LogoMeilleurAvocats.fr
AvocatsAssistant IABlogPrix
ConnexionDéposer ma demande

Vous avez un problème juridique ?

Décrivez votre situation en 2 minutes — un avocat spécialisé vous répond sous 24h.

Déposer ma demandeJe suis avocat
Logo MeilleurAvocats.frMeilleurAvocats.fr

Mise en relation avocat–client par l'IA. Gratuit pour les particuliers.

Particuliers

  • Déposer une demande
  • Trouver un avocat
  • Assistant IA gratuit
  • Bibliothèque juridique
  • Guides pratiques
  • Jurisprudence

Avocats

  • Pour les avocats
  • Espace avocat
  • Tarifs et formules
  • Recevoir des leads
  • Programme d'affiliation
  • Contact commercial

Spécialités

  • Droit général
  • Droit du travail
  • Droit de la sécurité sociale et de la protection sociale
  • Droit fiscal et droit douanier
  • Droit de la famille, des personnes et de leur patrimoine
  • Droit immobilier

Légal

  • Mentions légales
  • Confidentialité
  • CGU
  • Cookies
  • Contact

Newsletter juridique hebdomadaire

Décisions clés, évolutions législatives, conseils pratiques — chaque semaine.

© 2026 MeilleurAvocats.fr— KONSEIL SAS. Tous droits réservés.

Mentions légales|Confidentialité|Cookies

BOB★La messagerie française & cryptée pour des échanges confidentiels entre avocats et clients.

En savoir +TéléchargerBOB
AccueilJurisprudence administrativeN° TA102-2100399

Tribunal Administratif de la Martinique — Décision N° TA102-2100399

jeudi 28 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de la Martinique
SectionTribunal Administratif de la Martinique
N° DossierTA102-2100399
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantRICHER ET ASSOCIES DROIT PUBLIC

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 28 juin 2021, et un mémoire complémentaire, enregistré le 8 avril 2022, la SARL l'Armement Korrigan, représentée par Me Blazy, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de condamner l'Etat à lui verser une indemnité d'un montant de 323 189,74 euros, assortie des intérêts au taux légal et de la capitalisation des intérêts, en réparation des préjudices qu'elle estime avoir subis du fait de l'illégalité des décisions lui imposant des quotas individuels de pêche au concombre de mer (holoturie) pour les saisons 2018 et 2019 ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 4 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- sa requête est recevable dès lors qu'elle a été formée dans le délai de deux mois suivant le rejet implicite de sa demande indemnitaire préalable ;

- les licences de pêche attribuées par le préfet en 2018 et 2019 méconnaissent l'article R. 954-9 du code rural et de la pêche maritime, en l'absence d'arrêté ministériel fixant les totaux de captures autorisées, ainsi que l'a jugé le tribunal administratif dans son jugement n° 1900697 du 24 novembre 2020 ;

- le préfet ne pouvait limiter les quotas de pêche aux coquilles Saint-Jacques, aux pétoncles d'Islande et au concombre de mer pour 2018 et 2019 en se fondant sur le seul critère de l'antériorité, ainsi que l'a jugé le tribunal dans son jugement n° 1800039 du 16 juillet 2019 ;

- ces illégalités constituent des fautes de nature à engager la responsabilité de l'Etat ;

- ces fautes l'ont empêchée d'armer son navire dénommé le Keravel pour la saison 2018, compte-tenu du faible quota de 20 tonnes qui lui avait illégalement été attribué, lui causant une perte de bénéfice qu'elle évalue, compte-tenu de ses charges, à la somme de 151 775,35 euros ;

- ces fautes ont également limité fortement ses prélèvements de concombre de mer pour la saison 2019, lui causant une perte de bénéfice qu'elle évalue, compte-tenu de ses charges, à la somme de 171 414,39 euros ;

- elle est fondée à demander l'indemnisation de ces préjudices financiers, qui sont en lien direct avec les illégalités fautives dont sont entachées les licences de pêche qui lui ont été délivrées.

