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AccueilJurisprudence administrativeN° TA102-2100420

Tribunal Administratif de la Martinique — Décision N° TA102-2100420

jeudi 23 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de la Martinique
SectionTribunal Administratif de la Martinique
N° DossierTA102-2100420
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation1ère Chambre
Avocat requérantEBION

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 5 juillet 2021, et un mémoire complémentaire, enregistré le 18 février 2022, le ministre de la justice demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de condamner solidairement la société AUA A C, la société OTH Bâtiment, la société OTH Antilles-Guyane, la société Vinci Constructions Grands Projets, la société SIMP et la société Bureau Veritas à verser à l'Etat les sommes de 1 758 877,70 euros toutes taxes comprises, en réparation de désordres affectant le palais de justice de Fort-de-France, et de 50 000 euros, en réparation des troubles de jouissance subis du fait de ces désordres ;

2°) de condamner solidairement la société AUA A C, la société OTH Bâtiment, la société OTH Antilles-Guyane, la société Vinci Constructions Grands Projets, la société SIMP et la société Bureau Veritas au paiement de la somme de 30 886,15 euros au titre des dépens.

Il soutient que :

- l'Etat a lancé en 1998 une opération de travaux en vue de la construction d'un nouveau palais de justice à Fort-de-France ;

- la société AUA A C, succédant à M. A C, la société OTH Bâtiment, la société OTH Antilles-Guyane, la société Vinci Constructions Grands Projets, succédant la société Dumez-GTM, la société SIMP et la société Bureau Veritas sont intervenues sur le chantier et ont ainsi la qualité de constructeur ;

- la responsabilité de ces sociétés est engagée à l'égard de l'Etat sur le fondement de la garantie décennale à raison des nombreux désordres qui sont apparus peu après la réception de l'ouvrage, intervenue en 2001 ;

S'agissant des désordres affectant la toiture du palais de justice :

- les désordres affectant la toiture, qui occasionnent des infiltrations d'eau aux angles de la couverture et résultent de malfaçons commises lors des travaux de charpente et de couverture, sont de nature à rendre l'ouvrage impropre à sa destination ;

- il est fondé à demander la condamnation solidaire des constructeurs à lui verser à ce titre la somme de 73 079,05 euros toutes taxes comprises correspondant au coût des travaux de remise en état de l'ouvrage auxquels il a dû procéder ;

- il a également été contraint, compte-tenu de l'importance des fuites, de réaliser en 2018 une importante opération de réfection, pour un montant total de 1 215 140 euros toutes taxes comprises, dont il est fondé à demander l'indemnisation ;

S'agissant des désordres affectant le plancher du bureau du président du tribunal :

- les désordres affectant le plancher qui ont été constatés dans le bureau du président du tribunal résultent de malfaçons et de fautes d'exécution commises lors de la pose des menuiseries extérieures qui rendent cette partie de l'ouvrage impropre à sa destination ;

- il est fondé à demander la condamnation solidaire des constructeurs à lui verser à ce titre la somme de 8 569,33 euros toutes taxes comprises correspondant au coût des travaux de remise en état de l'ouvrage auxquels il a dû procéder ;

S'agissant des désordres affectant les menuiseries extérieures :

- les désordres affectant les menuiseries extérieures résultent de malfaçons commises à l'occasion de la pose desdites menuiseries et sont de nature à rendre l'ouvrage impropre à sa destination ;

- il est fondé à demander la condamnation solidaire des constructeurs à lui verser à ce titre la somme de 10 687,25 euros toutes taxes comprises correspondant au coût des travaux de remise en état de l'ouvrage auxquels il a dû procéder ;

S'agissant des autres désordres affectant le 3e étage de l'ouvrage :

- il est fondé à demander la condamnation solidaire des constructeurs à l'indemniser du coût des travaux de remplacement du linoleum des autres bureaux, évalué par l'expert à la somme de 18 200 euros hors taxe ;

- il est fondé à demander la condamnation solidaire des constructeurs à l'indemniser du coût des travaux de réfection des caissons sous les menuiseries des bureaux, évalué par l'expert à la somme de 4 987,80 euros hors taxe ;

- il est fondé à demander la condamnation solidaire des constructeurs à l'indemniser du coût des travaux de remise en état des plinthes dans les bureaux 328 à 337, évalué par l'expert à la somme de 1 962 euros hors taxe ;

- il est fondé à demander la condamnation solidaire des constructeurs à l'indemniser du coût des travaux de remise en état des peintures intérieures, plafonds et cloisons des bureaux, évalué par l'expert à la somme de 11 925 euros hors taxe ;

S'agissant des désordres affectant la terrasse extérieure de la cafétéria :

- il est fondé à demander la condamnation solidaire des constructeurs à l'indemniser du coût des travaux de remplacement du caillebotis de la cafétéria, évalué par l'expert à la somme de 75 842,80 euros hors taxe ;

S'agissant des désordres affectant le réseau d'eau glacée :

- les désordres liés au dysfonctionnement du système de climatisation du bâtiment résultent de malfaçons au niveau du réseau d'eau glacée, nécessitent le remplacement de l'ensemble du calorifuge et sont ainsi de nature à rendre l'ouvrage impropre à sa destination ;

- il est fondé à demander la condamnation solidaire des constructeurs à lui verser à ce titre la somme de 121 600 euros toutes taxes comprises correspondant à l'estimation du coût des travaux de remise en état de l'ouvrage retenue par l'expert ;

S'agissant des désordres affectant les faux-plafonds :

- les désordres affectant la quasi-totalité des faux plafonds des circulations du bâtiment résultent du ruissellement des eaux, généré par la défectuosité du système de climatisation et par les fuites provenant de la toiture, et sont de nature à rendre l'ouvrage impropre à sa destination ;

- il est fondé à demander la condamnation solidaire des constructeurs à lui verser à ce titre la somme de 170 800 euros toutes taxes comprises correspondant à l'estimation du coût des travaux de remise en état de l'ouvrage retenue par l'étude de diagnostic technique ;

S'agissant des désordres affectant le revêtement au sol de l'étage R+1 :

- les désordres affectant le revêtement au sol de deux zones de circulation du niveau R+1 du bâtiment compromettent fortement son usage et sont ainsi de nature à rendre l'ouvrage impropre à sa destination ;

- il est fondé à demander la condamnation solidaire des constructeurs à lui verser à ce titre la somme de 14 850 euros toutes taxes comprises correspondant à l'estimation du coût des travaux de remise en état de l'ouvrage retenue par l'étude de diagnostic technique ;

S'agissant des désordres affectant les luminaires :

- les désordres affectant les luminaires résultent des défauts d'étanchéité du bâtiment, qui ont conduit à une détérioration de l'installation électrique, et sont ainsi de nature à rendre l'ouvrage impropre à sa destination ;

- il est fondé à demander la condamnation solidaire des constructeurs à lui verser à ce titre la somme de 81 740 euros toutes taxes comprises correspondant à l'estimation du coût des travaux de remise en état de l'ouvrage retenue par l'étude technique ;

S'agissant des troubles de jouissance :

- les différents désordres qui ont été constatés sur l'ouvrage ont généré d'importantes nuisances, tant pour les justiciables et leurs conseils, que pour les personnels travaillant dans les locaux du palais de justice, perturbant gravement le fonctionnement normal de la juridiction ;

- il est fondé à demander la condamnation solidaire des constructeurs à lui verser une indemnité de 50 000 euros à ce titre ;

S'agissant des dépens :

- il y a lieu de mettre à la charge solidaire des constructeurs le paiement des frais d'expertise, qui ont été taxés à la somme totale de 30 886,15 euros.

