jeudi 9 mars 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de la Martinique |
| Section | Tribunal Administratif de la Martinique |
| N° Dossier | TA102-2200252 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | CABINET CASSEL |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 22 avril 2022 et le 7 décembre 2022, le Fonds de garantie des victimes d'actes de terrorisme et d'autres infractions (FGTI), représenté par le cabinet Cassel, demande au tribunal :
1°) de condamner la commune de Fort-de-France à lui rembourser la somme de 53 717,75 euros, assortie des intérêts au taux légal, qu'elle a versée à Mme B A, agente de la commune de Fort-de-France, en indemnisation des préjudices résultant de l'agression qu'elle a subie en service le 13 mai 2014 ;
2°) de mettre à la charge de la commune de Fort-de-France la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- subrogé dans les droits de la victime, il est en droit d'obtenir le remboursement par la commune de Fort-de-France des sommes versées à Mme A, sur le fondement des dispositions combinées de l'article 11 de la loi du 13 juillet 1983 et de l'article 706-11 du code de procédure pénale ;
- les indemnités versées à Mme A ne sont pas manifestement excessives et les préjudices indemnisés par le juge judiciaire dans le cadre de la commission d'indemnisation des victimes d'infractions (CIVI) sont identiques à ceux dont le juge administratif a habituellement à connaître.
Par un mémoire en défense, enregistré le 14 septembre 2022, la commune de Fort-de-France, représentée par Me Nicolas, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge du Fonds de garantie des victimes d'actes de terrorisme et d'autres infractions les dépens ainsi qu'une somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de procédure pénale ;
- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus, au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. de Palmaert,
- les conclusions de M. Lancelot, rapporteur public,
- et les observations de Me Nicolas, représentant la commune de Fort-de-France.
Considérant ce qui suit :
1. Par un jugement du 17 septembre 2014, le tribunal correctionnel de Fort-de-France a reconnu coupable et condamné M. C pour blessures involontaires et outrage à une personne chargée d'une mission de service public. Par une décision du 20 mai 2021, la commission d'indemnisation des victimes d'infractions (CIVI) a alloué à Mme A, victime de cette agression, les sommes de 8 173,75 euros au titre du déficit fonctionnel temporaire, 12 800 euros au titre du déficit fonctionnel permanent, 10 000 euros au titre des souffrances endurées, 500 euros au titre du préjudice esthétique, 10 000 euros au titre de l'incidence professionnelle, 8 824 euros au titre de l'assistance à tierce personne antérieurement à la consolidation, et 1 920 euros au titre de frais d'expertise, soit une somme totale de 52 217,75 euros à laquelle s'ajoute la somme de 1 500 euros au titre des frais de procédure devant la CIVI. Par un courrier du 31 décembre 2021, le Fonds de garantie des victimes d'actes de terrorisme et d'autres infractions (FGTI) a demandé à la commune de Fort-de-France le remboursement de la somme de 53 717,75 euros. Du silence gardé par l'administration est née une décision implicite de rejet. Par la présente requête, le FGTI demande au tribunal la condamnation de la commune de Fort-de-France à lui verser la somme de 53 717,75 euros.
Sur le principe de la subrogation :
2. D'une part, en vertu des articles 706-3 et 706-4 du code de procédure pénale, toute personne ayant subi un préjudice résultant de faits volontaires ou non qui présentent le caractère matériel d'une infraction peut, lorsque certaines conditions sont réunies, obtenir la réparation intégrale des dommages qui résultent des atteintes à la personne auprès d'une commission d'indemnisation des victimes d'infractions, juridiction civile instituée dans le ressort de chaque tribunal judiciaire qui peut rendre sa décision avant qu'il soit statué sur l'action publique ou sur les intérêts civils. L'indemnité accordée par la commission d'indemnisation des victimes d'infractions est versée par le Fonds de garantie des victimes des actes de terrorisme et d'autres infractions. Aux termes du premier alinéa de l'article 706-11 du code de procédure pénale : " Le fonds est subrogé dans les droits de la victime pour obtenir des personnes responsables du dommage causé par l'infraction ou tenues à un titre quelconque d'en assurer la réparation totale ou partielle le remboursement de l'indemnité ou de la provision versée par lui, dans la limite du montant des réparations à la charge desdites personnes ".
3. D'autre part, aux termes de l'article 11 de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires alors en vigueur : " Les fonctionnaires bénéficient, à l'occasion de leurs fonctions et conformément aux règles fixées par le code pénal et les lois spéciales, d'une protection organisée par la collectivité publique qui les emploie à la date des faits en cause ou des faits ayant été imputés de façon diffamatoire au fonctionnaire. () / La collectivité publique est tenue de protéger les fonctionnaires contre les menaces, violences, voies de fait, injures, diffamations ou outrages dont ils pourraient être victimes à l'occasion de leurs fonctions, et de réparer, le cas échéant, le préjudice qui en est résulté. () / La collectivité publique est subrogée aux droits de la victime pour obtenir des auteurs des menaces ou attaques la restitution des sommes versées au fonctionnaire intéressé. Elle dispose, en outre, aux mêmes fins, d'une action directe qu'elle peut exercer au besoin par voie de constitution de partie civile devant la juridiction pénale. () ".
