jeudi 19 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de la Martinique |
| Section | Tribunal Administratif de la Martinique |
| N° Dossier | TA102-2200433 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | BIROT - RAVAUT ET ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
I - Par une requête, enregistrée sous le n° 2200433 le 18 juillet 2022, et des mémoires complémentaires, enregistrés le 16 janvier 2023, le 19 juin 2023 et le 28 septembre 2023, M. G H, Mme J H, agissant en son nom propre et en sa qualité de représentante légale de ses enfants mineurs, Mme F D, M. A D, Mme B D et Mme I D, Mme E H et M. L H, représentés par Me Camps, demandent au tribunal, dans le dernier état de leurs écritures :
1°) de condamner, à titre principal, l'office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales ou, à titre subsidiaire, le centre hospitalier universitaire de Martinique, à leur verser, en leur qualité d'ayants droit de Mme K H, la somme totale de 6 912 euros, en réparation des préjudices subis par cette dernière avant son décès ;
2°) de condamner, à titre principal, l'office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales, ou, à titre subsidiaire, le centre hospitalier universitaire de Martinique, à leur verser la somme totale de 65 408,60 euros, en réparation de leurs préjudices propres ;
3°) de mettre à la charge de l'office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales, la somme de 2 000 euros, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- le décès de Mme K H résulte d'un accident médical non fautif, leur ouvrant droit à indemnisation par l'office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales, au titre de la solidarité nationale ;
- le centre hospitalier universitaire de Martinique a commis des fautes dans la prise en charge de cet accident médical non fautif, en s'abstenant de procéder en urgence à une nouvelle intervention chirurgicale, ayant ainsi fait perdre à Mme K H une chance d'échapper au décès, de nature à leur ouvrir droit à réparation par l'office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales, au titre du mécanisme de substitution prévu à l'article L. 1142-15 du code de la santé publique ;
- ils ont droit à obtenir réparation, en qualité d'ayants droit de Mme K H, du déficit fonctionnel temporaire total et du préjudice esthétique temporaire qu'elle a subis avant son décès ;
- ils ont également droit à obtenir réparation de leurs préjudices patrimoniaux, liés aux frais d'obsèques et à des frais divers, et de leur préjudice d'affection.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 2 décembre 2022, le 13 février 2023 et le 11 juillet 2023, l'office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales, représenté par Me Ravaut, conclut, dans le dernier état de ses écritures, à ce que sa condamnation soit limitée à la somme totale de 4 250,50 euros.
Il fait valoir que :
- il ne peut être condamné à indemniser les requérants, au titre du mécanisme de substitution, prévu à l'article L. 1142-15 du code de la santé publique, une telle substitution n'étant pas possible dans le cadre d'une procédure contentieuse ;
- sa responsabilité ne saurait être engagée au-delà de 10 % des préjudices subis par les requérants, les fautes commises par le centre hospitalier universitaire ayant fait perdre à Mme K H 90 % de chance d'échapper au décès ;
- les préjudices allégués par les requérants sont surévalués.
La requête a été régulièrement communiquée au centre hospitalier universitaire de Martinique, qui n'a pas produit de mémoire en défense.
La requête a été régulièrement communiquée à la caisse générale de sécurité sociale de la Martinique, qui n'a produit aucune observation.
