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AccueilJurisprudence administrativeN° TA101-2301125

Tribunal Administratif de La Réunion — Décision N° TA101-2301125

jeudi 17 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de La Réunion
SectionTribunal Administratif de La Réunion
N° DossierTA101-2301125
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantAVOCATS ET CONSEILS REUNION

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 3 septembre 2023, Mme A B, représentée par Me Benoiton, demande au tribunal :

1°) de condamner la commune de Saint-Denis à lui verser, en conséquence des fautes commises du fait du non-renouvellement de son contrat, la somme globale de 30 816,84 euros majorée des intérêts au taux légal à compter de la demande préalable d'indemnisation et de la capitalisation de ces intérêts ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Saint-Denis une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision de non-renouvellement de son contrat de travail est intervenue en méconnaissance des dispositions de l'article 38-1 du décret 88-145 du 15 février 1988 relatives au délai de prévenance d'un mois, à l'origine d'un préjudice moral lié au caractère subi de la perte d'emploi, à la perturbation de sa recherche d'emploi et d'un préjudice financier ;

- la commune lui est redevable de l'indemnité compensatrice de congés payés, soit la somme de 2 546 euros pour 30 jours et le paiement des heures effectuées pendant la tenue des bureaux de vote, soit 594 euros.

Par un mémoire en défense, enregistré le 26 octobre 2022, la commune de Saint-Denis, représentée par Me Chane Meng Hime, conclut au fond au rejet de la requête.

Elle soutient qu'aucune faute de nature à engager sa responsabilité ne peut être retenue et que la requérante n'a subi aucun préjudice.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n°84-53 du 26 janvier 1984 ;

- le décret n° 88-145 du 15 février 1988 ;

- le décret n°85-1250 du 26 novembre 1985 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Tomi, première conseillère,

- les conclusions de M. Sauvageot, rapporteur public,

- les observations de Me Dodat substituant Me Benoiton pour Mme B, la commune de Saint-Denis n'étant pas représentée.

Par une ordonnance du 19 juin 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 19 juillet 2024.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B a été recrutée en qualité de chargée de projets au sein de la direction finances comptabilité recettes, par la commune de Saint-Denis par contrat à durée déterminée sur le fondement de l'article 3-1 de la loi du 26 janvier 1984 à compter du 6 mai 2021 jusqu'au 6 août 2021. Ce contrat a été renouvelé le 21 juillet, le 23 novembre 2021, le 1er mars 2022 et en dernier lieu le 1er juin jusqu'au 31 août 2022. Par lettre datée du 4 août 2022 le maire de Saint-Denis l'a informée du non-renouvellement de son dernier contrat. Après avoir formé une réclamation indemnitaire préalable le 28 août 2023, Mme B demande, par la présente requête, la condamnation de la commune de Saint-Denis à lui verser des indemnités au titre des préjudices subis à raison des fautes commises à l'occasion du non-renouvellement de son contrat.

Sur la responsabilité :

2. En premier lieu, aux termes de l'article 38-1 du 15 février 1988 relatif aux agents contractuels de la fonction publique territoriale : " Lorsqu'un agent contractuel a été engagé pour une durée déterminée susceptible d'être renouvelée en application des dispositions législatives ou réglementaires qui lui sont applicables, l'autorité territoriale lui notifie son intention de renouveler ou non l'engagement au plus tard : / () -un mois avant le terme de l'engagement pour l'agent recruté pour une durée égale ou supérieure à six mois et inférieure à deux ans () ". La méconnaissance de ces dispositions relatives au délai de prévenance et à l'entretien préalable est de nature à engager la responsabilité de l'administration.

3. Il résulte de l'instruction que la durée d'engagement de Mme B, était supérieure à six mois et inférieure à deux ans à la date d'échéance de son contrat, de sorte que le délai de prévenance applicable à sa situation était d'un mois. Or, la commune de Saint-Denis ne l'a informée de sa décision de ne pas renouveler son contrat de travail à l'échéance du 31 août 2022 que par courrier en date du 4 août 2022, reçu le 10 août suivant comme en atteste le cachet de la poste. Par suite, en ne respectant pas ce délai de prévenance, la commune de Saint-Denis a commis une faute de nature à engager sa responsabilité.

4. En deuxième lieu, Mme B soutient qu'étant restée en fonction au sein des services de la commune à partir du 1er décembre 2021, et ce pendant plusieurs mois, en dépit de l'absence de contrat écrit, la commune lui a ainsi laissé croire à la reconduction de cette relation de travail, de sorte que la décision de ne pas la renouveler, par son caractère subit constitue une faute de nature à engager la responsabilité de cette collectivité. Il ne résulte toutefois pas de l'instruction que la commune aurait fait croire à la requérante qu'elle allait bénéficier d'un contrat à durée indéterminée.

