mardi 15 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de La Réunion |
| Section | Tribunal Administratif de La Réunion |
| N° Dossier | TA101-2301402 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 1ère chambre |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés les 2 novembre 2023 et 3 mai 2024, Mme B A représentée par Me Busto doit être regardée comme demandant au tribunal dans le dernier état de ses écritures :
1°) de la décharger de l'obligation de payer la somme de 87 217, 09 euros fondée sur six saisies administratives à tiers détenteur émises à son encontre par la direction régionale des finances publiques de La Réunion le 15 mai 2023 ;
2°) d'annuler la décision de rejet de son recours gracieux du 30 août 2023 ;
3°) d'ordonner la main levée des saisies ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 5 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- l'action en recouvrement est prescrite pour l'impôt sur le revenu 1999 d'un montant de 45 573 euros, l'impôt sur le revenu 1998 d'un montant de 26 979 euros, la taxe d'habitation 2004 d'un montant de 167 euros et la taxe professionnelle 2005 d'un montant de 4 865 euros ;
- la décision de rejet du 30 août 2023 a été prise par une autorité incompétente ;
- la somme réclamée de 87 217,09 euros n'est pas exigible ;
- la somme réclamée de 87 217,09 euros a déjà été réglée.
Par deux mémoires en défense enregistrés les 9 janvier 2024 et 23 mai 2024, le directeur général des finances publiques de La Réunion conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens ne sont pas fondés.
Par un courrier du 9 septembre 2024, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office fondé sur l'irrecevabilité des conclusions tendant à l'annulation de la décision du 30 août 2023 de rejet du recours gracieux de l'administration de son opposition à poursuites, une telle décision n'étant pas détachable de la procédure de recouvrement.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Lebon,
- les conclusions de M. Felsenheld, rapporteur public,
- les parties n'étant ni présentes, ni représentées.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B A a fait l'objet de six saisies administratives à tiers détenteurs (SATD), le 15 mai 2023, pour un montant de 87 217,09 euros au titre du recouvrement de créances impayées concernant les taxes professionnelles de 2003, 2004 et 2005, la taxe foncière de 2003, la taxe sur les salaires, l'impôt sur le revenu et les prélèvements sociaux de 1998 et 1999 et la taxe d'habitation de 2004. Par courriers adressés à l'administration fiscale, en date des 8, 9, 23 et 24 juin et du 4 juillet 2023, la requérante a contesté ces créances. Une demande de régularisation lui a été adressée le 21 juillet 2023 l'invitant à transmettre les pièces nécessaires à l'examen de sa réclamation. Par courrier du 5 août 2023, Mme A a transmis des pièces justificatives. Par une décision du 30 août 2023, l'administration a rejeté son opposition à poursuites. Par la présente requête, Mme A demande au tribunal l'annulation de ces saisies administratives à tiers détenteurs, ensemble la décision de rejet de son opposition à poursuites et la décharge de l'obligation de payer ces sommes.
Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision du 30 août 2023 :
2. La décision par laquelle l'administration statue sur une opposition à poursuites formée par un contribuable n'est pas susceptible de faire l'objet de conclusions en annulation, dès lors qu'elle n'est pas détachable de la procédure de recouvrement. Par suite, les conclusions de la requête de Mme A tendant à l'annulation de la décision du 30 août 2023 rejetant son opposition à poursuites sont irrecevables et ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les conclusions à fin de décharge :
En ce qui concerne la prescription :
3. Aux termes de l'article L. 262 du même livre : " Les dépositaires, détenteurs ou débiteurs de sommes appartenant ou devant revenir aux redevables d'impôts, de pénalités et de frais accessoires dont le recouvrement est garanti par le privilège du Trésor sont tenus, sur la demande qui leur en est faite sous forme d'avis à tiers détenteur notifié par le comptable chargé du recouvrement, de verser, aux lieu et place des redevables, les fonds qu'ils détiennent ou qu'ils doivent, à concurrence des impositions dues par ces redevables ". Aux termes du premier alinéa de l'article L. 274 du livre des procédures fiscales : " Les comptables publics des administrations fiscales qui n'ont fait aucune poursuite contre un redevable pendant quatre années consécutives à compter du jour de la mise en recouvrement du rôle ou de l'envoi de l'avis de mise en recouvrement sont déchus de tous droits et de toute action contre ce redevable ". Aux termes de l'article L 281 du livre des procédures fiscales, " Les contestations relatives au recouvrement des