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AccueilJurisprudence administrativeN° TA102-2100229

Tribunal Administratif de la Martinique — Décision N° TA102-2100229

jeudi 7 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de la Martinique
SectionTribunal Administratif de la Martinique
N° DossierTA102-2100229
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantCONSTANT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 20 avril 2021, M. D A, représenté par Me Constant, demande au tribunal :

1°) de condamner le centre hospitalier Nord Caraïbe à lui verser une indemnité de 13 972,96 euros en réparation des préjudices qu'il estime avoir subis suite à la rupture anticipée de son contrat d'engagement à durée déterminée consécutive à la notification d'une lettre de licenciement datée du 10 septembre 2019 ;

2°) de mettre à la charge du centre hospitalier Nord Caraïbe la somme de 1 800 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la lettre de licenciement du 10 septembre 2019 prononçant la rupture anticipée de son contrat d'engagement ne comporte l'exposé d'aucun motif ;

- l'administration a appliqué à tort les articles 41 du décret n° 91-155 du 6 février 1991 et 16 de son contrat, qui concernent pourtant le délai de prévenance en cas de non-reconduction d'un contrat à durée déterminée ;

- la rupture anticipée de son contrat d'engagement ne repose sur aucun motif, alors qu'il a travaillé en toute conscience, qu'il s'est investi dans la mission dévolue et qu'aucun reproche ne lui a été fait pendant près de huit mois d'activité ;

- ayant été irrégulièrement privé d'emploi à compter du 14 octobre 2019, il subit un préjudice lié à des pertes de rémunérations, qu'il évalue à la somme de 8 972,96 euros, ainsi qu'un préjudice moral, qu'il évalue à la somme de 5 000 euros, dont il est fondé à demander réparation.

La procédure a été régulièrement communiquée au centre hospitalier Nord Caraïbe, qui n'a produit aucune observation malgré la lettre de mise en demeure qui lui a été adressée par courrier du 2 septembre 2021.

Par ordonnance du 7 octobre 2021, la clôture d'instruction a été fixée au 8 novembre 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 86-33 du 9 janvier 1986 ;

- le décret n° 91-155 du 6 février 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. B,

- les conclusions de M. Lancelot, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. M. D A a été recruté au sein des services du centre hospitalier Nord Caraïbe, à compter du 21 janvier 2019, pour occuper un poste de chargé des applications informatiques dans l'attente du recrutement d'un fonctionnaire, en vertu de contrats d'engagement à durée déterminée successifs. Par une lettre de licenciement du 10 septembre 2019, le directeur du centre hospitalier Nord Caraïbe a décidé de mettre fin de manière anticipée à son dernier contrat d'engagement, à compter du 14 octobre 2019. L'intéressé a alors formé une demande indemnitaire préalable, par un courrier daté du 21 décembre 2020 qui est resté sans réponse. Dans la présente instance, M. A demande au tribunal administratif de condamner le centre hospitalier Nord Caraïbe à lui verser une indemnité d'un montant de 13 972,96 euros en réparation des préjudices qu'il estime avoir subis à la suite de la rupture anticipée de son dernier contrat d'engagement.

Sur l'acquiescement aux faits :

2. Aux termes de l'article R. 612-6 du code de justice administrative : " Si, malgré une mise en demeure, la partie défenderesse n'a produit aucun mémoire, elle est réputée avoir acquiescé aux faits exposés dans les mémoires du requérant ". Il résulte de ces dispositions que l'acquiescement aux faits prévu à l'article R. 612-6 est acquis lorsque, comme en l'espèce, le délai imparti à l'administration a expiré et que la date de clôture de l'instruction fixée par ordonnance est échue sans que l'administration ait présenté d'observations. Cette circonstance ne saurait dispenser le juge, d'une part, de vérifier que les faits allégués par le demandeur ne sont pas contredits par les autres pièces versées à l'instruction, d'autre part, de se prononcer sur les moyens de droit que soulève l'affaire.

