lundi 17 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de La Réunion |
| Section | Tribunal Administratif de La Réunion |
| N° Dossier | TA101-2400654 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Avocat requérant | BOISSY AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire en réplique enregistrés les 24 mai et 11 juin 2024, la société Gétec Océan Indien, représentée par Me Sandberg, avocate, demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 551-1 du code de justice administrative, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler, au stade de l'analyse des offres, la procédure de passation menée par la commune de Saint-Joseph pour un marché de maîtrise d'œuvre concernant l'aménagement de l'ouvrage de franchissement de la ravine Bras-Panon rue Pompidou ;
2°) d'enjoindre à la commune de rejeter l'offre du groupement Ingétec Océan Indien / Travée et d'attribuer le marché à Gétec ;
3°) de mettre à la charge de la commune une somme de 3 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
La société requérante soutient que :
- l'offre du groupement attributaire aurait dû être rejetée comme anormalement basse et irrégulière ;
- c'est à la faveur d'une dénaturation que cette offre a été jugée satisfaisante.
Par des mémoires en défense enregistrés les 10 et 13 juin 2024, la commune de Saint-Joseph, représentée par Me Herlin, avocat, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de la société Gétec Océan Indien une somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
La commune soutient que :
- telles que formulées, les conclusions de la société requérante sont par nature irrecevables ;
- l'offre du groupement attributaire n'était ni anormalement basse, ni irrégulière ; elle n'a pas été dénaturée.
Un mémoire présenté par la société Ingétec a été enregistré le 13 juin 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu la décision du président du tribunal désignant M. Aebischer, vice-président, en qualité de juge des référés.
Vu :
- le code de la commande publique ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 13 juin 2024 à 15 heures 30 :
- le rapport de M. Aebischer, juge des référés ;
- les observations de Me Sandberg et de M. B, pour la société Gétec Océan Indien, qui persistent dans leurs conclusions et moyens ;
- les observations de Me Benoiton substituant Me Herlin, pour la commune de Saint-Joseph, qui confirme les écritures en défense ;
- les observations de M. A, représentant la société Ingétec Océan Indien, qui soutient que son offre est irréprochable.
Une note en délibéré présentée pour la commune de Saint-Joseph a été enregistrée le 14 juin 2024.
Une note en délibéré présentée par la société Ingétec Océan Indien a été enregistrée le 17 juin 2024.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes de l'article L. 551-1 du code de justice administrative : " Le président du tribunal administratif, ou le magistrat qu'il délègue, peut être saisi en cas de manquement aux obligations de publicité et de mise en concurrence auxquelles est soumise la passation par les pouvoirs adjudicateurs de contrats administratifs ayant pour objet l'exécution de travaux, la livraison de fournitures ou la prestation de services () / Le juge est saisi avant la conclusion du contrat ". Aux termes de l'article L. 551-2 : " I - Le juge peut ordonner à l'auteur du manquement de se conformer à ses obligations et suspendre l'exécution de toute décision qui se rapporte à la passation du contrat (). Il peut, en outre, annuler les décisions qui se rapportent à la passation du contrat () ". Aux termes de l'article L. 551-10 : " Les personnes habilitées à engager les recours () sont celles qui ont un intérêt à conclure le contrat et qui sont susceptibles d'être lésées par le manquement invoqué () ".
2. Pour un montant de travaux estimé à 700 000 euros et un montant de maîtrise d'œuvre estimé à 100 000 euros, la commune de Saint-Joseph a lancé, en fin d'année 2023, une opération d'aménagement pour un ouvrage de franchissement de la ravine Bras-Panon rue Pompidou. C'est l'offre du groupement Ingétec / Travée, chiffrée à 42 000 euros, qui a été retenue pour le marché de maîtrise d'œuvre à l'issue de la procédure. L'offre de la société Gétec, chiffrée à 76 039 euros, a reçu une note très inférieure au titre du critère prix, ce qui a conduit à son rejet, l'écart de note constaté sur ce critère s'étant avéré déterminant. Par la présente requête, la société Gétec conteste son éviction auprès du juge des référés précontractuels en soutenant principalement que l'offre du groupement attributaire, anormalement basse, aurait dû être rejetée pour ce motif. Elle demande l'annulation de la procédure au stade de l'analyse des offres.