impôts, taxes, redevances, amendes, condamnations pécuniaires et sommes quelconques dont la perception incombe aux comptables publics doivent être adressées à l'administration dont dépend le comptable qui exerce les poursuites. Lorsque les contestations portent sur le recouvrement de créances détenues par les établissements publics de l'Etat, par un de ses groupements d'intérêt public ou par les autorités publiques indépendantes, dotés d'un agent comptable, ces contestations sont adressées à l'ordonnateur de l'établissement public, du groupement d'intérêt public ou de l'autorité publique indépendante pour le compte duquel l'agent comptable a exercé ces poursuites. Les contestations relatives au recouvrement ne peuvent pas remettre en cause le bien-fondé de la créance. Elles peuvent porter :1° Sur la régularité en la forme de l'acte ;2° A l'exclusion des amendes et condamnations pécuniaires, sur l'obligation au paiement, sur le montant de la dette compte tenu des paiements effectués et sur l'exigibilité de la somme réclamée. Les recours contre les décisions prises par l'administration sur ces contestations sont portés dans le cas prévu au 1° devant le juge de l'exécution. Dans les cas prévus au 2°, ils sont portés : a) Pour les créances fiscales, devant le juge de l'impôt prévu à l'article L. 199 ; b) Pour les créances non fiscales de l'Etat, des établissements publics de l'Etat, de ses groupements d'intérêt public et des autorités publiques indépendantes, dotés d'un agent comptable, devant le juge de droit commun selon la nature de la créance ; c) Pour les créances non fiscales des collectivités territoriales, des établissements publics locaux et des établissements publics de santé, devant le juge de l'exécution.
Il appartient au juge de l'impôt, compétent en application de l'article L. 281 du livre des procédures fiscales pour connaître des contestations portant sur l'exigibilité des sommes réclamées, d'apprécier, le cas échéant, si un acte de poursuite antérieur à celui qui a provoqué la contestation du contribuable a pu, eu égard aux conditions dans lesquelles il a été notifié à ce dernier, interrompre le cours de la prescription de l'action en recouvrement. Un avis à tiers détenteur ne peut interrompre la prescription qu'à la condition d'avoir été régulièrement notifié tant au tiers détenteur qu'au redevable concerné.
4. En l'espèce, la requérante indique que les créances relatives à l'impôt sur le revenu 1999 d'un montant de 45 573 euros, l'impôt sur le revenu 1998 d'un montant de 26 979 euros, la taxe d'habitation 2004 d'un montant de 167 euros et la taxe professionnelle 2005 d'un montant de 4 865 euros ont été requises par des avis à tiers détenteur du 1er septembre 2006 et du 12 novembre 2009, mais plus dans les avis du 13 août 2012 ni celui du 29 septembre 2014.
5. Il résulte toutefois de l'instruction que l'avis à tiers détenteur du 13 août 2012 et celui du 29 septembre 2014, distribué le 20 octobre 2014, dont la notification n'est pas contestée par la requérante, mentionnent bien l'impôt sur le revenu 1999 d'un montant de 45 573 euros, l'impôt sur le revenu 1998 d'un montant de 26 979 euros, la taxe d'habitation 2004 d'un montant de 167 euros et la taxe professionnelle 2005 d'un montant de 4 865 euros. Par suite, ces actes ont interrompu la prescription et la requérante n'est pas fondée à soutenir que l'action en recouvrement pour ces créances est prescrite.
En ce qui concerne les autres moyens :
6. En premier lieu, le moyen développé par le contribuable concernant la compétence du signataire de la décision de rejet de l'opposition à poursuites n'est pas susceptible d'être apprécié par le juge administratif. Par suite, la requérante ne saurait utilement invoquer l'incompétence de l'auteur de la décision du 30 août 2023.
7. En deuxième lieu, s'agissant de " l'autre taxe " ou la taxe sur les salaires, la requérante soutient qu'elle ne saurait être exigible en l'absence d'élément permettant de déterminer son fondement. Toutefois, un tel moyen relatif à la forme de l'acte ne saurait être utilement soulevé devant le juge administratif.
8. En troisième lieu, si la requérante soutient qu'un jugement du tribunal de commerce du 4 juillet 2007 a débouté l'administration de ses demandes portant sur les sommes dues au titre de l'impôt afférent aux années 1998 et 1999 et de la taxe d'habitation et de la taxe professionnelle pour les années 2002 à 2006, la dette représentant un montant total de 103 651,82 euros, il résulte de l'instruction et notamment du jugement du tribunal mixte de commerce de Saint-Denis de La Réunion du 4 juillet 2007, produit par la requérante, que cette demande concernait l'ouverture d'une procédure de redressement judiciaire contre la requérante, qui a été rejetée, ce qui n'a aucune incidence sur l'exigibilité des sommes dues. Par suite, le moyen tiré de l'absence d'exigibilité de la somme réclamée doit être écarté.
