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AccueilJurisprudence administrativeN° TA101-2301434

Tribunal Administratif de La Réunion — Décision N° TA101-2301434

mardi 17 février 2026

JuridictionTribunal Administratif de La Réunion
SectionTribunal Administratif de La Réunion
N° DossierTA101-2301434
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation1ère chambre

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de La Réunion a examiné la requête de M. A..., fonctionnaire, contestant l'absence de propositions d'avancement au troisième grade de sa filière entre 1996 et 2004 et à l'échelon spécial en 2015, et demandant réparation de ses préjudices. Le tribunal a rejeté la requête comme irrecevable, jugeant que les conclusions dirigées contre les décisions d'avancement étaient tardives, que les propositions d'avancement constituaient des actes préparatoires non susceptibles de recours, et que les conclusions indemnitaires n'étaient pas chiffrées malgré une demande de régularisation. La décision s'appuie sur les principes de recevabilité des recours contentieux et les dispositions du code de justice administrative.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 8 novembre 2023, 4 et 18 juin 2025 et 4 juillet 2025, M. B... A... doit être regardé comme demandant au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d’annuler les décisions du ministre de l’intérieur de ne pas le proposer à l’avancement au troisième grade de sa filière entre 1996 et 2004 et à l’échelon spécial en 2015 ;

2°) d’annuler les propositions faites par le ministre de l’intérieur à partir de 2007 relatives à son avancement ;

3°) de condamner l’État à l’indemniser de son préjudice financier à compter du 12 avril 2012, sous astreinte ;

4°) d’ordonner la production des arrêtés avec toutes conséquences de droit pour l’administration sur sa carrière et ses droits à pension ;

5°) d’enjoindre au ministre de l’intérieur de le nommer rétroactivement au troisième grade de son corps à compter du 1er janvier 2005 et à l’échelon spécial de ce grade à compter du 1er janvier 2015 ;

6°) de condamner l’État à réparer son préjudice moral ;

7°) de mettre à la charge de l’État la somme de 4 000 euros en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.


M. A... soutient que :
- sa requête est recevable dès lors que la mesure défavorable relative à sa carrière a été annulée par le Tribunal, que le préjudice subi ne s’est révélé dans toute son ampleur qu’à partir de 2012 et qu’il a été causé par un fait générateur distinct de la faute commise en 1996 ;
- ses demandes de reconstitution de carrière sont restées sans réponse ;
- la cour administrative d’appel de Bordeaux, dans son arrêt n° 21BX02614 du 23 mai 2023, a confirmé son droit à réparation des préjudices subis ;
- l’administration, en ne communiquant pas des informations justes et sincères le concernant à la commission administrative paritaire, a commis des fautes ;
- il aurait dû bénéficier d’un avancement au troisième grade dès l’année 2000 en raison de son périmètre d’intervention, qui est le plus important de l’outre-mer mais aussi de ses comptes rendus d’entretien professionnel qui démontrent son engagement, sa capacité d’adaptation et son aptitude à l’encadrement d’équipe ;
- le refus de nomination en 1996 est le résultat d’une rupture d’égalité qui démontre une méconnaissance des dispositions de l’article 6 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789, lequel énonce le principe d’égal accès aux emplois publics ;
- l’absence de proposition en 2022 à l’échelon spécial est en contradiction avec les éléments d’appréciation de sa hiérarchie ;
- s’agissant de l’avancement au titre de l’année 2025, son compte rendu d’entretien professionnel transmis à la direction des ressources humaines n’était pas annoté ni signé par le préfet ;
- il a subi des préjudices financiers et moraux.



Par un mémoire en défense, enregistré le 19 juin 2025, le ministre de l’intérieur conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :
- les conclusions tendant à l’absence de propositions à l’avancement au troisième grade de sa filière à partir de 1996 sont irrecevables dès lors que M. A... ne produit pas les décisions attaquées ni ne justifie de l’impossibilité de les produire ;
- elles sont tardives, M. A... ayant eu connaissance des décisions litigieuses au plus tard le 1er janvier 2019 ;
- les propositions d’avancement émises à partir de 2007 sont des actes préparatoires, de sorte que les conclusions dirigées contre elles sont irrecevables ;
- les conclusions indemnitaires se heurtent à l’autorité de la chose jugée.


Par une ordonnance du 29 juillet 2025, la clôture de l’instruction a été fixée au 14 aout 2025.


Par un courrier du 3 décembre 2025, M. A... a été invité, en application de l’article R. 612-1 du code de justice administrative, à régulariser ses conclusions indemnitaires, lesquelles ne sont pas chiffrées. Il a été informé qu’à défaut de régularisation dans le délai de quinze jours, ces conclusions pourraient être rejetées comme irrecevables. Cette demande tient lieu de l’information prévue à l’article R. 611-7 du code de justice administrative.

