jeudi 8 juin 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de la Martinique |
| Section | Tribunal Administratif de la Martinique |
| N° Dossier | TA102-2200345 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | MBOUHOU |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des pièces, enregistrées les 7 juin 2022, 13 juin 2022 et 9 mai 2023, M. A B, représenté par Me Grimaldi, demande au tribunal :
1°) de condamner le service territorial d'incendie et de secours de la Martinique à lui verser la somme de 14 677 euros, somme à parfaire, en réparation du préjudice financier résultant d'un accident de service subi le 7 juin 2021, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement, sous peine d'une astreinte de 200 euros par jour de retard ;
2°) de mettre à la charge du service territorial d'incendie et de secours de la Martinique la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- victime d'un accident de service, il est fondé à réclamer une indemnité complémentaire pour indemniser d'autres chefs de préjudice que ceux déjà pris en charge par son employeur, même en l'absence de faute de celui-ci ;
- le service territorial d'incendie et de secours de la Martinique (STIS) a commis une faute en ne veillant pas à ce que soit effectuée sa visite médicale annuelle, la dernière remontant à l'année 2018 ;
- n'étant pas à jour de ses visites médicales d'aptitude, il aurait dû être retiré de la liste opérationnelle pour un départ en intervention, de sorte que l'accident du 7 juin 2021 n'aurait pas dû se produire ;
- cette faute est de nature à entrainer la responsabilité du STIS qui doit être condamné à lui verser la somme de 7 800 euros, soit 650 euros par mois, au titre des gardes qu'il ne peut plus effectuer, la somme de 5 000 euros au titre de son préjudice moral résultant de sa nouvelle affectation sur un emploi de " stationnaire ", la somme de 1 200 euros, soit 100 euros par mois, au titre du trouble dans ses conditions d'existence, la somme de 500 euros au titre de son préjudice physique et esthétique et la somme de 177 euros au titre de frais afférents à dix séances de kinésithérapie.
Par un mémoire en défense, enregistré le 24 octobre 2022, le service territorial d'incendie et de secours de la Martinique, représenté par Me Mbouhou, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 2 000 euros soit mise à la charge de M. B au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général de la fonction publique ;
- le décret n° 90-850 du 25 septembre 1990 portant dispositions communes à l'ensemble des sapeurs-pompiers professionnels ;
- l'arrêté du 6 mai 2000 fixant les conditions d'aptitude médicale des sapeurs-pompiers professionnels et volontaires et les conditions d'exercice de la médecine professionnelle et préventive au sein des services départementaux d'incendie et de secours ;
- le code de justice administrative.
En application des dispositions de l'article R. 222-17 du code de justice administrative, la présidente du tribunal a désigné M. de Palmaert, premier conseiller, pour exercer temporairement les fonctions de président de chambre.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus, au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. de Palmaert, président-rapporteur,
- les conclusions de M. Lancelot, rapporteur public,
- et les observations de Me Mbouhou pour le service territorial d'incendie et de secours de la Martinique.
Considérant ce qui suit :
1. Sapeur-pompier professionnel, M. B a été victime d'un accident de service en intervention le 7 juin 2021. Il a été placé en congé de maladie durant sept mois, sur la période du 7 juin 2021 au 19 avril 2022. Par un courrier du 15 février 2022, il a présenté une demande indemnitaire tendant à ce que le service territorial d'incendie et de secours (STIS) de la Martinique lui verse la somme de 12 427 euros au titre de divers chefs de préjudice résultant de cet accident de service. Cette demande ayant été implicitement rejetée, M. B demande la condamnation de son employeur à lui verser la somme de 14 677 euros.
Sur les conclusions indemnitaires :
2. D'une part, aux termes de l'article L. 822-21 du code général de la fonction publique : " Le fonctionnaire en activité a droit à un congé pour invalidité temporaire imputable au service lorsque son incapacité temporaire de travail est consécutive à : 1° Un accident imputable au service tel qu'il est défini à l'article L. 822-18 ; () ". Aux termes de l'article L. 822-22 du même code : " Le fonctionnaire bénéficiaire d'un congé pour invalidité temporaire imputable au service conserve l'intégralité de son traitement jusqu'à ce qu'il soit en état de reprendre son service ou jusqu'à sa mise à la retraite ". Aux termes de l'article L. 822-24 du même code : " Le fonctionnaire qui bénéficie d'une reconnaissance d'imputabilité au service d'un accident ou d'une maladie a droit au remboursement des honoraires médicaux et des frais directement entraînés par sa maladie ou son accident ".