S'agissant de l'autre taxe ou la taxe sur les salaires :
9. La requérante soutient également qu'elle est injustifiée. Toutefois, la requérante n'apporte aucun élément à l'appui de sa contestation du paiement de cette créance. Par suite, la requérante n'est pas fondée à demander la décharge de cette créance.
S'agissant de la taxe professionnelle de 2003 et celle de 2005 :
10. La requérante soutient avoir procédé au paiement de ces taxes. Il résulte toutefois de l'instruction et notamment du courrier du 5 août 2023, par lequel la requérante a produit certaines pièces justificatives de sa situation afin de la régulariser, qu'elle n'a pas été en mesure de produire les documents relatifs aux taxes professionnelles, qu'elle reconnaît ne plus posséder, ces documents datant de plus de dix ans. Par suite, la requérante n'est pas fondée à demander la décharge de cette créance.
S'agissant de l'impôt sur le revenu et les prélèvements sociaux de 1998 et de 1999 :
11. La requérante soutient avoir procédé au paiement de ces impositions. Il résulte toutefois de l'instruction qu'elle se contente d'alléguer cet élément sans l'établir et sans produire de justificatifs de paiement, le jugement du tribunal de commerce de 2007 précité n'étant pas un élément probant à l'appui de ses allégations. Par suite, la requérante n'est pas fondée à demander la décharge de cette créance.
S'agissant de la taxe foncière de 2003 :
12. Il est constant que Mme A a effectué un paiement de 1 027 euros correspondant à la somme due en droits par chèque débité le 6 janvier 2024 que l'administration a intégré dans le montant de 6 103,91 euros des acomptes versés mentionnés sur la notification.
13. Il résulte toutefois de l'instruction que la majoration de la régularisation du recouvrement d'un montant de 103 euros n'a pas été payée. Par suite, la requérante n'est pas fondée à demander la décharge de cette créance.
S'agissant de la taxe professionnelle de 2004 :
14. Si Mme A soutient que l'administration fiscale n'a pas pris en compte le paiement de la somme de 1 224 euros dont elle a produit les justificatifs par courrier du 24 juin et du 4 juillet 2023, il résulte toutefois de la décision du 30 août 2023 qu'au titre de la taxe professionnelle de 2004 établie pour un montant de 3 426 euros, la requérante a produit un avis de dégrèvement de 2 202 euros, de sorte que le montant de la taxe était de 1 224 euros. Si la requérante a produit une copie du chèque du 7 juillet 2009 correspondant à ce montant et qui a été intégré dans le montant de 6 103,91 euros des acomptes versés mentionnés sur la notification, elle reste toutefois redevable de la majoration de la régularisation du recouvrement d'un montant de 122 euros. Par suite, la requérante n'est pas fondée à demander la décharge de cette créance.
S'agissant de la taxe d'habitation de 2004
15. Si Mme A soutient que l'administration fiscale n'a pas pris en compte le paiement de la somme de 152 euros, il résulte toutefois de l'instruction que l'administration a pris en compte le justificatif de paiement de cette somme produit par courrier du 24 juin 2023 et l'a intégré au montant de 6 103,91 euros des acomptes versés mentionnés sur la notification. Toutefois, la requérante reste redevable de la majoration de la régularisation du recouvrement d'un montant de 15 euros. Par suite, la requérante n'est pas fondée à demander la décharge de cette créance.
16. Il résulte de tout ce qui précède que la requérante n'est pas fondée à demander l'annulation des saisies administratives à tiers détenteur du 15 mai 2023 émises à son encontre. Par voie de conséquence, ses conclusions aux fins de décharge de l'obligation de payer la somme de 87 217,09 euros, correspondant à la somme des créances impayées d'un montant de 93 321 euros après déduction d'un montant de 6 103,91 euros correspondant aux versements déjà effectués, doivent être rejetées.
17. Par voie de conséquence et en tout état de cause, les conclusions tendant à la mainlevée de la saisie administrative à tiers détenteur ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les frais de l'instance :
18. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme demandée par Mme A au titre des frais exposés par elle et non-compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société à Mme B A et au directeur général des finances publiques de La Réunion.
Délibéré après l'audience du 1er octobre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Sorin, président,
M. Le Merlus, conseiller,
Mme Lebon, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe du tribunal le 15 octobre 2024.
La rapporteure,
L. LEBONLe président,
T. SORIN
La greffière,
E. POINAMBALOM
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026