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AccueilJurisprudence administrativeN° TA101-2301291

Tribunal Administratif de La Réunion — Décision N° TA101-2301291

jeudi 12 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de La Réunion
SectionTribunal Administratif de La Réunion
N° DossierTA101-2301291
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation1ère chambre

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de La Réunion a été saisi par la SARL WOPE d’une demande de restitution d’un crédit d’impôt pour investissements productifs outre-mer (CIOP) de 35 660 euros, prévu à l’article 244 quater W du code général des impôts. Le tribunal a constaté un non-lieu à statuer à hauteur de 411 euros, déjà imputés sur l’impôt sur les sociétés. Sur le surplus, il a rejeté la demande, jugeant que l’activité de production de films institutionnels et publicitaires de la société relève des services fournis aux entreprises, secteur exclu du bénéfice du crédit d’impôt par l’article 199 undecies B du même code.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 12 octobre 2023 et 3 mai 2024, la société à responsabilité limitée (SARL) WOPE représentée par Me Boisseau demande au tribunal :

1°) de prononcer la restitution de son crédit d'impôt pour un investissement productif outre-mer d'un montant de 35 660 euros au titre de l'exercice clos le 31 décembre 2022 ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;

Elle soutient que son activité réelle porte sur la création de films et de courts métrages à savoir la production audiovisuelle et cinématographique et est donc éligible au crédit d'impôt prévu à l'article 244 quater W du code général des impôts.

Par un mémoire en défense et une pièce complémentaire enregistrée les 28 mars et 11 juillet 2024, le directeur régional des finances publiques de La Réunion conclut au non-lieu à statuer à hauteur de l'imputation d'un montant de 411 euros sur l'impôt sur les sociétés et au rejet du surplus des conclusions de la requête.

Il soutient que les moyens ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Lebon,

- les conclusions de M. Felsenheld, rapporteur public,

- les parties n'étant ni présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. La société à responsabilité limitée (SARL) WOPE qui exerce une activité de production de films institutionnels et publicitaires a fait une demande visant à obtenir, en application de l'article 244 quater W du code général des impôts, un remboursement de crédit d'impôt pour investissements productifs en outre-mer (CIOP) pour un montant de 35 660 euros au titre de l'exercice clos le 31 décembre 2022, à raison des investissements pour les matériels utilisés pour l'activité cinématographique et pour sa production. Par une décision du 7 août 2023 notifiée le 12 août 2023, le service a rejeté cette demande comme inéligible au crédit d'impôt. Par la présente requête, la société demande au tribunal de lui accorder le remboursement de ce crédit d'impôt.

Sur l'étendue du litige :

2. Il résulte de l'instruction, notamment de la situation récapitulative de la liquidation définitive du 12 juin 2023 fournie par l'administration à la suite d'une mesure d'instruction, que le montant de crédit d'impôt pour investissements productifs outre-mer en litige s'élève à 35 249 euros, après imputation d'un montant de 411 euros sur l'impôt sur les sociétés de 2022. Dès lors, il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions à fins de remboursement du crédit d'impôt à concurrence d'un montant de 411 euros.

Sur le surplus des conclusions à fins de remboursement du crédit d'impôt :

3. Aux termes de l'article 244 quater W alinéa 1 du code général des impôts ; " Les entreprises imposées d'après leur bénéfice réel ou exonérées en application des articles 44 sexies, 44 sexies A, 44 septies, 44 octies, 44 octies A et 44 duodecies à 44 septdecies, exerçant une activité agricole ou une activité industrielle, commerciale ou artisanale relevant de l'article 34, peuvent bénéficier d'un crédit d'impôt à raison des investissements productifs neufs qu'elles réalisent dans un département d'outre-mer pour l'exercice d'une activité ne relevant pas de l'un des secteurs énumérés aux a à I du I de l'article 199 undecies B, à l'exception des activités mentionnées au I quater du même article 199 undecies B ". Aux termes de l'article 199 undecies B du code général des impôts, I), i) et j) : " N'ouvrent pas droit à la réduction d'impôt les investissements réalisés, dans les secteurs d'activité suivants : les services fournis aux entreprises, à l'exception de la maintenance, des activités de nettoyage et de conditionnement à façon et des centres d'appel () Toutefois, n'ouvrent pas droit à la réduction d'impôt les investissements réalisés, dans les secteurs d'activité suivants : () Les activités de loisirs, sportives et culturelles, à l'exception, d'une part, de celles qui s'intègrent directement et à titre principal à une activité hôtelière ou touristique et ne consistent pas en l'exploitation de jeux de hasard et d'argent et, d'autre part, de la production et de la diffusion audiovisuelles et cinématographiques ; () "

4. Sous réserve des cas où la loi attribue la charge de la preuve au contribuable, il appartient au juge de l'impôt, au vu de l'instruction et compte tenu, le cas échéant, de l'abstention d'une des parties à produire les éléments qu'elle est seule en mesure d'apporter et qui ne sauraient être réclamés qu'à elle-même, d'apprécier si la situation du contribuable entre dans le champ de l'assujettissement à l'impôt ou, le cas échéant, s'il remplit les conditions légales d'une exonération.