Par un mémoire en défense, enregistré le 26 août 2021, la SARL AUA A C, représentée par la SCP Dubois et Associés, agissant par l'intermédiaire de Me Basselier-Dubois, conclut au rejet de la requête du ministre de la justice et, en outre, à ce qu'il soit mis à la charge de l'Etat une somme de 5 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'Etat, qui a méconnu son obligation d'entretien des ouvrages et n'a pas pris en temps utile les mesures nécessaires pour remédier aux désordres et éviter leur aggravation, a commis une faute de nature à exonérer les constructeurs d'une partie de leur responsabilité ;

- l'Etat a également commis une faute de nature à exonérer les constructeurs d'une partie de leur responsabilité en tardant pendant près de dix ans à saisir le juge des référés d'une demande d'expertise, alors que des désordres avaient été constatés dès 2002 ;

- sa responsabilité ne peut être engagée en raison des malfaçons commises par les entrepreneurs, alors que, aux termes du marché de maîtrise d'œuvre, la mission de supervision de la phase d'exécution (VISA) était confiée à la société OTH ;

- n'ayant contribué à l'intervention d'aucun des désordres, sa responsabilité ne peut être engagée solidairement au côté des autres constructeurs ;

- les moyens soulevés par le ministre de la justice ne sont pas fondés.

Par un mémoire en défense, enregistré le 7 septembre 2021, et un mémoire complémentaire, enregistré le 7 mars 2022, la SAS Bureau Veritas Construction, représentée par la Selarl Cabinet Draghi-Alonso, agissant par l'intermédiaire de Me Draghi-Alonso, conclut à ce que le tribunal :

1°) à titre principal, rejette la requête du ministre de la justice ;

2°) à titre subsidiaire, condamne solidairement la société AUA A Chemitov, la société OTH Bâtiment, la société OTH Antilles Guyane, la société Vinci Constructions Grands Projets et la société SIMP à la garantir de toute condamnation qui pourrait être prononcée à son encontre ;

3°) dans tous les cas, mette solidairement à la charge de toutes les parties succombantes le versement d'une somme de 15 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

S'agissant de la mise en jeu de la garantie décennale :

- étant intervenue sur le chantier en qualité de contrôleur technique, elle n'a participé ni à la conception de l'ouvrage, ni à l'exécution ou au contrôle des travaux, de sorte que sa responsabilité ne peut être engagée sur le fondement de la garantie décennale ;

- l'Etat n'a pas entretenu l'ouvrage conformément aux règles de l'art pendant les deux dernières décennies et a ainsi commis une faute de nature à exonérer les constructeurs de leur responsabilité ;

- sa responsabilité doit être écartée dès lors que le maître de l'ouvrage n'établit pas l'imputabilité des désordres à sa sphère d'intervention dans le cadre du chantier ;

- n'ayant contribué à l'intervention d'aucun des désordres ni commis le moindre manquement à ses obligations contractuelles au cours du chantier, sa responsabilité ne peut être engagée solidairement au côté des autres constructeurs ;

- en effet, si le rapport d'expertise retient, pour ce qui concerne les désordres affectant les menuiseries extérieures, un défaut de contrôle des ouvrages exécutés, un tel contrôle ne relevait pas de ses missions, mais appartenait au groupement de maîtrise d'œuvre ;

- de même, si l'expert lui impute un défaut rigoureux de suivi du chantier, un tel suivi ne relevait pas de ses missions contractuelles, mais appartenait au groupement de maîtrise d'œuvre ;

- elle a pleinement rempli sa mission en ce qui concerne les désordres affectant la climatisation puisque les fiches d'autocontrôle et les dossiers des ouvrages exécutés ne lui ont pas été transmis et qu'elle a formulé de nombreuses observations sur les documents qu'elle a analysés ;

- le rapport d'expertise ne retient aucun manquement d'aucune sorte concernant les autres désordres, en particulier ceux affectant la peinture ;

- les moyens soulevés par le ministre de la justice ne sont pas fondés ;

S'agissant des appels en garantie :

- la société AUA A C, la société OTH Bâtiment, la société OTH Antilles Guyane, la société Vinci Construction Grands Projets et la société SIMP doivent être solidairement condamnées à la garantir de toute condamnation prononcée contre elle, à hauteur des quotes-parts de responsabilité retenues par l'expert.

Par un mémoire en défense, enregistré le 13 septembre 2021, la société OTH Bâtiment et la société OTH Antilles Guyane, représentées par Me Ebion, concluent à ce que le tribunal :

1°) à titre principal, rejette la requête du ministre de la justice ;

2°) à titre subsidiaire, fixe le montant de l'indemnité en réparation des désordres à la somme de 2 596,56 euros, d'une part, et limite l'indemnité due au titre des troubles dans les conditions d'existence à la quote-part d'imputabilité de 20 % retenue par l'expert.

Elles soutiennent que :

- les moyens soulevés par le ministre de la justice ne sont pas fondés ;

- subsidiairement, le montant de l'indemnité en réparation des désordres doit être fixé à la somme de 2 596,56 euros et l'indemnité due au titre des troubles dans les conditions d'existence doit être limitée à la quote-part d'imputabilité de 20 % retenue par l'expert.

La procédure a été régulièrement communiquée à la société Vinci Constructions Grands Projets et à la société SIMP, qui n'ont produit aucune observation.

En application de l'article R. 611-1 du code de justice administrative, le mémoire complémentaire de la SARL AUA A C, enregistré 17 mars 2022, n'a pas été communiqué.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des assurances ;

- le code civil ;

- le code de la construction et de l'habitation ;

- le décret n° 92-1186 du 30 octobre 1992 relatif au cahier des clauses techniques générales applicables aux marchés de contrôle technique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Phulpin,

- et les conclusions de M. Lancelot, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. Le ministre de la justice a lancé pour le compte de l'Etat, maître de l'ouvrage, une opération de construction d'un nouveau palais de justice à Fort-de-France. Après la conclusion d'un marché de maîtrise d'œuvre en 1998, le chantier a été lancé et les travaux ont été réceptionnés le 8 juin 2001, avec des réserves qui ont été levées le 19 septembre 2001. Des désordres étant apparus, le ministre de la justice a saisi, le 3 juin 2011, le juge des référés du tribunal administratif qui a ordonné, par une ordonnance n° 1100557 du 7 juillet 2011, la désignation d'un expert et lui a confié la mission, notamment, de déterminer les causes de ces désordres, s'ils sont de nature à compromettre la solidité de l'immeuble ou à le rendre impropre à sa destination, ainsi que de déterminer les responsabilités et d'évaluer les différents préjudices. Le rapport d'expertise définitif a été rendu le 12 mai 2017. Dans la présente instance, le ministre de la justice demande au tribunal administratif de condamner solidairement la société AUA A C, la société OTH Bâtiment, la société OTH Antilles-Guyane, la société Vinci Constructions Grands Projets, la société SIMP et la société Bureau Veritas à verser à l'Etat les sommes de 1 758 877,70 euros toutes taxes comprises, en réparation de désordres affectant le palais de justice de Fort-de-France, de 50 000 euros, en réparation des troubles de jouissance subis du fait de ces désordres, ainsi que de 30 886,15 euros au titre des dépens.