Par un mémoire en défense, enregistré le 14 mars 2022, le préfet de Saint-Pierre-et-Miquelon, représenté par l'Aarpi Richer et Associés droit public Avocats, conclut au rejet de la requête et, en outre, à ce qu'il soit mis à la charge de la SARL l'Armement Korrigan la somme de 3 000 euros en application de l'article L 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- les préjudices dont se prévaut la société ne sont pas en lien avec les fautes alléguées dès lors que le navire le Keravel ne disposait d'aucun permis de navigation en 2018 et ne bénéficiait que d'un permis de navigation limité en 2019 ;

- l'évaluation des préjudices n'est pas fondée, le navire le Keravel n'ayant pas les capacités de pêcher l'intégralité du quota sollicité de 400 tonnes de concombre de mer.

En application de l'article R. 611-1 du code de justice administrative, le mémoire complémentaire du préfet de Saint-Pierre-et-Miquelon, enregistré le 5 mai 2022, n'a pas été communiqué.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code civil ;

- le code rural et de la pêche maritime ;

- le décret n° 84-810 du 30 août 1984 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. A,

- les conclusions de M. Lancelot, rapporteur public,

- et les observations de M. C, représentant de la SARL l'Armement Korrigan.

Considérant ce qui suit :

1. La SARL l'Armement Korrigan exerce une activité de pêche sur l'archipel de Saint-Pierre-et-Miquelon. Elle a sollicité le 12 février 2018 la délivrance d'une licence de pêche pour son navire dénommé le Keravel au titre de la saison 2018. Par décision du 2 juillet 2018, le préfet de Saint-Pierre-et-Miquelon a fait partiellement droit à sa demande en autorisant des quotas individuels de pêche limités, notamment, à 20 tonnes pour le concombre de mer (holoturie). Par un jugement n° 1800039 devenu définitif du 16 juillet 2019, le tribunal administratif de Saint-Pierre-et-Miquelon a partiellement annulé cette décision, en tant qu'elle limite notamment à 20 tonnes le quota de pêche de concombre de mer. Au titre de la saison 2019, la société a sollicité, les 16 janvier 2019 et 27 mai 2019, la délivrance d'une licence de pêche pour son navire dénommé le Keravel. Par décision du 7 juin 2019, le préfet de Saint-Pierre-et-Miquelon a fait partiellement droit à cette demande et autorisé deux demi-quotas individuels de pêche de 20 tonnes de concombre de mer chacun, soit une quantité totale de 40 tonnes. A la suite au recours gracieux formé par la société, le préfet de Saint-Pierre-et-Miquelon a, par deux nouvelles décisions des 30 septembre 2019 et 1er octobre 2019, confirmé l'attribution des deux demi-quotas de pêche initiaux d'un total de 40 tonnes de concombre de mer et attribué un quota supplémentaire de pêche de 20 tonnes de concombre de mer. Par un jugement n° 1900697 devenu définitif du 24 novembre 2020, le tribunal administratif de Saint-Pierre-et-Miquelon a annulé ces trois décisions. La SARL l'Armement Korrigan a alors formé une demande indemnitaire préalable par un courrier daté du 16 mars 2021 qui est resté sans réponse. Dans la présente instance, elle demande au tribunal administratif de condamner l'Etat à lui verser une indemnité d'un montant de 323 189,74 euros, assortie des intérêts au taux légal et de leur capitalisation, en réparation des préjudices qu'elle estime avoir subis du fait de l'illégalité des décisions préfectorales lui imposant des quotas individuels de pêche au concombre de mer pour les saisons 2018 et 2019.

Sur la responsabilité de l'Etat :

En ce qui concerne la faute :

