vendredi 10 février 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de la Martinique |
| Section | Tribunal Administratif de la Martinique |
| N° Dossier | TA102-2100751 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | ARTAUD BELFIORE CASTILLON GREBILLE-ROMAND |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 15 décembre 2021 et le 23 novembre 2022, la société Carso - laboratoire santé environnement hygiène de Lyon, représentée par Me Belfiore, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) de condamner la collectivité territoriale de Martinique à lui verser les intérêts moratoires au taux légal dus à compter du 12 mai 2021, à raison de retards dans le paiement de la facture du 14 octobre 2019, dans le cadre de l'exécution du marché public de prestations analytiques pour la surveillance des eaux de la Manzo ;
2°) de condamner la collectivité territoriale de Martinique à lui verser la somme de 40 euros au titre de l'indemnisation forfaitaire prévue par les dispositions de l'article L. 441-6 du code de commerce ;
3°) de condamner la collectivité territoriale de Martinique à lui verser la somme de 1 517,67 euros au titre des pénalités de droit public, conformément à l'article 4.5 du cahier des clauses administratives particulières ;
4°) de mettre la somme de 2 000 euros à la charge de la collectivité territoriale de Martinique au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que la collectivité territoriale de Martinique n'a pas réglé dans les délais impartis la facture émise le 14 octobre 2019, pour un montant de 13 089,44 euros TTC.
Par un mémoire en défense, enregistré le 7 novembre 2022, la collectivité territoriale de Martinique conclut, à titre principal, au non-lieu à statuer et, à titre subsidiaire, à la condamnation du comptable public de la direction régionale des finances publiques de la Martinique à la garantir de la condamnation qui pourrait être prononcée à son encontre.
Elle fait valoir que :
- la requête a perdu son objet en cours d'instance, dans la mesure où le paiement de la facture du 14 octobre 2019 est intervenu le 17 octobre 2022 ;
- seule la responsabilité du comptable public de la direction régionale des finances publiques de la Martinique peut être engagée, dès lors qu'il a rejeté à deux reprises les mandats de paiement émis pour régler la facture ;
- les moyens soulevés par la société Carso - laboratoire santé environnement hygiène de Lyon ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la loi n° 2013-100 du 28 janvier 2013 ;
- l'ordonnance n° 2015-899 du 23 juillet 2015 ;
- le décret n° 2013-269 du 29 mars 2013 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme B,
- et les conclusions de M. Lancelot, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. Par un acte d'engagement signé le 20 septembre 2018, la collectivité territoriale de Martinique a conclu avec la société Hydreco Guyane un marché public de fournitures courantes et de services, relatif à la surveillance de la qualité des eaux du barrage de la Manzo pour l'année 2018. La société Hydreco Guyane a ensuite sous-traité une partie des prestations à la société Carso Caraïbes, qui a réalisé les analyses physicochimiques, biologiques et bactériologiques. Cette dernière a émis une facture, le 14 octobre 2019, pour un montant de 13 089,44 euros, correspondant aux prestations analytiques effectuées au 13 octobre 2019. La société de recouvrement Agir recouvrement a ensuite formé une demande indemnitaire préalable auprès de la collectivité territoriale de Martinique le 26 mai 2021, qui a fait l'objet d'une décision implicite de rejet. Par la présente requête, la société Carso - laboratoire santé environnement hygiène de Lyon, venant aux droits de la société Carso Caraïbes, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures, de condamner la collectivité territoriale de Martinique à lui verser les intérêts moratoires dus à compter du 12 mai 2021 à raison de retards dans le paiement de la facture du 14 octobre 2019, ainsi que la somme de 40 euros au titre de l'indemnisation forfaitaire de l'article L. 441-6 du code de commerce et la somme de 1 517,67 euros au titre des pénalités de l'article 4.5 du cahier des clauses administratives particulières.
Sur l'exception de non-lieu :
2. Si les conclusions de la société requérante tendant à la condamnation de la collectivité territoriale de Martinique à lui verser la somme de 13 089,44 euros en paiement de la facture du 14 octobre 2019, auxquelles elle a au demeurant renoncé dans ses dernières écritures, ont perdu leur objet en cours d'instance, dès lors que le paiement est intervenu le 17 octobre 2022, l'objet du litige n'a cependant pas entièrement disparu dans la mesure où il n'a pas été fait droit à l'ensemble des demandes de la société Carso - laboratoire santé environnement hygiène de Lyon. Par suite, la collectivité territoriale de Martinique n'est pas fondée à soutenir qu'il n'y a plus lieu de statuer sur la requête.
