jeudi 28 juillet 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de la Martinique |
| Section | Tribunal Administratif de la Martinique |
| N° Dossier | TA102-2100074 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | PALMIER |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 16 février 2021, et un mémoire complémentaire, enregistré le 2 décembre 2021, la SARL Entreprise Hélène et Fils, représentée par l'Aarpi Cabinet Palmier-Brault et Associés, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'arrêter le décompte général et définitif du lot n° 11 " Plomberie sanitaire ventilation " du marché public de travaux de restructuration et extension de la gare maritime à Saint-Pierre conclu avec la collectivité territoriale de Saint-Pierre-et-Miquelon le 3 septembre 2013 et de fixer le solde à la somme de 149 340,77 euros HT en sa faveur ;
2°) de condamner la collectivité territoriale de Saint-Pierre-et-Miquelon à lui verser la somme de 149 340,77 euros HT correspondant au solde du lot n° 11 " Plomberie sanitaire ventilation " du marché public de travaux de restructuration et extension de la gare maritime conclu le 3 septembre 2013 et d'assortir cette somme des intérêts moratoires au taux de 8 % à compter au plus tard du 8 novembre 2020 ainsi que de l'indemnité forfaitaire pour frais de recouvrement de 40 euros ;
3°) de mettre à la charge de la collectivité territoriale de Saint-Pierre-et-Miquelon la somme de 4 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- à la suite de la défaillance d'un entrepreneur qui a abandonné le chantier en mars 2016, le maître de l'ouvrage a décidé l'interruption du chantier pendant plus de dix mois par un ordre de service du 22 mars 2016, afin de préparer et d'attribuer les marchés de substitution ;
- en application de l'article 49.1.1 du CCAG Travaux, la responsabilité contractuelle de la collectivité territoriale de Saint-Pierre-et-Miquelon est de plein droit engagée pour l'ensemble des préjudices qu'elle a subis en raison de cet ajournement des travaux ;
- l'ajournement des travaux l'a contrainte d'immobiliser son personnel dans l'attente de la reprise du chantier sans pouvoir les réaffecter sur d'autres contrats ni les mettre au chômage partiel, lui causant un préjudice qu'elle évalue à la somme de 121 136,32 euros HT ;
- cet ajournement l'a également conduite à supporter des frais supplémentaires de replis et d'amenés de matériels, lui causant un préjudice qu'elle évalue à la somme de 2 400 euros HT ;
- il l'a empêchée de réaliser les prestations dans le délai contractuel et ne lui a pas permis d'amortir ses charges fixes au rythme escompté, lui causant une perte d'amortissement des frais généraux qu'elle évalue à la somme de 20 070,13 euros HT ;
- n'ayant pu exécuter d'autres marchés pendant la période d'ajournement, elle a subi une perte de marge bénéficiaire qu'elle évalue, compte-tenu de sa marge nette habituelle de 12 %, à la somme de 5 734,32 euros HT ;
- l'indemnisation due au titre de l'ensemble de ces préjudices, soit un montant total de 149 340,77 euros HT, doit être incluse dans le décompte général du marché et venir en addition du montant des travaux réalisés ;
- compte-tenu du montant perçu de 206 637,06 euros HT, le solde du décompte général et définitif doit être fixé à la somme de 149 340,77 euros HT en sa faveur, dont elle est fondée à demander le versement.