Sur la responsabilité du centre hospitalier Nord Caraïbe :

En ce qui concerne la faute :

3. L'article 41-3 du décret du 6 février 1991 relatif aux dispositions générales applicables aux agents contractuels des établissements mentionnés à l'article 2 de la loi n° 86-33 du 9 janvier 1986 modifiée portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique hospitalière dispose : " Sans préjudice des dispositions relatives au licenciement pour faute disciplinaire, pour insuffisance professionnelle ou pour inaptitude physique, le licenciement d'un agent contractuel recruté pour répondre à un besoin permanent doit être justifié par l'un des motifs suivants : / 1° La suppression du besoin ou de l'emploi qui a justifié le recrutement de l'agent ; / 2° La transformation du besoin ou de l'emploi qui a justifié le recrutement, lorsque l'adaptation de l'agent au nouveau besoin n'est pas possible ; / 3° Le recrutement d'un fonctionnaire lorsqu'il s'agit de pourvoir un emploi soumis à la règle énoncée à l'article 3 de la loi du 13 juillet 1983 susvisée ; / 4° Le refus par l'agent d'une modification d'un élément substantiel du contrat proposée dans les conditions prévues à l'article 41-4 ; / 5° L'impossibilité de réemploi de l'agent, dans les conditions prévues à l'article 32, à l'issue d'un congé sans rémunération. "

4. En l'espèce, le requérant soutient que la décision de rupture de son dernier contrat d'engagement à durée déterminée qu'a prise le directeur du centre hospitalier Nord Caraïbe lorsqu'il lui a notifié la lettre de licenciement du 10 septembre 2019 ne repose sur aucun motif. Il fait valoir que cette décision ne lui a pas été expliquée, qu'à aucun moment on ne lui a indiqué l'éventuel recrutement d'un fonctionnaire et que, ayant travaillé en toute conscience et s'étant investi dans la mission dévolue, il n'avait fait l'objet d'aucun reproche pendant près de huit mois d'activité. Ces circonstances ne sont pas contredites par les pièces du dossier, alors même que la lettre de licenciement du 10 septembre 2019 se borne à indiquer à l'intéressé qu'il sera radié des cadres des effectifs contractuels à compter du 14 novembre 2019, sans comporter l'exposé d'aucun motif. Elles doivent par conséquent être réputées établies par l'acquiescement aux faits résultant de l'absence d'observation en défense. Il s'ensuit que M. A est fondé à soutenir que la décision de licenciement dont il a fait l'objet le 10 septembre 2019 n'est pas justifiée au regard de l'article 41-3 cité précédemment du décret du 6 février 1991 et est, pour cette raison, entachée d'une illégalité fautive de nature à engager la responsabilité du centre hospitalier Nord Caraïbe à son égard. Le moyen soulevé sur ce point doit, par suite, être accueilli.

En ce qui concerne les préjudices et le lien de causalité :

5. En vertu des principes généraux qui régissent la responsabilité de la puissance publique, un agent public irrégulièrement évincé a droit à la réparation intégrale du préjudice qu'il a effectivement subi du fait de la mesure illégalement prise à son encontre. Sont ainsi indemnisables les préjudices de toute nature avec lesquels l'illégalité commise présente, compte tenu de l'importance respective de cette illégalité et des fautes relevées à l'encontre de l'intéressé, un lien direct de causalité. Pour l'évaluation du montant de l'indemnité due, doit être prise en compte la perte des rémunérations ainsi que celle des primes et indemnités dont l'intéressé avait, pour la période en cause, une chance sérieuse de bénéficier, à l'exception de celles qui, eu égard à leur nature, à leur objet et aux conditions dans lesquelles elles sont versées, sont seulement destinées à compenser des frais, charges ou contraintes liés à l'exercice effectif des fonctions. Il y a lieu de déduire, le cas échéant, le montant des rémunérations nettes et des allocations pour perte d'emploi qu'il a perçues au cours de la période d'éviction. La réparation intégrale du préjudice de l'intéressé peut également comprendre, à condition que l'intéressé justifie du caractère réel et certain du préjudice invoqué, celle de la réduction de droits à l'indemnisation du chômage qu'il a acquis durant la période au cours de laquelle il a été employé du fait de son éviction de son emploi avant le terme contractuellement prévu.