II - Par une requête, enregistrée sous le n° 2300190 le 31 mars 2023, et des mémoires complémentaires enregistrés le 19 juin 2023 et le 28 septembre 2023, M. G H, Mme J H, agissant en son nom propre et en sa qualité de représentante légale de ses enfants mineurs, Mme F D, M. A D, Mme B D et Mme I D, Mme E H et M. L H, représentés par Me Camps, demandent au tribunal, dans le dernier état de leurs écritures :
1°) de condamner le centre hospitalier universitaire de Martinique à leur verser, en qualité d'ayants droit de Mme K H, la somme totale de 13 824 euros, en réparation des préjudices subis par cette dernière avant son décès ;
2°) de condamner le centre hospitalier universitaire de Martinique à leur verser la somme totale de 130 817,25 euros, en réparation de leurs préjudices propres ;
3°) de mettre à la charge du centre hospitalier universitaire de Martinique la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- leur requête est recevable, dès lors que le courrier, qui leur a été adressé par le centre hospitalier universitaire de Martinique le 22 décembre 2021, ne peut avoir eu pour effet de déclencher le délai de recours ;
- la responsabilité du centre hospitalier universitaire de Martinique est engagée, dès lors qu'il a commis des fautes dans la prise en charge de l'accident médical non fautif subi par Mme K H, en s'abstenant de procéder en urgence à une nouvelle intervention chirurgicale, ayant ainsi fait perdre à Mme K H une chance d'échapper au décès ;
- ils ont droit à obtenir réparation, en qualité d'ayants droit de Mme K H, du déficit fonctionnel temporaire total et du préjudice esthétique temporaire qu'elle a subis avant son décès ;
- ils ont également droit à obtenir réparation de leurs préjudices patrimoniaux, liés aux frais d'obsèques et à des frais divers, et de leur préjudice d'affection.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 2 juin 2023 et le 14 août 2023, le centre hospitalier universitaire de Martinique, représenté par Me Zandotti, conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les conclusions, présentées à son encontre, sont tardives, dès lors que la décision du 22 décembre 2021, portant refus d'indemnisation, est devenue définitive.
Par des mémoires, enregistrés le 11 juillet 2023 et le 30 octobre 2023, l'office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales, représenté par Me Ravaut, conclut à ce que sa condamnation soit limitée à la somme totale de 4 250,50 euros, pour les mêmes motifs que ceux exposés sous le n° 2200433.
La requête a été régulièrement communiquée à la caisse générale de sécurité sociale de la Martinique, qui n'a pas produit aucune observation.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- le code de la santé publique ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Lancelot,
- et les conclusions de M. de Palmaert, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. Mme K H, alors âgée de 60 ans, s'est vue diagnostiquer, le 3 mai 2018, un diverticule du sigmoïde, nécessitant une intervention chirurgicale urgente, consistant à retirer une partie de l'intestin, les selles étant alors évacuées vers une poche posée sur l'abdomen. L'état de santé de Mme K H évoluant favorablement après cette opération, une nouvelle intervention chirurgicale a été programmée, au centre hospitalier universitaire de Martinique, le 30 octobre 2018, afin de rétablir la continuité de l'intestin. A la suite de cette opération, a été diagnostiquée, le 7 novembre 2018, l'apparition d'une fistule anastomotique, au niveau de la zone opérée, à l'origine d'une infection, traitée uniquement par antibiothérapie. L'état de santé de Mme K H s'est considérablement dégradé dans la nuit du 17 au 18 novembre 2018, un scanner ayant permis de diagnostiquer une péritonite stercorale, à l'origine d'un choc septique. Malgré une nouvelle intervention chirurgicale, pratiquée en urgence le 18 novembre 2018 à 10h15, afin de retirer à nouveau une partie de l'intestin, Mme K H est décédée le 18 novembre 2018, à 14h00, à la suite d'un arrêt cardio-respiratoire.
2. Le mari de la victime, M. G H, ainsi que ses enfants, Mme J H, Mme E H et M. L H, ont saisi, le 18 octobre 2019, la commission inter-régionale Guadeloupe-Martinique de conciliation et d'indemnisation d'une demande de règlement amiable de ce litige. Après avoir désigné deux experts, qui ont remis leur rapport le 13 février 2020, la commission a estimé, dans son avis, rendu le 12 juillet 2021, que la réparation des préjudices subis par les requérants, incombait, à hauteur de 45 %, au centre hospitalier universitaire de Martinique et, à hauteur de 45 %, à l'office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales, au titre de la solidarité nationale. Cependant, par une décision du 22 décembre 2021, le directeur général du centre hospitalier universitaire de Martinique a indiqué aux requérants qu'il n'entendait pas donner suite à l'avis de la commission de conciliation et d'indemnisation, et refusait de leur présenter une offre d'indemnisation. Les requérants ont alors saisi l'office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales d'une demande de substitution, sur le fondement des dispositions de l'article L. 1142-15 du code de la santé publique. En l'absence d'offre d'indemnisation présentée par l'office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales, tant au titre de la solidarité nationale qu'au titre du mécanisme de substitution prévu par l'article L. 1142-15 du code de la santé publique, M. G H, Mme J H, agissant en son nom propre et en sa qualité de représentante légale de ses enfants mineurs, Mme F D, M. A D, Mme B D et Mme I D, Mme E H et M. L H demandent au tribunal, par la requête enregistrée sous le n° 2200433, dans le dernier état de leurs écritures, de condamner, à titre principal, l'office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales et, à titre subsidiaire, le centre hospitalier universitaire de Martinique à leur verser, d'une part, en leur qualité d'ayants droit de Mme K H, la somme de 6 912 euros, en réparation des préjudices qu'elle a subis avant son décès et, d'autre part, la somme totale de 65 408,60 euros, en réparation de leurs préjudices propres. Par la requête, enregistrée sous le n° 2300190, les mêmes requérants demandent au tribunal, dans le dernier état de leurs écritures, de condamner le centre hospitalier universitaire de Martinique à leur verser, d'une part, en leur qualité d'ayants droit de Mme K H, la somme de 13 824 euros, en réparation des préjudices qu'elle a subis avant son décès et, d'autre part, la somme totale de 130 817,25 euros, en réparation de leurs préjudices propres.