Sur la responsabilité décennale des sociétés AUA A C, OTH Bâtiment, OTH Antilles-Guyane, Vinci Constructions Grands Projets, SIMP et Bureau Veritas :

En ce qui concerne le principe de responsabilité :

2. Il résulte des principes qui régissent la garantie décennale des constructeurs que des désordres apparus dans le délai d'épreuve de dix ans, de nature à compromettre la solidité de l'ouvrage ou à le rendre impropre à sa destination dans un délai prévisible, engagent leur responsabilité, même s'ils ne se sont pas révélés dans toute leur étendue avant l'expiration du délai de dix ans. Le constructeur dont la responsabilité est recherchée sur ce fondement ne peut en être exonéré, outre les cas de force majeure et de faute du maître d'ouvrage, que lorsque, eu égard aux missions qui lui étaient confiées, il n'apparaît pas que les désordres lui soient en quelque manière imputables.

3. Il résulte de l'instruction que l'Etat, maître de l'ouvrage, a lancé la construction d'un nouveau palais de justice à Fort-de-destiné à accueillir la cour d'assises, le tribunal de grande instance, le tribunal d'instance, le tribunal mixte de commerce ainsi que le conseil de prud'hommes. Par un marché conclu le 26 octobre 1998, le ministre de la justice a confié la maîtrise d'œuvre du projet de construction à un groupement d'entreprises constitué entre M. A C, architecte, la société OTH Bâtiment et la société Antiles Guyanes, bureaux d'études techniques. Il a confié des prestations de contrôle technique à la société Bureau Veritas, par un marché de prestations intellectuelles conclu le 5 décembre 1995, et la construction de l'ouvrage à la société Dumez-GTM et à la société SIMP, par un marché de travaux conclu le 1er octobre 1998. Le chantier a été lancé et les travaux ont été réceptionnés le 8 juin 2001, avec des réserves qui ont été levées le 19 septembre 2001. A la suite de l'apparition de désordres postérieurement à la levée des réserves, l'Etat demande au tribunal administratif de condamner la société AUA A C, venant aux droits de M. A C, la société OTH Bâtiment, la société OTH Antilles-Guyane, la société Bureau Veritas, la société Vinci Constructions Grands Projets, venant aux droits de la société Dumez-GTM, et la société SIMP à l'indemniser de ses préjudices, sur le fondement de la garantie décennale des constructeurs définie à l'article 1792 du code civil.

S'agissant de la qualité de constructeur de la société Bureau Veritas :

4. L'article L. 111-24 du code de la construction et de l'habitation dispose, dans sa version applicable au litige : " Le contrôleur technique est soumis, dans les limites de la mission à lui confiée par le maître de l'ouvrage à la présomption de responsabilité édictée par les articles 1792, 1792-1 et 1792-2 du code civil, reproduits aux articles L. 111-13 à L. 111-15, qui se prescrit dans les conditions prévues à l'article 2270 du même code reproduit à l'article L. 111-20. "

5. Il résulte de l'instruction, en particulier du marché de contrôle technique conclu avec l'Etat le 5 décembre 1995, que la société Bureau Veritas est intervenue dans la construction des ouvrages du nouveau palais de justice de Fort-de-France en qualité de contrôleur technique. En application des dispositions citées au point précédent de l'article L. 111-24 du code de la construction et de l'habitation, la société Bureau Veritas est de ce seul fait soumise à la garantie décennale des constructeurs, et ce quand bien même elle n'a participé ni la conception de l'ouvrage, ni à l'exécution des travaux. Elle n'est dès lors pas fondée à soutenir qu'elle n'aurait pas la qualité de constructeur au sens de l'article 1792 du code civil.

S'agissant l'imputation des désordres :

6. Il résulte de l'instruction, en particulier du rapport d'expertise, que, d'une part, des désordres engendrant des fuites d'eau se sont manifestés sur la toiture de l'ouvrage, au niveau des angles de la couverture, où des bandes d'étanchéité ont gonflé et se sont décollées, et au niveau des traversées de la dalle de couverture par les canalisations, où des calfeutrements d'étanchéité se sont détériorés. Ces désordres ont pour origine des malfaçons commises lors de la réalisation des travaux de charpente et de couverture. D'autre part, des désordres se sont manifestés au niveau du 3e étage de l'ouvrage, où les menuiseries extérieures donnant sur une coursive à ciel ouvert et la dalle située sous le plancher technique de cette coursive extérieure n'assurent pas l'étanchéité du bâtiment, causant des infiltrations d'eau lors des épisodes pluvieux, lesquelles ont progressivement délabré les sols, les plinthes, et les caissons des bureaux du 3e étage de l'ouvrage. Ces désordres ont pour origine un défaut de conception desdites menuiseries extérieures ainsi que des malfaçons commises lors de la pose de ces éléments et lors de la pose de la membrane d'étanchéité de la coursive extérieure. Enfin, des désordres se sont manifestés dans le système de climatisation du bâtiment, au niveau du réseau de distribution d'eau glacée où de la condensation s'est formée, entraînant un ruissellement d'eau dans l'ensemble des couloirs de circulation de l'ouvrage, au niveau des faux-plafonds, des luminaires et de certains éléments de peintures et de sol. Ces désordres ont pour origine des défauts de conception affectant le système de climatisation, ainsi que des malfaçons commises lors des travaux d'installation du réseau de distribution d'eau glacée.

7. En premier lieu, le ministre de la justice demande l'indemnisation des travaux de remplacement des caillebotis de la terrasse extérieure de la cafétéria. Il résulte de l'instruction, en particulier du rapport d'expertise, que le plancher en caillebotis de bois qui a été installé sur la terrasse extérieure face à la cafétéria, dans le patio du 2e étage de l'ouvrage, présente un fort état de détérioration causé par l'humidité, caractérisé par des lattes de bois pourri s'effritant sous les pas. Toutefois, cet état de détérioration qui affecte ainsi les matériaux en bois de la terrasse situés à l'air libre et ne bénéficiant d'aucune protection, est lié à l'usure normale du temps, compte-tenu de leur situation et du milieu. Il s'ensuit que la SARL AUA A C et la SAS Bureau Veritas sont fondées à soutenir que désordres affectant lesdits caillebotis ne sont pas imputables aux constructeurs et que les travaux de remplacement incombent en conséquence au seul maître de l'ouvrage.

8. En deuxième lieu, il résulte de l'instruction que les missions confiées au groupement de maîtrise d'œuvre portaient à la fois sur la conception de l'ouvrage et sur le suivi du chantier, et comportaient en particulier les missions d'examen de la conformité au projet des études d'exécution et de synthèse faites par les entrepreneurs (VISA) et de direction de l'exécution et des travaux (DET). Il résulte du tableau de répartition des honoraires figurant en annexe de l'acte d'engagement du marché de maîtrise d'œuvre, que M. A C, architecte, a perçu des honoraires pour chacune des différentes missions confiées au groupement d'entreprises de maîtrise d'œuvre, y compris celles se rapportant à la phase de contrôle des travaux. Il a de ce fait participé tant à la conception de l'ouvrage, qu'au suivi de l'exécution des travaux sur le chantier. Dans ces conditions, la société AUA A C n'est pas fondée à soutenir que les désordres mentionnés au point 6., qui ont pour origine des défauts de conception de l'ouvrage et des malfaçons commises lors de la réalisation des travaux au cours du chantier, ne seraient pas imputables à l'architecte.

