jeudi 27 octobre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de la Martinique |
| Section | Tribunal Administratif de la Martinique |
| N° Dossier | TA102-2100408 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | EL HARZLI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 30 juin 2021, la société civile immobilière (SCI) Leocadi, représentée par Me El Harzli, doit être regardée comme demandant au tribunal :
1°) de prononcer la décharge des rappels de taxe sur la valeur ajoutée mis à sa charge au titre de la période du 1er janvier 2015 au 31 décembre 2017, ainsi que des pénalités et intérêts de retard correspondants ;
2°) de prononcer le sursis de paiement, en application de l'article L. 277 du livre des procédures fiscales.
Elle soutient que :
- la procédure d'imposition est irrégulière dès lors que la vérification de comptabilité s'est étendue au-delà du délai de trois mois prévu par l'article L. 52 du livre des procédures fiscales ;
- la procédure d'imposition est irrégulière dès lors qu'elle n'a pas disposé d'un délai suffisant entre la date d'envoi de l'avis de vérification et la première intervention de l'administration fiscale, en méconnaissance de l'article L. 47 du livre des procédures fiscales et de l'instruction n° BOI-CF-PGR-20-10-20120912, ce qui l'a privée de la possibilité de recourir à l'assistance d'un conseil ;
- elle a été privée d'un débat oral et contradictoire.
Par un mémoire en défense, enregistré le 27 septembre 2021, le directeur régional des finances publiques de la Martinique conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- la société requérante n'est pas recevable à solliciter la décharge des cotisations supplémentaires établies en matière d'imposition des bénéfices, seuls les associés pouvant contester les impositions établies à leur nom ;
- les moyens soulevés par la SCI Leocadi ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme B,
- et les conclusions de M. Lancelot, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. La SCI Leocadi a pour activité la réalisation d'opérations concourant à la production et à la livraison de biens immobiliers. A l'issue d'une vérification de comptabilité diligentée en 2018, l'administration lui a notifié, par une proposition de rectification du 27 septembre 2018, selon la procédure de taxation d'office, des rappels de taxe sur la valeur ajoutée, assortis des intérêts de retard et des pénalités, au titre de la période du 1er janvier 2015 au 31 décembre 2017. Ces impositions supplémentaires ont été mises en recouvrement le 15 novembre 2018. Par un courrier expédié le 31 décembre 2020, la société a formé une réclamation préalable, qui est restée sans réponse. Par la présente requête, la SCI Leocadi doit être regardée comme demandant au tribunal de prononcer la décharge des rappels de taxe sur la valeur ajoutée, ainsi que des pénalités et intérêts de retard correspondants, auxquels elle a été assujettie au titre de la période du 1er janvier 2015 au 31 décembre 2017.
Sur la régularité de la procédure d'imposition :
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 52 du livre des procédures fiscales : " I. - Sous peine de nullité de l'imposition, la vérification sur place des livres ou documents comptables ne peut s'étendre sur une durée supérieure à trois mois en ce qui concerne : / 1° Les entreprises industrielles et commerciales ou les contribuables se livrant à une activité non commerciale dont le chiffre d'affaires ou le montant annuel des recettes brutes n'excède pas les seuils prévus aux 1° et 2° de l'article L. 162-4 du code des impositions sur les biens et services ; / 2° Les contribuables se livrant à une activité agricole, lorsque le montant annuel des recettes brutes n'excède pas la limite prévue au b du II de l'article 69 du code général des impôts () / II. - Par dérogation au I, l'expiration du délai de trois mois n'est pas opposable à l'administration : () / 4° En cas de graves irrégularités privant de valeur probante la comptabilité. Dans ce cas, la vérification sur place ne peut s'étendre sur une durée supérieure à six mois ".