3. D'autre part, les dispositions des articles L. 27 et L. 28 du code des pensions civiles et militaires de retraite et celles de l'article 65 de la loi du 11 janvier 1984 qui instituent, en faveur des fonctionnaires victimes d'accidents de service ou de maladies professionnelles, une rente viagère d'invalidité en cas de mise à la retraite et une allocation temporaire d'invalidité en cas de maintien en activité, doivent être regardées comme ayant pour objet de réparer les pertes de revenus et l'incidence professionnelle résultant de l'incapacité physique causée par un accident de service ou une maladie professionnelle. Les dispositions instituant ces prestations déterminent forfaitairement la réparation à laquelle les fonctionnaires concernés peuvent prétendre, au titre de ces chefs de préjudice, dans le cadre de l'obligation qui incombe aux collectivités publiques de garantir leurs agents contre les risques qu'ils peuvent courir dans l'exercice de leurs fonctions. Ces dispositions ne font en revanche obstacle ni à ce que le fonctionnaire qui subit, du fait de l'invalidité ou de la maladie, des préjudices patrimoniaux d'une autre nature ou des préjudices personnels, obtienne de la personne publique qui l'emploie, même en l'absence de faute de celle-ci, une indemnité complémentaire réparant ces chefs de préjudice ni à ce qu'une action de droit commun pouvant aboutir à la réparation intégrale de l'ensemble du dommage soit engagée contre la collectivité, dans le cas notamment où l'accident ou la maladie serait imputable à une faute de nature à engager la responsabilité de cette collectivité
En ce qui concerne la responsabilité sans faute au titre de l'accident de service :
4. Il est constant que l'accident subi par M. B a été reconnu imputable au service, circonstance qui, comme énoncé au point précédent, permet au requérant de prétendre à l'allocation d'une indemnité complémentaire.
S'agissant des préjudices invoqués :
5. En premier lieu, M. B soutient qu'il subit un préjudice financier dès lors que, n'effectuant plus d'interventions de secours, il ne perçoit plus les indemnités afférentes à ces missions. Il ajoute qu'il subit un préjudice moral compte tenu de son affectation sur un emploi de " stationnaire ". Toutefois, en tout état de cause, il résulte de ce qui a été énoncé au point 3 que l'indemnité complémentaire demandée par l'agent victime d'un accident de service, en l'absence de faute de son employeur, ne saurait indemniser des préjudices afférents à la perte de revenu ou à l'incidence professionnelle. Il s'ensuit que ne peuvent être indemnisés sur ce terrain juridique les préjudices financier et moral allégués.
6. En deuxième lieu, il résulte de l'instruction, notamment des pièces versées aux débats le 9 mai 2023, que M. B a dû suivre, en raison de son accident, des séances de kinésithérapie. Dans une attestation du 4 mai 2023, une kinésithérapeute certifie que M. B a suivi 96 séances qui n'ont pas encore été prises en charge par le STIS de la Martinique. Elle atteste avoir reçu de M. B, par virement du 12 mai 2022, une somme de 400 euros, en rémunération de plusieurs séances qui lui ont été prescrites par une ordonnance médicale du 14 juin 2021. Par suite, cette dépense devant être prise en charge par le STIS de la Martinique, il y a lieu de condamner ce dernier à verser à M. B, à titre de remboursement, la somme de 400 euros.
7. En troisième lieu, M. B soutient que des douleurs persistantes le contraignent à porter une minerve sur son lieu de travail. Toutefois, le STIS soutient sans être contredit que M. B n'a jamais été vu en service muni d'un tel équipement. Il s'ensuit qu'à défaut de justificatifs, le préjudice allégué à ce titre ne peut être indemnisé.
