lundi 30 janvier 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de la Martinique |
| Section | Tribunal Administratif de la Martinique |
| N° Dossier | TA102-2200078 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | Juge Unique |
| Avocat requérant | BRUNO |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 14 février 2022, M. C A, représenté par Me Bruno, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 28 décembre 2021 par laquelle le ministre de l'intérieur a invalidé son permis de conduire à la suite de la perte de la totalité de ses points ;
2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur, en application de l'article L. 911-1 du code de justice administrative, de lui restituer son permis de conduire et de reconstituer son capital de points dans un délai de quinze jours ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- sa requête est recevable dès lors qu'il n'est pas en mesure de produire la décision 48SI prononçant l'invalidation de son permis de conduire, celle-ci ne lui ayant pas été notifiée ;
- il n'a pas été destinataire des informations prévues par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route à l'occasion des infractions ayant conduit à un retrait de points commises les 17 novembre 2019 (alcoolémie), 14 novembre 2017 (clignotant), 14 novembre 2017 (inter-distance) et 3 avril 2018 (feu rouge) ;
- il n'a pas été destinataire des décisions de retrait de points intervenues suite à ces quatre mêmes infractions ;
- il a formé le 10 février 2022 une opposition au jugement du tribunal de police de Fort-de-France rendu par défaut le 14 avril 2020 s'agissant de l'infraction de conduite sous un état alcoolique.
Par un mémoire en défense, enregistré le 16 mars 2022, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête de M. A.
Il soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de procédure pénale ;
- le code de la route ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. B en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Après avoir, au cours de l'audience publique, tenue en présence de M. Minin, greffier d'audience, présenté son rapport et entendu les conclusions de M. Lancelot, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. M. C A a fait l'objet d'une décision référencée 48SI, édictée à son encontre par le ministre de l'intérieur le 28 décembre 2021, portant notification d'un retrait de points sur son titre de conduite à la suite d'une infraction commise le 17 novembre 2019 ainsi que de l'ensemble des retraits de points antérieurs, et l'informant de la perte de validité de son permis de conduire pour défaut de point. Dans la présente instance, M. A demande au tribunal administratif d'annuler cette décision et d'enjoindre au ministre de l'intérieur et de l'outre-mer de lui restituer son permis de conduire et de reconstituer le capital de points.
Sur la légalité de la décision attaquée :
En ce qui concerne la réalité de l'infraction du 17 novembre 2019 :
2. En premier lieu, d'une part, l'article L. 223-1 du code de la route dispose : " Le permis de conduire est affecté d'un nombre de points. Celui-ci est réduit de plein droit si le titulaire du permis a commis une infraction pour laquelle cette réduction est prévue. / () La réalité d'une infraction entraînant retrait de points est établie par le paiement d'une amende forfaitaire () ". Le premier alinéa de l'article 529-2 du code de procédure pénale : " Dans le délai prévu par l'article précédent, le contrevenant doit s'acquitter du montant de l'amende forfaitaire, à moins qu'il ne formule dans le même délai une requête tendant à son exonération auprès du service indiqué dans l'avis de contravention. Dans les cas prévus par l'article 529-10, cette requête doit être accompagnée de l'un des documents exigés par cet article. Cette requête est transmise au ministère public ". Le mode d'enregistrement et de contrôle des informations relatives aux infractions au code de la route conduit à considérer que la réalité de l'infraction est établie dans les conditions prévues à l'article L. 223-1 du code de la route dès lors qu'est inscrite, dans le système national des permis de conduire, la mention du paiement de l'amende forfaitaire ou de l'émission du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée, sauf si l'intéressé justifie avoir présenté une requête en exonération dans les quarante-cinq jours de la constatation de l'infraction ou de l'envoi de l'avis de contravention ou formé, dans le délai prévu à l'article 530 du code de procédure pénale, une réclamation ayant entraîné l'annulation du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée.