Par un courrier du 3 décembre 2025, les parties ont été informées, en application des dispositions de l’article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d’être fondé sur un moyen relevé d’office, tiré de l’irrecevabilité des conclusions à fin de production d’arrêtés en l’absence de saisine pour avis de la commission d’accès aux documents administratifs.

Un mémoire a été produit par M. A... le 17 décembre 2025 et a été communiqué.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- le code général de la fonction publique ;
- le code des relations entre le public et l’administration ;
- le décret n° 2015-576 du 27 mai 2015 ;
- le code de justice administrative.

Vu :
- le jugement n° 1200738 du 30 avril 2015 du Tribunal ;
- le jugement n° 1800691 du 17 mars 2021 du Tribunal ;
- l’arrêt n° 21BX02614 du 23 mai 2023 de la cour administrative d’appel de Bordeaux.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Ont été entendus au cours de l’audience publique du 27 janvier 2026 :
- le rapport de M. Jégard,
- les conclusions de M. Felsenheld, rapporteur public,
- et les observations de M. A....


Considérant ce qui suit :

M. B... A..., qui relevait du corps des ingénieurs des systèmes d’information et de communication (SIC) du ministère de l’intérieur, a été promu, à effet du 1er janvier 2007, au grade d’ingénieur principal des transmissions correspondant au deuxième grade de son corps, au titre de l’avancement au choix. Estimant qu’il aurait dû accéder à ce grade dès l’année 1997 à la suite de son admission, en 1996, aux épreuves de l’examen professionnel relatif à l’établissement du tableau d’avancement correspondant, il a saisi le Tribunal d’une demande indemnitaire préalable tendant à la réparation du préjudice que lui a causé le caractère anormalement tardif de cette promotion et à ce que soit ordonnée la reconstitution de sa carrière depuis 1996. Par un jugement n° 1200738 du 30 avril 2015 devenu définitif, le Tribunal a condamné l’État à verser à M. A... la somme de 75 000 euros en réparation du préjudice financier que lui a causé, entre le 1er janvier 1998 et le 31 décembre 2009, la faute commise par l’administration en procédant si tardivement à son avancement au grade d’ingénieur principal des transmissions.

La demande indemnitaire adressée par M. A... le 2 avril 2018, par laquelle il a demandé la reconstitution de sa carrière et l’indemnisation du préjudice financier qu’il subit depuis 2010 à raison du retard pris dans le déroulement de sa carrière, a été implicitement rejetée. Par un jugement n° 1800691 du 17 mars 2021, la requête de M. A... tendant à la condamnation de l’État à lui verser une indemnité de 110 000 euros au titre du préjudice que lui a causé le déroulement anormal de cette carrière a été rejetée. Ce jugement a été confirmé par l’arrêt n° 21BX02614 du 23 mai 2023 de la cour administrative d’appel de Bordeaux.

Par un courrier du 28 juillet 2023, M. A... a adressé au ministre de l’intérieur une réclamation indemnitaire tendant à la réparation des préjudices subis en raison de la promotion tardive au troisième grade de son corps. En l’absence de réponse à sa demande, sa réclamation a été implicitement rejetée. Par sa requête, M. A... doit être regardé comme demandant notamment, outre l’annulation d’un certain nombre de décisions, la condamnation de l’État à l’indemniser des préjudices financiers qu’il estime avoir subis.

Sur la recevabilité des conclusions aux fins d’annulation :

En ce qui concerne les conclusions tendant à l’annulation des décisions du ministre de l’intérieur de ne pas le proposer à l’avancement au troisième grade de sa filière entre 1996 et 2004 et à l’échelon spécial en 2015 :

Aux termes de l’article R. 421-1 du code de justice administrative : « La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision (…) ». Aux termes de l’article R. 412-1 du même code : « La requête doit, à peine d'irrecevabilité, être accompagnée, sauf impossibilité justifiée, de l'acte attaqué ou, dans le cas mentionné à l'article R. 421-2, de la pièce justifiant de la date de dépôt de la réclamation. / (…) ».

Ainsi que le fait valoir le ministre de l’intérieur en défense, M. A... ne produit pas les décisions du ministre de l’intérieur de ne pas le proposer à l’avancement au troisième grade de sa filière entre 1996 et 2004 et à l’échelon spécial en 2015, dont il entend demander l’annulation. Il ne justifie pas davantage de l’impossibilité de les produire. Il s’ensuit que les conclusions tendant à l’annulation de ces décisions ne peuvent qu’être rejetées.

En ce qui concerne les conclusions tendant à l’annulation des propositions faites par le ministre de l’intérieur à partir de 2007 relatives à son avancement :

Ainsi que le fait valoir le ministre de l’intérieur en défense, les propositions qu’il a faites à partir de 2007 relatives à l’avancement de M. A... sont des actes préparatoires. En l’absence de décision faisant grief, les conclusions tendant à leur annulation ne peuvent qu’être rejetées.

