jeudi 4 mai 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de la Martinique |
| Section | Tribunal Administratif de la Martinique |
| N° Dossier | TA102-2200326 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | CHALVIN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 30 mai 2022, Mme B A, représentée par Me Chalvin, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision implicite du 21 mai 2022 par laquelle le centre hospitalier universitaire de Martinique a refusé de lui communiquer des documents administratifs relatifs à la fin de son contrat de travail ;
2°) d'enjoindre au centre hospitalier universitaire de Martinique de lui communiquer la décision refusant de prolonger son contrat de travail, la décision du comité médical, ses bulletins de paie des mois de novembre 2021 à février 2022, son certificat de travail, les documents de fin de contrat ainsi que son solde de tout compte, sous astreinte de 500 euros par jour de retard à compter de la notification du jugement à intervenir ;
3°) d'enjoindre au centre hospitalier universitaire de Martinique de fixer la date de fin de son contrat de travail au 17 février 2022 ;
4°) de condamner le centre hospitalier universitaire de Martinique à lui verser la somme de 23 233 euros correspondant à la rémunération et aux indemnités qui lui sont dues, ainsi que la somme de 5 014,28 euros correspondant à l'indemnité de précarité, assortie des intérêts au taux légal à compter du 14 mars 2022 et capitalisation de ces intérêts, et enfin la somme de 10 000 euros en réparation de son préjudice, le tout sous astreinte de 500 euros par jour de retard ;
5°) de mettre la somme de 3 000 euros à la charge du centre hospitalier universitaire de Martinique au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- elle est fondée à demander la communication de ses documents de fin de contrat ;
- elle a droit au paiement de la somme de 23 233 euros au titre des rémunérations et indemnités qui lui sont dues, ainsi que la somme de 5 014,28 euros au titre de l'indemnité de précarité ;
- le centre hospitalier universitaire de Martinique a commis une faute en maintenant une incertitude sur le non-renouvellement de son contrat de travail et en s'abstenant de lui communiquer les documents de fin de contrat, lui causant ainsi un préjudice moral qui doit être évalué à la somme de 10 000 euros.
La procédure a été régulièrement communiquée au centre hospitalier universitaire de Martinique, qui n'a pas produit de mémoire.
Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur des moyens relevés d'office, tirés de :
- l'irrecevabilité des conclusions relatives à la communication de documents administratifs, faute de saisine préalable par Mme A C d'accès aux documents administratifs, conformément aux dispositions de l'article L. 342-1 du code des relations entre le public et l'administration ;
- l'irrecevabilité des conclusions tendant à enjoindre au centre hospitalier universitaire de Martinique de fixer la date de fin de contrat au 17 février 2022, dans la mesure où, le courrier du 14 mars 2022 ne formulant pas une telle demande, la décision implicite du 21 mai 2022 n'a pas pour objet de rejeter cette demande et les conclusions aux fins d'injonction doivent, dès lors, être regardées comme présentées à titre principal.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de la santé publique ;
- le code du travail ;
- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;
- la loi n° 86-33 du janvier 1986 ;
- le décret n° 91-155 du 6 février 1991 ;
- l'arrêté du 30 avril 2003 relatif à l'organisation et à l'indemnisation de la continuité des soins et de la permanence pharmaceutique dans les établissements publics de santé et dans les établissements publics d'hébergement pour personnes âgées dépendantes ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Monnier-Besombes,
- les conclusions de M. Lancelot, rapporteur public,
- et les observations de Me Chalvin, représentant Mme A.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A, pneumologue, a été recrutée en qualité de praticien contractuel à temps plein, sur le fondement de l'alinéa 4 de l'article R. 6152-402 du code de la santé publique, par un contrat conclu avec le centre hospitalier universitaire de Martinique le 19 mars 2019, courant pour la période du 23 février 2019 au 22 février 2020, prolongée par trois avenants jusqu'au 31 octobre 2021. Par un courrier du 14 mars 2022, Mme A a demandé au centre hospitalier universitaire de Martinique la communication de " documents de fin de contrat " et le versement de la rémunération et de l'indemnité de précarité qu'elle estime lui être dues. Le silence gardé sur cette demande a fait naître une décision implicite de rejet le 21 mai 2022. Par la présente requête, Mme A demande au tribunal d'annuler la décision implicite du 21 mai 2022, d'enjoindre au centre hospitalier universitaire de Martinique de lui communiquer les documents sollicités en fixant au 17 février 2022 la date de fin de son contrat de travail, et de le condamner à lui verser une somme totale de 38 247,28 euros.
