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AccueilJurisprudence administrativeN° TA102-2100407

Tribunal Administratif de la Martinique — Décision N° TA102-2100407

jeudi 27 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de la Martinique
SectionTribunal Administratif de la Martinique
N° DossierTA102-2100407
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantEL HARZLI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 30 juin 2021, M. A B, représenté par Me El Harzli, doit être regardé comme demandant au tribunal :

1°) de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu, de prélèvements sociaux et de contribution exceptionnelle sur les hauts revenus auxquelles il a été assujetti au titre des années 2015 et 2016, ainsi que des pénalités et intérêts de retard correspondants ;

2°) de prononcer le sursis de paiement, en application de l'article L. 277 du livre des procédures fiscales.

Il soutient que :

- la procédure d'imposition est irrégulière dès lors qu'il n'a pas disposé d'un délai suffisant entre la date d'envoi de l'avis d'examen contradictoire de la situation fiscale personnelle et la première intervention de l'administration fiscale, en méconnaissance de l'article L. 47 du livre des procédures fiscales et de l'instruction n° BOI-CF-PGR-20-10-20120912, ce qui l'a privé de la possibilité de recourir à l'assistance d'un conseil ;

- il a été privé d'un débat contradictoire.

Par un mémoire en défense, enregistré le 17 novembre 2021, le directeur régional des finances publiques de la Martinique conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme C,

- et les conclusions de M. Lancelot, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. M. B a fait l'objet d'un examen contradictoire de sa situation personnelle au titre des années 2015 et 2016. A l'issue de ce contrôle, par une proposition de rectification du 19 décembre 2018, il a été assujetti, selon la procédure de taxation d'office concernant les revenus d'origine indéterminée et selon la procédure contradictoire concernant les autres rehaussements, à des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu, de prélèvements sociaux et de contribution exceptionnelle sur les hauts revenus au titre des années 2015 et 2016, assorties des intérêts de retard et de pénalités. Par un courrier expédié le 31 décembre 2020, l'intéressé a formé une réclamation préalable, qui est restée sans réponse. Par la présente requête, M. B doit être regardé comme demandant au tribunal de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu, de prélèvements sociaux et de contribution exceptionnelle sur les hauts revenus auxquelles il a été assujetti au titre des années 2015 et 2016, ainsi que des pénalités et intérêts de retard correspondants.

Sur la régularité de la procédure d'imposition :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 47 du livre des procédures fiscales : " Un examen contradictoire de la situation fiscale personnelle d'une personne physique au regard de l'impôt sur le revenu, une vérification de comptabilité ou un examen de comptabilité ne peut être engagé sans que le contribuable en ait été informé par l'envoi ou la remise d'un avis de vérification ou par l'envoi d'un avis d'examen de comptabilité. / Cet avis doit préciser les années soumises à vérification et mentionner expressément, sous peine de nullité de la procédure, que le contribuable a la faculté de se faire assister par un conseil de son choix. / L'avis informe le contribuable que la charte des droits et obligations du contribuable vérifié peut être consultée sur le site internet de l'administration fiscale ou lui être remise sur simple demande. / L'avis envoyé ou remis au contribuable avant l'engagement d'un examen contradictoire de la situation fiscale personnelle peut comporter une demande des relevés de compte. / En cas de contrôle inopiné tendant à la constatation matérielle des éléments physiques de l'exploitation ou de l'existence et de l'état des documents comptables, l'avis de vérification de comptabilité et la charte des droits et obligations du contribuable vérifié sont remis au contribuable au début des opérations de constatations matérielles. L'examen au fond des documents comptables ne peut commencer qu'à l'issue d'un délai raisonnable permettant au contribuable de se faire assister par un conseil ". Il incombe à l'administration d'établir que l'avis de vérification prévu par ces dispositions est parvenu en temps utile au contribuable. Par ailleurs, pour apprécier si le délai s'écoulant entre la réception de l'avis et le début de la vérification fiscale est suffisant pour permettre au contribuable de se faire assister par le conseil de son choix, il y a lieu de ne tenir compte, dans la computation de ce délai, ni du jour de la réception de l'avis, ni de celui marquant le début des opérations de contrôle fiscal. Il y a lieu également d'exclure les samedis, dimanches et jours fériés. Enfin, un délai de deux jours est suffisant pour permettre au contribuable de se faire assister par un conseil de son choix.