3. L'article 529-10 du code de procédure pénale prévoit que dans certaines situations, dont celle où se trouvait M. A, la requête en exonération ou la réclamation doit être accompagnée " d'un document démontrant qu'il a été acquitté une consignation préalable d'un montant égal à celui de l'amende forfaitaire dans le cas prévu par le premier alinéa de l'article 529-2, ou à celui de l'amende forfaitaire majorée dans le cas prévu par le deuxième alinéa de l'article 530 ; cette consignation n'est pas assimilable au paiement de l'amende forfaitaire et ne donne pas lieu au retrait des points du permis de conduire prévu par le quatrième alinéa de l'article L. 223-1 du code de la route ". L'article R. 49-18 du même code dispose : " () Si la consignation n'est pas suivie d'une requête en exonération ou d'une réclamation formulée conformément aux dispositions des articles 529-2, 529-10 et 530, elle est considérée comme valant paiement de l'amende forfaitaire ou de l'amende forfaitaire majorée. / Si l'officier du ministère public classe sans suite la contravention, il notifie sa décision à l'auteur de la requête en exonération en l'informant que la consignation lui sera remboursée. / () En cas de condamnation à une peine d'amende ou lorsque le prévenu est déclaré redevable de l'amende en application de l'article L. 121-3 du code de la route, la juridiction de jugement précise dans sa décision le montant de l'amende restant dû après déduction du montant de la consignation. / En cas de décision de relaxe et s'il n'est pas fait application de l'article L. 121-3 du code de la route, la juridiction ordonne le remboursement de la consignation au prévenu. () "
4. En l'espèce, l'infraction de conduite d'un véhicule avec un taux d'alcoolémie compris en 0,25 et 0,4 mg/L d'air expiré constatée par procès-verbal électronique le 17 novembre 2019 a donné lieu à l'émission d'un titre exécutoire d'amende forfaitaire majorée le 14 avril 2020, ainsi qu'en atteste les mentions " AM amende forfaitaire majorée " et " définitive " figurant sur le relevé d'information intégral. Si le requérant produit à l'appui de ses écritures la copie d'un recours en opposition formé le 10 février 2022 et dirigé contre un jugement du tribunal de police de Fort-de-France qui aurait, selon lui, été rendu par défaut à son encontre le 14 avril 2020, celui-ci ne peut être regardé comme constituant une requête en exonération au sens des dispositions citées précédemment des articles 529-2 et 529-10 du code de procédure pénale. Dans ces conditions, la réalité de l'infraction doit être regardée comme établie. Le moyen de la requête ainsi soulevé n'est dès lors pas fondé. Il doit, par suite, être écarté.
En ce qui concerne l'absence de notification des décisions portant retraits de points :
5. Les conditions de la notification au conducteur des retraits de points de son permis de conduire, prévues par les dispositions de l'article L. 223-3 du code de la route, ne conditionnent pas la régularité de la procédure suivie et partant la légalité de ces retraits. Cette notification a pour seul objet de rendre ceux-ci opposables à l'intéressé et de faire courir le délai dont il dispose pour en contester la légalité devant la juridiction administrative. La circonstance que l'administration ne soit pas en mesure d'apporter la preuve que la notification des retraits successifs, effectuée par lettre simple, a bien été reçue par son destinataire, ne saurait lui interdire de constater que le permis a perdu sa validité, dès lors que la décision procédant au retrait des derniers points récapitule les retraits antérieurs et les rend ainsi opposables au conducteur. M. A ne saurait dès lors utilement se prévaloir de ce que divers retraits de points ne lui auraient pas été notifiés avant l'intervention de la décision attaquée constatant la perte de validité de son permis de conduire, qui lui a été régulièrement notifiée le 30 décembre 2021 ainsi que l'établit en défense le ministre de l'intérieur et de l'outre-mer. Le moyen doit, par suite, être écarté comme étant inopérant.
En ce qui concerne le défaut d'information préalable :
6. L'article L. 223-3 du code de la route dispose : " Lorsque l'intéressé est avisé qu'une des infractions entraînant retrait de points a été relevée à son encontre, il est informé des dispositions de l'article L. 223-2, de l'existence d'un traitement automatisé de ces points et de la possibilité pour lui d'exercer le droit d'accès conformément aux articles L. 225-1 à L. 225-9. / Lorsqu'il est fait application de la procédure de l'amende forfaitaire ou de la procédure de composition pénale, l'auteur de l'infraction est informé que le paiement de l'amende ou l'exécution de la composition pénale entraîne le retrait du nombre de points correspondant à l'infraction reprochée, dont la qualification est dûment portée à sa connaissance ; il est également informé de l'existence d'un traitement automatisé de ces points et de la possibilité pour lui d'exercer le droit d'accès () ". L'article R. 223-3 du même code dispose : " I.-Lors de la constatation d'une infraction entraînant retrait de points, l'auteur de celle-ci est informé qu'il encourt un retrait de points si la réalité de l'infraction est établie dans les conditions définies à l'article L. 223-1. / II.-Il est informé également de l'existence d'un traitement automatisé des retraits et reconstitutions de points et de la possibilité pour lui d'accéder aux informations le concernant. Ces mentions figurent sur le document qui lui est remis ou adressé par le service verbalisateur. Le droit d'accès aux informations ci-dessus mentionnées s'exerce dans les conditions fixées par les articles L. 225-1 à L. 225-9 () ".
7. La délivrance, au titulaire du permis de conduire à l'encontre duquel est relevée une infraction donnant lieu à retrait de points, de l'information prévue aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route constitue une garantie essentielle donnée à l'auteur de l'infraction pour lui permettre, avant d'en reconnaître la réalité par le paiement d'une amende forfaitaire ou l'exécution d'une composition pénale, d'en mesurer les conséquences sur la validité de son permis et éventuellement d'en contester la réalité devant le juge pénal. Elle revêt le caractère d'une formalité substantielle et conditionne la régularité de la procédure au terme de laquelle le retrait de points est décidé.