4. Il résulte de la combinaison des dispositions précitées que la collectivité publique dont dépend un agent victime de violences dans le cadre de ses fonctions, dès lors qu'elle est tenue, au titre de la protection instituée par l'article 11 de la loi du 13 juillet 1983, de réparer le préjudice résultant de ces violences, est au nombre des personnes à qui le Fonds de garantie des victimes des actes de terrorisme et d'autres infractions peut réclamer le remboursement de l'indemnité ou de la provision qu'il a versée à cet agent à raison des mêmes violences, dans la limite du montant à la charge de cette collectivité. Si la collectivité publique ne se substitue pas, pour le paiement des dommages et intérêts accordés par une décision de justice, à l'auteur des faits à l'origine du dommage, il lui incombe toutefois d'assurer la juste réparation du préjudice subi par l'agent.
5. En l'espèce, il résulte de l'instruction que Mme A, agente de la commune de Fort-de-France, a été agressée et blessée le 13 mai 2014, alors qu'elle se trouvait avec une collègue sur la voie publique en train de verbaliser une camionnette stationnée de façon irrégulière. Si la commune fait valoir en défense qu'il n'est pas établi que Mme A relevait des effectifs de la police municipale, cette circonstance est manifestement sans incidence sur l'obligation pouvant être mise à sa charge dès lors que le principe de protection prévu par l'article 11 de la loi du 13 juillet 1983 bénéficie à tous les fonctionnaires. La commune ne peut davantage sérieusement soutenir qu'il n'est pas établi que l'intéressée se trouvait alors en service, la preuve contraire, au demeurant improbable, lui incombant en sa qualité d'employeur. Par ailleurs, la circonstance que Mme A ne s'est pas portée partie civile dans la procédure pénale contre son agresseur ne faisait pas obstacle à ce qu'elle présente une demande d'indemnisation auprès de la commission d'indemnisation des victimes d'infractions. Enfin, s'il est vrai que M. C a été condamné par le juge pénal pour blessures involontaires, il a également été condamné pour outrage à une personne chargée d'une mission de service public, de sorte qu'il s'est rendu coupable de violences volontaires qui entrent dans le champ d'application du régime de la protection fonctionnelle prévue à l'article 11 de la loi du 13 juillet 1983.
6. Il résulte de ce qui précède que le FGTI, qui a versé sur le fondement des dispositions précitées du code de procédure pénale la somme de 52 217,75 euros à Mme A, est ainsi subrogé dans les droits de cette victime, dans la limite de cette somme.
Sur l'étendue des droits du Fonds de garantie des victimes d'actes de terrorisme et d'autres infractions :
7. La nature et l'étendue des réparations incombant à une collectivité publique ne dépendent pas de l'évaluation du dommage faite par l'autorité judiciaire dans un litige auquel cette collectivité n'a pas été partie, mais doivent être déterminées par le juge administratif compte tenu des règles relatives à la responsabilité des personnes morales de droit public.
En ce qui concerne les préjudices patrimoniaux de Mme A :
S'agissant des frais d'assistance d'une tierce personne :
8. Il résulte de l'instruction que Mme A a eu besoin de l'assistance d'une tierce personne sur une période de 63 semaines, du 14 mai 2014 au 31 juillet 2015, à raison de 8 à 11 heures d'assistance par semaine. Le montant de 8 824 euros qui lui a été alloué par la CIVI au titre de ce chef de préjudice, correspondant à un taux d'environ 15 euros par jour, caractérise une juste appréciation de ce chef de préjudice. Par suite, il y a lieu de condamner la commune de Fort-de-France à verser au FGTI la somme de 8 824 euros.
S'agissant de l'incidence professionnelle :
9. Agente de surveillance de la voie publique, âgée de 43 ans au jour de son agression, Mme A ne peut plus porter de charges lourdes et ne peut plus réguler la circulation aux abords des établissements scolaires. Il ne résulte toutefois pas de l'instruction que les dommages corporels subis par Mme A aient significativement porté atteinte aux conditions d'exercice de ses fonctions ou à son évolution de carrière. Par suite, il sera fait une juste appréciation de son préjudice relatif à l'incidence professionnelle en condamnant la commune de Fort-de-France à verser au FGTI la somme de 2 000 euros.