9. En troisième lieu, en application de l'article L. 111-24 cité au point 4. du code de la construction et de l'habitation, la responsabilité décennale du contrôleur technique n'est engagée que dans les limites de la mission que lui a confiée le maître de l'ouvrage. L'article L. 111-23 du même code dispose, dans sa version applicable au litige : " Le contrôleur technique a pour mission de contribuer à la prévention des différents aléas techniques susceptibles d'être rencontrés dans la réalisation des ouvrages. / Il intervient à la demande du maître de l'ouvrage et donne son avis à ce dernier sur les problèmes d'ordre technique. Cet avis porte notamment sur les problèmes qui concernent la solidité de l'ouvrage et la sécurité des personnes. "

10. Il résulte du marché de contrôle technique de la construction du nouveau palais de justice de Fort-de-France, conclu le 5 décembre 1995, que la société Bureau Veritas a été chargée par le maître de l'ouvrage d'une mission L. de contrôle de la solidité et de la pérennité de l'ouvrage comprenant, conformément aux prescriptions de la norme NFP 03-100, l'examen de l'étanchéité du clos et du couvert, ainsi que d'une mission complémentaire F. de contrôle du défaut de fonctionnement des équipements, notamment, de ventilation mécanique. Dans ces conditions, la société Bureau Veritas n'est pas fondée à soutenir que les désordres mentionnés au point 6., qui ont pour origine des défauts d'étanchéité du bâtiment et des malfaçons portant sur le système de climatisation de l'ouvrage, ne lui seraient pas imputables.

S'agissant de la faute du maître de l'ouvrage :

11. En premier lieu, si des désordres affectant l'étanchéité de l'ouvrage sont apparus dès 2003, il résulte des constatations réalisées au cours des opérations d'expertise que la société privée chargée de la maintenance du bâtiment a réalisé des travaux pour remédier à ces désordres, notamment en mettant en place des bandes d'étanchéité et des calfeutrements pour remédier aux fuites et infiltrations d'eau constatées au niveau de la couverture de l'ouvrage. La société AUA A C soutient sans être contredite que le maître de l'ouvrage, qui avait souscrit la police d'assurance prévue à l'article L. 241-1 du code des assurances, a effectué des démarches auprès de son assureur dès 2004 et obtenu de ce dernier une indemnisation de 8 000 euros pour réaliser des travaux. Toutefois, il n'est pas établi, ni même simplement soutenu, que la déclaration de sinistre ainsi adressée par l'Etat à son assureur portait sur les désordres mentionnés au point 6., ni qu'il était établi dès cette date qu'il ne pouvait y être remédié par de simples travaux d'entretien et de maintenance. Dans ces conditions, la société AUA A C n'est pas fondée à soutenir que, en attendant le 3 juin 2011 pour saisir le juge des référés du tribunal administratif d'une demande d'expertise, le maître de l'ouvrage aurait tardé à chercher à engager la responsabilité décennale des constructeurs et commis ainsi un retard fautif de nature à exonérer partiellement les constructeurs.

12. En second lieu, à la suite de la réception de l'ouvrage, l'Etat a conclu un contrat afin de confier l'entretien et la maintenance du bâtiment à une société privée. Il résulte de l'instruction, en particulier des constatations réalisées dans le cadre des opérations d'expertise, que les prestations fournies en exécution de ce contrat ont conduit à la mise en place d'un entretien et d'une maintenance de l'immeuble d'un niveau insuffisant, la plupart du temps à caractère correctif, tant pour les équipements techniques du système de climatisation, que pour les locaux eux-mêmes, où, notamment, le non-remplacement d'un carreau de carrelage au 4e étage a été la source d'inondations dans un couloir de circulation au niveau inférieur. Dans les circonstances de l'espèce, l'insuffisance d'entretien et de maintenance de l'ouvrage, qui a contribué à aggraver les désordres, est constitutive d'une faute du maître de l'ouvrage, à qui incombe la charge de surveiller et d'entretenir l'ouvrage, laquelle est de nature à exonérer partiellement les constructeurs de leur responsabilité décennale, ainsi que le soutiennent à juste titre la société AUA A C et la société Bureau Veritas. Le rapport d'expertise évalue l'incidence de l'insuffisance d'entretien et de maintenance de l'ouvrage dans la survenance des préjudices à 20 % s'agissant des désordres affectant les faux-plafonds et les luminaires des couloirs de circulation de l'immeuble, à 10 % s'agissant des désordres affectant les éléments techniques du système de climatisation du bâtiment et à 10 % s'agissant des désordres affectant les peintures des bureaux du 3e étage de l'immeuble. Il y a lieu, par suite, de retenir ces pourcentages et, dans les circonstances de l'espèce, de fixer la quote-part de responsabilité de l'Etat à 15 % s'agissant des troubles de jouissance.

En ce qui concerne l'évaluation des préjudices :

13. Le montant du préjudice dont le maître d'ouvrage est fondé à demander la réparation aux constructeurs à raison des désordres affectant l'immeuble qu'ils ont réalisé correspond aux frais qu'il doit engager pour les travaux de réfection, sans que l'indemnisation qui lui est allouée à ce titre puisse dépasser le montant des travaux strictement nécessaires pour rendre l'ouvrage conforme à sa destination et à ses caractéristiques contractuelles en usant des procédés de remise en état les moins onéreux possible. Ces frais comprennent, en règle générale, la taxe sur la valeur ajoutée, élément indissociable du coût des travaux à moins que le maître de l'ouvrage ne relève d'un régime fiscal qui lui permet normalement de déduire tout ou partie de cette taxe de celle dont il est redevable à raison de ses propres opérations.

S'agissant des désordres affectant la toiture de l'ouvrage :

14. Le rapport d'expertise évalue le montant des travaux de reprise de l'étanchéité des jointures de la toiture de l'ouvrage, au niveau des angles de la couverture et des traversées de canalisations, à la somme totale de 2 200 euros hors taxe, soit 2 387 euros toutes taxes comprises. D'une part, si le ministre de la justice produit un bon de commande émis le 30 novembre 2015 relatif à des travaux de couverture d'un montant de 73 079,05 euros toutes taxes comprises, il ne justifie toutefois pas du détail de ces travaux, lequel ne figure pas sur ledit bon de commande. Ainsi, ce seul document n'est pas de nature à remettre en cause l'évaluation du coût des travaux de reprise de l'étanchéité de la toiture retenue par l'expert. D'autre part, l'administration justifie qu'elle a réalisé, postérieurement à la remise du rapport d'expertise définitif le 12 mai 2017, des travaux de réfection de la toiture du palais de justice, pour un montant total de 1 215 140 euros toutes taxes comprises. Cependant, il résulte des différents contrats versés à l'instruction, en particulier de la décomposition du prix global et forfaitaire du marché de travaux, que cette opération a consisté en la réfection complète de la toiture du bâtiment et en la remise en conformité de l'ouvrage. Il s'ensuit que ces travaux visaient à améliorer l'immeuble par rapport aux prévisions du marché de construction conclu le 1er octobre 1998 et à apporter ainsi à l'immeuble une plus-value qui ne saurait être mise à la charge des constructeurs. Dans ces conditions, il sera fait une juste évaluation du préjudice lié à la réparation des désordres affectant la toiture de l'ouvrage en l'évaluant à la somme de 2 387 euros.