Sur les conclusions relatives à la communication de documents administratifs :
2. Aux termes de l'article L. 342-1 du code des relations entre le public et l'administration : " La Commission d'accès aux documents administratifs émet des avis lorsqu'elle est saisie par une personne à qui est opposé un refus de communication ou un refus de publication d'un document administratif en application du titre Ier, un refus de consultation ou de communication des documents d'archives publiques, à l'exception des documents mentionnés au c de l'article L. 211-4 du code du patrimoine et des actes et documents produits ou reçus par les assemblées parlementaires, ou une décision défavorable en matière de réutilisation d'informations publiques. () / La saisine pour avis C est un préalable obligatoire à l'exercice d'un recours contentieux ". Il résulte de ces dispositions que lorsqu'une demande de communication de documents administratifs a été rejetée par une décision explicite ou implicite de l'autorité administrative, ce refus ne peut être déféré directement au juge de l'excès de pouvoir. L'intéressé doit avoir, au préalable, saisi de ce refus la Commission d'accès aux documents administratifs. A défaut de recours administratif préalable devant cette commission, la contestation portée directement devant le juge administratif est irrecevable.
3. Si Mme A demande l'annulation de la décision implicite du 21 mai 2022 par laquelle le centre hospitalier universitaire de Martinique a refusé de lui communiquer ses documents de fin de contrat, il ne ressort d'aucune pièce du dossier qu'elle aurait, préalablement à la présente instance, saisi la Commission d'accès aux documents administratifs d'un refus de communication de ces documents administratifs. Sa requête, qui a été présentée en l'absence d'un tel recours préalable obligatoire, ne peut être régularisée par une saisine C postérieurement à l'introduction de l'instance. Par suite, ses conclusions tendant à ce que le tribunal annule le refus de lui communiquer ses documents de fin de contrat et enjoigne au centre hospitalier universitaire de Martinique de lui communiquer la décision refusant de prolonger son contrat de travail, la décision du comité médical, ses bulletins de paie des mois de novembre 2021 à février 2022, son certificat de travail, les documents de fin de contrat et son solde de tout compte sont irrecevables et doivent, dès lors, être rejetées.
Sur les conclusions tendant à enjoindre au centre hospitalier universitaire de Martinique de fixer la date de fin de son contrat de travail au 17 février 2022 :
4. En dehors des cas expressément prévus par des dispositions législatives particulières, inapplicables en l'espèce, du code de justice administrative, il n'appartient pas au tribunal administratif d'adresser des injonctions à l'administration. Dès lors que le courrier de Mme A du 14 mars 2022 n'avait pas pour objet de demander au centre hospitalier universitaire de Martinique de fixer au 17 février 2022 la date de fin de son contrat, la décision contestée du 21 mai 2022 ne peut être regardée comme rejetant une telle demande. Il s'ensuit que les conclusions de Mme A tendant à ce qu'il soit enjoint au centre hospitalier universitaire de Martinique de fixer au 17 février 2022 la date de fin de son contrat de travail, qui constituent des conclusions présentées à titre principal n'entrant pas dans les prévisions de l'article L. 911-1 du code de justice administrative, sont irrecevables. Elles doivent, par suite, être rejetées.
Sur les conclusions indemnitaires présentées au titre de la faute commise par le centre hospitalier universitaire de Martinique :
5. Aux termes des deux premiers alinéas de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée. / Lorsque la requête tend au paiement d'une somme d'argent, elle n'est recevable qu'après l'intervention de la décision prise par l'administration sur une demande préalablement formée devant elle ". Il résulte de ces dispositions qu'en l'absence d'une décision de l'administration rejetant une demande formée devant elle par le requérant ou pour son compte, une requête tendant au versement d'une somme d'argent est irrecevable et peut être rejetée pour ce motif même si, dans son mémoire en défense, l'administration n'a pas soutenu que cette requête était irrecevable, mais seulement que les conclusions du requérant n'étaient pas fondées. En revanche, les termes du second alinéa de l'article R. 421-1 du code de justice administrative n'impliquent pas que la condition de recevabilité de la requête tenant à l'existence d'une décision de l'administration s'apprécie à la date de son introduction. Cette condition doit être regardée comme remplie si, à la date à laquelle le juge statue, l'administration a pris une décision, expresse ou implicite, sur une demande formée devant elle. Par suite, l'intervention d'une telle décision en cours d'instance régularise la requête, sans qu'il soit nécessaire que le requérant confirme ses conclusions et alors même que l'administration aurait auparavant opposé une fin de non-recevoir fondée sur l'absence de décision.