3. Il résulte de l'instruction que lors de la vérification de comptabilité de la SCI Leocadi de graves irrégularités ont été constatées dans sa comptabilité, ce qu'elle ne conteste au demeurant pas. La vérificatrice a ainsi dressé, les 8 et 30 août 2018, deux procès-verbaux d'absence de remise du fichier des écritures comptables et de défaut de présentation de comptabilité pour les exercices clos en 2016 et 2017. Compte tenu de ces éléments, le service a pu valablement porter la durée de vérification de comptabilité à six mois en application du II de l'article L. 52 du livre des procédures fiscales. Par ailleurs, et contrairement à ce que soutient la société requérante, la première visite de la vérificatrice dans les locaux de la SCI Leocadi, prévue le 12 juin 2018, n'a pas eu lieu, faute pour la société d'avoir retiré le pli contenant l'avis de vérification de comptabilité l'informant de cette intervention et la nouvelle intervention, fixée le 21 juin 2018 en accord avec le gérant, n'a pas davantage pu être conduite en l'absence du représentant légal et de toute autre personne mandatée lorsque la vérificatrice s'est présentée. Ainsi, la première intervention n'a pu se tenir que le 25 juin 2018, dans les locaux du service, à la demande du contribuable. Il ressort par ailleurs de la proposition de rectification que la réunion de synthèse, clôturant les opérations de contrôle fiscal, s'est tenue le 24 septembre 2018. Il s'ensuit que la requérante n'est pas fondée à soutenir que la procédure de vérification de comptabilité, qui, en conséquence, ne s'est pas étendue sur une durée supérieure à trois mois, serait entachée d'irrégularité. Au surplus, dès lors que les impositions litigieuses résultent de la mise en œuvre d'une procédure de taxation d'office sur le fondement des dispositions du 3° de l'article L. 66 du livre des procédures fiscales pour défaut de déclaration, le moyen tiré de l'irrégularité de la vérification de comptabilité au regard des dispositions de l'article L. 52 du livre des procédures fiscales du fait de sa durée excessive, est, en tout état de cause, inopérant et ne peut qu'être écarté.
4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 47 du livre des procédures fiscales : " () une vérification de comptabilité ou un examen de comptabilité ne peut être engagé sans que le contribuable en ait été informé par l'envoi ou la remise d'un avis de vérification ou par l'envoi d'un avis d'examen de comptabilité. / Cet avis doit préciser les années soumises à vérification et mentionner expressément, sous peine de nullité de la procédure, que le contribuable a la faculté de se faire assister par un conseil de son choix. / L'avis informe le contribuable que la charte des droits et obligations du contribuable vérifié peut être consultée sur le site internet de l'administration fiscale ou lui être remise sur simple demande. / L'avis envoyé ou remis au contribuable avant l'engagement d'un examen contradictoire de la situation fiscale personnelle peut comporter une demande des relevés de compte. / En cas de contrôle inopiné tendant à la constatation matérielle des éléments physiques de l'exploitation ou de l'existence et de l'état des documents comptables, l'avis de vérification de comptabilité et la charte des droits et obligations du contribuable vérifié sont remis au contribuable au début des opérations de constatations matérielles. L'examen au fond des documents comptables ne peut commencer qu'à l'issue d'un délai raisonnable permettant au contribuable de se faire assister par un conseil ". Il incombe à l'administration d'établir que l'avis de vérification prévu par ces dispositions est parvenu en temps utile au contribuable. Par ailleurs, pour apprécier si le délai s'écoulant entre la réception de l'avis et le début de la vérification fiscale est suffisant pour permettre au contribuable de se faire assister par le conseil de son choix, il y a lieu de ne tenir compte, dans la computation de ce délai, ni du jour de la réception de l'avis, ni de celui marquant le début des opérations de contrôle fiscal. Il y a lieu également d'exclure les samedis, dimanches et jours fériés. Enfin, un délai de deux jours est suffisant pour permettre au contribuable de se faire assister par un conseil de son choix.
