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AccueilJurisprudence administrativeN° TA101-2301623

Tribunal Administratif de La Réunion — Décision N° TA101-2301623

mercredi 31 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de La Réunion
SectionTribunal Administratif de La Réunion
N° DossierTA101-2301623
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Avocat requérantSELARL FABRE-SAVARY-FABBRO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire récapitulatif enregistrés les 19 décembre 2023 et 3 avril 2024, M. E A et Mme G F, agissant pour eux-mêmes et pour leurs enfants mineurs H, C et B, représentés par Me Le Tutour, avocate, demandent au juge des référés, sur le fondement de l'article R. 541-1 du code de justice administrative :

1°) de condamner le centre hospitalier Ouest Réunion (CHOR) à leur verser, en conséquence de la dégradation de l'état de santé de M. A survenue lors des hospitalisations consécutives à sa luxation du coude du 13 mars 2021, les sommes suivantes, à titre de provision :

- 80 000 euros et 350 000 euros pour l'indemnisation de l'incidence professionnelle et des pertes de gains professionnels actuels et futurs ;

- 59 510 euros pour l'indemnisation de l'assistance tierce personne ;

- 59 690 euros pour la provision ad litem concernant les frais d'expertise à venir ;

- 80 000 euros pour l'indemnisation du préjudice économique de Mme F ;

- 10 000 euros par enfant pour l'indemnisation du préjudice d'affection des trois enfants ;

2°) de mettre à la charge du CHOR une somme totale de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Les consorts A soutiennent que :

- il résulte du rapport d'expertise du docteur D, ainsi que de l'ensemble des pièces médicales versées au dossier, que des fautes ont été commises lors des soins prodigués à M. A par les médecins et autres personnels du CHOR pour réduire sa luxation du coude, lesdites fautes étant la cause de son état de paralysie ;

- il résulte de ce même rapport d'expertise, ainsi que de l'ensemble des justificatifs produits, que M. A a subi une dégradation considérable de son état de santé, étant désormais dans l'incapacité d'exercer sa profession de chirurgien-dentiste et d'effectuer la plupart de ses activités de loisir ;

- de même, il est établi que Mme F, épouse de la victime, a subi un préjudice important, notamment sur un plan économique, du fait de l'assistance qu'elle a apportée à son mari ; le préjudice d'affection subi par leurs trois enfants mineurs est également avéré ;

- dans l'attente de l'expertise qui sera ordonnée au titre de l'instance de référé-instruction n° 2301624, il y a lieu de constater le caractère non sérieusement contestable, dès à présent, des créances telle que décrites et chiffrées ci-dessus.

Par un mémoire enregistré le 5 février 2024, le CHOR, représenté par Me Tordjman, avocate, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 2 000 euros soit mise à la charge des consorts A.

Le CHOR soutient que :

- l'expertise non contradictoire dont se prévalent les requérants ne permet pas, à elle seule, d'établir l'existence d'une faute et d'un lien de causalité susceptibles de conduire à une indemnisation ;

- le préjudice professionnel de M. A est incertain ;

- l'obligation ne peut être regardée comme non sérieusement contestable.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu l'instance de référé-instruction n° 2301624.

Vu la décision du président du tribunal désignant M. Aebischer, vice-président, en qualité de juge des référés.

Vu :

- le code de la santé publique ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article R. 541-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, même en l'absence d'une demande au fond, accorder une provision au créancier qui l'a saisi lorsque l'existence de l'obligation n'est pas sérieusement contestable () ".

2. Suite à un accident sportif survenu le 13 mars 2021 et aux soins qui lui ont été prodigués par les médecins et le personnel du CHOR, notamment pour réduire sa luxation du coude droit, M. A souffre d'une paralysie radiale d'une particulière intensité. Avec son épouse Mme F, il sollicite, sur le fondement des dispositions précitées, la condamnation de l'établissement à leur verser diverses indemnités à titre provisionnel. Le juge des référés est simultanément saisi d'une requête à fin d'expertise présentée sur le fondement des articles R. 532-1 et suivants du code de justice administrative. Dès à présent, il est soutenu par les requérants que l'obligation n'est pas sérieusement contestable, la faute du CHOR ayant été mise en évidence de manière suffisamment probante, de leur point de vue, par l'expertise réalisée à leur demande par le docteur D le 31 août 2023, ladite expertise étant en outre invoquée pour justifier du préjudice subi et du lien de causalité entre la faute et le préjudice.

3. Cependant, l'expertise non contradictoire dont se prévalent les consorts A est insuffisamment précise à l'égard de la description et de l'analyse de chacun des évènements survenus lors des hospitalisations consécutives à l'accident du 13 mars 2021. Alors même qu'elle comporte des éléments crédibles dans le sens d'une atteinte du nerf radial qui est apparue lors des soins au CHOR et non au moment même de l'accident, ainsi que des constatations factuelles propres à caractériser l'existence de séquelles et de préjudices d'une particulière gravité, elle ne permet pas, par elle-même, de démontrer formellement l'existence de fautes médicales ou de fautes de service précisément identifiables qui auraient été commises, vis-à-vis de M. A, dans le cadre des soins prodigués à l'hôpital durant les heures, journées et semaines ayant suivi la luxation du coude. Les comptes rendus d'examens médicaux et d'actes opératoires sur lesquels s'est appuyé le docteur D ne sont pas non plus déterminants quant à la mise en évidence de manquements aux règles de l'art ou de dysfonctionnements dans les services. Ainsi, en l'état du dossier soumis au juge du référé-provision, la responsabilité encourue par le CHOR ne revêt pas un degré de certitude suffisant. Dès lors, il y a lieu de donner acte à ce dernier de ce que, dans l'attente des conclusions de l'expertise judiciaire qui sera prochainement ordonnée, la créance des consorts A n'a pas le caractère, à ce jour, d'une obligation non sérieusement contestable.

4. Il résulte de ce qui précède que la requête à fin de provision présentée par les consorts A doit être rejetée, y compris les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions présentées par le CHOR sur ce même fondement.

ORDONNE :

Article 1er : La requête des consorts A est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par le CHOR au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. E A et Mme G F, au centre hospitalier Ouest Réunion (CHOR) et à la caisse générale de sécurité sociale de La Réunion (CGSSR).

Fait à Saint-Denis, le 31 juillet 2024.

Le juge des référés,

M.-A AEBISCHER

La République mande et ordonne au préfet de La Réunion en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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