Sur les conclusions indemnitaires :

L’autorité de la chose jugée attachée au jugement rendu sur une demande indemnitaire porte sur l’ensemble des chefs de préjudice auxquels se rattachent les dommages invoqués par la victime, causés par le même fait générateur et dont elle supporte la charge financière, à l’exception de ceux qui, tout en étant causés par le même fait générateur, sont nés, se sont aggravés ou ne se sont révélés dans toute leur ampleur que postérieurement à la première réclamation préalable de la victime ou de ceux qui ont été expressément réservés dans sa demande.

Ainsi qu’il a été dit précédemment, le Tribunal a définitivement statué, par un jugement du 30 avril 2015, sur la demande indemnitaire préalable du 12 avril 2012 par laquelle M. A... demandait la réparation du préjudice financier que lui a causé sa promotion tardive au deuxième grade de son corps. De plus, et contrairement à ce que soutient M. A..., la cour administrative d’appel de Bordeaux a statué, par son arrêt n° 21BX02614 du 23 mai 2023, sur sa requête indemnitaire tendant à la réparation des préjudices qu’il aurait subis en raison de sa promotion tardive au troisième grade de son corps. Par suite, le ministre de l’intérieur est fondé à soutenir que l’autorité relative de la chose jugée fait obstacle à la recevabilité des conclusions indemnitaires présentées par M. A... en tant qu’elles concernent le préjudice financier que lui a causé ce retard de promotion au troisième grade de sa filière.

Il résulte de ce qui précède que les conclusions indemnitaires présentées par M. A... doivent être rejetées.


Sur les conclusions à fin d’injonction :

En ce qui concerne les conclusions tendant à ce qu’il soit enjoint au ministre de l’intérieur de nommer M. A... au troisième grade de son corps à compter du 1er janvier 2005 et à l’échelon spécial de ce grade à compter du 1er janvier 2015 :

Ainsi qu’il a été dit aux points 5 et 6, les conclusions à fin d’annulation sont rejetées. Le présent jugement n’appelle donc aucune mesure d’exécution. Il s’ensuit que les conclusions visées ci-dessus ne peuvent être accueillies.

En ce qui concerne les conclusions tendant à ce qu’il soit enjoint au ministre de l’intérieur de produire des arrêtés :

Aux termes de l’article L. 342-1 du code des relations entre le public et l’administration : « La Commission d'accès aux documents administratifs émet des avis lorsqu'elle est saisie par une personne à qui est opposé un refus de communication ou un refus de publication d'un document administratif en application du titre Ier, un refus de consultation ou de communication des documents d'archives publiques, à l'exception des documents mentionnés au c de l'article L. 211-4 du code du patrimoine et des actes et documents produits ou reçus par les assemblées parlementaires, ou une décision défavorable en matière de réutilisation d'informations publiques. / (…) / La saisine pour avis de la commission est un préalable obligatoire à l'exercice d'un recours contentieux. »

Il résulte de ces dispositions que la saisine pour avis de la commission d’accès aux documents administratifs (CADA) est un préalable obligatoire à l’exercice d’un recours contentieux tendant à l’annulation d’une décision de refus de communication d’un document administratif.

En l’espèce, il ne ressort pas des pièces du dossier que M. A... ait, préalablement à l’introduction de son recours, saisi la CADA d’un refus implicite du ministre de l’intérieur de lui communiquer des arrêtés dont il lui aurait demandé communication. Si, à l’occasion des écritures produites le 17 décembre 2025, M. A... se prévaut d’un avis de la CADA du 1er juin 2022, il ressort de cet avis même que la CADA a été saisie par l’intéressé d’une demande de documents différente de celle qu’il formule devant le Tribunal. Ses conclusions tendant à ce qu’il soit fait injonction au ministre de l’intérieur de lui communiquer ces arrêtés doivent par suite être rejetées comme irrecevables.


Sur les frais liés au litige :

Les dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l’État, qui n’est pas dans la présente instance la partie perdante, la somme demandée par M. A... au titre des frais de justice.



D E C I D E :


Article 1er : La requête de M. A... est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B... A... et au ministre de l’intérieur.

Copie en sera adressée au préfet de La Réunion.


Délibéré après l’audience du 27 janvier 2026, à laquelle siégeaient :

Mme Khater, présidente,
M. Jégard, premier conseiller,
Mme Lebon, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 février 2026.



Le rapporteur,

X. JÉGARD
La présidente,

A. KHATER




La greffière,




É. POINAMBALOM




La République mande et ordonne au ministre de l’intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,
P/la greffière en chef
La greffière,


É. POINAMBALOM

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