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AccueilJurisprudence administrativeN° TA102-2200122

Tribunal Administratif de la Martinique — Décision N° TA102-2200122

jeudi 4 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de la Martinique
SectionTribunal Administratif de la Martinique
N° DossierTA102-2200122
TypeDécision
Formation1ère Chambre
Avocat requérantKEITA-CAPITOLIN YASMINA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête sommaire et un mémoire complémentaire, enregistrés les 1er mars et 30 novembre 2022, Mme A B, représentée par Me Keïta-Capitolin, doit être regardée comme demandant au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de prononcer la décharge de l'obligation de payer qui lui a été notifiée par quatre saisies administratives à tiers détenteur émises par le comptable public de la direction régionale des finances publiques de la Martinique au mois d'octobre 2021, portant chacune sur la somme de 1 686,55 euros, et procédant d'un titre exécutoire du 13 décembre 2010 relatif à un indu de rémunération ;

2°) de mettre la somme de 3 500 euros à la charge de l'Etat au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- sa requête est recevable ;

- la décision est insuffisamment motivée ;

- les saisies administratives à tiers détenteur sont infondées, dans la mesure où sa dette a déjà été apurée par une cession sur salaire en 2010 et des saisies administratives à tiers détenteur opérées en 2015 ;

- l'administration fiscale ne pouvait légalement imputer la somme récupérée en exécution de la saisie administrative à tiers détenteur à une autre imposition.

La procédure a été régulièrement communiquée au directeur régional des finances publiques de la Martinique, à la rectrice de l'académie de Martinique et à la rectrice de l'académie de Guadeloupe, qui n'ont pas produit de mémoire malgré la mise en demeure qui leur a été adressée respectivement le 16 février 2023 et le 3 avril 2023.

Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de ce qu'il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions tendant à la décharge de la somme de 4 027,66 euros, dès lors que cette somme a été remboursée à Mme B le 29 avril 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Monnier-Besombes,

- les conclusions de M. Lancelot, rapporteur public,

- et les observations de Me Keïta-Capitolin, représentant Mme B.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, professeure des écoles, a été destinataire de quatre saisies administratives à tiers détenteur émises durant le mois d'octobre 2021 par le comptable public de la direction régionale des finances publiques de la Martinique, portant chacune sur la somme de 1 686,55 euros, et procédant d'un titre exécutoire du 13 décembre 2010 relatif à un indu de rémunération. L'intéressée a présenté une réclamation à l'administration fiscale, par un courrier réceptionné le 26 octobre 2021, qui a fait l'objet d'une décision implicite de rejet le 26 décembre 2021. Par la présente requête, Mme B doit être regardée comme demandant au tribunal, dans le dernier état de ses écritures, de prononcer la décharge de l'obligation de payer la somme totale de 6 746,20 euros procédant de ces quatre saisies administratives à tiers détenteur.

Sur l'étendue du litige :

2. Il résulte de l'instruction que le 29 avril 2022, la direction régionale des finances publiques de la Martinique a remboursé à Mme B la somme de 4 027,66 euros, qui avait été recouvrée par trois saisies administratives à tiers détenteur opérées auprès des établissements bancaires de l'intéressée au mois d'octobre 2021, l'une d'elle n'ayant été que partiellement fructueuse. Il s'ensuit que les conclusions de la requête tendant à la décharge de l'obligation de payer la somme de 4 027,66 euros ont, dans cette mesure, perdu leur objet. Il n'y a dès lors plus lieu d'y statuer à concurrence du montant du remboursement accordé, seule la somme de 2 718,54 euros restant en litige.

