code de l'action sociale et des familles ;
- le code de la construction et de l'habitation ;
- le code de la sécurité sociale ;
- le code civil ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Aebischer, magistrat désigné ;
- les observations de Mme B, représentant la CAF.
Considérant ce qui suit :
1. Prenant en compte les constatations issues du rapport d'un contrôleur assermenté, notamment une situation de concubinage qui n'avait pas été déclarée par l'allocataire, la CAF de La Réunion a remis en cause rétroactivement, par des décisions des 20 janvier, 26 janvier, 28 janvier et 4 février 2023, implicitement confirmées le 12 avril 2023 suite à un recours administratif, l'ensemble des droits à prestations de Mme C pour les années 2020, 2021 et 2022. Ont ainsi été notifiés à cette dernière des indus de RSA, de RSA majoré, de prime d'activité, d'allocation de logement (ALF et ALS) et de primes exceptionnelles. Par la présente requête, Mme C conteste ces décisions d'indu et demande à être déchargée de l'obligation de rembourser les sommes en cause.
2. Il résulte de l'ensemble des dispositions régissant le RSA, la prime d'activité et l'allocation de logement, ces prestations étant soumises à une condition de ressources, que les ressources à prendre en compte pour la détermination du droit à prestation ne se limitent pas à celles de l'allocataire, mais incluent également, le cas échéant celles du conjoint ou du concubin.
3. Il résulte de l'instruction, et notamment des multiples éléments matériels relevés par le contrôleur assermenté de la CAF, non contredits par les pièces produites par la requérante, que M. A, avec qui Mme C a eu un enfant en 2017, était encore lié matériellement avec cette dernière, sur l'ensemble des années 2020 à 2022, selon des modalités de mise en commun de leurs ressources et charges, notamment en ce qui concerne la charge des appartements occupés par l'un et l'autre, qui permettent de caractériser une situation de concubinage. En l'espèce, ce constat n'est pas affecté par la circonstance que leurs lieux de vie, le plus souvent, ne se situaient pas au même endroit, Mme C résidant habituellement à La Réunion tandis que M. A était essentiellement installé à Madagascar avec l'enfant du couple. Dès lors, c'est à juste titre que la CAF a remis en cause la situation de personne isolée de Mme C pour les années 2020 à 2022 et qu'elle a constaté, prenant en compte les revenus dont disposait M. A, lesquels n'avaient pas été déclarés et se sont avérés impossibles à reconstituer, que le plafond de ressources applicable à l'égard de chacune des prestations en cause était dépassé. Ainsi, les indus litigieux doivent être validés.
4. Enfin, les éléments présentés par la requérante dans le sens d'une situation d'impécuniosité qui la mettrait dans l'impossibilité de s'acquitter du remboursement des sommes réclamées ne peuvent, en tout état de cause, être pris en compte au titre d'une demande de remise gracieuse, dès lors que les indus sont survenus dans un contexte de fausse déclaration.
5. Il résulte de ce qui précède que la requête de Mme C doit être rejetée, sans qu'il soit besoin de statuer sur sa recevabilité.
DECIDE :
Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme D C et à la caisse d'allocations familiales de La Réunion.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 juillet 2024.
Le magistrat désigné,
M.-A. AEBISCHER
La greffière,
S. LE CARDIET-BALOUKJY
La République mande et ordonne au préfet de La Réunion en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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