6. En l'espèce, Mme A sollicite la condamnation du centre hospitalier universitaire de Martinique à lui verser les sommes, d'une part, de 23 233 euros correspondant à la rémunération et aux indemnités qu'elle estime lui être dues ainsi que de 5 014,28 euros au titre de l'indemnité de précarité et, d'autre part, la somme de 10 000 euros en réparation du préjudice qu'elle allègue avoir subi en raison du comportement fautif de l'administration. Toutefois, par son courrier daté du 14 mars 2022 et effectivement reçu par le centre hospitalier universitaire de Martinique le 21 mars 2022 suivant, la requérante s'est bornée à solliciter auprès de sa hiérarchie le versement de rémunérations et de l'indemnité de fin de contrat auxquelles elle estime pouvoir prétendre, sans jamais solliciter l'indemnisation d'un quelconque préjudice. Si, consécutivement à la demande de régularisation qui a été adressée à son conseil le 27 mars 2023 par l'application Télérecours, celle-ci a présenté, le 30 mars suivant, une demande indemnitaire au centre hospitalier universitaire de Martinique tendant à la réparation de son préjudice moral, à la date du présent jugement, aucune décision, ni expresse ni implicite, n'est toutefois intervenue sur cette demande. Dès lors, le contentieux n'étant pas lié, les conclusions indemnitaires de Mme A sont irrecevables et ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les conclusions tendant à la condamnation du centre hospitalier universitaire de Martinique à lui verser les traitements et indemnités qui lui sont dus en exécution de son contrat :
7. En premier lieu, aux termes de l'article R. 6152-802 du code de la santé publique, applicable aux praticiens contractuels : " Les personnels médicaux, pharmaceutiques et odontologistes, régis par les dispositions des sections 1 à 6 du présent chapitre bénéficient d'un compte épargne-temps sous réserve des dispositions des articles R. 6152-14 et R. 6152-211 ". Par ailleurs, l'article R. 6152-803 de ce code dispose que : " Ce compte est ouvert par le chef d'établissement qui informe, chaque début d'année, le praticien titulaire du compte des droits épargnés et consommés au terme de l'année civile écoulée et lui demande de faire connaître, au plus tard le 31 mars, son choix d'utilisation des jours épargnés ". Enfin, aux termes de l'article R. 6152-813 du code : " Lorsqu'un praticien, quelle que soit sa position au regard du statut qui lui est applicable, cesse définitivement d'exercer son activité, les jours accumulés sur son compte épargne-temps doivent être soldés sous forme de congés avant la date de cette cessation. En pareil cas, la direction de l'établissement ne peut s'opposer à sa demande. / Dans le cas où l'impossibilité de solder avant cette date les jours inscrits sur le compte résulte d'un éloignement du service consécutif à un placement en recherche d'affectation, à un congé pour maladie, à une nomination à titre permanent dans un corps de personnels enseignants et hospitaliers ou à des impératifs de continuité ou de permanence des soins attestés par le directeur, les jours inscrits au compte épargne-temps font l'objet d'une indemnisation selon les dispositions fixées par l'article R. 6152-807-3 ".
8. Si Mme A sollicite la condamnation du centre hospitalier universitaire de Martinique à lui verser la somme de 11 000 euros, correspondant à la compensation financière de 37 jours inscrits sur son compte épargne-temps, la requérante, qui s'abstient de produire à l'instance le décompte de son compte épargne-temps, ni d'ailleurs n'allègue être dans l'impossibilité de le produire, n'apporte aucun commencement de preuve en vue d'établir qu'elle bénéficiait réellement des 37 jours qu'elle soutient avoir conservé sur son compte épargne-temps. Dans ces conditions, la demande de Mme A doit nécessairement être rejetée.