6. En premier lieu, en application des principes qui précèdent, M. A est fondé à réclamer le versement d'une indemnité correspondant à la rémunération qu'il aurait perçue postérieurement au 14 octobre 2019, date effective de son licenciement, si son dernier contrat d'engagement, conclu entre le 1er juillet 2019 et le 31 décembre 2019 était arrivé à son terme normal, déduction faite des revenus de remplacement. Il résulte de l'instruction, notamment de ses fiches de paie des mois de juin à septembre 2019, qu'au titre de ce dernier contrat d'engagement, M. A percevait une rémunération nette mensuelle égale à 2 686,99 euros. Ainsi, en l'absence de licenciement, il pouvait escompter une rémunération d'un montant total de 6 934,17 euros entre le 14 octobre 2019 et le 31 décembre 2019. Il résulte toutefois de la fiche de paie établie pour le mois de novembre 2019 que l'intéressé a perçu postérieurement à la rupture de son contrat une indemnité de licenciement d'un montant net de 3 334,04 euros. Par ailleurs, en réponse à la mesure d'instruction que lui a adressée la juridiction le 5 mai 2022, le requérant indique n'avoir perçu, entre octobre et décembre 2019, aucun versement de Pôle emploi, ni aucun versement au titre des indemnités de retour à l'emploi, de solidarité spécifique ou de solidarité active. Cette circonstance, qui n'est pas contredite par les pièces du dossier, doit être réputée établie par l'acquiescement aux faits résultant de l'absence d'observation en défense du centre hospitalier. Dans ces conditions, alors même qu'il est constant que l'intéressé n'a pas retrouvé d'emploi avant le 31 décembre 2019, il sera fait une exacte appréciation du préjudice subi par M. A au titre de ses pertes de revenus en l'évaluant à la somme de 3 600,13 euros.

7. En deuxième lieu, si, pour établir la réalité du préjudice moral dont il se prévaut, M. A soutient avoir été contraint, à la suite de son licenciement, de se rendre précipitamment en métropole pour chercher un emploi, cette circonstance est toutefois contredite par les éléments versés à l'instruction, qui établissent que celui-ci a conservé la même adresse en Martinique postérieurement à son licenciement et qu'il a simplement réservé un vol aller à destination de l'aéroport d'Orly le 27 décembre 2019, soit pendant la période des fêtes de fin d'année. En revanche, il résulte de ce qui a été dit précédemment au point 4. que, compte-tenu de l'acquiescement aux faits, il est établi que M. A n'a jamais été informé du motif de la rupture de son dernier contrat d'engagement malgré la notification de la lettre de licenciement du 10 septembre 2019. Dans ces conditions, compte-tenu du caractère brutal du licenciement, la réalité du préjudice moral que le requérant soutient avoir subi à la suite de la rupture irrégulière de son contrat d'engagement est établie. Dans les circonstances de l'espèce, il sera fait une juste évaluation de ce chef de préjudice en l'évaluant à la somme de 1 000 euros.

8. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête présentés au titre de la faute, qu'il y a lieu de condamner le centre hospitalier Nord Caraïbe à verser à M. A une indemnité d'un montant total de 4 600,13 euros.

Sur les frais liés au litige :

9. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du centre hospitalier Nord Caraïbe une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par M. A et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : Le centre hospitalier Nord Caraïbe est condamné à verser à M. A une indemnité de 4 600,13 euros en réparation de ses préjudices.

Article 2 : Le centre hospitalier Nord caraïbe versera à M. A une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. D A et au centre hospitalier Nord Caraïbe.

Délibéré après l'audience du 23 juin 2022, à laquelle siégeaient :

- M. Wallerich, président,

- M. de Palmaert, premier conseiller,

- M. Phulpin, conseiller.

Rendue publique par mise à disposition au greffe le 7 juillet 2022.

Le rapporteur,

V. B

Le président,

M. CLe greffier,

J-H. Minin

La République mande et ordonne au ministre des solidarités et de la santé en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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