3. Les requêtes n° 2200433 et n° 2300190 concernent la prise en charge hospitalière d'une même patiente, et présentent à juger des questions semblables. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.
Sur la fin de non-recevoir opposée en défense par le centre hospitalier universitaire de Martinique :
4. En vertu de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique, la réparation des conséquences dommageables d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins incombe aux professionnels et établissements de santé lorsque leur responsabilité est engagée en raison d'une faute ou au titre d'une infection nosocomiale et à l'office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales, au titre de la solidarité nationale, lorsque le dommage n'engage pas la responsabilité d'un professionnel ou d'un établissement de santé et que certaines conditions se trouvent remplies. Les articles L. 1142-4 à L. 1142-8 et R. 1142-13 à R. 1142-18 du même code organisent une procédure de règlement amiable confiée à la commission de conciliation et d'indemnisation. Les articles L. 1142-14 et L. 1142-15 prévoient que, lorsque la commission de conciliation et d'indemnisation estime que la responsabilité d'un professionnel ou d'un établissement de santé est engagée, l'assureur de celui-ci adresse une offre d'indemnisation à la victime ou à ses ayants droit, que, si l'assureur s'abstient de faire une offre, l'office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales lui est substitué, que l'acceptation d'une offre de l'office vaut transaction et, enfin, que l'office est subrogé, à concurrence des sommes versées par lui, dans les droits de la victime ou de ses ayants droit contre la personne responsable du dommage ou son assureur. En vertu de l'article L. 1142-17, si la commission de conciliation et d'indemnisation estime que le dommage est indemnisable au titre de la solidarité nationale, l'office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales adresse à la victime ou à ses ayants droit une offre d'indemnisation. Enfin, aux termes de l'article L. 1142-20 : " La victime, ou ses ayants droit, dispose du droit d'action en justice contre l'office si aucune offre ne lui a été présentée ou si elle n'a pas accepté l'offre qui lui a été faite. L'action en indemnisation est intentée devant la juridiction compétente selon la nature du fait générateur du dommage ".
5. Lorsque, en l'absence de présentation d'une offre de l'assureur ou de l'office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales ou à défaut d'acceptation de cette offre, la procédure de règlement amiable prévue par les dispositions rappelées ci-dessus n'a pu aboutir, la victime conserve le droit d'agir en justice devant la juridiction compétente contre un établissement public de santé, si elle estime que sa responsabilité est engagée, ou contre l'office, si elle estime que son dommage est indemnisable au titre de la solidarité nationale. Les dispositions précitées de l'article L. 1142-20 concernent l'hypothèse où le dommage ouvre droit à réparation au titre de la solidarité nationale et n'ont ni pour objet ni pour effet d'instituer un droit d'agir en justice contre l'office au titre de dommages engageant la responsabilité d'un établissement public de santé, si l'office n'a pas fait d'offre d'indemnisation ou s'il a fait une offre qui n'a pas été acceptée. Lorsque la commission de conciliation et d'indemnisation a émis l'avis que le dommage engageait la responsabilité d'un établissement public de santé et que l'office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales, substitué à l'assureur de cet établissement, s'est abstenu de faire une offre à la victime ou lui a fait une offre qu'elle a refusée, des conclusions de la victime dirigées contre l'office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales, et fondées sur la responsabilité de l'établissement public de santé doivent être regardées par le juge comme dirigées contre ce dernier. Enfin, dans ces conditions, la saisine de l'office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales par la victime, dans le cadre des dispositions de l'article L. 1142-15 du code de la santé publique, est interruptive des délais de recours contre l'établissement de santé, lorsque la victime entend agir contre ce dernier sur le fondement de la faute.