9. En deuxième lieu, l'article R. 6152-418-3 du code de la santé publique dispose que : " Le praticien contractuel signataire d'un contrat à durée déterminée conclu sur le fondement de l'article R. 6152-402 a droit : / 1° A des congés annuels dans les conditions prévues par le code du travail ; () ". L'article L. 3141-3 du code du travail dispose que : " Le salarié a droit à un congé de deux jours et demi ouvrables par mois de travail effectif chez le même employeur. / La durée totale du congé exigible ne peut excéder trente jours ouvrables ". En outre, aux termes de l'article R. 6152-419 du code de la santé publique : " En sus des congés annuels qui leur sont accordés dans les conditions définies à l'article R. 6152-418, les praticiens contractuels bénéficient des congés prévus par les 2° et 3° de l'article R. 6152-35, lorsqu'ils exercent leurs fonctions à temps plein () ". Et aux termes de l'article R. 6152-35 du même code : " Les praticiens régis par la présente section ont droit : () / 2° A un congé au titre de la réduction du temps de travail dans les conditions définies à l'article R. 6152-801 ; / 3° A des jours de récupération des périodes de temps de travail additionnel, des astreintes et des déplacements lorsqu'ils n'ont pas fait l'objet d'une indemnisation () ". Enfin, l'article R. 6152-801 de ce code dispose que : " Les personnels médicaux, pharmaceutiques et odontologistes, régis par les dispositions des sections 1 à 6 du présent chapitre bénéficient d'une réduction annuelle de leur temps de travail de 20 jours () ".
10. Mme A n'apporte aucun élément de nature à démontrer qu'elle bénéficiait de 12 jours de congés annuels et 6 jours de récupération de temps de travail, qu'elle n'aurait pas pu prendre avant son placement en congé de maladie ordinaire à compter du 2 septembre 2021. Par suite, la requérante n'est pas fondée à demander la condamnation du centre hospitalier universitaire de Martinique à lui verser la somme de 3 900 euros à ce titre.
11. En troisième lieu, l'article D. 6152-417 du code de la santé publique dispose que : " A la rémunération mentionnée à l'article R. 6152-416, s'ajoutent, le cas échéant, les indemnités suivantes : / 1° Des indemnités de sujétion correspondant au temps de travail accompli, dans le cadre des obligations de service hebdomadaires, la nuit, le samedi après-midi, le dimanche et les jours fériés ; / 2° Des indemnités forfaitaires pour tout temps de travail additionnel accompli, sur la base du volontariat, au-delà des obligations de service hebdomadaires ; / 3° Des indemnités correspondant aux astreintes et aux déplacements auxquels elles peuvent donner lieu ; () ". En outre, aux termes de l'article 4 de l'arrêté du 30 avril 2003 relatif à l'organisation et à l'indemnisation de la continuité des soins et de la permanence pharmaceutique dans les établissements publics de santé et dans les établissements publics d'hébergement pour personnes âgées dépendantes : " Le temps de travail additionnel : () les praticiens attachés associés () peuvent, sur la base du volontariat, assurer des périodes de temps de travail additionnel au-delà de leurs obligations de service dans les conditions fixées par leurs statuts respectifs. (). Des registres de temps travaillé sont établis () / Une période de temps de travail additionnel peut être, au choix du praticien, indemnisée, récupérée ou versée au compte épargne-temps. Dans ces deux derniers cas, elle est comptée pour deux demi-journées. / Ce temps de travail additionnel doit s'effectuer prioritairement dans la structure d'affectation du praticien. Il peut être effectué dans une autre structure, sur la base du volontariat, sous réserve de l'accord du responsable de la structure d'affectation () ". Enfin, aux termes de l'article 21 de cet arrêté : " Les modalités de mandatement des indemnités : / Les mandatements sont présentés au comptable sous forme d'état collectif pour chaque mois et sont accompagnés du tableau mensuel de service visé à l'article 11 ci-dessus, préalablement annoté des modifications qui lui auraient été apportées et arrêté par le directeur de l'établissement comme état des services faits. / Les montants dus au titre des indemnités de sujétion et des indemnités de garde sont versés mensuellement après constatation du nombre de nuits, samedis après-midi, dimanches et jours fériés travaillés. / Les montants dus au titre des indemnités pour temps de travail additionnel sont versés au terme de chaque quadrimestre, après déduction, le cas échéant, des indemnités de sujétion déjà versées pour les mêmes périodes de temps de travail () ".
12. L'allégation selon laquelle la requérante aurait effectué des gardes les 4 et 11 août 2021, pour lesquelles elle n'aurait pas perçu l'indemnité prévue par l'article D. 6152-417 du code de la santé publique, n'est pas établie par les pièces figurant au dossier. La requérante ne produit ainsi pas le moindre commencement de preuve, tel qu'un planning ou un tableau de service. Il s'ensuit que la demande de Mme A, tendant à la condamnation du centre hospitalier universitaire de Martinique à lui verser la somme de 300 euros en rémunération de ces gardes, doit être rejetée.