2. L'article L. 921-1 du code rural et de la pêche maritime dispose : " Dans le respect des objectifs mentionnés à l'article L. 911-2 () l'exercice de la pêche maritime embarquée à titre professionnel ou de loisir () peuvent être soumis à la délivrance d'autorisations. / Ces autorisations ont pour objet de permettre à une personne physique ou morale pour un navire déterminé, d'exercer ces activités pendant des périodes, dans des zones, pour des espèces ou groupe d'espèces et, le cas échéant, avec des engins et pour des volumes déterminés () ". L'article L. 921-2 du même code dispose : " Les autorisations mentionnées à l'article L. 921-1 sont délivrées par l'autorité administrative ou sous son contrôle, pour une durée déterminée, en tenant compte des trois critères suivants : / ' l'antériorité des producteurs ; / ' les orientations du marché ; / ' les équilibres économiques () ". L'article R. 954-7 du même code dispose : " Le nombre des autorisations susceptibles d'être accordées est fixé par l'autorité désignée à l'article R.* 911-3 en tenant compte : / 1° Des prélèvements totaux des captures autorisées dans les eaux définies à l'article R. 953-1 et de leur répartition en quotas comme il est dit à l'article R. 954-8 ; / 2° Des conditions antérieures d'exercice de la pêche dans lesdites eaux ; / 3° De la longueur, de la puissance ou du tonnage des navires au profit desquels les autorisations sont demandées ; / 4° De l'intérêt de l'exploitation de ces navires pour les besoins économiques et sociaux de l'archipel. ". L'article R. 954-9 du même code dispose : " Pour assurer la gestion et la conservation des ressources halieutiques dans les eaux territoriales et la zone économique de Saint-Pierre-et-Miquelon, le ministre chargé des pêches maritimes et de l'aquaculture marine, peut, par arrêté pris après avis de l'Institut français de recherche pour l'exploitation de la mer, fixer par période de douze mois des prélèvements totaux de captures autorisés. / Le ministre peut répartir ces prélèvements en un quota affecté aux pêcheurs français et un ou plusieurs quotas affectés aux pêcheurs étrangers. Il détermine les espèces ou groupes d'espèces soumis aux dispositions du présent article. / Lorsque de tels quotas ont été établis, l'autorité mentionnée à l'article R.* 911-3 peut, par arrêté, les répartir entre les différents navires auxquels il a délivré des autorisations. Cette répartition se fait selon les mêmes critères que ceux prévus pour l'attribution des autorisations. ". L'article R. 911-3 du même code auquel il est ainsi renvoyé dispose : " () II. - Dans les autres collectivités territoriales d'outre-mer et en Nouvelle-Calédonie, l'autorité administrative de l'Etat compétente pour prendre celles des mesures d'application du présent livre qui relèvent de la compétence de l'Etat est, sauf dérogation particulière : / () 2° A Saint-Pierre-et-Miquelon, le préfet ; () ".

3. En premier lieu, il résulte de l'instruction que, par un jugement n° 1800039 du 16 juillet 2019, devenu définitif suite au désistement du ministre de l'agriculture et de l'alimentation de l'instance d'appel dont la cour administrative d'appel de Bordeaux a donné acte par ordonnance n° 19BX03848 du 8 janvier 2020, le tribunal administratif de Saint-Pierre-et-Miquelon a partiellement annulé la décision du préfet de Saint-Pierre-et-Miquelon du 2 juillet 2018 faisant en partie droit à la demande d'autorisations de pêche déposée par la SARL l'Armement Korrigan pour la saison 2018, en tant qu'elle limite à 20 tonnes le quota de pêche de concombre de mer, au motif d'une erreur de droit commise par l'autorité administrative qui a fondé cette limitation sur un seul des critères, à savoir le critère d'antériorité, qui sont prévus par les articles L. 921-2 et R. 954-7 du code rural et de la pêche maritime. Ce jugement d'annulation est revêtu de l'autorité absolue de la chose jugée, laquelle s'attache tant à son dispositif qu'au motif qui en constitue le soutien nécessaire. Dans ces conditions, la SARL l'Armement Korrigan est fondée à soutenir que, en ce qu'elle limite, pour la campagne de pêche 2018, à 20 tonnes le quota de pêche de concombre de mer, la décision du préfet du 2 juillet 2018 méconnait les articles L. 921-2 et R. 954-7 du code rural et de la pêche maritime et que cette illégalité est constitutive d'une faute de nature à engager la responsabilité de l'Etat à son endroit.