Par un mémoire en défense, enregistré le 9 juillet 2021, et un mémoire complémentaire, enregistré le 17 mars 2022, la collectivité territoriale de Saint-Pierre-et-Miquelon, représentée par Me Blazy, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) de fixer à un montant nul le solde du décompte général et définitif du lot n° 11 " Plomberie sanitaire ventilation " du marché public de travaux de restructuration et extension de la gare maritime à Saint-Pierre conclu le 3 septembre 2013 ;
2°) de rejeter la requête de la SARL Entreprise Hélène et Fils ;
3°) de mettre à la charge de la SARL Entreprise Hélène et Fils la somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que les moyens soulevés par la SARL Entreprise Hélène et Fils ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la commande publique ;
- le code des marchés publics ;
- l'arrêté du 8 septembre 2009 portant approbation du cahier des clauses administratives générales applicables aux marchés de travaux ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. A,
- et les conclusions de M. Lancelot, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. La collectivité territoriale de Saint-Pierre-et-Miquelon, maître de l'ouvrage, a lancé une opération de réaménagement du port de Saint-Pierre. Par un acte d'engagement signé le 3 septembre 2013, elle a confié à la SARL Entreprise Hélène et Fils l'exécution du lot n° 11 " Plomberie sanitaire ventilation " du marché public de travaux de restructuration et extension de la gare maritime à Saint-Pierre. A la suite de retards de chantier, les travaux ont finalement été réceptionnés avec réserves le 23 avril 2019. Après la levée des dernières réserves, la société a présenté son décompte final le 7 juillet 2020 et sollicité à cette occasion l'indemnisation de préjudices qu'elle estimait avoir subis en raison de l'ajournement des travaux décidé par le maître de l'ouvrage pendant près de dix mois. La collectivité territoriale de Saint-Pierre-et-Miquelon a établi le décompte général le 3 août 2020, après avoir rectifié le décompte final de la société. La société a alors renvoyé au maître de l'ouvrage le décompte général signé avec des réserves le 7 septembre 2020, accompagné d'un mémoire de réclamation daté du 27 août 2020 reprenant sa demande d'indemnisation. Cette réclamation a été rejetée par décision du 23 septembre 2020. Dans la présente instance, la SARL Entreprise Hélène et Fils demande au tribunal administratif, dans le dernier état de ses écritures, d'arrêter le décompte général et définitif du lot n° 11 du marché public de travaux de restructuration et extension de la gare maritime à Saint-Pierre conclu 3 septembre 2013, de fixer le solde à la somme de 149 340,77 euros HT en sa faveur et de condamner la collectivité territoriale de Saint-Pierre-et-Miquelon à lui verser cette dernière somme, assortie des intérêts de retard au taux de 8 % ainsi que de l'indemnité forfaitaire pour frais de recouvrement de 40 euros.
Sur l'établissement du décompte du marché :
En ce qui concerne la responsabilité du maître de l'ouvrage :
S'agissant du fait générateur :
2. Aux termes de l'article 49 du cahier des clauses administratives générales applicable aux marchés publics de travaux, approuvé par arrêté ministériel du 8 septembre 2009, auquel renvoie l'article 2-B du cahier des clauses administratives particulières commun à l'ensemble des lots du marché litigieux de restructuration et extension de la gare maritime à Saint-Pierre : " 49.1. Ajournement des travaux : / 49.1.1. L'ajournement des travaux peut être décidé par le représentant du pouvoir adjudicateur. Il est alors procédé, suivant les modalités indiquées à l'article 12, à la constatation des ouvrages et parties d'ouvrages exécutés et des matériaux approvisionnés. / Le titulaire, qui conserve la garde du chantier, a droit à être indemnisé des frais que lui impose cette garde et du préjudice qu'il aura éventuellement subi du fait de l'ajournement () ". Il y a ajournement des travaux au sens de ces stipulations lorsque le maître d'ouvrage décide de différer leur début ou d'en suspendre l'exécution.
3. Ces stipulations prévoient un régime de responsabilité contractuelle de plein droit du maître de l'ouvrage en cas d'ajournement des travaux auquel ce dernier ne peut échapper que dans l'hypothèse où l'ajournement du chantier est directement imputable à une faute de l'entrepreneur de nature à le priver de toute indemnisation.