13. En quatrième lieu, aux termes de l'article R. 6152-418-3 du code de la santé publique précité : " Le praticien contractuel signataire d'un contrat à durée déterminée conclu sur le fondement de l'article R. 6152-402 a droit : () / 2° A des congés de maladie, sur présentation d'un certificat médical, dans la limite d'une durée de six mois consécutifs pendant laquelle l'intéressé perçoit l'intégralité de ses émoluments prévus à l'article R. 6152-416 pendant trois mois puis la moitié pendant les trois mois suivants ; () ". En outre, il ressort de l'article 10 du décret du 6 février 1991 relatif aux dispositions générales applicables aux agents contractuels des établissements mentionnés à l'article 2 de la loi n°86-33 du 9 janvier 1986 modifiée portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique hospitalière, figurant au titre IV du décret, que l'agent contractuel en activité bénéficie, sur présentation d'un certificat médical, de congés de maladie. Enfin, aux termes de l'article 26 du même décret : " L'agent recruté par contrat à durée déterminée ne peut bénéficier des congés prévus aux titres III, IV, V et VI au-delà du terme fixé par son contrat ".
14. Il résulte de l'instruction, et en particulier de l'avenant n°3, daté du 24 mai 2022, que le contrat de recrutement de Mme A a été renouvelé en dernier lieu jusqu'au 31 octobre 2021. Le centre hospitalier universitaire de Martinique n'a, ensuite, pas souhaité prolonger la relation contractuelle. Il est par ailleurs constant que l'intéressée a bénéficié d'arrêts de travail, pour une période continue du 2 septembre 2021 au 17 février 2022. Si les bulletins de salaire et l'attestation d'employeur destinée à Pôle emploi produits par la requérante ne permettent pas de savoir précisément à quoi correspondent les sommes qu'elle a perçues durant son congé de maladie et après la fin de son contrat, il n'est toutefois pas contesté, faute de défense du centre hospitalier universitaire de Martinique, que Mme A remplissait les conditions pour être placée en congé de maladie ordinaire à plein traitement du 2 septembre 2021 au 31 octobre 2021, et qu'elle n'a pas perçu la totalité de sa rémunération sur cette période. Par suite, la requérante est fondée à demander la condamnation du centre hospitalier universitaire de Martinique à lui verser l'intégralité de la rémunération qui lui était due pour la période du 2 septembre 2021 au 31 octobre 2021, déduction faite des sommes qu'elle a déjà perçues. En revanche, dans la mesure où il résulte de ce qui précède que le contrat à durée déterminée a pris fin le 31 octobre 2021, Mme A n'est pas fondée à demander le versement de son traitement au-delà du terme de son contrat.
15. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 1243-8 du code du travail, rendu applicable aux praticiens contractuels en vertu de l'article R. 6152-418 du code de la santé publique : " Lorsque, à l'issue d'un contrat de travail à durée déterminée, les relations contractuelles de travail ne se poursuivent pas par un contrat à durée indéterminée, le salarié a droit, à titre de complément de salaire, à une indemnité de fin de contrat destinée à compenser la précarité de sa situation. / Cette indemnité est égale à 10 % de la rémunération totale brute versée au salarié. / Elle s'ajoute à la rémunération totale brute due au salarié. Elle est versée à l'issue du contrat en même temps que le dernier salaire et figure sur le bulletin de salaire correspondant ". Il résulte de ces dispositions que lorsque, au terme d'un contrat de travail à durée déterminée, la relation de travail n'est pas poursuivie par un contrat à durée indéterminée, le praticien contractuel a droit, à titre de complément de rémunération, à une indemnité de fin de contrat destinée à compenser la précarité de sa situation égale à 10 % de la rémunération brute totale, sauf à se trouver dans l'un des cas énoncés à l'article L.1243-10 du code du travail.