5. Il résulte de l'instruction que le pli contenant l'avis de vérification de comptabilité, présenté à l'adresse du siège social de la SCI Leocadi le 25 mai 2018, est revenu au service avec la mention " pli avisé non réclamé ". La notification de l'avis doit ainsi être regardée comme ayant été régulièrement effectuée à cette date. Une copie de l'avis de vérification a également été adressée à la société le 18 juin 2018 par remise en main propre. En outre, contrairement aux allégations de la société requérante, il ressort de la proposition de rectification que les opérations de contrôle n'ont débuté que le 25 juin 2018, date de la première intervention de la vérificatrice, laissant ainsi au contribuable un délai suffisant pour s'y préparer et le cas échéant se faire assister par le conseil de son choix. Le moyen tiré de l'absence de délai raisonnable entre l'avis de vérification et le début des opérations de contrôle doit donc être écarté. La SCI Leocadi ne peut, par ailleurs utilement se prévaloir, sur le fondement de l'article L. 80 A du livre des procédures fiscales, du bénéfice de l'instruction n° BOI-CF-PGR-20-10-20120912, qui ne mentionne au demeurant pas de délai minimal de 15 jours, et qui étant relative à la procédure d'imposition, ne comporte aucune interprétation de la loi fiscale opposable à l'administration. Au surplus, dès lors que les impositions litigieuses résultent de la mise en œuvre d'une procédure de taxation d'office sur le fondement des dispositions du 3° de l'article L. 66 du livre des procédures fiscales pour défaut de déclaration, le moyen tiré de l'irrégularité de la vérification de comptabilité au regard des dispositions de l'article L. 47 du livre des procédures fiscales, est, en tout état de cause, inopérant et ne peut qu'être écarté.
6. En troisième lieu, dans le cas où la vérification de la comptabilité d'une entreprise a été effectuée dans ses locaux, ou bien, à la demande du contribuable, dans les locaux où se trouvent les documents comptables, il appartient au contribuable qui allègue que les opérations de vérification ont été conduites sans qu'il ait eu la possibilité d'avoir un débat oral et contradictoire, de justifier que l'administration aurait refusé un tel débat.
7. Il résulte des mentions non contestées de la proposition de rectification du 27 septembre 2018 que la vérification de comptabilité de la SCI Leocadi s'est déroulée au lieu désigné par le gérant, au siège social de la SCI J3S, en présence de Mme A, mandatée pour suivre les opérations de contrôle, excepté pour la première intervention du 25 juin 2018 qui s'est tenue, à la demande du gérant, dans les locaux du service en présence du représentant légal de la SCI Leocadi. Si la société requérante soutient que les rectifications proposées par la vérificatrice durant ses interventions n'ont pas été débattues, elle n'établit toutefois pas que la vérificatrice se serait refusée à un débat oral et contradictoire, alors qu'il résulte de l'instruction, notamment de la proposition de rectification, que les motifs de droit et de fait qui justifient les rectifications proposées ainsi que les pénalités appliquées ont été exposés lors de la réunion de synthèse qui s'est tenue le 24 septembre 2018 au lieu de déroulement du contrôle, en présence de Mme A. Le moyen tiré de l'absence de débat oral et contradictoire n'est dès lors pas fondé. Au surplus, dès lors que les impositions litigieuses résultent de la mise en œuvre d'une procédure de taxation d'office sur le fondement des dispositions du 3° de l'article L. 66 du livre des procédures fiscales pour défaut de déclaration, le moyen tiré de l'irrégularité de la vérification de comptabilité, en l'absence de débat oral et contradictoire, est, en tout état de cause, inopérant et ne peut qu'être écarté.
8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de la requête de la SCI Leocadi tendant à la décharge des rappels de taxe sur la valeur ajoutée et des pénalités et intérêts de retard doivent être rejetées, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la fin de non-recevoir opposée en défense.
Sur la demande de sursis de paiement :
9. Le présent jugement se prononçant sur le fond de l'affaire, les conclusions de la requête tendant au bénéfice du sursis de paiement des impositions contestées se trouvent en conséquence, et en tout état de cause, privées d'objet. Il n'y a dès lors pas lieu d'y statuer.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de SCI Leocadi est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la SCI Leocadi et au directeur régional des finances publiques de la Martinique.
Délibéré après l'audience du 13 octobre 2022, à laquelle siégeaient :
- Mme Rouland-Boyer, présidente,
- M. de Palmaert, premier conseiller,
- Mme Monnier-Besombes, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 octobre 2022.
La rapporteure,
A. BLa présidente,
H. Rouland-Boyer
Le greffier,
J.-H. Minin
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026