4. En l'espèce, il résulte de l'instruction que, à la suite de la défaillance intervenue en cours de chantier de l'entrepreneur attributaire des lots " Bardage " et " Couverture étanchéité " du marché de restructuration et extension de la gare maritime à Saint-Pierre, le maître de l'ouvrage a, en application de l'article 49.1 cité précédemment du cahier des clauses administratives générales applicable aux marchés publics de travaux, décidé par ordre de service n° 43-13.14 du 22 mars 2016 l'ajournement des travaux du lot n° 11 du marché, dont était titulaire la SARL Entreprise Hélène et Fils, à compter du 25 mars 2016. Par un nouvel ordre de service n° 43-13.16 du 20 janvier 2017, le maître de l'ouvrage a décidé la reprise des travaux du lot n° 11 du marché à compter du 23 janvier 2017, mettant ainsi fin à la mesure d'ajournement à compter de cette dernière date. Il s'ensuit que, la mesure d'ajournement des travaux n'étant pas imputable à la société requérante, la responsabilité contractuelle de la collectivité territoriale de Saint-Pierre-et-Miquelon est de plein droit engagée à l'égard de la SARL Entreprise Hélène et Fils pour l'ensemble des frais de garde du chantier ajourné, ainsi que de l'ensemble des préjudices subis du fait de cet ajournement, à condition toutefois pour l'intéressée d'établir la réalité de ses préjudices ainsi que leur lien avec l'ajournement.
S'agissant des préjudices et du lien de causalité :
5. En premier lieu, la SARL Entreprise Hélène et Fils demande l'indemnisation des coûts d'immobilisation de personnels dans l'attente de la reprise du chantier à la suite de la décision du maître de l'ouvrage d'ajourner l'exécution des travaux du lot n° 11 " Plomberie sanitaire ventilation " et indique avoir affecté à l'exécution de ce lot un chef d'équipe, un plombier chauffagiste et un aide maçon à temps complet, ainsi qu'un conducteur de travaux à hauteur d'un tiers de son temps de travail. Toutefois, il résulte des propres écritures de la société requérante qu'aucun de ces personnels n'est resté immobilisé sur le chantier à la suite de la décision d'ajournement prise par la collectivité territoriale de Saint-Pierre-et-Miquelon. Si la SARL Entreprise Hélène et Fils fait valoir qu'elle n'a pas été en mesure de réaffecter ces quatre salariés sur d'autres chantiers pendant la période d'ajournement, elle n'apporte cependant aucune précision sur les autres contrats, publics et privés, dont elle était par ailleurs titulaire et ne justifie ainsi pas de l'impossibilité de redéployer ses effectifs. Il résulte par ailleurs des fiches de paie versées à l'instruction que les salariés en cause ont, au cours des mois d'avril à décembre 2016, soit pendant la période d'ajournement, bénéficié, outre de congés payés et de congés de maladie, du paiement d'heures supplémentaires. Certaines de ces heures supplémentaires, qui ont été rémunérées avec une majoration de 35 % et 50 %, ont été nécessairement accomplies au-delà des forfaits hebdomadaires de 39 heures dont se prévaut la société sans en justifier, faute de produire les conventions individuelles de forfait conclues avec les salariés en application des articles L. 3121-56 et L. 3121-57 du code du travail. Dans ces conditions, de telles heures supplémentaires n'ayant pu être effectivement rémunérées qu'en conséquence du redéploiement des salariés sur d'autres missions, la SARL Entreprise Hélène et Fils ne justifie pas de la réalité des préjudices liés aux coûts d'immobilisation de personnels dont elle se prévaut. Le moyen soulevé sur ce point n'est dès lors pas fondé. Il doit, par suite, être écarté.