16. Mme A soutient sans être nullement contredite qu'à l'issue du troisième avenant au contrat de travail, le 31 octobre 2021, le centre hospitalier universitaire de Martinique n'a pas souhaité renouveler le contrat. Dans la mesure où il ne résulte pas de l'instruction que la requérante entrait dans les cas pour lesquels l'indemnité de fin de contrat n'est pas due, en application de l'article L. 1243-10 du code du travail, Mme A est fondée à soutenir qu'elle avait droit au versement d'une indemnité de fin de contrat égale à 10 % de la rémunération brute totale qui lui a été versée pendant la durée de son dernier contrat. Or, il ne ressort ni des bulletins de paie produits, ni de l'attestation d'employeur destinée à Pôle emploi, que le centre hospitalier universitaire de Martinique aurait procédé au versement de cette indemnité. Il y a lieu, par suite, de condamner le centre hospitalier universitaire de Martinique à verser à Mme A l'indemnité de fin de contrat prévue par l'article L. 1243-8 du code du travail, au titre du dernier avenant conclu pour la période du 25 juin 2021 au 31 octobre 2021, sous déduction des sommes qu'elle aurait le cas échéant déjà perçues à ce titre.
17. Il résulte de tout ce qui précède que Mme A est fondée à demander la condamnation du centre hospitalier universitaire de Martinique à lui verser son plein traitement pour la période du 2 septembre au 31 octobre 2021, ainsi que l'indemnité de précarité égale à 10 % de la rémunération qui lui a été versée pendant la durée du dernier avenant de son contrat, déduction faite des sommes qu'elles a déjà perçues. Dans la mesure où l'état de l'instruction ne permet pas de déterminer le montant des sommes dues à Mme A, il y a lieu de renvoyer la requérante devant le centre hospitalier universitaire de Martinique pour qu'il soit procédé à la liquidation de sa créance.
18. Il n'y a toutefois pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette condamnation pécuniaire d'une astreinte.
Sur les intérêts moratoires et leur capitalisation :
19. D'une part, aux termes de l'article 1231-6 du code civil : " Les dommages et intérêts dus à raison du retard dans le paiement d'une obligation de somme d'argent consistent dans l'intérêt au taux légal, à compter de la mise en demeure ". Lorsqu'ils ont été demandés, et quelle que soit la date de cette demande, les intérêts moratoires dus en application de l'article 1231-6 du code civil courent à compter du jour où la demande de paiement du principal est parvenue au débiteur. A défaut d'une telle demande préalable, les intérêts moratoires, lorsqu'ils sont demandés dans la requête, courent à compter de cette saisine.
20. D'autre part, l'article 1343-2 du code civil dispose que : " Les intérêts échus, dus au moins pour une année entière, produisent intérêt si le contrat l'a prévu ou si une décision de justice le précise ". Pour l'application de ces dispositions, la capitalisation des intérêts peut être demandée à tout moment devant le juge du fond. Cette demande prend toutefois effet au plus tôt à la date à laquelle elle est enregistrée et pourvu qu'à cette date il s'agisse d'intérêts dus au moins pour une année entière. Le cas échéant, la capitalisation s'accomplit à nouveau à l'expiration de chaque échéance annuelle ultérieure sans qu'il soit besoin de formuler une nouvelle demande.
21. Mme A a droit aux intérêts au taux légal sur la somme qui sera versée par le centre hospitalier universitaire de Martinique au titre de l'indemnité de précarité, à compter du 30 mai 2022, date d'enregistrement de sa requête au greffe du tribunal. En revanche, la capitalisation des intérêts a été demandée pour la première fois par l'intéressée à l'occasion du dépôt de sa requête. A la date du présent jugement, il n'était pas dû une année d'intérêts. Dès lors, conformément aux dispositions de l'article 1343-2 du code civil, il y a lieu de rejeter la demande de capitalisation de ces intérêts.
Sur les conclusions relatives aux frais d'instance :
22. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du centre hospitalier universitaire de Martinique une somme de 1 500 euros à verser à Mme A au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : Le centre hospitalier universitaire de Martinique est condamné à verser à Mme A l'intégralité de la rémunération qui lui est due pour la période du 2 septembre au 31 octobre 2021, ainsi que l'indemnité de précarité égale à 10 % de la rémunération qui lui a été versée du 25 juin au 31 octobre 2021, déduction faite des sommes qu'elle a déjà perçues. La somme due au titre de l'indemnité de précarité est assortie des intérêts au taux légal à compter du 30 mai 2022.
Article 2 : Le centre hospitalier universitaire de Martinique versera une somme de 1 500 euros à Mme A en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au centre hospitalier universitaire de Martinique.
Délibéré après l'audience du 20 avril 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Rouland-Boyer, présidente,
M. de Palmaert, premier conseiller,
Mme Monnier-Besombes, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 mai 2023.
La rapporteure,
A. Monnier-BesombesLa présidente,
H. Rouland-Boyer
Le greffier,
J.-H. Minin
La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
2
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026