5. Pour refuser le bénéfice du crédit d'impôt, l'administration considère que l'activité de production de films institutionnels et publicitaires relève des services de publicité fournis aux entreprises, secteurs exclus du crédit d'impôt. La SARL WOPE fait valoir que son activité réelle porte sur la création de films, relevant en application des dispositions précitées au point 3 du présent jugement d'un secteur éligible, à savoir la production audiovisuelle et cinématographique et que le code APE 59.11 correspondant à celui qui lui a été attribué, comprend la production de films cinématographiques, de vidéo et de programmes de cinéma, ainsi que l'activité des studios de cinéma, qu'elle exerce effectivement, par la création de courts et de longs métrages. Elle ajoute que la notion de prestation de publicité se traduit par la transmission d'un message destiné à informer le public de l'existence et des qualités du produit ou service faisant l'objet de cette action, dans le but d'en augmenter les ventes et que les projets réalisés par la société (Y'en a des biens" en cours de développement, Courts-métrages : Sentier Paradis et 25€12 / Série Fictions: Somin Gazé / Documentaire : Gran Kanal), n'ont pas cette vocation. L'administration lui oppose que la société doit présenter les éléments permettant de justifier les différentes activités qu'elle a effectivement exercées au cours de l'année de mise en service des investissements concernés (2022), qui lui ont permis de réaliser un chiffre d'affaires total de 156 453 euros, soit 16 500 euros de ventes de marchandises, et 139 953 euros de prestations de service, d'indiquer l'usage normal de chacun des matériels pris en compte dans l'assiette de calcul du crédit d'impôt requis et de justifier l'affectation de chacun de ces matériels de manière exclusive à une activité éligible, au cours de l'année 2022 en litige.

6. Il résulte de l'instruction, notamment de l'extrait du registre des commerces et des sociétés à jour du 5 septembre 2023 que l'activité de la société est définie comme une activité de " conseil en réflexion stratégique, la conception et la réalisation de brand content, de campagnes publicitaires sur tous médias, de programmes informatiques, la distribution de contenu sur les réseaux sociaux " et les statuts mis à jour n'apportent aucun élément concernant la production cinématographique. En outre, la société est enregistrée sous le sous-code NAF 59 11 B qui est une sous-classe concernant la production de films institutionnels et publicitaires. Si la requérante soutient que son chiffre d'affaires au titre de l'exercice 2022 représente pour le cinéma une part de 42 263 euros, elle n'apporte aucun élément probant en ce sens. En outre, en se bornant, d'une part, à énumérer les équipements pour lesquels elle sollicite le crédit d'impôt et à décliner les caractéristiques techniques intrinsèques du matériel qui apporteraient en soi la preuve d'une affectation exclusive à la production audiovisuelle et cinématographique alors même que ces équipements ne sont pas exclusifs de la production publicitaire et, d'autre part, à produire un tableau recensant les factures associées à une catégorie " cinéma " sans justifier réellement de l'affectation de ces matériels à une activité de nature cinématographique, par la production de factures avec des exemples significatifs détaillés, la fourniture de contrats indiquant le détail des opérations, leurs modalités et conditions, également appuyés d'exemples significatifs, elle n'apporte pas davantage d'éléments permettant de considérer qu'elle exerce effectivement une activité de production audiovisuelle et cinématographique, relevant d'un secteur éligible au crédit d'impôt sollicité. La société requérante ne peut donc, sur le terrain de la loi fiscale, prétendre au remboursement du crédit d'impôt prévu à l'article 244 quater W alinéa 1 du code général des impôts.

Sur l'interprétation administrative de la loi fiscale :

7. Aux termes de l'article L. 80 A du livre des procédures fiscales : " Il ne sera procédé à aucun rehaussement d'impositions antérieures si la cause du rehaussement poursuivi par l'administration est un différend sur l'interprétation par le redevable de bonne foi du texte fiscal et s'il est démontré que l'interprétation sur laquelle est fondée la première décision a été, à l'époque, formellement admise par l'administration. () / Lorsque le redevable a appliqué un texte fiscal selon l'interprétation que l'administration avait fait connaître par ses instructions ou circulaires publiées et qu'elle n'avait pas rapportée à la date des opérations en cause, elle ne peut poursuivre aucun rehaussement en soutenant une interprétation différente () ".

8. La SARL WOPE doit être regardée comme invoquant, sur le fondement de l'article L. 80 A du livre des procédures fiscales, les instructions référencées 3 A-1-10 du 4 janvier 2010, BOI-BIC-RICI-20-10-10-40 n° 370 et n° 7, selon laquelle seule l'activité réelle des entreprises doit être prise en compte pour apprécier l'éligibilité à l'aide fiscale, quelle que soit la codification de l'entreprise. Toutefois, la garantie prévue par le premier alinéa de l'article L. 80 A du livre des procédures fiscales ne peut être invoquée que pour contester les rehaussements d'impositions auxquels procède l'administration. Or, la décision refusant d'accorder le crédit d'impôt pour investissements productifs outre-mer ne constitue pas un rehaussement d'imposition. La société requérante ne peut donc utilement se prévaloir de cette interprétation administrative de la loi fiscale.

9. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de la SARL WOPE à fins de remboursement du crédit d'impôt à concurrence d'un montant de 35 249 euros doivent être rejetées. Par voie de conséquence, ses conclusions présentées au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent également être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions à fins de remboursement du crédit d'impôt à hauteur de la somme de 411 euros.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la société à responsabilité limitée WOPE et au directeur régional des finances publiques de La Réunion.

Délibéré après l'audience du 29 août 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Khater, présidente,

M. Le Merlus, conseiller,

Mme Lebon, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe du tribunal le 12 septembre 2024.

La rapporteure,

L. LEBONLa présidente,

A. KHATER

La greffière,

E. POINAMBALOM

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2301291

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