S'agissant des frais d'assistance à expertise :
10. Il résulte de l'instruction que la somme de 1 920 euros, correspondant à une facture d'honoraires d'un médecin au titre d'une mission d'assistance à l'expertise, a été prise en charge par Mme A et indemnisée par la CIVI pour ce montant. Par suite, et alors que la collectivité ne démontre pas en défense que cette mission ne présentait pas un caractère utile, il y a lieu de condamner la commune de Fort-de-France à verser cette même somme au FGTI.
En ce qui concerne les préjudices extra-patrimoniaux de Mme A :
S'agissant du déficit fonctionnel temporaire :
11. Il ressort du rapport d'expertise que le déficit fonctionnel temporaire de Mme A a été de 100 % le 13 mai 2014, puis de 50 % jusqu'au 31 mai 2014, de 35 % jusqu'au 31 juillet 2014, de 50 % jusqu'au 31 janvier 2015, de 35 % jusqu'au 31 juillet 2015, et enfin de 15 % jusqu'à la consolidation le 11 mars 2018. Cette période de 1 394 jours, indemnisée à raison d'un taux journalier de 15 euros, porte le montant d'indemnisation à 4 919,25 euros. Il sera ainsi fait une juste appréciation de ce chef de préjudice en condamnant la commune de Fort-de-France à verser au FGTI cette somme de 4 919,25 euros.
S'agissant des souffrances endurées :
12. Il résulte de l'instruction que Mme A a enduré des souffrances physiques et morales caractérisées par une atteinte particulièrement douloureuse à l'épaule droite, par le suivi d'une centaine de séances de kinésithérapie et le suivi de séances de psychothérapie. II sera fait une juste appréciation des souffrances endurées par Mme A en condamnant la commune de Fort-de-France à verser au FGTI la somme de 6 000 euros.
S'agissant du préjudice esthétique temporaire :
13. Il résulte de l'instruction que Mme A a dû porter une écharpe au membre supérieur droit pendant 18 jours en mai 2014. Il sera fait une juste appréciation de son préjudice esthétique temporaire en condamnant la commune de Fort-de-France à verser au FGTI la somme de 500 euros.
S'agissant du déficit fonctionnel permanent :
14. Il résulte de l'instruction que le rapport d'expertise retient un taux de déficit fonctionnel permanent de 8 % pour la victime âgée de 48 ans au jour de la consolidation. Il sera fait une juste appréciation de ce chef de préjudice en condamnant la commune de Fort-de-France à verser au FGTI la somme de 10 000 euros.
En ce qui concerne les frais d'instance devant la CIVI :
15. Les frais et dépens qu'a définitivement supportés une personne en raison d'une instance judiciaire dans laquelle elle était partie, sont au nombre des préjudices dont elle peut obtenir réparation devant le juge administratif de la part de l'auteur du dommage ou le débiteur d'indemnisation, sauf dans le cas ou` ces frais et dépens sont supportés en raison d'une procédure qui n'a pas de lien de causalité´ directe avec le fait de cet auteur. Par suite, le FGTI a droit au remboursement de la somme mise à sa charge par la CIVI au titre de l'article 700 du code de procédure civile, le montant de cette somme s'élevant à 1 500 euros.
16. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que le Fonds de garantie des victimes des actes de terrorisme et d'autres infractions est fondé à solliciter la condamnation de la commune de Fort-de-France à lui verser la somme de 35 663,25 euros.
Sur les intérêts :
17. le Fonds de garantie des victimes d'actes de terrorisme et d'autres infractions a droit aux intérêts au taux légal correspondant à l'indemnité de 35 663,25 euros à compter du 5 janvier 2022, date de réception de sa demande préalable par la commune de Fort-de-France.
Sur les frais liés au litige :
18. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge du Fonds de garantie des victimes d'actes de terrorisme et d'autres infractions, qui n'a pas la qualité de partie perdante dans la présente instance, la somme demandée par la commune de Fort-de-France au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de la commune de Fort-de-France la somme de 1 500 euros au titre des mêmes dispositions.
D E C I D E :
Article 1er : La commune de Fort-de-France versera au Fonds de garantie des victimes d'actes de terrorisme et d'autres infractions la somme de 35 663,25 euros, assortie des intérêts au taux légal à compter du 5 janvier 2022.
Article 2 : La commune de Fort-de-France versera au Fonds de garantie des victimes d'actes de terrorisme et d'autres infractions la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Les conclusions présentées par la commune de Fort-de-France au titre des articles L. 761-1 et R. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié au Fonds de garantie des victimes d'actes de terrorisme et d'autres infractions et à la commune de Fort-de-France.
Délibéré après l'audience du 16 février 2023, à laquelle siégeaient :
- Mme Rouland-Boyer, présidente,
- M. de Palmaert, premier conseiller,
- M. Phulpin, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 mars 2023.
Le rapporteur,
S. de Palmaert
La présidente,
Mme E
Le greffier,
J-H. Minin
La République mande et ordonne au préfet de la Martinique en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026