S'agissant des désordres affectant le 3e étage de l'ouvrage (menuiseries extérieures, sols, plinthes, caissons sous menuiseries et peintures) :

15. En premier lieu, le rapport d'expertise évalue le montant des travaux de reprise de l'étanchéité des menuiseries extérieures de la façade du 3e étage du bâtiment donnant sur une coursive à ciel ouvert, y compris la dépose des menuiseries existantes et la pose des nouvelles menuiseries, à la somme totale de 10 788,30 euros hors taxe, soit 11 705,31 euros toutes taxes comprises. Si le ministre de la justice se prévaut sur ce point d'une facture de travaux datée du 24 octobre 2016, celle-ci ne se rapporte toutefois pas à la reprise de l'étanchéité des menuiseries extérieures, mais concerne des travaux différents portant sur la remise en état des caissons intérieurs installés sous lesdites menuiseries. Il ne produit aucun autre élément de nature à remettre en cause l'évaluation du coût des travaux de reprise de l'étanchéité des menuiseries extérieures retenue par l'expert. Dans ces conditions, il sera fait une juste évaluation du préjudice lié à la réparation des désordres affectant les menuiseries du 3e étage de l'immeuble en l'évaluant à la somme de 11 705,31 euros.

16. En deuxième lieu, le rapport d'expertise évalue le montant des travaux de remise en état du plancher du bureau du président, y compris le remplacement des plinthes et la réfection des caissons intérieurs sous les menuiseries, à la somme totale de 4 788,00 euros hors taxe, soit 5 194,98 euros toutes taxes comprises. Le ministre de la justice produit un devis daté du 11 avril 2011, portant sur des travaux de dépose du parquet existant et de pose d'un nouveau parquet, lequel mentionne un prix total payé par l'Etat le 25 septembre 2012 de 8 569,33 euros toutes taxes comprises. Toutefois, le détail des prestations réalisées mentionné sur le devis précise que le parquet initial en hêtre clair a été remplacé par un parquet en bambou massif, plus résistant au climat tropical. Il s'ensuit que ces travaux visaient à améliorer l'immeuble par rapport aux prévisions du marché de construction initial et à apporter ainsi à l'ouvrage une plus-value qui ne saurait être mise à la charge des constructeurs. L'administration ne produit aucun autre élément de nature à remettre en cause l'évaluation du coût des travaux de remise en état à l'identique du plancher du bureau du président, y compris les plaintes et les caissons sous les menuiseries, retenue par l'expert. Dans ces conditions, il sera fait une juste évaluation du préjudice lié à la réparation de ces désordres en l'évaluant à la somme de 5 194,98 euros.

17. En troisième lieu, le rapport d'expertise évalue le montant des travaux de remise en état des sols en linoleum des bureaux du 3e étage adjacents au bureau du président, incluant la dépose de l'ancien revêtement de sol et la préparation du support du nouveau revêtement, à la somme de 18 200 euros hors taxe, soit 19 747 euros toutes taxes comprises. Dans ces conditions, ce montant n'étant pas contesté, il sera fait une juste évaluation du préjudice lié à la réparation de ces désordres en l'évaluant à la somme de 19 747 euros.

18. En quatrième lieu, le rapport d'expertise évalue le montant des travaux de réfection des caissons sous les menuiseries des bureaux du 3e étage adjacents au bureau du président, incluant le vernis, à la somme de 4 987,80 euros hors taxe, soit 5 411,76 euros toutes taxes comprises. Dans ces conditions, ce montant n'étant pas contesté, il sera fait une juste évaluation du préjudice lié à la réparation de ces désordres en l'évaluant à la somme de 5 411,76 euros.

19. En cinquième lieu, le rapport d'expertise évalue le montant des travaux de remplacement des plinthes des bureaux du 3e étage adjacents au bureau du président à la somme de 1 962 euros hors taxe, soit 2 128,77 euros toutes taxes comprises. Dans ces conditions, ce montant n'étant pas contesté, il sera fait une juste évaluation du préjudice lié à la réparation de ces désordres en l'évaluant à la somme de 2 128,77 euros.

20. En sixième lieu, le rapport d'expertise évalue le montant des travaux de remise en état des peintures dégradées sur les cloisons et les plafonds des bureaux du 3e étage à la somme de 11 925 euros hors taxe, soit 12 938,63 euros toutes taxes comprises. Dans ces conditions, ce montant n'étant pas contesté, il sera fait une juste évaluation du préjudice lié à la réparation de ces désordres en l'évaluant à la somme de 12 938,63 euros.

S'agissant des désordres affectant le réseau de distribution d'eau glacée :

21. Le rapport d'expertise n'évalue pas le coût de remise en état du réseau de distribution d'eau glacée du système de climatisation du bâtiment. Le ministre de la justice produit toutefois une étude de diagnostic réalisée par un bureau d'études techniques le 5 septembre 2016, avant la remise du rapport d'expertise définitif, qui constate que la condensation qui s'est formée autour de la tuyauterie du réseau de distribution d'eau glacée a endommagé de nombreuses parties du calorifuge, constitué de coquilles en styrofoam, et causé une corrosion très marquée sur la partie externe de la tuyauterie, laquelle demeure toutefois saine à l'intérieur. L'étude de diagnostic technique propose de remédier à ces désordres en procédant à la dépose de l'ensemble du calorifuge, au grattage et au ponçage de la tuyauterie, à sa réinstallation après application d'une peinture antirouille et à la mise en place d'un nouveau calorifuge. De tels travaux, évalués par le bureau d'études techniques au montant total de 121 600 euros toutes taxes comprises, ne comportent aucune plus-value pour l'ouvrage. Les sociétés défenderesses n'apportent aucun élément de nature à remettre en cause le bien-fondé des travaux de remise en état du réseau de distribution d'eau glacée proposés par le bureau d'études techniques, ou l'évaluation ainsi retenue par le bureau d'études techniques. Dans ces conditions, il sera fait une juste évaluation du préjudice lié à la réparation de ces désordres en l'évaluant à la somme de 121 600 euros.

S'agissant des désordres affectant les couloirs de circulation de l'ouvrage (faux-plafonds, luminaires et certains éléments de sol) :

22. En premier lieu, le rapport d'expertise n'évalue pas le coût de remplacement de l'ensemble des faux-plafonds des couloirs de circulation de l'ouvrage, qui sont pourtant affectés par les ruissellements d'eau résultant de la présence de condensation sur le réseau de distribution d'eau glacée, ainsi qu'il a été dit précédemment au point 6. Il résulte du rapport d'expertise et de l'étude technique de diagnostic du bureau d'études techniques que les couloirs de circulation du palais de justice présentent, en cumulé, une distance totale de 1 220 mètres linéaires et que les faux-plafonds installés dans ces cheminements sont constitués d'éléments métalliques et de plaques de plâtre, lesquels sont tous affectés par les désordres de l'humidité. L'expert évalue le coût de remplacement d'un mètre linéaire de faux-plafond en plâtre à 59,50 euros hors taxe et le coût de remplacement d'un mètre linéaire de faux-plafond métallique à 11 euros hors taxe, soit un total de 70,50 euros hors taxe pour un mètre linéaire de couloir de circulation. Ainsi, sur la base de ces estimations, le coût des travaux de remplacement de l'ensemble des faux-plafonds des couloirs du palais de justice peut être évalué à 86 010 euros hors taxe, soit 93 320,85 euros toutes taxes comprises. Si l'étude technique produite par l'administration évalue le coût de ces mêmes travaux à partir d'un prix supérieur de 140 euros toutes taxes comprises par mètre linéaire, pour un montant total de 170 800 euros toutes taxes comprises, ni cette étude technique, ni aucun autre document versé à l'instruction ne justifie cette différence de coût. Dans ces conditions, il sera fait une juste évaluation du préjudice lié à la réparation des désordres affectant les faux-plafonds des couloirs de l'ouvrage en l'évaluant à la somme de 93 320,85 euros.