3. La société Gétec se réfère, pour imputer une offre anormalement basse au groupement Ingétec, au montant de sa propre offre, déterminé sur la base d'une juste évaluation, selon elle, du coût de la maîtrise d'œuvre inhérente à l'opération, ainsi qu'aux prescriptions du " guide à l'intention des maîtres d'ouvrage publics pour la négociation des rémunérations de maîtrise d'œuvre ", publié par la mission interministérielle pour la qualité des constructions publiques, desquelles il résulte qu'un taux de rémunération de 12,25 % devrait être appliqué à la maîtrise d'œuvre d'une opération d'infrastructure telle que celle qui a été engagée par la commune de Saint-Joseph. Cependant, les prescriptions invoquées n'ont pas la portée d'une norme que le maître d'ouvrage public serait tenu de respecter. Quant aux allégations de la société Gétec selon lesquelles il serait impossible, compte tenu des données techniques de l'opération et des exigences définies par le Cahier des Clauses Particulières (CCP), d'assurer une bonne exécution du marché de maîtrise d'œuvre en prévoyant une rémunération limitée à 42 000 euros, elles ne sont pas étayées par des justifications suffisantes. Ainsi, il ne saurait être affirmé que le pouvoir adjudicateur a commis une erreur manifeste d'appréciation en s'abstenant d'écarter l'offre du groupement Ingétec sur le terrain de l'offre anormalement basse, par application des dispositions du code de la commande publique régissant ce cas d'éviction. De même, il n'est pas démontré que les composantes de cette offre révéleraient des modalités irrégulières au regard du règlement de la consultation.
4. Enfin, s'agissant du moyen tiré de la dénaturation, il convient de rappeler qu'il n'appartient pas au juge des référés précontractuels de se prononcer sur l'appréciation portée par le pouvoir adjudicateur sur la valeur d'une offre ou les mérites respectifs des différentes offres, mais qu'il lui incombe, lorsqu'il est saisi d'un moyen en ce sens, de vérifier que le pouvoir adjudicateur ou l'entité adjudicatrice n'a pas dénaturé le contenu d'une offre en en méconnaissant ou en en altérant manifestement les termes, et procédé ainsi au choix de l'attributaire en méconnaissance du principe fondamental de l'égalité de traitement des candidats. En l'espèce, si la société Gétec soutient que l'offre du groupement Ingétec, au contraire de la sienne, n'était pas techniquement irréprochable et aurait dû, en considération notamment de la prétendue insuffisance des moyens humains consacrés à la mission, obtenir une note inférieure à 15 au titre des critères des moyens humains et de la méthodologie, il ne résulte pas de l'instruction qu'en attribuant à ce candidat les notes de 15/20 et 15/30 pour ces deux critères, le pouvoir adjudicateur ait agi sur la base d'une perception de l'offre empreinte de dénaturation manifeste quant à son contenu réel. Ainsi, il y a lieu d'écarter le moyen tiré de la dénaturation.
5. Il résulte de ce qui précède, aucun manquement aux obligations de publicité et de mise en concurrence ne pouvant être constaté en l'espèce, que le référé précontractuel formé par la société Gétec à l'encontre de la procédure de passation relative au marché de maîtrise d'œuvre susmentionné doit être rejeté, y compris les conclusions à fin d'injonction, lesquelles sont au demeurant irrecevables, et les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit à la demande présentée par la commune de Saint-Joseph sur ce même fondement.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de la société Gétec Océan Indien est rejetée.
Article 2 : Les conclusions présentées par la commune de Saint-Joseph sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à la société Gétec Océan Indien et à la commune de Saint-Joseph.
Copie en sera adressée à la société Ingétec Océan Indien.
Fait à Saint-Denis le 17 juin 2024.
Le juge des référés,
M.-A. AEBISCHER
La République mande et ordonne au préfet de La Réunion en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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