6. En deuxième lieu, il résulte de l'instruction, notamment des photographies annexées au constat d'huissier dressé le 9 mars 2016, soit juste avant l'ajournement des travaux, que la SARL Entreprise Hélène et Fils avait déployé un certain nombre de matériels sur le chantier pour l'exécution des trois lots dont elle était titulaire, en particulier des échafaudages, du petit outillage et des panneaux de bois. La collectivité territoriale de Saint-Pierre-et-Miquelon admet dans ses écritures avoir demandé à l'entreprise de procéder à des replis de matériels au titre des trois lots à l'occasion de l'ajournement des travaux décidé par ordre de service du 22 mars 2016. La société requérante soutient, sans être sérieusement contredite, qu'elle a procédé en une seule fois au repli et à l'amené de l'ensemble des matériels des trois lots, en mobilisant pour ce faire une équipe de trois salariés pendant six journées de huit heures, soit deux journées de huit heures pour chacun des trois lots. Il résulte de l'attestation du cabinet d'expertise-comptable que le coût de revient horaire moyen des salariés de l'entreprise, compte-tenu de l'ensemble des charges de la société, s'élevait à 40,54 euros au cours de l'année 2016. Dans ces conditions, il sera fait une exacte appréciation de la quote-part de ces frais de repli se rapportant au lot n° 11 litigieux du marché de restructuration et extension de la gare maritime à Saint-Pierre en l'évaluant à la somme de 1 945,92 euros HT. Par suite, la SARL Entreprise Hélène et Fils est fondée à solliciter une indemnisation sur ce point à hauteur de ce montant.
7. En troisième lieu, la société requérante demande l'indemnisation d'une perte d'amortissement de ses frais généraux et soutient ne pas avoir été en mesure de couvrir ses frais de fonctionnement en raison de l'ajournement des travaux. Toutefois, il résulte de ce qui a été dit précédemment au point 5. que la SARL Entreprise Hélène et Fils ne justifie pas n'avoir pu redéployer les personnels qu'elle avait affectés à l'exécution du lot en litige sur d'autres chantiers pour lesquels elle bénéficiait de contrats, publics ou privés. Il résulte de plus de l'instruction que, suite aux opérations de constat contradictoire des ouvrages et parties d'ouvrages exécutés intervenues conformément à l'article 12 du cahier des clauses administratives générales applicable aux marchés publics de travaux, la société avait obtenu, à la date de prise d'effet de la décision d'ajournement du 25 mars 2016, le paiement de 77 % du montant initial du marché. Enfin, si le bilan 2016 de la société révèle une baisse de chiffre d'affaires par rapport à l'exercice clôturé en 2015, l'administration établit que cette baisse est liée au recul de la commande publique de 14 % qu'a connu l'archipel au cours de l'année 2016, ce que la société requérante admet elle-même dans ses dernières écritures. Dans ces conditions, la SARL Entreprise Hélène et Fils n'établit pas l'impossibilité d'amortir ses frais généraux pendant la période d'ajournement et, par voie de conséquence, la réalité du chef de préjudice qu'elle invoque sur ce point. Le moyen n'est dès lors pas fondé. Il doit, par suite, être écarté.
8. En quatrième lieu, il est constant que la société a exécuté l'ensemble des travaux du lot litigieux à la suite de la reprise des travaux, intervenue le 23 janvier 2017, et bénéficié à cette occasion du paiement d'acomptes au fur et à mesure de leur exécution. Il n'est pas démontré, ni même simplement soutenu, que le décalage de la réalisation des travaux induit par la décision d'ajournement du maître de l'ouvrage aurait réduit, même de manière minime, la marge bénéficiaire réalisée par la SARL Entreprise Hélène et Fils sur l'ensemble du contrat. Dans ces conditions, la réalité de la perte de marge bénéficiaire dont se prévaut la SARL Entreprise Hélène et Fils n'est pas établie. Le moyen soulevé sur ce point n'est dès lors pas fondé. Il doit, par suite, être écarté.
9. Il résulte de ce qui précède que la SARL Entreprise Hélène et Fils est seulement fondée à demander l'indemnisation de la somme de 1 945,92 euros HT au titre de la responsabilité contractuelle de la collectivité territoriale de Saint-Pierre-et-Miquelon découlant de la mesure d'ajournement des travaux. Il y a dès lors lieu d'inscrire ce montant au décompte général et définitif du lot litigieux du marché, au titre des sommes mises à la charge du maître de l'ouvrage.