Sur les intérêts moratoires :
3. Aux termes de l'article 37 de la loi du 28 janvier 2013 portant diverses dispositions d'adaptation de la législation au droit de l'Union européenne en matière économique et financière, dans sa version applicable au litige : " Les sommes dues en principal par un pouvoir adjudicateur, y compris lorsqu'il agit en qualité d'entité adjudicatrice, en exécution d'un contrat ayant pour objet l'exécution de travaux, la livraison de fournitures ou la prestation de services, avec une contrepartie économique constituée par un prix ou un droit d'exploitation, ou la délégation d'un service public sont payées, en l'absence de délai prévu au contrat, dans un délai fixé par décret qui peut être différent selon les catégories de pouvoirs adjudicateurs. / Le délai de paiement prévu au contrat ne peut excéder le délai fixé par décret ". Par ailleurs, l'article 1er du décret du 29 mars 2013 relatif à la lutte contre les retards de paiement, alors en vigueur, dispose que : " Le délai de paiement prévu au premier alinéa de l'article 37 de la loi du 28 janvier 2013 susvisée est fixé à trente jours pour les pouvoirs adjudicateurs, y compris lorsqu'ils agissent en tant qu'entité adjudicatrice () ". En outre, aux termes de l'article 39 de la même loi, dans sa version applicable au litige : " Le retard de paiement fait courir, de plein droit et sans autre formalité, des intérêts moratoires à compter du jour suivant l'expiration du délai de paiement ou l'échéance prévue au contrat. / Ces intérêts moratoires sont versés au créancier par le pouvoir adjudicateur. () ". Enfin, aux termes de l'article 8 du même décret, alors en vigueur : " I. ' Le taux des intérêts moratoires est égal au taux d'intérêt appliqué par la Banque centrale européenne à ses opérations principales de refinancement les plus récentes, en vigueur au premier jour du semestre de l'année civile au cours duquel les intérêts moratoires ont commencé à courir, majoré de huit points de pourcentage. / Les intérêts moratoires courent à compter du jour suivant l'échéance prévue au contrat ou à l'expiration du délai de paiement jusqu'à la date de mise en paiement du principal incluse. / Les intérêts moratoires appliqués aux acomptes ou au solde sont calculés sur le montant total de l'acompte ou du solde toutes taxes comprises, diminué de la retenue de garantie, et après application des clauses d'actualisation, de révision et de pénalisation () ".
4. Il résulte de la combinaison de ces dispositions que la société Carso - laboratoire santé environnement hygiène de Lyon a droit aux intérêts moratoires sur la facture d'un montant de 13 089,44 euros restée non payée à l'issue d'un délai de trente jours suivant réception de la demande de paiement, et ce jusqu'à la date de paiement du principal incluse. En l'espèce, il ne résulte pas de l'instruction que la facture du 14 octobre 2019 ait été adressée à la collectivité territoriale de Martinique avant le 26 mai 2021, date de réception de la mise en demeure adressée par la société Agir recouvrement. Il s'ensuit que les intérêts moratoires, portant sur la somme de 13 089,44 euros, sont dus pour la période du 26 juin 2021, date d'expiration du délai de paiement, au 17 octobre 2022, date du paiement effectif du principal.
Sur l'indemnisation forfaitaire :
5. Les conclusions de la société Carso - laboratoire santé environnement hygiène de Lyon tendant à la condamnation de la collectivité territoriale de Martinique à lui verser la somme de 40 euros au titre de l'indemnisation forfaitaire prévue aux dispositions de l'article L. 441-6 du code de commerce, inapplicables aux relations entre parties à un marché public, doivent être rejetées.
Sur les " pénalités de droit public " :
6. Dans la mesure où l'article 4.5 du cahier des clauses administratives particulières, invoqué par la société requérante, est inexistant, et qu'aucune autre stipulation du cahier des clauses administratives particulières ne prévoit une quelconque pénalité en cas de retard de paiement, les conclusions de la société Carso - laboratoire santé environnement hygiène de Lyon tendant à condamner la collectivité territoriale de Martinique à lui verser la somme de 1 517,67 euros au titre de " pénalités de droit public ", qui seraient dues en application de l'article 4.5 du cahier des clauses administratives particulières, doivent être rejetées.
7. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède qu'il y a seulement lieu de condamner la collectivité territoriale de Martinique à verser à la société Carso - laboratoire santé environnement hygiène de Lyon les intérêts moratoires portant sur la somme de 13 089,44 euros, dus pour la période du 26 juin 2021 au 17 octobre 2022.
Sur l'appel en garantie formé par la collectivité territoriale de Martinique :
8. Aux termes de l'article 39 de la loi du 28 janvier 2013 portant diverses dispositions d'adaptation de la législation au droit de l'Union européenne en matière économique et financière, dans sa version applicable au litige : " () Les collectivités territoriales, leurs établissements publics et leurs groupements ainsi que les établissements publics de santé sont remboursés par l'Etat, de façon récursoire, de la part des intérêts moratoires versés imputable à un comptable de l'Etat () ".
9. Si la collectivité territoriale de Martinique demande que le comptable public de la direction régionale des finances publiques de la Martinique la garantisse des condamnations prononcées à son encontre, au motif que le retard de paiement est imputable aux manquements du comptable public, qui a rejeté à tort les mandats de paiement, une telle demande de remboursement, à titre récursoire, ne peut être formulée qu'une fois que les intérêts moratoires ont été versés par la collectivité débitrice. Il s'ensuit que les conclusions d'appel en garantie de la collectivité territoriale de Martinique doivent être rejetées.
Sur les conclusions relatives aux frais d'instance :
10. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la collectivité territoriale de Martinique une somme de 1 500 euros à verser à la société requérante sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La collectivité territoriale de Martinique est condamnée à verser à la société Carso - laboratoire santé environnement hygiène de Lyon les intérêts moratoires sur la somme de 13 089,44 euros, pour la période du 26 juin 2021 au 17 octobre 2022.
Article 2 : La collectivité territoriale de Martinique versera une somme de 1 500 euros à la société Carso - laboratoire santé environnement hygiène de Lyon sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à la société Carso - laboratoire santé environnement hygiène de Lyon et à la collectivité territoriale de Martinique.
Délibéré après l'audience du 19 janvier 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Rouland-Boyer, présidente,
M. Phulpin, conseiller,
Mme Monnier-Besombes, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 février 2023.
La rapporteure,
A. BLa présidente,
H. Rouland-Boyer
La greffière,
M. A
La République mande et ordonne au préfet de la Martinique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026