23. En deuxième lieu, le rapport d'expertise n'évalue pas le coût de remplacement de l'ensemble des luminaires des couloirs de circulation de l'ouvrage, qui sont pourtant affectés par les ruissellements d'eau résultant de la présence de condensation sur le réseau de distribution d'eau glacée, ainsi qu'il a été dit précédemment au point 6. Toutefois, l'étude de diagnostic du bureau d'études techniques produite par l'administration, qui a été réalisée avant le dépôt du rapport d'expertise définitif, estime le coût de remplacement des luminaires au montant de 67 euros par mètre linéaire de couloir, soit un total de 81 740 euros toutes taxes comprises pour l'ensemble des luminaires des 1 220 mètres linéaires des couloirs du palais de justice. Les sociétés défenderesses n'apportent aucun élément de nature à remettre en cause cette évaluation. Dans ces conditions, il sera fait une juste évaluation du préjudice lié à la réparation de ces désordres en l'évaluant à la somme de 81 740 euros.

24. En troisième lieu, il résulte de l'étude de diagnostic du bureau d'études techniques réalisée le 5 septembre 2016, avant le dépôt du rapport d'expertise définitif, que les ruissellements d'eau résultant de la présence de condensation sur le réseau de distribution d'eau glacée ont généré des infiltrations d'humidité au niveau du sol d'un couloir de circulation du 1e étage du bâtiment, entraînant un gondolement important du revêtement souple en linoleum sur une surface de 90 m². Si le rapport d'expertise n'évalue pas le coût des travaux de remise en état au niveau de ce couloir, il évalue toutefois le coût de remplacement des revêtements de sol en linoleum à 65 euros hors taxe par mètre carré. Ainsi, sur la base de cette estimation, le coût des travaux de remplacement de l'ensemble des 90 m² de revêtements au sol peut être évalué à 5 850 euros hors taxe, soit 6 347,25 euros toutes taxes comprises. Si l'étude technique produite par l'administration évalue le coût de ces mêmes travaux à partir d'un prix supérieur de 165 euros toutes taxes comprises par mètre linéaire, pour un montant total de 14 850 euros toutes taxes comprises, ni cette étude technique, ni aucun autre document versé à l'instruction ne justifie cette différence de coût. Dans ces conditions, il sera fait une juste évaluation du préjudice lié à la réparation des désordres affectant les faux-plafonds des couloirs de l'ouvrage en l'évaluant à la somme de 6 347,25 euros.

S'agissant des troubles de jouissance :

25. Le maître d'ouvrage qui n'a pu bénéficier d'un fonctionnement normal de son équipement et a dû assumer les conséquences des perturbations du service public dont il a la charge a droit au dédommagement des troubles de jouissance, lesquels constituent un préjudice distinct de l'indemnisation des frais de remise en état et dont l'indemnisation ne fait dès lors pas double emploi avec ceux-ci.

26. Il résulte de l'instruction, en particulier du rapport d'expertise, que les différents désordres qui ont été constatés sur l'ouvrage ont rendu certains bureaux impraticables, en raison notamment de la prolifération de champignons et de fortes odeurs dues à la décomposition de matériaux, perturbant ainsi fortement les conditions de travail des agents et le fonctionnement normal du service public, pendant de nombreuses années. Dans les circonstances de l'espèce, il sera fait une juste appréciation des troubles de jouissance ainsi subis par l'Etat en l'évaluant à la somme de 10 000 euros.

27. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que, compte-tenu des partages de responsabilités retenus au point 12. et alors que les sociétés défenderesses ne contestent pas que les désordres entrent dans le champ d'application du régime de la garantie décennale, le ministre est fondé à soutenir que la responsabilité solidaire des sociétés défenderesses est engagée envers l'Etat à hauteur de montants de 2 387 euros au titre de son préjudice lié à la réparation des désordres affectant la toiture de l'ouvrage, de 55 832,59 euros au titre de ses préjudices liés à la réparation des désordres affectant le 3e étage de l'ouvrage, de 109 440 euros au titre de son préjudice lié à la réparation des désordres affectant le réseau de distribution d'eau glacée, de 145 126,48 euros au titre de son préjudice lié à la réparation des désordres affectant les couloirs de circulation de l'ouvrage, au niveau des faux-plafonds, des luminaires et de certains éléments de sol, et de 8 500 euros au titre de ses troubles de jouissances. Par suite, il y a lieu de condamner solidairement les sociétés AUA A C, OTH Bâtiment, OTH Antilles-Guyane, Vinci Constructions Grands Projets, SIMP et Bureau Veritas à verser à l'Etat des indemnités d'un montant total de 321 286,07 euros.

Sur l'appel en garantie formé par la société Bureau Veritas :

28. Les constructeurs poursuivis par le maître d'ouvrage au titre de la garantie décennale peuvent appeler en garantie d'autres participants à l'exécution des travaux afin de mettre en cause leur responsabilité sur le terrain quasi-délictuel. S'ils peuvent, à ce titre, invoquer, notamment, la violation des règles de l'art ou la méconnaissance de dispositions législatives et réglementaires, ils ne saurait, toutefois, se prévaloir de fautes résultant de la seule inexécution, par les personnes intéressées, de leurs propres obligations contractuelles.

En ce qui concerne les désordres affectant la toiture de l'ouvrage :

29. D'une part, il résulte de l'instruction, en particulier du rapport d'expertise, que les désordres affectant la toiture de l'ouvrage, au niveau des angles de la couverture et des traversées de canalisations, résultent dans leur intégralité de malfaçons commises par le sous-traitant de la société Dumez-GTM et de la société SIMP, au moment de la réalisation des travaux de charpente et couverture. D'autre part, contrairement à ce que soutient la société Bureau Veritas, ni les dispositions de l'article L. 111-24 du code de la construction, dans leur version applicable au litige, ni aucune disposition à valeur normative n'impose au juge de condamner les garants à titre solidaire. Dans ces conditions, compte-tenu des missions respectives des entrepreneurs, il sera fait une juste appréciation des fautes respectives de chacun des intervenants en fixant la responsabilité de la société Vinci Constructions Grands Projets, qui vient aux droits de la société Dumez-GTM, à hauteur de 50 %, et la responsabilité de la société SIMP, à hauteur de 50 %.

30. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu de condamner la société Vinci Constructions Grands Projets et la société SIMP à garantir la société Bureau Veritas à hauteur de 50 % chacune des condamnations solidaires prononcées à son encontre s'agissant des désordres affectant la toiture de l'ouvrage.

