jeudi 7 juillet 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de la Martinique |
| Section | Tribunal Administratif de la Martinique |
| N° Dossier | TA102-2100611 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | BERTRAND |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 8 octobre 2021, la SAS CTR, représentée par Me Bertrand, demande au tribunal :
1°) de condamner la commune du Robert à lui verser la somme principale de 10 407,37 euros au titre d'une facture restée impayée en exécution de la convention d'audit et de conseil en aménagement du territoire signée le 30 septembre 2020, assortie des intérêts moratoires au taux de 8 % à compter du 7 septembre 2018, de la capitalisation des intérêts, ainsi que de l'indemnité forfaitaire pour frais de recouvrement de 40,00 euros et d'une indemnité supplémentaire de frais de recouvrement de 624,00 euros ;
2°) de condamner la commune du Robert à lui verser une indemnité de 3 000 euros en réparation du préjudice qu'elle estime avoir subi en raison du comportement fautif de la collectivité ;
3°) de mettre à la charge de la commune du Robert la somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- elle a conclu avec la commune du Robert, le 30 septembre 2020, une convention lui confiant une mission d'audit et de conseil en aménagement visant à étudier les possibilités d'optimisation en matière de contributions relatives à la diminution de la pollution visuelle ;
- la facture de 10 407,37 euros TTC qu'elle a émise le 23 mars 2021 après avoir réalisé les prestations, dont la qualité n'a pas été remise en cause, est restée impayée, malgré ses multiples relances ;
- la commune était pourtant tenue de régler cette facture, la créance présentant un caractère certain, liquide et exigible depuis l'achèvement des prestations le 22 mars 2021 ;
- elle est en droit d'obtenir l'indemnisation des frais de 624 euros qu'elle a exposés dans le cadre des multiples démarches qu'elle a engagées pour obtenir le recouvrement des sommes ;
- le comportement fautif de la commune du Robert, constitué par l'absence de toute réponse et de toute velléité de régler sa dette depuis plus de six mois, lui a causé un préjudice moral qu'elle évalue à la somme de 3 000 euros et dont elle est fondée à demander réparation.
La procédure a été régulièrement communiquée le 13 octobre 2021 à la commune du Robert, qui n'a produit aucune observation malgré une lettre de mise en demeure qui lui a été adressée par un courrier du 18 janvier 2022.
Par ordonnance du 22 février 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 22 mars 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la commande publique ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. A,
- les conclusions de M. Lancelot, rapporteur public,
- et les observations de Me Bertrand, avocat de la SAS CTR.
Considérant ce qui suit :
1. La SAS CTR s'est vue confier par la commune du Robert, selon une convention signée le 30 septembre 2020, une mission d'audit et de conseil en ingénierie fiscale visant à identifier, au profit de la ville, les possibilités d'optimisation en matière de contributions relatives à la diminution de la pollution visuelle au titre de l'année 2020. La société a présenté au paiement une facture datée du 23 mars 2021 portant un montant de 10 407,37 euros TTC, qui n'a pas été réglée. Dans la présente instance, la SAS CTR demande au tribunal de condamner la commune du Robert à lui verser la somme de 10 407,37 euros TTC, assortie des intérêts moratoires et de la capitalisation des intérêts, ainsi que de l'indemnité forfaitaire pour frais de recouvrement de 40,00 euros et d'une indemnité supplémentaire de frais de recouvrement de 624,00 euros. Elle demande en outre à la juridiction de condamner la commune du Robert à lui verser une indemnité d'un montant de 3 000 euros en réparation de ses préjudices.
Sur l'acquiescement aux faits :
2. Aux termes de l'article R. 612-6 du code de justice administrative : " Si, malgré une mise en demeure, la partie défenderesse n'a produit aucun mémoire, elle est réputée avoir acquiescé aux faits exposés dans les mémoires du requérant ". Il résulte de ces dispositions que l'acquiescement aux faits prévu à l'article R. 612-6 est acquis lorsque, comme en l'espèce, le délai imparti à l'administration a expiré et que la date de clôture de l'instruction fixée par ordonnance est échue sans que l'administration ait présenté d'observations. Cette circonstance ne saurait dispenser le juge, d'une part, de vérifier que les faits allégués par le demandeur ne sont pas contredits par les autres pièces versées à l'instruction, d'autre part, de se prononcer sur les moyens de droit que soulève l'affaire.
