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AccueilJurisprudence administrativeN° TA102-2200153

Tribunal Administratif de la Martinique — Décision N° TA102-2200153

vendredi 4 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de la Martinique
SectionTribunal Administratif de la Martinique
N° DossierTA102-2200153
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Avocat requérantJURISCARIB

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires complémentaires, enregistrés le 9 mars 2022, le 16 mars 2022, le 5 avril 2022 et le 19 avril 2022, la société Orange, représentée par Me Palmier, demande au juge des référés :

1°) de condamner la commune de Macouba à lui verser à titre de provision, une somme de 10 376,31 € TTC majorée des intérêts moratoires et de leur capitalisation à compter de l'enregistrement de la présente requête ainsi qu'une somme de 960 euros pour indemnité forfaitaire de recouvrement, en application de l'article R. 541-1 du code de justice administrative ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Macouba une somme de 2 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la requête recevable dès lors que le contentieux a été lié et que la société n'est pas tenue par la présentation d'un mémoire en réclamation ni par des délais de recours ;

- en application des dispositions des articles L. 225-51-1 et L. 225-56 du code du commerce, le représentant légal d'une société anonyme est habilité à ester en justice, sans avoir à justifier d'une délibération du conseil d'administration ;

- l'obligation est non sérieusement contestable dès lors que les prestations ont été commandées par la commune, que ni leur exécution ni leur montant ne sont contestés par la personne publique et que les factures sont arrivées à échéance ;

- en l'absence de production des contrats de prestations " voix ", le paiement est dû sur le fondement de l'enrichissement sans cause dès lors que la commune ne conteste pas sérieusement avoir bénéficié de ces prestations ;

- en vertu des dispositions des articles R. 2192-31, R. 2192-32 et D. 2192-35 du code de la commande publique, les intérêts moratoires courent à compter de la date d'échéance de paiement de chaque facture non réglée ;

- pour les factures réclamées et réglées, les intérêts moratoires échus restent dus ;

- Au titre de vingt-quatre factures dont le paiement a été réclamé, la commune doit lui verser 960 euros de frais forfaitaires de recouvrement.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 25 mars 2022 et le 10 avril 2022, la commune de Macouba, représentée par Me Nicolas, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 4 000 euros soit mise à la charge de la société Orange sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- la requête est irrecevable dès lors qu'il appartient au représentant d'une personne morale de produire l'habilitation en justice délivrée par l'organe délibérant ;

- l'obligation est sérieusement contestable à défaut de convention et en présence de factures établies au nom d'un tiers, la commune ne pouvant être condamnée à payer des sommes qu'elle ne doit pas.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code civil ;

- le code du commerce ;

- le code des marchés publics. ;

- la loi n° 2001-1168 du 11 décembre 2001 portant mesures urgentes de réformes à caractère économique et financier ;

- décret n° 2002-232 du 21 février 2002 relatif à la mise en œuvre du délai maximum de paiement dans les marchés publics ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. La société Orange s'est vu confier plusieurs prestations de services d'abonnement de téléphonie et d'accès à internet pour les besoins de la commune de Macouba. En dépit de plusieurs courriers de relance et de mises en demeure, dont la dernière en date du 1er octobre 2021 a été notifiée le 5 octobre 2021, la commune ne s'est pas acquittée de la totalité des factures. La société Orange demande au juge des référés de condamner la commune de Macouba à lui verser une somme provisionnelle d'un montant 10 376,31 euros, toutes charges comprises, majorée des intérêts moratoires contractuels et de leur capitalisation. Elle demande, en outre, le versement d'une provision d'un montant de 960 euros correspondant à l'indemnité forfaitaire de recouvrement, en application de l'article R. 541-1 du code de justice administrative.

