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AccueilJurisprudence administrativeN° TA102-2100649

Tribunal Administratif de la Martinique — Décision N° TA102-2100649

jeudi 27 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de la Martinique
SectionTribunal Administratif de la Martinique
N° DossierTA102-2100649
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation1ère Chambre
Avocat requérantSELARL CHEYSSON MARCHADIER & ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 22 octobre 2021, et un mémoire complémentaire, enregistré le 18 mai 2022, la SAS Eiffage génie civil Antilles, représentée par la Selarl Cheysson Marchadier et Associés, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de condamner la communauté d'agglomération de l'espace sud Martinique à lui verser les intérêts moratoires au taux légal, à hauteur d'un montant de 47,98 euros, dus à raison de retards dans le paiement des sommes principales se rapportant à onze factures qu'elle a présentées au paiement dans le cadre de l'exécution du marché de mise en place de bornes monétiques de puisage sur l'ensemble du territoire du SICSM ;

2°) d'assortir cette condamnation des intérêts légaux, à compter de l'expiration du délai de 45 jours suivant la mise en paiement du principal des onze factures, ainsi que la capitalisation de ces intérêts ;

3°) de mettre à la charge de la communauté d'agglomération de l'espace sud Martinique la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- sa requête est recevable dès lors que l'exigence d'une réclamation préalable ne s'applique pas aux intérêts de retard, lesquels sont dus de plein droit, et qu'elle a en tout état de cause bien présenté une réclamation préalable par courrier du 16 juillet 2021 ;

- les sommes principales relatives aux onze factures qu'elle a présentées dans le cadre de l'exécution du marché ont été réglées par le maître de l'ouvrage au-delà de l'expiration du délai de paiement ;

- ces retards de paiement lui ouvrent de plein droit le bénéfice des intérêts légaux, à hauteur d'un montant de 47,98 euros ;

- elle peut également prétendre aux intérêts légaux sur cette somme de 47,98 euros à compter de l'expiration du délai de 45 jours suivant la mise en paiement du principal des onze factures ainsi que de la capitalisation de ces intérêts.

Par un mémoire en défense, enregistré le 7 mars 2022, la communauté d'agglomération de l'espace sud Martinique, représentée par la Selarl Landot et Associés, conclut au rejet de la requête et, en outre, à ce qu'il soit mis à la charge de la SAS Eiffage génie civil Antilles une somme de 4 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la requête est irrecevable dès lors que le courrier de réclamation préalable de la société du 16 juillet 2021 ne comporte ni les bases de calcul des intérêts sollicités, ni les factures auxquelles ils se rapportent, en méconnaissance de l'article 50.1.1. du CCAG Travaux ;

- les moyens soulevés par la SAS Eiffage génie civil Antilles ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 13 septembre 2022, la clôture de l'instruction a été fixée le jour même, en application des articles R. 611-11-1 et R. 613-1 du code de justice administrative.

En application de l'article R. 613-3 du code de justice administrative, le mémoire complémentaire de la communauté d'agglomération de l'espace sud de la Martinique, enregistré le 10 octobre 2022, postérieurement à la clôture d'instruction, n'a pas été communiqué.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des marchés publics ;

- la loi n° 2013-100 du 28 janvier 2003 ;

- le décret n° 2013-269 du 29 mars 2013 ;

- l'arrêté du 3 mars 2014 modifiant l'arrêté du 8 septembre 2009 portant approbation du cahier des clauses administratives générales applicables aux marchés de travaux ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. B,

- les conclusions de M. Lancelot, rapporteur public,

- et les observations de Me Coulange, avocate de la SAS Eiffage génie civil Antilles.

Considérant ce qui suit :

1. Par un acte d'engagement signé le 26 juin 2014 et notifié le 11 juillet 2014, le syndicat intercommunal du centre et du sud de la Martinique (SICSM) a confié à un groupement solidaire d'entreprises constitué entre la SARL Eridan, mandataire, et la SNC DLE Outre Mer, cotraitante, aux droits de laquelle vient la SAS Eiffage génie civil Antilles, l'exécution du marché du marché de mise en place de bornes monétiques de puisage sur l'ensemble du territoire du SICSM. La société a présenté une réclamation préalable auprès de la communauté d'agglomération de l'espace sud de la Martinique (CAESM), qui a succédé au SICSM suite à sa dissolution, par un courrier daté du 16 juillet 2021 qui est resté sans réponse. Dans la présente instance, la SAS Eiffage génie civil Antilles demande au tribunal administratif, dans le dernier état de ses écritures, de condamner la CAESM à lui verser les intérêts moratoires, à hauteur d'un montant de 47,98 euros, dus à raison de retards dans le paiement des sommes principales se rapportant à onze factures qu'elle a présentées en exécution du marché de mise en place de bornes monétiques de puisage sur l'ensemble du territoire du SICSM, et d'assortir cette condamnation des intérêts légaux et de la capitalisation de ces intérêts.