Sur le droit au paiement :
3. L'article 5, intitulé " Facturation et modalités de règlements ", de la convention d'audit et de conseil en aménagement du territoire signée le 30 septembre 2020 stipule : " Pour déterminer l'assiette de la rémunération de CTR, il sera pris en compte l'ensemble des Recettes Supplémentaires profitables au Client telles que définies à l'article 1 des présentes. / La rémunération de CTR est établie au taux de 35 % applicable à l'ensemble des Recettes Supplémentaires. / La rémunération de CTR sera facturée selon les conditions suivantes : / - 50 % à la Date de remise du Rapport Technique et Financier ; / - 50 % à la Date d'émission des Titres de recettes. / En tout état de cause et quel que soit le montant global des Recettes à percevoir dans le cadre de la Convention, la rémunération de CTR ne pourra être supérieure à 40 000 euros H.T. () ". L'article 1er, intitulé " Définitions ", de la convention auquel il est ainsi renvoyé stipule : " () Recettes Supplémentaires : désignent la différence entre le montant des contributions liées à la diminution de la pollution visuelle perçues par le Client sans l'intervention de CTR et le montant des Titres de Recettes émis ou à émettre par le Client consécutivement à l'intervention de CTR au titre de l'année 2020 conformément au Rapport Technique et Financier et ce, dans le respect des dispositions réglementaires en vigueur () ".
4. La SAS CTR demande le paiement de la facture d'un montant de 10 407,37 euros TTC qu'elle a émise le 23 mars 2021 en exécution de la convention d'audit et de conseil en aménagement du territoire signée le 30 septembre 2020.
5. D'une part, la société soutient qu'elle a exécuté l'ensemble des prestations prévues par la convention d'audit et de conseil en aménagement du territoire la liant à la commune du Robert à la date du 22 mars 2021. Cette circonstance, qui n'est pas contredite par les pièces versées à l'instruction, doit être réputée établie par l'acquiescement aux faits résultant de l'absence d'observation en défense. Il s'ensuit que la SAS CTR doit être regardée comme ayant effectivement remis son rapport technique et financier le 22 mars 2021. En revanche, il n'est pas établi, ni même simplement soutenu, que la commune du Robert aurait émis un quelconque titre de recettes en vue du recouvrement des recettes supplémentaires générées par la SAS CTR. Ainsi, en application des stipulations citées précédemment de la convention du 30 septembre 2020, la société était en droit de prétendre à la première fraction de 50 % de sa rémunération.
6. D'autre part, la SAS CTR soutient dans sa requête que les prestations de service qu'elle a accomplies au profit de la commune du Robert ont permis à celle-ci de bénéficier d'un supplément de taxe locale sur la publicité extérieure de 85 020,00 euros pour l'année 2020. Toutefois, cette circonstance de fait est contredite par la facture du 23 mars 2021 elle-même, laquelle fait état d'un montant estimé de 85 020,00 euros à émettre pour la commune au titre de la taxe locale sur la publicité extérieure de l'année 2020, lequel montant comprend des recettes perçues au titre de cette taxe sans l'intervention de la société à hauteur de 30 208,26 euros, soit un total de recettes supplémentaires profitables générées par l'intervention de la SAS CTR d'un montant uniquement de 54 811,74 euros. Ce dernier montant n'est pas contesté par la commune du Robert, qui n'a pas produit d'observation à l'instance. Dans ces conditions, compte-tenu des taux de rémunération fixées par les stipulations citées précédemment de l'article 5 de la convention du 30 septembre 2020, la société pouvait prétendre à la somme de 9 592,05 euros HT, soit 10 407,37 euros TTC, au titre de la première fraction de 50 % de sa rémunération.
7. Enfin, la SAS CTR soutient que la facture de 10 407,37 euros TTC qu'elle a émise le 23 mars 2021 n'a pas été réglée par la commune du Robert. Cette circonstance, qui n'est pas contredite par les pièces versées à l'instruction, doit être réputée établie par l'acquiescement aux faits résultant de l'absence d'observation en défense.
8. Il résulte de ce qui précède que la SAS CTR est fondée à soutenir que la commune du Robert reste lui devoir la somme de 10 407,37 euros TTC. Il y a lieu, par suite, de faire droit aux conclusions principales de sa requête et de condamner la commune du Robert à lui verser une somme de 10 407,37 euros TTC correspondant au montant de la facture litigieuse.