4. En second lieu, il résulte de l'instruction que, par un jugement n° 1900697 devenu définitif du 24 novembre 2020, le tribunal administratif de Saint-Pierre-et-Miquelon a annulé les trois décisions du préfet de Saint-Pierre-et-Miquelon des 7 juin 2019, 30 septembre 2019 et 1er octobre 2019 limitant à un total de 60 tonnes les quotas de pêche de concombre de mer délivrés à la SARL l'Armement Korrigan au titre de la campagne de pêche 2019, au motif de l'exception d'illégalité de l'arrêté préfectoral n° 302 du 29 mai 2019 fixant un total des captures de concombre de mer fixé pour l'année 2019 sur lequel il se fondait, lequel arrêté préfectoral était lui-même entaché d'incompétence. Ce jugement d'annulation est revêtu de l'autorité absolue de la chose jugée, laquelle s'attache tant à son dispositif qu'au motif qui en constitue le soutien nécessaire. Dans ces conditions, la SARL l'Armement Korrigan est fondée à soutenir que, en ce qu'elles limitent, pour la campagne de pêche 2019, à un total de 60 tonnes les quotas de pêche de concombre de mer, les trois décisions du préfet de Saint-Pierre-et-Miquelon des 7 juin 2019, 30 septembre 2019 et 1er octobre 2019 sont entachées d'erreur de droit et que ces illégalités sont constitutives de fautes de nature à engager la responsabilité de l'Etat à son endroit.

5. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens soulevés par la SARL l'Armement Korrigan au titre de la faute, que la société requérante est fondée à soutenir que les quotas de pêche que lui a imposés le préfet de Saint-Pierre-et-Miquelon pour les saisons 2018 et 2019 s'agissant du concombre de mer sont entachés d'illégalités fautives de nature à engager la responsabilité de l'Etat à son endroit.

En ce qui concerne les préjudices et le lien de causalité :

6. En premier lieu, il résulte du jugement du tribunal administratif de Saint-Pierre-et-Miquelon n° 1900410 du 24 novembre 2020 que, suite à l'instauration de quotas individuels de pêche sur l'archipel décidée par le préfet à compter de 2014, laquelle instauration s'est traduite par une diminution très importante des possibilités pour la SARL l'Armement Korrigan d'exercer la pêche au crabe des neiges autour de laquelle elle avait alors axée sa stratégie économique, la société a été contrainte de renoncer à armer son navire de type polyvalent dénommé le Keravel et de le maintenir à quai lors des campagnes de pêche des années 2014 et 2015. Il résulte des tableaux de capture produits en défense par l'administration que la société requérante a maintenu son navire de pêche à quai pendant toute la période de 2016 à 2017. Il est constant que, en 2018, la société requérante n'a pas sollicité le permis de navigation dont la délivrance était pourtant un préalable nécessaire au démarrage d'une campagne de pêche. Elle a ainsi fait le choix de ne pas armer son navire pour l'année 2018. La SARL l'Armement Korrigan fait valoir dans ses écritures que ce choix a été contraint par l'insuffisance au regard du total des captures autorisées, fixé à 1 400 tonnes pour 2018, du quota de pêche de 20 tonnes de concombre de mer qui lui a été illégalement imposé.