8. En quatrième lieu, M. B invoque un trouble dans ses conditions d'existence au motif qu'il ne pourrait continuer à se livrer à son activité de pêche de loisir. Toutefois, le requérant n'apportant aucun élément de justification de nature à établir l'existence d'un tel préjudice, sa demande indemnitaire présentée à ce titre ne peut qu'être rejetée.
En ce qui concerne le principe de responsabilité pour faute :
9. Aux termes de l'article 4 du décret du 25 septembre 1990 : " Les conditions de santé particulières requises pour l'exercice des fonctions de sapeur-pompier professionnel sont fixées par un arrêté du ministre chargé de la sécurité civile ". Aux termes de l'article 2 de l'arrêté du 6 mai 2000 fixant les conditions d'aptitude médicale des sapeurs-pompiers professionnels : " L'aptitude médicale aux fonctions de sapeur-pompier est prononcée par un médecin sapeur-pompier habilité. / La liste départementale des médecins habilités est établie par le président du conseil d'administration du service départemental d'incendie et de secours sur proposition du médecin-chef après avis de la commission consultative du service de santé et de secours médical. () ". Aux termes de l'article 5 du même arrêté : " La périodicité des visites, hors visites de recrutement et d'engagement, est annuelle ; sur décision du médecin chargé de l'aptitude, cette périodicité peut être portée à deux ans pour les sapeurs-pompiers âgés de 18 à 38 ans ".
10. Il ressort de ces dispositions que l'aptitude médicale aux fonctions de sapeur-pompier professionnel est vérifiée chaque année ou, le cas échéant pour les sapeurs-pompiers âgés de 18 à 38 ans, tous les deux ans. Il résulte de l'instruction que la dernière visite médicale subie par M. B, âgé de 33 ans à la date de son accident, avait été effectuée en juillet 2018, la visite médicale suivante, initialement prévue en juillet 2019, n'ayant pas été effectuée. Il est constant que M. B n'a pas été convoqué à ces visites médicales annuelles par le STIS de la Martinique, ce dernier ne pouvant utilement soutenir, dans les circonstances de l'espèce, qu'auraient fait obstacle à ces visites médicales des poursuites disciplinaires engagées contre l'intéressé ainsi que l'épidémie de covid 19. M. B est dès lors fondé à soutenir que le STIS de la Martinique, en ne veillant pas à ce que soient effectuées les visites médicales annuelles, a commis une faute de nature à engager sa responsabilité.
11. Toutefois, le requérant ne verse aux débats aucun élément de nature à faire supposer que le médecin habilité aurait pris, en 2019 ou en 2020, une décision d'inaptitude même partielle de nature à lui interdire d'effectuer des missions d'intervention. En conséquence, la circonstance que M. B n'a pas été examiné en visite médicale d'aptitude ni en 2019 ni en 2020 ne présente pas, dans les circonstances de l'espèce, un lien de causalité avéré avec la survenance de l'accident de service du 7 juin 2021. Il s'ensuit que M. B n'est pas fondé à engager la responsabilité pour faute du STIS de la Martinique.
12. Il résulte de tout ce qui précède, et notamment du point 6, que le STIS de la Martinique doit seulement être condamné à verser à M. B la somme de 400 euros.
Sur les frais liés au litige :
13. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de M. B, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme demandée par le STIS de la Martinique au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il y a lieu en revanche, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du STIS de la Martinique la somme de 1 500 euros au titre des mêmes dispositions.
D E C I D E :
Article 1er : Le service territorial d'incendie et de secours de la Martinique est condamné à verser à M. B la somme de 400 euros.
Article 2 : Le service territorial d'incendie et de secours de la Martinique versera à M. B la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au service territorial d'incendie et de secours de la Martinique.
Délibéré après l'audience du 25 mai 2023, à laquelle siégeaient :
M. de Palmaert, premier conseiller faisant fonction de président, rapporteur,
M. Phulpin, conseiller,
Mme Monnier-Besombes, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 juin 2023.
Le premier conseiller faisant fonction de président
S. de Palmaert
L'assesseur le plus ancien,
V. Phulpin
La greffière,
J. Lemaitre
La République mande et ordonne au préfet de la Martinique en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition :
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026