Sur les intérêts de retard :
9. L'article L. 2192-10 du code de la commande publique dispose : " Les pouvoirs adjudicateurs () paient les sommes dues en principal en exécution d'un marché dans un délai prévu par le marché ou, à défaut, dans un délai fixé par voie réglementaire () ". L'article L. 2192-13 du même code dispose : " Dès le lendemain de l'expiration du délai de paiement ou de l'échéance prévue par le marché, le retard de paiement fait courir, de plein droit et sans autre formalité, des intérêts moratoires dont le taux est fixé par voie réglementaire. / Il ouvre droit, dans les conditions prévues à la présente sous-section, à des intérêts moratoires, à une indemnité forfaitaire et, le cas échéant, à une indemnisation complémentaire versés au créancier par le pouvoir adjudicateur () ". L'article R. 2192-31 du même code dispose : " Le taux des intérêts moratoires mentionnés à l'article L. 2192-13 est égal au taux d'intérêt appliqué par la Banque centrale européenne à ses opérations principales de refinancement les plus récentes, en vigueur au premier jour du semestre de l'année civile au cours duquel les intérêts moratoires ont commencé à courir, majoré de huit points de pourcentage. " L'article R. 2192-32 du même code dispose : " Les intérêts moratoires courent à compter du lendemain de l'expiration du délai de paiement ou de l'échéance prévue par le marché jusqu'à la date de mise en paiement du principal incluse. " L'article 5 de la convention d'audit et de conseil en aménagement du territoire signée le 30 septembre 2020 stipule : " () Les factures sont payables à trente (30) jours de la date de réception de la facture. " L'article D. 2192-35 du même code dispose : " Le montant de l'indemnité forfaitaire pour frais de recouvrement est fixé à 40 euros. "
10. Il résulte de la combinaison de ces dispositions et stipulations que la SAS CTR a droit aux intérêts moratoires sur les factures restées non payées à l'issue d'un délai de trente jours suivant réception de la demande de paiement, et ce jusqu'à la date de paiement du principal, assortis, pour chacune des factures, de l'indemnité forfaitaire de recouvrement de 40 euros.
11. En l'espèce, il ne résulte pas de l'instruction que la SAS CTR aurait présenté au paiement sa facture émise le 23 mars 2021 avant le 1er juillet 2021, date à laquelle son courrier de mise en demeure daté du 26 juin 2021 a été effectivement reçu par la commune du Robert. Il s'ensuit donc que les intérêts moratoires auxquels la société requérante a droit sur la somme de 10 407,37 euros TTC ont commencé à courir le 31 juillet 2021.
12. Par ailleurs, il résulte de la note d'honoraire, ainsi que des courriers de mise en demeure et de demandes de mandatement d'office que son avocat a adressés à la commune, au préfet et à la chambre régionale des comptes, que la SAS CTR a engagé des frais pour le recouvrement de sa créance, à hauteur d'un montant de 624,00 euros TTC, dont elle est fondée à demander le remboursement.
13. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu d'assortir la condamnation prononcée précédemment au point 8. des intérêts moratoires au taux légal, à compter du 31 juillet 2021, ainsi que de l'indemnité forfaitaire de recouvrement de 40 euros et d'une indemnité de frais supplémentaires de recouvrement de 624 euros.
Sur la capitalisation des intérêts :
14. L'article 1343-2 du code civil dispose : " Les intérêts échus, dus au moins pour une année entière, produisent intérêt si le contrat l'a prévu ou si une décision de justice le précise. " Pour l'application de ces dispositions, la capitalisation des intérêts peut être demandée à tout moment devant le juge du fond. Cette demande prend toutefois effet au plus tôt à la date à laquelle elle est enregistrée et pourvu qu'à cette date il s'agisse d'intérêts dus au moins pour une année entière. Le cas échéant, la capitalisation s'accomplit à nouveau à l'expiration de chaque échéance annuelle ultérieure sans qu'il soit besoin de formuler une nouvelle demande.
15. En l'espèce, la capitalisation des intérêts a été demandée à l'occasion du dépôt de la requête introductive d'instance, le 8 octobre 2021. Toutefois, à la date du présent jugement, il n'était pas dû une année d'intérêts. Dès lors, conformément aux dispositions citées précédemment de l'article 1343-2 du code civil, il y a lieu de rejeter cette demande.
Sur la demande indemnitaire :
16. La SAS CTR demande l'indemnisation du préjudice moral qu'elle estime avoir subi à raison du comportement fautif de l'administration résultant de l'absence de toute réponse et de toute velléité de régler sa dette pendant plus de six mois. Toutefois, faute pour elle d'apporter la moindre précision sur ce point, ni de produire un quelconque élément justificatif, la société n'établit pas la réalité du préjudice dont elle se prévaut à ce titre. Par suite, en l'absence de tout préjudice, ses conclusions indemnitaires doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
17. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la commune du Robert une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par la SAS CTR et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La commune du Robert est condamnée à verser à la SAS CTR la somme de 10 407,37 euros TTC, assortie des intérêts moratoires au taux légal à compter du 31 juillet 2021, ainsi que de l'indemnité forfaitaire de recouvrement de 40 euros et d'une indemnité de frais supplémentaires de recouvrement de 624 euros.
Article 2 : La commune du Robert versera à la SAS CTR une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête de la SAS CTR est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à la SAS CTR et à la commune du Robert.
Délibéré après l'audience du 23 juin 2022, à laquelle siégeaient :
- M. Wallerich, président,
- M. de Palmaert, premier conseiller,
- M. Phulpin, conseiller.
Rendue publique par mise à disposition au greffe le 7 juillet 2022.
Le rapporteur,
V. A
Le président,
M. BLe greffier,
J-H. Minin
La République mande et ordonne au préfet de la Martinique en ce qui la concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
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