S'agissant des infractions des 3 avril 2018 et 17 novembre 2019 :
8. Le II de l'article R. 49-1 du code de procédure pénale prévoit que le procès-verbal constatant une contravention pouvant donner lieu à une amende forfaitaire " peut être dressé au moyen d'un appareil sécurisé dont les caractéristiques sont fixées par arrêté du garde des sceaux, ministre de la justice, permettant le recours à une signature manuscrite conservée sous forme numérique ". En vertu des dispositions de l'article A. 37-19 du même code, l'appareil électronique sécurisé permet d'enregistrer, pour chaque procès-verbal, d'une part, la signature de l'agent verbalisateur, d'autre part, celle du contrevenant qui est invité à l'apposer " sur une page écran qui lui présente un résumé non modifiable des informations concernant la contravention relevée à son encontre, informations dont il reconnaît ainsi avoir eu connaissance ". Enfin, en vertu des dispositions du II de l'article A. 37-27-2, en cas d'infraction entraînant retrait de points, le résumé non modifiable des informations concernant la contravention relevée précise qu'elle entraîne retrait de points et comporte l'ensemble des éléments mentionnés aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route.
9. Lorsqu'une infraction entraînant retrait de points est constatée au moyen d'un appareil conforme aux dispositions citées ci-dessus, l'agent verbalisateur invite le contrevenant à apposer sa signature sur une page écran où figure l'ensemble des informations exigées par la loi. Dès lors, la signature apposée par l'intéressé et conservé par voie électronique établit que ces informations lui ont été délivrées. La mention certifiée par l'agent selon laquelle le contrevenant a refusé d'apposer sa signature sur la page qui lui était présentée possède la même valeur probante.
10. En l'espèce, il résulte des éléments produits en défense par le ministre de l'intérieur et de l'outre-mer que M. A a, lors des procès-verbaux relatifs aux infractions de non-respect de l'arrêt à un feu rouge fixe ou clignotant, constatée par le biais d'un procès-verbal électronique le 3 avril 2018, et de conduite d'un véhicule avec un taux d'alcoolémie compris en 0,25 et 0,4 mg/L d'air expiré, constatée par procès-verbal électronique le 17 novembre 2019, apposé sa signature sur la page écran mentionnée au point précédent. Dans ces conditions, le requérant doit être regardé comme ayant reçu l'ensemble des informations requises par les dispositions des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route. Les moyens soulevés sur ces points ne sont dès lors pas fondés. Ils doivent, par suite, être écartés.
S'agissant des infractions du 14 novembre 2017 :
11. Il résulte de ce qui a été dit au point 7. que l'information prévue aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route revêt le caractère d'une formalité substantielle et conditionne la régularité de la procédure au terme de laquelle le retrait de points est décidé. Toutefois, lorsque la réalité de l'infraction a été établie par une condamnation devenue définitive prononcée par le juge pénal qui a statué sur tous les éléments de fait et de droit portés à sa connaissance et que l'auteur de l'infraction a ainsi pu la contester, l'omission de cette formalité est sans influence sur la régularité du retrait de points résultant de la condamnation.
12. En l'espèce, il résulte du relevé d'information intégral, en particulier des mentions " 76 décision sans restriction du droit de conduire ", que les infractions de conduite d'un véhicule sans respect de l'inter-distance, constatée par procès-verbal électronique le 14 novembre 2017 à 14h38, et de changement de direction sans avertissement préalable, constatée par procès-verbal électronique le même jour 14 novembre 2017 à 14h50, ont donné lieu à deux condamnations pénales définitives prononcées par le tribunal d'instance ou de police de Bordeaux le 11 décembre 2018. Dans ces conditions, M. A ne peut utilement soutenir qu'il n'a pas bénéficié, à l'occasion de ces deux infractions, de l'information préalable prévue par les dispositions des articles L. 222-3 et R. 222-3 du code de la route. Les moyens ainsi soulevés sont dès lors inopérants. Ils doivent, par suite, être écartés.
13. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à contester la légalité de la décision attaquée 48SI du 28 décembre 2021 prononçant l'invalidation de son permis de conduire. Par suite, les conclusions principales du requérant tendant à son annulation doivent, par suite, être rejetées, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la recevabilité de la requête.
Sur l'injonction :
14. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation, n'implique aucune mesure d'exécution particulière. Par suite, les conclusions à fin d'injonction doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
15. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que M. A demande au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et au ministre de l'intérieur et de l'outre-mer.
Rendue publique par mise à disposition au greffe le 30 janvier 2023.
Le magistrat désigné,
V. BLe greffier,
J-H. Minin
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et de l'outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
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01/06/2026
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01/06/2026