Sur le préjudice :

5. Lorsqu'un agent public sollicite le versement d'une indemnité en réparation du préjudice subi du fait de l'illégalité de la décision de ne pas renouveler son contrat, sans demander l'annulation de cette décision, il appartient au juge de plein contentieux, forgeant sa conviction au vu de l'ensemble des éléments produits par les parties, de lui accorder une indemnité versée pour solde de tout compte et déterminée en tenant compte notamment de la nature et de la gravité de l'illégalité, de l'ancienneté de l'intéressé, de sa rémunération antérieure, et des troubles dans ses conditions d'existence.

6. Mme B qui soutient que la perte soudaine de son emploi en méconnaissance du délai de prévenance l'a placée dans une situation d'insécurité justifie suffisamment de l'existence d'un préjudice moral en lien avec la carence fautive de la commune de Saint-Denis. Par suite, elle est fondée à solliciter le paiement d'une indemnité au titre de ce préjudice moral, qu'il y a lieu de fixer à hauteur de cinq cent euros.

Sur les autres demandes indemnitaires :

7. Aux termes de l'article 5 du décret n° 88-145 du 15 février 1988 relatif aux agents contractuels de la fonction publique territoriale : " En cas de démission ou de licenciement n'intervenant pas à titre de sanction disciplinaire ou à la fin d'un contrat à durée déterminée, l'agent qui, du fait de l'autorité territoriale, en raison notamment de la définition par le chef de service du calendrier des congés annuels, ou pour raison de santé, n'a pu bénéficier de tout ou partie de ses congés annuels a droit à une indemnité compensatrice de congés annuels. Lorsque l'agent n'a pu bénéficier d'aucun congé annuel, l'indemnité compensatrice est égale au 1 / 10 de la rémunération totale brute perçue par l'agent lors de l'année en cours () ". Aux termes de l'article 5 du décret du 26 novembre 1985 relatif aux congés annuels des fonctionnaires territoriaux : " Sous réserve des dispositions de l'article précédent, le congé dû pour une année de service accompli ne peut se reporter sur l'année suivante, sauf autorisation exceptionnelle donnée par l'autorité territoriale. Un congé non pris ne donne lieu à aucune indemnité compensatrice. "

8. D'une part, il résulte de l'instruction que la commune n'a informé la requérante que par courrier du 4 août 2022 qu'elle devait solder ses congés, dont le nombre s'élève à 30 jours selon l'état établi par le service des ressources humaines de cette collectivité, mettant ainsi l'intéressée dans l'impossibilité de les poser. Toutefois, Mme B ne démontre pas avoir bénéficié d'une autorisation exceptionnelle de report des congés non soldés pour l'année 2021, au sens des dispositions du décret du 26 novembre 1985 précité. Dès lors, elle est seulement fondée à demander le paiement d'une indemnité de congés payés pour le reliquat des congés se rapportant à l'année 2022, soit quinze jours. Dans la mesure où les éléments produits ne permettent pas au juge de déterminer le montant de cette indemnité, il y a lieu de renvoyer la requérante devant la commune de Saint-Denis pour qu'il soit procédé au calcul et à la liquidation de cette indemnité.

9. Si Mme B soutient avoir droit au paiement de la somme de 594 euros en contrepartie de la tenue des bureaux de vote, pendant 7 jours, il résulte de la note de service du directeur général des services du 4 mai 2021 que la tenue de scrutin au cours des dimanche 20 et 27 juin 2021 donne lieu à des jours de récupération, majorés pour les agents appelés à travailler les deux dimanches d'une journée supplémentaire, à l'exclusion de toute rémunération. Par suite, Mme B n'est pas fondée à solliciter une indemnisation à ce titre.

10. Il résulte de tout ce qui précède que Mme B est seulement fondée à demander la condamnation de la commune de Saint-Denis à lui verser la somme de cinq cent euros en réparation du préjudice moral subi du fait de la méconnaissance du délai de prévenance ainsi que le paiement d'une indemnité de congés payés pour le reliquat des quinze jours de congés non pris afférents à l'année 2022.

Sur les frais liés au litige :

11. Il y a lieu de faire application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de mettre à la charge de la commune de Saint-Denis une somme de 1 000 euros à verser à Mme B.

D É C I D E :

Article 1er : La commune de Saint-Denis est condamnée à verser à Mme B une indemnité de 500 euros au titre du préjudice moral.

Article 2 : Mme B est renvoyée devant la commune de Saint-Denis pour le calcul et la liquidation des sommes qui lui sont dues au titre de l'indemnité compensatrice de congés payés, correspondant à quinze jours, au titre de l'année 2022.

Article 3 : La commune de Saint- Denis versera à Mme B la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et à la commune de Saint-Denis.

Copie en sera adressée au préfet de La Réunion.

Délibéré après l'audience du 3 octobre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Blin, présidente,

M. Monlaü, premier conseiller,

Mme Tomi, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 octobre 2024.

La rapporteure,

N. TOMI La présidente,

A.BLIN

La greffière,

S. LE CARDIET-BALOUKJY

La République mande et ordonne au préfet de La Réunion, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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