7. Il résulte de l'instruction qu'à partir de 2015 la pêche dans l'archipel de Saint-Pierre-et-Miquelon s'est progressivement structurée autour de la pêche au concombre de mer, qui présente une facilité de pêche et une forte valeur ajoutée à la revente, ce jusqu'à représenter 87,8 % et 90,0 % des prises respectivement en 2018 et 2019 ainsi que le mentionnent les rapports de l'institut d'émission des départements d'outre-mer (IEDOM). Toutefois, il résulte des tableaux établis par l'expert-comptable de la société requérante que, compte-tenu du prix à la revente de 1,02 euros par kilogramme pratiqué au cours de l'année 2018 par l'usine de traitement et de transformation du concombre de mer de Saint-Pierre-et-Miquelon, la société pouvait escompter réaliser un taux de marge très largement bénéficiaire sur le quota de pêche de 20 tonnes de concombre de mer qui lui avait été attribué pour la saison 2018. Par ailleurs, la société était également titulaire d'une licence de pêche délivrée le 2 juillet 2018 lui accordant pour l'année 2018 des quotas de prises de 50 tonnes de morue, de 50 tonnes de raie et carrelet, de 5 tonnes de crabes des neiges, de 50 tonnes de coquille Saint-Jacques et de 50 tonnes de pétoncle d'Islande. Dans ces conditions, compte-tenu des capacités de pêche et de la polyvalence du navire le Keravel et au regard des seuls éléments versés à l'instruction par la société requérante, la SARL l'Armement Korrigan n'est pas fondée à soutenir que les quotas de pêche dont elle a bénéficié en en 2018 ne lui auraient pas permis de rentabiliser son activité économique. Il s'ensuit que l'absence de réalisation du moindre bénéfice dans l'exploitation du Keravel au cours de la saison de pêche de l'année 2018 ne peut être regardée comme la conséquence de l'illégalité relevée précédemment affectant les quotas de pêche que le préfet de Saint-Pierre-et-Miquelon lui a imposés dans la décision du 2 juillet 2018, mais découle au contraire du seul choix de gestion opéré par la société requérante qui a décidé de ne pas armer son navire pour cette campagne de pêche. Ainsi, en l'absence de tout lien de causalité, la SARL l'Armement Korrigan n'est pas fondée à demander l'indemnisation de la perte de bénéfice dont elle se prévaut à l'issue de la campagne de pêche de 2018.

8. En second lieu, il résulte de l'instruction que, après avoir trouvé un équipage, la SARL l'Armement Korrigan a entamé des démarches en vue d'obtenir le permis de navigation nécessaire au démarrage d'une campagne de pêche au concombre de mer pour la saison 2019. Après avoir fait vérifier son navire par un bureau d'étude, elle s'est vue délivrer un certificat national de franc-bord le 7 mai 2019 et a bénéficié d'un permis de navigation de 4e catégorie jusqu'au 8 juillet 2019. Ce permis, qui n'autorise la navigation que jusqu'à une distance de 5 milles des côtes, ne permettait pas au navire d'atteindre les gisements de concombre de mer, lesquels sont situés au minimum à 40 miles des côtes ainsi que l'administration le soutient en défense sans être contredite. A compter du 8 juillet 2019, la société a obtenu la délivrance de permis provisoires de navigation de 2e catégorie restreinte, autorisant la navigation jusqu'à une distance de 60 milles des côtes, et a pu dès lors lancer la campagne de pêche au concombre de mer du Keravel. Il résulte de l'attestation de livraison établie par l'usine de traitement et de transformation du concombre de mer de Saint-Pierre-et-Miquelon, auprès de laquelle la débarque et le traitement de toutes les captures ont été imposés par arrêté préfectoral n° 302 du 29 mai 2019, que le navire a réalisé cinq livraisons de concombres de mer entre le 16 août 2019 et le 23 octobre 2019, date à laquelle celui-ci a atteint le quota de pêche de 60 tonnes que le préfet lui avait imposé. Toutefois, la saison de la pêche au concombre de mer n'était pas close à cette dernière date et s'est poursuivie postérieurement. Dans ces conditions, la SARL l'Armement Korrigan est fondée à soutenir que les illégalités relevées précédemment entachant les décisions préfectorales des 7 juin 2019, 30 septembre 2019 et 1er octobre 2019 qui lui imposaient des quotas de pêche de 60 tonnes de concombre de mer l'ont empêché de poursuivre la saison de la pêche postérieurement au 23 octobre 2019 et ont ainsi généré une perte de bénéfice jusqu'à la clôture de la saison de pêche, fixée de manière anticipée au 30 novembre 2019, soit pendant une période de cinq semaines et demi.

9. Au regard des caractéristiques du Karavel, notamment de son poids maximum de cargaison égal à 15 tonnes, ainsi que des modalités d'organisation de sa campagne de pêche, en particulier de la fréquence et des tonnages des livraisons de concombre de mer qu'elle a déchargées à l'usine de traitement et de transformation de Saint-Pierre-et-Miquelon, il y a lieu d'estimer, compte-tenu des seuls éléments versés à l'instruction par la société requérante, que le navire était en mesure, pendant la période de responsabilité de cinq semaines et demi, de livrer trois chargements supplémentaires de captures de concombre de mer présentant des caractéristiques identiques aux livraisons qu'elle avait effectuées entre le 16 août 2019 et le 23 octobre 2019. Compte-tenu des justificatifs de recettes et de charges produits par la société requérante, en particulier les tableaux établis par son expert-comptable, il sera fait une exacte appréciation de la perte de bénéfice subi par la SARL l'Armement Korrigan en l'évaluant à la somme de 13 037,98 euros.

10. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu de condamner l'Etat à verser à la SARL l'Armement Korrigan une indemnité d'un montant de 13 037,98 euros.

Sur les intérêts :

11. L'article 1231-6 du code civil dispose : " Les dommages et intérêts dus à raison du retard dans le paiement d'une obligation de somme d'argent consistent dans l'intérêt au taux légal, à compter de la mise en demeure () ".

12. La SARL l'Armement Korrigan a droit aux intérêts au taux légal correspondant à l'indemnité de 13 037,98 euros à compter du 17 mars 2021, date de réception de sa demande préalable par les services de la préfecture de Saint-Pierre-et-Miquelon.

Sur la capitalisation des intérêts :

13. L'article 1343-2 du code civil dispose : " Les intérêts échus, dus au moins pour une année entière, produisent intérêt si le contrat l'a prévu ou si une décision de justice le précise. ". Pour l'application de ces dispositions, la capitalisation des intérêts peut être demandée à tout moment devant le juge du fond. Cette demande prend toutefois effet au plus tôt à la date à laquelle elle est enregistrée et pourvu qu'à cette date il s'agisse d'intérêts dus au moins pour une année entière. Le cas échéant, la capitalisation s'accomplit à nouveau à l'expiration de chaque échéance annuelle ultérieure sans qu'il soit besoin de formuler une nouvelle demande.

14. En l'espèce, la capitalisation des intérêts a été demandée pour la première fois par la SARL l'Armement Korrigan à l'occasion du dépôt de son mémoire complémentaire, enregistré le 8 avril 2022. A cette date, il était dû au moins une année d'intérêts sur la somme de 13 037,98 euros se rapportant à la condamnation prononcée au point 12. Dès lors, conformément aux dispositions de l'article 1343-2 du code civil, il y a lieu de faire droit à la demande de capitalisation des intérêts, à compter du 8 avril 2022, ainsi qu'à chaque échéance annuelle à compter de cette date.

Sur les frais liés au litige :

15. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la SARL l'Armement Korrigan, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que le préfet de Saint-Pierre-et-Miquelon demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par la SARL l'Armement Korrigan et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : L'Etat est condamné à verser à la SARL l'Armement Korrigan une indemnité d'un montant de 13 037,98 euros, assortie intérêts de retard au taux légal à compter du 17 mars 2021. Les intérêts échus à la date du 8 avril 2022, puis à chaque échéance annuelle à compter de cette date, seront capitalisés à chacune de ces dates pour produire eux-mêmes intérêts.

Article 2 : L'Etat versera à la SARL l'Armement Korrigan une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus de la requête de la SARL l'Armement Korrigan est rejeté.

Article 4 : Les conclusions du préfet de Saint-Pierre-et-Miquelon présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à la SARL l'Armement Korrigan et au préfet de Saint-Pierre-et-Miquelon.

Copie en sera adressée pour information au ministre délégué auprès du ministre de l'intérieur et des outre-mer, chargé des outre-mer, et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.

Délibéré après l'audience du 6 juillet 2022, à laquelle siégeaient :

M. Wallerich, président,

M. de Palmaert, premier conseiller,

M. Phulpin, conseiller.

Rendue publique par mise à disposition au greffe le 28 juillet 2022.

Le rapporteur,

V. A

Le président,

M. BLa greffière,

S. Demontreux

La République mande et ordonne au préfet de Saint-Pierre-et-Miquelon en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Décisions similaires

TA13Plein contentieux

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110

Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.

01/06/2026

TA13Plein contentieux

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580

Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.

01/06/2026

TA14Plein contentieux

Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609

Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.

01/06/2026

TA25Plein contentieux

Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163

Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.

01/06/2026

← Retour aux décisions