En ce qui concerne le solde du marché :
10. Il résulte de l'instruction, notamment du projet de décompte général, que le montant du marché et de ses cinq avenants est égal, après révision, à la somme non contestée de 210 978,87 euros HT. Il s'ensuit que, compte-tenu de la réfaction pour réserves non levées de 200 euros pratiquée par le maître de l'ouvrage ainsi que de l'abandon de la retenue initiale de compte prorata de 4 141,81 euros HT, décidée par la collectivité territoriale de Saint-Pierre-et-Miquelon suite à la réclamation préalable de la société et de l'indemnité d'ajournement des travaux de 1 945,92 euros HT fixée au point précédent, le sous-total des sommes dues à la SARL Entreprise Hélène et Fils au titre de l'exécution du marché s'élève au montant de 212 724,79 euros HT. La société a par ailleurs perçu au fur et à mesure de l'exécution du marché des acomptes pour un montant total 206 637,06 euros HT, ainsi que le remboursement, le 29 septembre 2020, de la retenue de compte prorata abandonnée de 4 141,81 euros HT, soit un sous-total de 210 778,87 euros HT. Dans ces conditions, il y a lieu de fixer le solde lot n° 11 " Plomberie sanitaire ventilation " du marché public de travaux de restructuration et extension de la gare maritime à Saint-Pierre à la différence entre ces deux sous-totaux, soit à la somme de 1 945,92 euros HT en faveur de la SARL Entreprise Hélène et Fils.
Sur la demande de paiement de la société :
11. Il résulte de ce qui précède que compte-tenu du solde du marché fixé au point précédent, il y a lieu de condamner la collectivité territoriale de Saint-Pierre-et-Miquelon à verser à la SARL Entreprise Hélène et Fils la somme de 1 945,92 euros HT.
Sur les intérêts :
12. D'une part, l'article 20 de l'ordonnance du 26 novembre 2018, portant partie législative du code de la commande publique, dispose : " () III.-Les dispositions de la section 2 du chapitre II du titre IX du livre Ier de la première partie du code de la commande publique () procédant à la codification du titre IV de la loi du 28 janvier 2013 susvisée s'appliquent aux contrats conclus à compter du 16 mars 2013, date d'entrée en vigueur de cette loi. " L'article L. 2192-10 du code de la commande publique dispose : " Les pouvoirs adjudicateurs () paient les sommes dues en principal en exécution d'un marché dans un délai prévu par le marché ou, à défaut, dans un délai fixé par voie réglementaire () ". L'article L. 2192-13 du même code dispose : " Dès le lendemain de l'expiration du délai de paiement ou de l'échéance prévue par le marché, le retard de paiement fait courir, de plein droit et sans autre formalité, des intérêts moratoires dont le taux est fixé par voie réglementaire. / () Le retard de paiement donne lieu, de plein droit et sans autre formalité, au versement d'une indemnité forfaitaire pour frais de recouvrement, dont le montant est fixé par voie réglementaire () ". L'article R. 2192-31 du même code dispose : " Le taux des intérêts moratoires mentionnés à l'article L. 2192-13 est égal au taux d'intérêt appliqué par la Banque centrale européenne à ses opérations principales de refinancement les plus récentes, en vigueur au premier jour du semestre de l'année civile au cours duquel les intérêts moratoires ont commencé à courir, majoré de huit points de pourcentage. " L'article R. 2192-32 du même code dispose : " Les intérêts moratoires courent à compter du lendemain de l'expiration du délai de paiement ou de l'échéance prévue par le marché jusqu'à la date de mise en paiement du principal incluse. " L'article R. 2192-33 du même code dispose : " Les intérêts moratoires appliqués () au solde sont calculés sur le montant total () du solde toutes taxes comprises, diminué de la retenue de garantie, et après application des clauses d'actualisation, de révision et de pénalisation. " L'article D. 2192-35 du même code dispose : " Le montant de l'indemnité forfaitaire pour frais de recouvrement est fixé à 40 euros. ". L'article 3-2.6. du cahier des clauses administratives particulières, commun à l'ensemble des lots du marché de travaux de restructuration et extension de la gare maritime à Saint-Pierre, fixe à trente jours le délai de paiement.