3. Il résulte de l'instruction que le pli contenant l'avis d'examen contradictoire de la situation fiscale personnelle du contribuable, présenté à l'adresse de M. B le 4 mai 2018, est revenu au service avec la mention " pli avisé non réclamé ". La notification de l'avis doit ainsi être regardée comme ayant été régulièrement effectuée à cette date. La vérificatrice a, ensuite, attendu jusqu'au 28 mai 2018 pour envoyer à M. B une demande de renseignements patrimoniaux non contraignante et une proposition de premier entretien, ce courrier présenté au contribuable le 2 juin 2018 étant également revenu à l'administration fiscale avec la mention " plus avisé non réclamé ". Une copie de cette lettre a finalement été remise en mains propres à M. B le 18 juin 2018, et le premier entretien s'est tenu le 25 juin 2018, dans les locaux de l'administration fiscale. Il s'ensuit que l'intéressé a bénéficié d'un délai suffisant pour se préparer à ce premier entretien, et le cas échéant se faire assister par le conseil de son choix. Le moyen tiré de l'absence de délai raisonnable entre l'envoi de l'avis d'examen contradictoire de la situation fiscale personnelle et le début des opérations de contrôle doit donc être écarté. Le requérant ne peut par ailleurs utilement se prévaloir, sur le fondement de l'article L. 80 A du livre des procédures fiscales, du bénéfice de l'instruction n° BOI-CF-PGR-20-10-20120912, qui ne mentionne au demeurant pas de délai minimal de 15 jours, et qui étant relative à la procédure d'imposition, ne comporte aucune interprétation de la loi fiscale opposable à l'administration.

4. En deuxième lieu, si M. B soutient que le caractère contradictoire de la procédure d'imposition contestée n'a pas été respecté, il résulte de l'instruction que quatre entretiens se sont tenus avec l'administration fiscale au cours de l'année 2018, au cours desquels l'intéressé, ou son conseil lorsque celui-ci ne s'est pas présenté, ont été mis à même de faire valoir l'ensemble de leurs observations sur les opérations de contrôle, alors au demeurant que l'intéressé s'est abstenu de produire l'ensemble de ses comptes financiers et n'a apporté aucune réponse à la demande de renseignements n° 2172 qui lui a été adressée. Le débat engagé a notamment porté sur la nature et l'origine des crédits apparaissant sur les relevés bancaires du contribuable, ainsi que, lors de la réunion de synthèse, sur les conséquences de l'examen contradictoire de situation personnelle. Il s'ensuit que le moyen tiré de ce que le contribuable aurait été privé d'un débat contradictoire doit être écarté.

5. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de la requête de M. B tendant à la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu, de prélèvements sociaux et de contribution exceptionnelle sur les hauts revenus, ainsi que des pénalités et intérêts de retard correspondants, doivent être rejetées.

Sur la demande de sursis de paiement :

6. Le présent jugement se prononçant sur le fond de l'affaire, les conclusions de la requête tendant au bénéfice du sursis de paiement des impositions contestées se trouvent en conséquence, et en tout état de cause, privées d'objet. Il n'y a dès lors pas lieu d'y statuer.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au directeur régional des finances publiques de la Martinique.

Délibéré après l'audience du 13 octobre 2022, à laquelle siégeaient :

- Mme Rouland-Boyer, présidente,

- M. de Palmaert, premier conseiller,

- Mme Monnier-Besombes, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 octobre 2022.

La rapporteure,

A. CLa présidente,

H. Rouland-Boyer

Le greffier,

J.-H. Minin

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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