Sur les intérêts moratoires :

2. L'article 37 de la loi du 28 janvier 2013 portant dispositions d'adaptation de la législation au droit de l'Union européenne en matière économique et financière dispose, dans sa version application au litige : " Les sommes dues en principal par un pouvoir adjudicateur () en exécution d'un contrat ayant pour objet l'exécution de travaux () avec une contrepartie économique constituée par un prix () sont payées, en l'absence de délai prévu au contrat, dans un délai fixé par décret () / Le délai de paiement prévu au contrat ne peut excéder le délai fixé par décret. " L'article 38 de la même loi dispose, dans sa version applicable au litige : " Le retard de paiement est constitué lorsque les sommes dues au créancier, qui a rempli ses obligations légales et contractuelles, ne sont pas versées par le pouvoir adjudicateur à l'échéance prévue au contrat ou à l'expiration du délai de paiement. " L'article 39 de la même loi dispose, dans sa version applicable au litige : " Le retard de paiement fait courir, de plein droit et sans autre formalité, des intérêts moratoires à compter du jour suivant l'expiration du délai de paiement ou l'échéance prévue au contrat () ". L'article 2 du décret du 29 mars 2013 relatif à la lutte contre les retards de paiement dans les contrats de la commande publique dispose, dans sa version applicable au litige : " I. ' Le délai de paiement court à compter de la date de réception de la demande de paiement par le pouvoir adjudicateur ou, si le contrat le prévoit, par le maître d'œuvre ou toute autre personne habilitée à cet effet. / () II. ' La date de réception de la demande de paiement ne peut faire l'objet d'un accord contractuel entre le pouvoir adjudicateur et son créancier. / La date de réception de la demande de paiement et la date d'exécution des prestations sont constatées par les services du pouvoir adjudicateur ou, le cas échéant, par le maître d'œuvre ou la personne habilitée à cet effet. A défaut, c'est la date de la demande de paiement augmentée de deux jours qui fait foi. En cas de litige, il appartient au créancier d'apporter la preuve de cette date () ". L'article 7 du même décret dispose, dans sa version applicable au litige : " Lorsque les sommes dues en principal ne sont pas mises en paiement à l'échéance prévue au contrat ou à l'expiration du délai de paiement, le créancier a droit, sans qu'il ait à les demander, au versement des intérêts moratoires () ". L'article 8 du même décret dispose, dans sa version applicable au litige : " I. ' Le taux des intérêts moratoires est égal au taux d'intérêt appliqué par la Banque centrale européenne à ses opérations principales de refinancement les plus récentes, en vigueur au premier jour du semestre de l'année civile au cours duquel les intérêts moratoires ont commencé à courir, majoré de huit points de pourcentage. / Les intérêts moratoires courent à compter du jour suivant l'échéance prévue au contrat ou à l'expiration du délai de paiement jusqu'à la date de mise en paiement du principal incluse. / Les intérêts moratoires appliqués aux acomptes ou au solde sont calculés sur le montant total de l'acompte ou du solde toutes taxes comprises, diminué de la retenue de garantie, et après application des clauses d'actualisation, de révision et de pénalisation () ". L'article 4.1. de l'acte d'engagement du marché de mise en place de bornes monétiques de puisage sur l'ensemble du territoire du SICSM fixe à trente jours le délai de paiement.

3. Il résulte de la combinaison de ces dispositions et stipulations que la SAS Eiffage génie civil Antilles a droit aux intérêts moratoires au taux légal sur les acomptes restés non payés à l'issue d'un délai de trente jours suivant réception de la demande de paiement, et ce jusqu'à la date de paiement du principal incluse.

4. La société requérante demande le bénéfice des intérêts moratoires sur onze factures, référencées n° T31054110015, T31055010020, T31055010005, T31055020004, T31055020006, T31055020003, T31055030006, T31055030003, T31055040019, T055050009 et T310560500029, qu'elle soutient avoir émises à destination du maître de l'ouvrage entre le 28 novembre 2014 et le 31 mai 2016, pour un montant total de 407 220,30 euros TTC. Toutefois, la SAS Eiffage génie civil Antilles ne produit nullement ces factures, ni n'apporte la moindre précision sur la nature des prestations concernées ou tout autre élément justificatif. La CAESM, qui verse à l'instruction les différents décomptes du groupement d'entreprise cocontractant, lesquels font état de montants d'acomptes dus à la société requérante différents des montants des onze factures litigieuses, conteste en défense tant l'existence desdites factures, que leur lien avec l'exécution du marché et la réalité d'un quelconque retard de paiement. Dans ces conditions, la SAS Eiffage génie civil Antilles n'établit pas la réalité des créances principales dont elle se prévaut, ni celle, en conséquence, des retards de paiement qu'elle invoque. Elle n'est dès lors pas fondée à solliciter le bénéfice des intérêts moratoires sur les sommes se rapportant à ces factures. La demande d'intérêts moratoires présentée sur ce point doit, par suite, être rejetée, ainsi que, par voie de conséquence, la demande d'intérêts légaux complémentaires et les conclusions tendant au bénéfice de la capitalisation de ces intérêts.

5. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la fin de non-recevoir contractuelle opposée en défense par l'administration, que la requête de la SAS Eiffage génie civil Antilles doit être rejetée.

Sur les frais liés au litige :

6. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la communauté d'agglomération de l'espace sud Martinique, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, la somme demandée par la SAS Eiffage génie civil Antilles au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la SAS Eiffage génie civil Antilles la somme demandée par la communauté d'agglomération de l'espace sud Martinique au même titre.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la SAS Eiffage génie civil Antilles est rejetée.

Article 2 : Les conclusions de la communauté d'agglomération de l'espace sud Martinique présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la SAS Eiffage génie civil Antilles et à la communauté d'agglomération de l'espace sud de la Martinique.

Délibéré après l'audience du 13 octobre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Rouland-Boyer, présidente,

M. de Palmaert, premier conseiller,

M. Phulpin, conseiller.

Rendue publique par mise à disposition au greffe le 27 octobre 2022.

Le rapporteur,

V. B

La présidente,

H. Rouland-BoyerLa greffière,

M. A

La République mande et ordonne au préfet de la Martinique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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