6. Il résulte de l'instruction, ainsi qu'il a été évoqué au point 2 ci-dessus, que, dans son avis du 12 juillet 2021, la commission de conciliation et d'indemnisation a estimé que le décès de Mme K H résultait, en partie, de fautes commises par le centre hospitalier universitaire de Martinique et qu'il appartenait à ce dernier de réparer les préjudices résultant de ce décès, à hauteur de 45 %. Par une décision du 22 décembre 2021, notifiée à M. G H le 30 décembre 2021, le centre hospitalier universitaire de Martinique a refusé de suivre cet avis et de proposer une offre d'indemnisation aux requérants. Si cette décision mentionnait les voies et délais de recours, la saisine de l'office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales, le 8 février 2022, soit dans le délai de recours contentieux, sur le fondement du mécanisme de substitution prévu à l'article L. 1142-15 du code de la santé publique, a eu pour effet d'interrompre ce délai de recours, qui n'a pas pu recommencer à courir, en l'absence de réponse de l'office sur cette demande de substitution. Dans ces conditions, la fin de non-recevoir, opposée en défense par le centre hospitalier universitaire de Martinique, et tirée de la tardiveté des conclusions présentées à son encontre, doit être écartée.
Sur le principe de responsabilité :
En ce qui concerne la responsabilité de l'office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales, au titre de la solidarité nationale :
7. Aux termes du II de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique : " Lorsque la responsabilité d'un professionnel, d'un établissement, service ou organisme mentionné au I ou d'un producteur de produits n'est pas engagée, un accident médical, une affection iatrogène ou une infection nosocomiale ouvre droit à la réparation des préjudices du patient et, en cas de décès, de ses ayants droit, au titre de la solidarité nationale, lorsqu'ils sont directement imputables à des actes de prévention, de diagnostic ou de soins et qu'ils ont eu pour le patient des conséquences anormales au regard de son état de santé comme de l'évolution prévisible de celui-ci et présentent un caractère de gravité, fixé par décret, apprécié au regard de la perte de capacités fonctionnelles et des conséquences sur la vie privée et professionnelle mesurées en tenant compte du taux d'atteinte permanente à l'intégrité physique ou psychique, de la durée de l'arrêt temporaire des activités professionnelles ou de celle du déficit fonctionnel temporaire ".
8. Il résulte de ces dispositions que l'office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales doit assurer, au titre de la solidarité nationale, la réparation de dommages résultant directement d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins à la condition qu'ils présentent un caractère d'anormalité au regard de l'état de santé du patient comme de l'évolution prévisible de cet état. La condition d'anormalité du dommage prévue par ces dispositions doit toujours être regardée comme remplie lorsque l'acte médical a entraîné des conséquences notablement plus graves que celles auxquelles le patient était exposé de manière suffisamment probable en l'absence de traitement. Lorsque les conséquences de l'acte médical ne sont pas notablement plus graves que celles auxquelles le patient était exposé par sa pathologie en l'absence de traitement, elles ne peuvent être regardées comme anormales sauf si, dans les conditions où l'acte a été accompli, la survenance du dommage présentait une probabilité faible. Pour apprécier le caractère faible ou élevé du risque dont la réalisation a entraîné le dommage, il y a lieu de prendre en compte la probabilité de survenance d'un événement du même type que celui qui a causé le dommage et entraînant une invalidité grave ou un décès.
