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AccueilJurisprudence administrativeN° TA102-2100403

Tribunal Administratif de la Martinique — Décision N° TA102-2100403

jeudi 7 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de la Martinique
SectionTribunal Administratif de la Martinique
N° DossierTA102-2100403
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantBERTRAND

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 28 juin 2021 et le 16 février 2022, Mme B A, représentée par Me Constant, demande au tribunal :

1°) de condamner la chambre des métiers et de l'artisanat de Martinique à lui verser la somme de 80 000 euros en réparation des préjudices subis du fait de la promesse non tenue et de la déloyauté dont elle aurait fait l'objet quant à la possibilité d'être titularisée à l'issue de son stage probatoire ;

2°) de mettre la somme de 3 000 euros à la charge de la chambre de métiers et de l'artisanat de Martinique au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la chambre des métiers et de l'artisanat de Martinique a commis une faute de nature à engager sa responsabilité en la recrutant en stage probatoire puis en lui faisant signer un contrat à durée déterminée, ce qui constitue un comportement déloyal destiné à la tromper dans le but de ne pas respecter l'engagement de la titulariser à l'issue du stage ;

- elle subit un préjudice qui doit être évalué à la somme de 80 000 euros.

Par un mémoire en défense, enregistré le 3 décembre 2021, la chambre de métiers et de l'artisanat de Martinique, représentée par Me Bertrand, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 2 000 euros soit mise à la charge de Mme A au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- la requête est tardive ;

- les moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'artisanat ;

- le statut adopté par la commission paritaire nationale 52 réunie le 13 novembre 2008 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme D,

- les conclusions de M. Lancelot, rapporteur public,

- et les observations de Me Bertrand, représentant la chambre des métiers et de l'artisanat de Martinique.

Considérant ce qui suit :

1. Dans le courant du mois de juin 2018, la chambre des métiers et de l'artisanat de Martinique a publié une offre d'emploi, pour un recrutement en contrat à durée déterminée renouvelable sur un poste de . La candidature de Mme A a été retenue, et l'intéressée a signé un contrat à durée déterminée, daté du 31 juillet 2018, qui fait état de son recrutement à compter du 11 septembre 2018, pour une période d'un an. Parallèlement, Mme A a également été destinataire d'une décision unilatérale du président de la chambre des métiers et de l'artisanat de Martinique, datée du 7 septembre 2018, la recrutant en qualité d'agent stagiaire à compter du 11 septembre 2018. Un nouveau contrat à durée déterminée a ensuite été signé le 23 juillet 2019, pour la période du 11 septembre 2019 au 10 septembre 2020, et a fait l'objet d'un avenant pour une durée de 6 mois, jusqu'au 10 mars 2021. Par un courrier du 25 janvier 2021, le président de la chambre des métiers et de l'artisanat de Martinique a informé Mme A que son contrat à durée déterminée n'était pas renouvelé. L'intéressée a alors formé une demande préalable le 27 février 2021, sollicitant sa titularisation à compter de novembre 2019 et l'indemnisation de son préjudice. Le président de la chambre des métiers et de l'artisanat de Martinique a expressément rejeté sa demande le 27 avril 2021. Par la présente requête, Mme A demande au tribunal la condamnation de la chambre des métiers et de l'artisanat de Martinique à l'indemniser de ses préjudices résultant de la promesse non tenue par l'administration et de sa déloyauté.

Sur la fin de non-recevoir opposée en défense :

2. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée () ".

3. La chambre des métiers et de l'artisanat de Martinique fait valoir que le courrier du 3 janvier 2019 relatif au paiement des indemnités journalières versées dans le cadre du congé de maternité de Mme A et le contrat à durée déterminée signé le 23 juillet 2019 sont devenus définitifs et ne peuvent donc plus faire l'objet d'un recours indemnitaire. Toutefois, il ressort des termes mêmes de la requête que Mme A n'entend pas obtenir réparation à raison de l'illégalité de ces actes, qui ne peuvent au demeurant pas être qualifiés de décisions à objet purement pécuniaire, mais à raison du comportement déloyal de la chambre des métiers et de l'artisanat de Martinique qui aurait manqué à sa promesse de la titulariser à l'issue du stage probatoire. Le courrier du 27 février 2021 de la requérante, adressé au président de la chambre des métiers et de l'artisanat de Martinique, et tendant à la réparation de ce préjudice, a fait l'objet d'une décision expresse de rejet le 27 avril 2021, de nature à lier le contentieux indemnitaire. Dans ces conditions, la requête introduite le 28 juin 2021, dans le délai de recours contentieux de deux mois francs, n'est en tout état de cause pas tardive. Il s'ensuit que la fin de non-recevoir tirée de la tardiveté de la requête doit être écartée.