2. Aux termes de l'article R. 541-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, même en l'absence d'une demande au fond, accorder une provision au créancier qui l'a saisi lorsque l'existence de l'obligation n'est pas sérieusement contestable. Il peut, même d'office, subordonner le versement de la provision à la constitution d'une garantie. ". Il résulte de ces dispositions que, pour regarder une obligation comme non sérieusement contestable, il appartient au juge des référés de s'assurer que les éléments qui lui sont soumis par les parties sont de nature à en établir l'existence avec un degré suffisant de certitude. Dans ce cas, le montant de la provision que peut allouer le juge des référés n'a d'autre limite que celle résultant du caractère non sérieusement contestable de l'obligation dont les parties font état. En cas de nullité d'un contrat ou en l'absence de contrat, un fournisseur peut prétendre, sur un terrain quasi-contractuel, au remboursement de celles de ses dépenses qui ont été utiles à la collectivité envers laquelle il s'était engagé. Les fautes éventuellement commises par l'intéressé sont sans incidence sur son droit à indemnisation au titre de l'enrichissement sans cause de la collectivité, sauf si elles ont été de nature à vicier le consentement de l'administration, ce qui fait obstacle à l'exercice d'une telle action.

Sur la fin de non-recevoir opposée par la commune de Macouba

3. Aux termes de l'article L. 225-56 du code du commerce : " I. - Le directeur général est investi des pouvoirs les plus étendus pour agir en toute circonstance au nom de la société. Il exerce ces pouvoirs dans la limite de l'objet social et sous réserve de ceux que la loi attribue expressément aux assemblées d'actionnaires et au conseil d'administration () ". En l'espèce, la requête a été introduite par la société Orange, société anonyme, laquelle est représentée par un avocat, cru sur sa robe, qui indique avoir été mandaté par le représentant légal de la société requérante. En outre, il résulte de l'instruction, et notamment des statuts de la société que le directeur général " est investi des pouvoirs les plus étendus pour agir en toute circonstance au nom de la société ". Ces statuts donnent ainsi compétence au directeur général pour représenter la société Orange dans ses rapports avec les tiers. Par suite, la fin de non-recevoir opposée par la commune de Macouba, tirée de ce que la requête ne serait pas présentée par une personne ayant qualité pour ce faire, doit être écartée.

Sur les créances principales :

4. Il résulte de l'instruction que, malgré de multiples mises en demeure de payer, plusieurs factures émises par la société Orange sont demeurées impayées par la commune de Macouba. Les factures n° 168828, 168829, 168830, 168831, 168832 et 168833 ont pour objet plusieurs types de prestations pour lesquelles les contrats relatifs aux abonnements " intranet " et " business internet office " sont produits au dossier. Le bon de commande relatif à l'option de maintenance du service " e-diatonis ", objet de la facture n° 2192500353080 est également versé au dossier. Par ailleurs, contrairement à ce qui est soutenu en défense, l'ensemble de ces factures est adressé au nom de la commune de Macouba, qui ne conteste pas utilement ni avoir bénéficié des services correspondants, ni avoir réceptionné les factures. Enfin, il ressort des factures ainsi présentées par la société requérante que le montant total des prestations " intranet ", " business internet office " dont a bénéficié la collectivité à ce titre s'élève, pour chaque facture à 1 166,38 euros, la société ayant toutefois limité ses prétentions à la somme de 864,97 euros s'agissant de la facture n°168830. Par ailleurs si la maintenance " e-diatonis " a été facturée 471,74 euros, la société Orange ne sollicite dans ses écritures que le versement de la somme de 424,76 euros. Dans ces conditions, l'existence de l'obligation de paiement d'un montant total de 7 121,63 euros n'est pas sérieusement contestable au sens de l'article R. 541-1 du code de justice administrative.

5. En revanche, il résulte de l'instruction que la société requérante n'établit pas l'existence d'un contrat relatif à la prestation " corporate " ni celle de contrats ayant pour objet les prestations de téléphonie " Forfait 2h de communications voix " et " voix unmanaged ". Si ces prestations sont mentionnées pour certaines sur les factures mentionnées au point 4 ou, pour les autres, font l'objet des factures spécifiques n° 260152154, 261147236, 252355500, 253549320, 254609599, 255708023, 257942559, 252316421, 262347730 et 264649267 versées au dossier, les seules mentions de ces factures indiquant la nature de la prestation, sans même détailler en ce qui concerne celles relatives aux dépassements de forfait, les consommations téléphoniques de la commune, ne permettent pas d'établir la réalité et l'utilité des prestations de téléphonie pour la commune de Macouba et ce en dépit de la circonstance que certaines prestations relevant de ces services auraient été réglées par la commune au titre de périodes antérieures. Par suite, la provision sollicitée par la société Orange à raison de ces prestations, y compris au titre de la théorie de l'enrichissement injustifié, ne peut être regardée comme constituant une obligation non sérieusement contestable au sens de l'article R. 541-1 du code de justice administrative.