En ce qui concerne les désordres affectant le 3e étage de l'ouvrage :

S'agissant des désordres affectant les menuiseries extérieures, les sols, les plinthes et les caissons sous menuiseries :

31. D'une part, il résulte de l'instruction, en particulier du rapport d'expertise, que les désordres s'étant manifestés au niveau du 3e étage de l'ouvrage qui affectent les menuiseries extérieures donnant sur la coursive extérieure, ainsi que ceux affectant les sols, plinthes et caissons sous menuiseries du bureau du président et des bureaux adjacents résultent, premièrement, de malfaçons commises par des sous-traitants de la société Dumez-GTM et de la société SIMP, au moment de la réalisation des travaux de pose des menuiseries extérieures et des travaux de la pose de la membrane d'étanchéité de la coursive extérieure, à hauteur de 80 %, deuxièmement, d'un défaut de conception et d'une insuffisance du groupement de maîtrise d'œuvre au stade de la phase de contrôle des travaux, à hauteur de 10 %, et, troisièmement, d'un manquement de la société Bureau Veritas dans ses missions de contrôle de l'étanchéité de l'ouvrage, à hauteur de 10 %. D'autre part, contrairement à ce que soutient la société Bureau Veritas, ni les dispositions de l'article L. 111-24 du code de la construction, dans leur version applicable au litige, ni aucune disposition à valeur normative n'impose au juge de condamner les garants à titre solidaire. Enfin, compte-tenu de la répartition des missions au sein du groupement de maîtrise d'œuvre telle qu'elle résulte du tableau de répartition des honoraires, il sera fait une juste appréciation des quotes-parts respectives au sein du groupement de maîtrise d'œuvre en fixant la responsabilité de la société AUA A C, qui vient aux droits de M. A C, à hauteur de 50 %, la responsabilité de la société OTH Bâtiment, à hauteur de 25 %, et la responsabilité de la société OTH Antilles Guyane, à hauteur de 25 %. Dans ces conditions, compte-tenu des missions respectives des constructeurs, il sera fait une juste appréciation des fautes respectives de chacun des intervenants en fixant la responsabilité de la société Vinci Constructions Grands Projets, qui vient aux droits de la société Dumez-GTM, à hauteur de 40 %, la responsabilité de la société SIMP à hauteur de 40 %, la responsabilité de la société AUA A C à hauteur de 5 %, la responsabilité de la société OTH Bâtiment à hauteur de 2,5 %, la responsabilité de la société OTH Antilles Guyane, à hauteur de 2,5 % et la responsabilité de la société Bureau Veritas à hauteur de 10 %.

32. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu de condamner les sociétés Vinci Constructions Grands Projets, SIMP, AUA A Chemitov, OTH Bâtiment, OTH Antilles Guyane à garantir la société Bureau Veritas à hauteur respectivement de 40 %, 40 %, 5 %, 2,5 % et 2,5 % des condamnations solidaires prononcées à son encontre s'agissant des désordres s'étant manifestés au niveau du 3e étage de l'ouvrage qui affectent les menuiseries extérieures donnant sur la coursive extérieure, ainsi que ceux affectant les sols, plinthes et caissons sous menuiseries du bureau du président et des bureaux adjacents.

S'agissant des désordres affectant les peintures intérieures :

33. D'une part, il résulte de l'instruction, en particulier du rapport d'expertise, que les désordres affectant les peintures intérieures du 3e étage de l'ouvrage sont la conséquence des dégradations des cloisons et des faux plafonds causés par le ruissèlement du réseau de distribution d'eau glacée. Ces désordres résultent, premièrement, de malfaçons commises par le sous-traitant de la société Dumez-GTM et de la société SIMP, au moment de la réalisation des travaux de climatisation et de plomberie, à hauteur de 75 %, deuxièmement, de défauts de conception et d'une insuffisance du groupement de maîtrise d'œuvre au stade de la phase de contrôle des travaux, à hauteur de 10 %, et, troisièmement, d'un manquement de la société Bureau Veritas dans ses missions de contrôle de l'étanchéité de l'ouvrage, à hauteur de 5 %. D'autre part, contrairement à ce que soutient la société Bureau Veritas, ni les dispositions de l'article L. 111-24 du code de la construction, dans leur version applicable au litige, ni aucune disposition à valeur normative n'impose au juge de condamner les garants à titre solidaire. Enfin, compte-tenu de la répartition des missions au sein du groupement de maîtrise d'œuvre telle qu'elle résulte du tableau de répartition des honoraires, il sera fait une juste appréciation des quotes-parts respectives au sein du groupement de maîtrise d'œuvre en fixant la responsabilité de la société AUA A C, qui vient aux droits de M. A C, à hauteur de 50 %, la responsabilité de la société OTH Bâtiment, à hauteur de 25 %, et la responsabilité de la société OTH Antilles Guyane, à hauteur de 25 %. Dans ces conditions, compte-tenu des missions respectives des constructeurs, il sera fait une juste appréciation des fautes respectives de chacun des intervenants en fixant la responsabilité de la société Vinci Constructions Grands Projets, qui vient aux droits de la société Dumez-GTM, à hauteur de 37,5 %, la responsabilité de la société SIMP à hauteur de 37,5 %, la responsabilité de la société AUA A C à hauteur de 5 %, la responsabilité de la société OTH Bâtiment à hauteur de 2,5 %, la responsabilité de la société OTH Antilles Guyane, à hauteur de 2,5 % et la responsabilité de la société Bureau Veritas à hauteur de 5 %.

34. Il résulte de ce qui précède que, compte-tenu du partage de responsabilité fixé au point 12. limitant la responsabilité solidaire des constructeurs, il y a lieu de condamner les sociétés Vinci Constructions Grands Projets, SIMP, AUA A Chemitov, OTH Bâtiment, OTH Antilles Guyane à garantir la société Bureau Veritas à hauteur respectivement de 41,67 %, 41,67 %, 5,54 %, 2,78 % et 2,78 % des condamnations solidaires prononcées à son encontre s'agissant des désordres affectant les peintures intérieures du 3e étage.

En ce qui concerne les dommages affectant le réseau de distribution d'eau glacée :

35. D'une part, il résulte de l'instruction, en particulier du rapport d'expertise, que les désordres affectant le système de distribution d'eau glacée du système de climatisation de l'ouvrage résultent, premièrement, de malfaçons commises par le sous-traitant de la société Dumez-GTM et de la société SIMP, au moment de la réalisation des travaux de climatisation et de plomberie, à hauteur de 70 %, deuxièmement, de défauts de conception et d'une insuffisance du groupement de maîtrise d'œuvre au stade de la phase de contrôle des travaux, à hauteur de 10 %, et, troisièmement, d'un manquement de la société Bureau Veritas dans ses missions de contrôle de l'étanchéité de l'ouvrage, à hauteur de 10 %. D'autre part, contrairement à ce que soutient la société Bureau Veritas, ni les dispositions de l'article L. 111-24 du code de la construction, dans leur version applicable au litige, ni aucune disposition à valeur normative n'impose au juge de condamner les garants à titre solidaire. Enfin, compte-tenu de la répartition des missions au sein du groupement de maîtrise d'œuvre telle qu'elle résulte du tableau de répartition des honoraires, il sera fait une juste appréciation des quotes-parts respectives au sein du groupement de maîtrise d'œuvre en fixant la responsabilité de la société AUA A C, qui vient aux droits de M. A C, à hauteur de 50 %, la responsabilité de la société OTH Bâtiment, à hauteur de 25 %, et la responsabilité de la société OTH Antilles Guyane, à hauteur de 25 %. Dans ces conditions, compte-tenu des missions respectives des constructeurs, il sera fait une juste appréciation des fautes respectives de chacun des intervenants en fixant la responsabilité de la société Vinci Constructions Grands Projets, qui vient aux droits de la société Dumez-GTM, à hauteur de 35 %, la responsabilité de la société SIMP à hauteur de 35 %, la responsabilité de la société AUA A C à hauteur de 5 %, la responsabilité de la société OTH Bâtiment à hauteur de 2,5 %, la responsabilité de la société OTH Antilles Guyane, à hauteur de 2,5 % et la responsabilité de la société Bureau Veritas à hauteur de 10 %.