Sur les conclusions indemnitaires :

4. En premier lieu, si Mme A soutient que la chambre des métiers et de l'artisanat de Martinique n'a pas tenu son engagement de la titulariser à l'issue du stage probatoire, il résulte toutefois de l'instruction que l'administration ne peut être regardée comme ayant donné un engagement ferme et non ambigu de la titulariser. En effet, si la nomination dans un corps en tant que fonctionnaire stagiaire confère à son bénéficiaire le droit d'effectuer un stage dans la limite de la durée maximale prévue par les règlements qui lui sont applicables, elle ne lui confère aucun droit à être titularisé. En l'espèce, la décision du 7 septembre 2018 n'a que pour objet de recruter Mme A en stage probatoire sur l'emploi de chargée d'études à compter du 11 septembre 2018, et ne saurait constituer une assurance de la recruter sur un emploi permanent à l'issue de ce stage, pas plus que le courrier du 10 septembre 2018, qui mentionne uniquement la possibilité d'une titularisation à l'issue du stage probatoire, l'article 12 du statut prévoyant d'ailleurs que l'agent peut être licencié à l'issue ou au cours du stage. Il s'ensuit que la responsabilité de la chambre des métiers et de l'artisanat de Martinique ne peut être engagée au titre d'une promesse non tenue.

5. En second lieu, Mme A soutient que la chambre des métiers et de l'artisanat de Martinique a fait preuve de déloyauté. Il résulte effectivement de ce qui précède qu'en portant à la connaissance de l'intéressée la décision du 7 septembre 2018 la nommant en qualité de stagiaire, puis en retirant cette décision en dehors de tout cadre juridique, dès lors qu'il n'est ni établi ni même allégué que cette décision créatrice de droits était illégale, et en la maintenant finalement en contrat à durée déterminée, l'administration a manqué de cohérence et a entretenu, pendant les mois qui ont suivi le recrutement de Mme A, la confusion sur son statut. Il n'est en revanche pas établi que l'administration aurait usé de manœuvres destinées à faire obstacle à la titularisation de l'intéressée ou à la tromper sur les conséquences résultant de la signature d'un contrat à durée déterminée, alors au demeurant qu'il appartenait à cette dernière de prendre connaissance des termes du contrat avant de le signer. En outre, la requérante ne peut sérieusement soutenir qu'elle a candidaté sur ce poste parce qu'elle pensait bénéficier d'un emploi permanent, dans la mesure où l'annonce de poste mentionnait un recrutement par contrat à durée déterminée renouvelable. Dans ces conditions, la requérante est uniquement fondée à soutenir que la chambre des métiers et de l'artisanat de Martinique a fait preuve de déloyauté, de nature à engager sa responsabilité.

6. Il résulte de l'instruction que la faute commise par la chambre des métiers et de l'artisanat de Martinique a causé un préjudice moral à Mme A qui, du fait des errements de l'administration, a légitimement pu penser qu'elle était recrutée en stage probatoire sur un emploi permanent. Toutefois, malgré la confusion initialement entretenue par son employeur, Mme A n'a finalement pu ignorer très longtemps qu'elle était bel et bien recrutée en contrat à durée déterminée et non plus en qualité de stagiaire. En particulier, le courrier qui lui a été adressé le 3 janvier 2019, préalablement à son congé de maternité, est sans équivoque sur ce point. Le préjudice moral, résultant de l'incertitude dans laquelle Mme A a été placée, ne s'est donc étalé que sur une courte durée. Dans ces conditions, il sera fait une juste appréciation de ce préjudice moral en allouant à la requérante une somme de 1 000 euros, celle-ci ne se prévalant pas d'un quelconque autre poste de préjudice.

7. Il résulte de ce qui précède que la chambre des métiers et de l'artisanat de Martinique doit être condamnée à verser une somme de 1 000 euros à Mme A en réparation de son préjudice moral.

Sur les conclusions relatives aux frais d'instance :

8. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que Mme A, qui n'a pas la qualité de partie perdante, verse à la chambre des métiers et de l'artisanat de Martinique la somme que celle-ci réclame au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il y a lieu, dès lors, de rejeter les conclusions présentées à ce titre par l'administration. En revanche, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la chambre des métiers et de l'artisanat de Martinique une somme de 1 500 euros à verser à Mme A au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La chambre des métiers et de l'artisanat de Martinique est condamnée à verser à Mme A une somme de 1 000 euros.

Article 2 : La chambre des métiers et de l'artisanat de Martinique versera une somme de 1 500 euros à Mme A en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Les conclusions de la chambre des métiers et de l'artisanat de Martinique présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et à la chambre de métiers et de l'artisanat de Martinique.

Délibéré après l'audience du 23 juin 2022, à laquelle siégeaient :

M. Wallerich, président,

M. de Palmaert, premier conseiller,

Mme Monnier-Besombes, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 juillet 2022.

La rapporteure,

A. DLe président,

M. C

La greffière,

J. Lemaître

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la relance en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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