Sur les intérêts moratoires et leur capitalisation

6. Aux termes de l'article 98 du code des marchés publics applicable au litige : " Le délai global de paiement d'un marché public ne peut excéder : () / 2° 45 jours pour les collectivités territoriales et les établissements publics locaux autres que ceux mentionnés au 3° ; () / Le dépassement du délai de paiement ouvre de plein droit et sans autre formalité, pour le titulaire du marché ou le sous-traitant, le bénéfice d'intérêts moratoires, à compter du jour suivant l'expiration du délai. () ". En vertu de l'article 1er du décret n° 2002-232 du 21 février 2002 dans sa version applicable au cas d'espèce : " I.- Le point de départ du délai global de paiement prévu aux articles 54 et 55 de la loi du 15 mai 2001 susvisée et à l'article 98 du code des marchés publics est la date de réception de la demande de paiement par les services de la personne publique contractante ou, si le marché le prévoit, par le maître d'œuvre ou tout autre prestataire habilité à cet effet. () ". L'article 5 du même décret dispose : " I.- Le défaut de paiement dans les délais prévus par l'article 98 du code des marchés publics fait courir de plein droit, et sans autre formalité, des intérêts moratoires au bénéfice du titulaire ou du sous-traitant payé directement. / Les intérêts moratoires courent à partir du jour suivant l'expiration du délai global jusqu'à la date de mise en paiement du principal incluse. ".

7. En application des dispositions citées au point 6, la société Orange a droit aux intérêts moratoires sur la somme de 7 121,63 euros restée impayée au-delà d'un délai de quarante-cinq jours à compter de la date de réception de la demande de paiement de chacune des factures jusqu'à la date effective de paiement. En outre, la capitalisation des intérêts a été demandée le 9 mars 2022, date d'introduction de la présente requête. A cette date, il était dû au moins une année d'intérêts. Dès lors, il y a lieu de faire droit à cette demande conformément aux dispositions de l'article 1343-2 du code civil, puis à chaque échéance annuelle.

Sur les frais de recouvrement

8. Aux termes de l'article 40 de la loi n° 2013-100 du 28 janvier 2013 : " Le retard de paiement donne lieu, de plein droit et sans autre formalité, au versement d'une indemnité forfaitaire pour frais de recouvrement, dont le montant est fixé par décret. () ". Aux termes de l'article 9 du décret n° 2013-269 du 29 mars 2013 : " Le montant de l'indemnité forfaitaire pour frais de recouvrement est fixé à 40 euros ". Toutefois, l'article 21 du même décret précise que : " Le présent décret entre en vigueur le premier jour du deuxième mois suivant sa publication. Ses dispositions s'appliquent aux contrats conclus à compter du 16 mars 2013 pour les créances dont le délai de paiement a commencé à courir à compter de la date d'entrée en vigueur du présent décret. ". En l'espèce, les contrats en cause ont été conclus antérieurement à la date du 16 mars 2013. Par conséquent, il y a lieu de rejeter les conclusions tendant au versement, à titre de provision, de l'indemnité forfaitaire de recouvrement.

Sur les frais d'instance

9. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation ".

10. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de la commune de Macouba, la somme de 1 500 euros au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. En revanche, les conclusions présentées par la commune de Macouba sur ce même fondement ne peuvent qu'être rejetées.

O R D O N N E :

Article 1er : La commune de Macouba est condamnée à verser à la société Orange une provision d'un montant de 7 121,63 euros assortie des intérêts moratoires à compter du quarante-cinquième jour à compter de la réception de la demande de paiement de chacune des factures jusqu'à la date de leur paiement effectif. Les intérêts seront capitalisés à compter d'une année suivant la date de réception de la demande de paiement, à chaque échéance annuelle.

Article 2 : La commune de Macouba versera à la société Orange la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'articles L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la société Orange est rejeté.

Article 4 : Les conclusions présentées par la commune de Macouba sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à la société Orange et à la commune de Macouba.

Fait à Schœlcher, le 4 novembre 2022.

La présidente, juge des référés,

H. Rouland-Boyer

La République mande et ordonne au préfet de la Martinique, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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