36. Il résulte de ce qui précède que, compte-tenu du partage de responsabilité fixé au point 12. limitant la responsabilité solidaire des constructeurs, il y a lieu de condamner les sociétés Vinci Constructions Grands Projets, SIMP, AUA A Chemitov, OTH Bâtiment, OTH Antilles Guyane à garantir la société Bureau Veritas à hauteur respectivement de 38,89 %, 38,89 %, 5,55 %, 2,78 % et 2,78 % des condamnations solidaires prononcées à son encontre s'agissant des désordres affectant le réseau de distribution d'eau glacée du système de climatisation de l'ouvrage.

En ce qui concerne les désordres affectant les couloirs de circulation (faux-plafonds, luminaires et certains éléments de sol) :

37. D'une part, il résulte de l'instruction, en particulier du rapport d'expertise, que les désordres affectant les couloirs de circulation de l'ouvrage, au niveau des faux-plafonds, des luminaires et de revêtements de sol du 1e étage, résultent de malfaçons commises par le sous-traitant de la société Dumez-GTM et de la société SIMP, au moment de la réalisation des travaux de climatisation et de plomberie, à hauteur de 70 %, ainsi que de défauts de conception et d'une insuffisance du groupement de maîtrise d'œuvre au stade de la phase de contrôle des travaux, à hauteur de 10 %. D'autre part, contrairement à ce que soutient la société Bureau Veritas, ni les dispositions de l'article L. 111-24 du code de la construction, dans leur version applicable au litige, ni aucune disposition à valeur normative n'impose au juge de condamner les garants à titre solidaire. Enfin, compte-tenu de la répartition des missions au sein du groupement de maîtrise d'œuvre telle qu'elle résulte du tableau de répartition des honoraires, il sera fait une juste appréciation des quotes-parts respectives au sein du groupement de maîtrise d'œuvre en fixant la responsabilité de la société AUA A C, qui vient aux droits de M. A C, à hauteur de 50 %, la responsabilité de la société OTH Bâtiment, à hauteur de 25 %, et la responsabilité de la société OTH Antilles Guyane, à hauteur de 25 %. Dans ces conditions, compte-tenu des missions respectives des constructeurs, il sera fait une juste appréciation des fautes respectives de chacun des intervenants en fixant la responsabilité de la société Vinci Constructions Grands Projets, qui vient aux droits de la société Dumez-GTM, à hauteur de 35 %, la responsabilité de la société SIMP à hauteur de 35 %, la responsabilité de la société AUA A C à hauteur de 5 %, la responsabilité de la société OTH Bâtiment à hauteur de 2,5 %, et la responsabilité de la société OTH Antilles Guyane, à hauteur de 2,5 %.

38. Il résulte de ce qui précède que, compte-tenu du partage de responsabilité fixé au point 12. limitant la responsabilité solidaire des constructeurs, il y a lieu de condamner les sociétés Vinci Constructions Grands Projets, SIMP, AUA A Chemitov, OTH Bâtiment, OTH Antilles Guyane à garantir la société Bureau Veritas à hauteur respectivement de 43,75 %, 43,75 %, 6,25 %, 3,125 % et 3,125 % des condamnations solidaires prononcées à son encontre s'agissant des désordres affectant les couloirs de circulation de l'ouvrage, au niveau des faux-plafonds, des luminaires et des revêtements de sol du 1e étage.

Sur les dépens :

39. L'article R. 761-1 du code de justice administrative dispose : " Les dépens comprennent les frais d'expertise, d'enquête et de toute autre mesure d'instruction dont les frais ne sont pas à la charge de l'Etat. / Sous réserve de dispositions particulières, ils sont mis à la charge de toute partie perdante sauf si les circonstances particulières de l'affaire justifient qu'ils soient mis à la charge d'une autre partie ou partagés entre les parties. / L'Etat peut être condamné aux dépens. "

40. Lorsqu'une expertise ou un constat effectué en application d'une décision du juge des référés se rattache à la détermination d'un préjudice dont l'indemnisation est demandée dans le cadre d'un recours au fond, les frais et honoraires y afférents sont compris dans les dépens de cette instance principale. Si, en vertu de l'article R. 761-1 du code de justice administrative, ces frais sont en principe mis à la charge de la partie perdante, il est loisible à la formation de jugement statuant sur cette instance, au regard des circonstances particulières de l'affaire, de les mettre à la charge d'une autre partie ou de les partager entre les parties.

41. Les frais d'expertise ont été taxés et liquidés à la somme totale de 30 886,15 euros par une ordonnance du président du tribunal administratif du 1er juin 2017. Dans les circonstances de l'espèce, compte-tenu des partages de responsabilité retenus au point 12., il y a lieu, en application de l'article R. 761-1 du code de justice administrative de partager ces frais entre les parties en mettant définitivement à la charge de l'Etat une partie de ces frais d'expertise, à hauteur de 4 632,92 euros, et en mettant solidairement à la charge des sociétés Vinci Constructions Grands Projets, SIMP, AUA A C, OTH Bâtiment, OTH Antilles Guyane et Bureau Veritas la partie restante de ces frais, soit 26 253,23 euros.

Sur les frais liés au litige :

42. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que la société AUA A C demande au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens. Les mêmes dispositions font obstacle à ce qu'il soit fait droit à la demande présentée au même titre par la société Bureau Veritas, qui est partie perdante dans la présente instance.

D E C I D E :

Article 1er : La société AUA A C, la société OTH Bâtiment, la société OTH Antilles-Guyane, la société Vinci Constructions Grands Projets, la société SIMP et la société Bureau Veritas sont solidairement condamnées à verser à l'Etat des indemnités d'un montant total de 321 286,07 euros.

Article 2 : Les frais d'expertise sont mis définitivement à la charge de l'Etat, à concurrence d'un montant de 4 632,92 euros, et à la charge solidaire de la société AUA A C, la société OTH Bâtiment, la société OTH Antilles-Guyane, la société Vinci Constructions Grands Projets, la société SIMP et la société Bureau Veritas, à concurrence d'un montant de 26 253,23 euros.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête du ministre de la justice est rejeté.

Article 4 : La société AUA A C, la société OTH Bâtiment, la société OTH Antilles-Guyane, la société Vinci Constructions Grands Projets et la société SIMP sont condamnées à relever et garantir la société Bureau Veritas des condamnations solidaires prononcées contre elle à l'article 1er, selon les modalités fixées aux points 30., 32., 34., 36. et 38. du présent jugement.

Article 5 : Les conclusions de la société Bureau Veritas présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 6 : Les conclusions de la société AUA A C présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 7 : Le présent jugement sera notifié au ministre de la justice, à la société AUA A C, à la société OTH Bâtiment, à la société OTH Antilles-Guyane, à la société Vinci Constructions Grands Projets, à la société SIMP et à la société Bureau Veritas.

Délibéré après l'audience du 9 novembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Laso, président,

M. de Palmaert, premier conseiller,

M. Phulpin, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 novembre 2023.

Le rapporteur,

V. Phulpin

Le président,

J-M. LasoLa greffière,

M. B

La République mande et ordonne au garde des sceaux, ministre de la justice en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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