13. D'autre part, l'article R. 2192-16 du même code dispose : " Pour le paiement du solde des marchés de travaux ou de maîtrise d'œuvre conclus par l'Etat, ses établissements publics ayant un caractère autre qu'industriel et commercial, les collectivités territoriales et leurs établissements publics, le délai de paiement court à compter de la date de réception par le maître de l'ouvrage du décompte général et définitif établi dans les conditions fixées par le cahier des clauses administratives générales applicables aux marchés de travaux et aux marchés de maîtrise d'œuvre. ". Pour l'application de ces dispositions, lorsqu'un décompte général fait l'objet d'une réclamation par le cocontractant, le délai de paiement du solde doit être regardé comme ne commençant à courir qu'à compter de la réception de cette réclamation par le maître d'ouvrage.
14. Il résulte de la combinaison de ces dispositions et stipulations que la SARL Entreprise Hélène et Fils a droit aux intérêts moratoires sur le solde du marché resté non payé à l'issue d'un délai de trente jours suivant réception par le maître de l'ouvrage de sa réclamation dirigée contre le décompte général, et ce jusqu'à la date de paiement du principal, assortie de l'indemnité forfaitaire pour frais de recouvrement de 40 euros.
15. Il résulte de l'instruction que la SARL Entreprise Hélène et Fils a présenté sa réclamation accompagnée du décompte général signé avec des réserves le 7 septembre 2020. Les intérêts moratoires auxquels la société requérante a droit sur cette somme ont donc commencé à courir le 7 octobre 2020.
16. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu d'assortir la condamnation prononcée précédemment au point 11. des intérêts moratoires au taux légal, à compter du 7 octobre 2020, et de l'indemnité forfaitaire pour frais de recouvrement de 40 euros.
Sur les frais liés au litige :
17. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la SARL Entreprise Hélène et Fils, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que la collectivité territoriale de Saint-Pierre-et-Miquelon demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de la collectivité territoriale de Saint-Pierre-et-Miquelon une somme de 1 000 euros au titre des frais exposés par la SARL Entreprise Hélène et Fils et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La collectivité territoriale de Saint-Pierre-et-Miquelon est condamnée à verser à la SARL Entreprise Hélène et Fils une somme de 1 945,92 euros HT au titre du solde du lot n° 11 du marché de restructuration et extension de la gare maritime à Saint-Pierre, assorti des intérêts moratoires au taux légal à compter du 7 octobre 2020 et de l'indemnité forfaitaire pour frais de recouvrement de 40 euros.
Article 2 : La collectivité territoriale de Saint-Pierre-et-Miquelon versera à la SARL Entreprise Hélène et Fils une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus de la requête de la SARL Entreprise Hélène et Fils est rejeté.
Article 4 : Les conclusions de la collectivité territoriale de Saint-Pierre-et-Miquelon présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à la SARL Entreprise Hélène et Fils et à la collectivité territoriale de Saint-Pierre-et-Miquelon.
Délibéré après l'audience du 6 juillet 2022, à laquelle siégeaient :
M. Wallerich, président,
M. de Palmaert, premier conseiller,
M. Phulpin, conseiller.
Rendue publique par mise à disposition au greffe le 28 juillet 2022.
Le rapporteur,
V. A
Le président,
M. BLa greffière,
S. Demontreux
La République mande et ordonne au préfet de Saint-Pierre-et-Miquelon en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026