Sur l'acquiescement aux faits :

3. Aux termes de l'article R. 612-6 du code de justice administrative : " Si malgré une mise en demeure, la partie défenderesse n'a produit aucun mémoire, elle est réputée avoir acquiescé aux faits exposés dans les mémoires du requérant ". Malgré la mise en demeure qui leur a été adressée respectivement les 16 février et 3 avril 2023, le directeur régional des finances publiques de la Martinique, la rectrice de l'académie de Martinique et la rectrice de l'académie de Guadeloupe n'ont pas produit d'observations en défense. Ainsi, ils sont réputés avoir acquiescé aux faits exposés dans la requête. Il appartient toutefois au juge de vérifier que ces faits ne sont pas contredits par l'instruction et qu'aucune règle d'ordre public ne s'oppose à ce qu'il soit donné satisfaction à la requérante. En outre, l'acquiescement aux faits est en lui-même sans conséquence sur la qualification juridique au regard des textes sur lesquels l'administration s'est fondée ou dont la requérante revendique l'application.

Sur les conclusions tendant à la décharge de l'obligation de payer :

4. Il résulte de l'instruction que, à la suite de son changement d'affectation en septembre 2009, Mme B a perçu un indu de rémunération d'un montant de 2 853,55 euros. Il ressort également des bulletins de paye de l'intéressée qu'elle s'est vu prélever la somme de 2 788 euros sur son salaire de janvier 2010 et la somme de 65,55 euros sur celui de février 2010.

5. Un titre de perception a toutefois été émis par la direction régionale des finances publiques de la Martinique le 13 décembre 2010 pour répéter ce même indu de rémunération, pour un montant de 2 853,55 euros. L'intéressée a ainsi été destinataire d'une saisie administrative à tiers détenteur effectuée auprès de son employeur le 25 mars 2015, permettant le recouvrement forcé, sur la rémunération de Mme B, de la somme de 1 167 euros. Le comptable public de la direction régionale des finances publiques de la Martinique, estimant que l'intéressée demeurait redevable de la somme de 1 686,55 euros, a émis quatre saisies administratives à tiers détenteur en octobre 2021, portant chacune sur la somme de 1 686,55 euros. Compte tenu de ces quatre actes de poursuite simultanés, une somme totale de 6 746,20 euros a ainsi été mise à la charge de Mme B, qui n'a néanmoins conduit qu'au prélèvement de la somme de 5 714,21 euros, l'une des saisies n'ayant été que partiellement fructueuse. Ce procédé ayant nécessairement abouti à un excédent de versement, la somme de 4 027,66 euros a finalement été remboursée à l'intéressée le 29 avril 2022.

6. Dans la mesure où Mme B expose sans être aucunement contestée que l'indu de rémunération a été soldé dès le mois de février 2010, celle-ci ayant effectivement fait l'objet de retenues sur traitement pour le montant exact de 2 853,55 euros, il en résulte qu'avant même l'émission du titre de perception du 13 décembre 2010, la requérante n'était déjà redevable d'aucune dette envers le rectorat, le trop-perçu ayant été prélevé en totalité sur sa rémunération. La requérante est, dès lors, fondée à soutenir que l'administration fiscale a commis une erreur dans le calcul du montant de sa dette, compte tenu des paiements effectués, et qu'elle a ainsi illégalement procédé au recouvrement de l'indu par l'émission des actes de poursuite contestés.

7. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que Mme B est fondée à demander la décharge de l'obligation de payer la somme de 2 718,54 euros procédant des saisies administratives à tiers détenteur émises par le comptable public au mois d'octobre 2021.

Sur les conclusions relatives aux frais d'instance :

8. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à Mme B au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions de la requête à concurrence de la somme de 4 027,66 euros.

Article 2 : Mme B est déchargée de l'obligation de payer la somme de 2 718,54 euros.

Article 3 : L'Etat versera une somme de 1 500 euros à Mme B en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B, au directeur régional des finances publiques de la Martinique, à la rectrice de l'académie de Martinique et à la rectrice de l'académie de Guadeloupe.

Délibéré après l'audience du 20 avril 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Rouland-Boyer, présidente,

M. de Palmaert, premier conseiller,

Mme Monnier-Besombes, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 mai 2023.

La rapporteure,

A. Monnier-BesombesLa présidente,

H. Rouland-Boyer

Le greffier,

J.-H. Minin

La République mande et ordonne au ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse et au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui les concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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