9. Il résulte de l'instruction, et notamment du rapport d'expertise du 13 février 2020, que l'intervention chirurgicale du 30 octobre 2018, consistant à rétablir la continuité de l'intestin de Mme K H, a été réalisée dans les règles de l'art. L'apparition d'une fistule anastomotique, consécutivement à cette opération, ne révèle en elle-même aucune faute dans le déroulement de l'intervention chirurgicale, et présente le caractère d'une complication imprévisible, d'une probabilité d'environ 5 %. En outre, compte tenu du décès de Mme K H, à la suite du choc septique déclenché par la péritonite stercorale, consécutive à cette fistule anastomotique, l'intervention chirurgicale doit nécessairement être regardée comme ayant entraîné des conséquences notablement plus graves que celles auxquelles la patiente était exposée en l'absence de traitement. Dans ces conditions, les requérants sont fondés à soutenir que la responsabilité de l'office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales est engagée, au titre de la solidarité nationale, à raison des conséquences dommageables de cet accident médical non fautif, ce qui n'est au demeurant pas contesté en défense par l'office.
En ce qui concerne la responsabilité pour faute du centre hospitalier universitaire de Martinique :
10. Aux termes du I de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique : " Hors le cas où leur responsabilité est encourue en raison d'un défaut d'un produit de santé, les professionnels de santé mentionnés à la quatrième partie du présent code, ainsi que tout établissement, service ou organisme dans lesquels sont réalisés des actes individuels de prévention, de diagnostic ou de soins ne sont responsables des conséquences dommageables d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins qu'en cas de faute ".
11. Il résulte de l'instruction, et notamment du rapport d'expertise du 13 février 2020, qu'alors que l'apparition de la fistule anastomotique, diagnostiquée le 7 novembre 2018, nécessitait une nouvelle intervention chirurgicale en urgence, une telle intervention n'a été proposée à Mme K H que le 9 novembre 2018. Si le centre hospitalier universitaire de Martinique a fait valoir, lors des opérations d'expertise, que la patiente a refusé cette intervention, il n'est pas établi, ni même allégué, que son attention ait été attirée sur l'impérieuse nécessité qui s'attachait à cette nouvelle opération, compte tenu des risques générés par la fistule. L'intervention chirurgicale n'a finalement été pratiquée que le 18 novembre 2018, dans la matinée, alors que l'état de santé de Mme K H s'était déjà considérablement dégradé, et n'a ainsi pas pu empêcher son décès, survenu le même jour à 14h00. Les requérants sont, ainsi, fondés à soutenir que ce retard de prise en charge de la fistule anastomotique présente un caractère fautif, de nature à engager la responsabilité du centre hospitalier universitaire de Martinique.
En ce qui concerne le lien de causalité et le partage de responsabilité :
12. Si les dispositions du II de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique font obstacle à ce que l'office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales supporte, au titre de la solidarité nationale, la charge de réparations incombant aux personnes responsables d'un dommage en vertu du I du même article, elles n'excluent toute indemnisation par l'office que si le dommage est entièrement la conséquence directe d'un fait engageant leur responsabilité. Dans l'hypothèse où un accident médical non fautif est à l'origine de conséquences dommageables mais où une faute commise par une personne mentionnée au I de l'article L. 1142-1 a fait perdre à la victime une chance d'échapper à l'accident ou de se soustraire à ses conséquences, le préjudice en lien direct avec cette faute est la perte de chance d'éviter le dommage corporel advenu et non le dommage corporel lui-même, lequel demeure tout entier en lien direct avec l'accident non fautif. Par suite, un tel accident ouvre droit à réparation au titre de la solidarité nationale si l'ensemble de ses conséquences remplissent les conditions posées au II de l'article L. 1142-1, et présentent notamment le caractère de gravité requis, l'indemnité due par l'office étant seulement réduite du montant de celle mise, le cas échéant, à la charge du responsable de la perte de chance, égale à une fraction du dommage corporel correspondant à l'ampleur de la chance perdue.
13. Il résulte de l'instruction, et notamment du rapport d'expertise du 13 février 2020, que le retard de la prise en charge de la fistule anastomotique, évoqué au point 11 ci-dessus, a fait perdre à Mme K H une chance de se soustraire aux conséquences de cet accident médical non fautif. Le taux de perte de chance de Mme K H d'échapper au décès doit être fixé à 90 %, compte tenu du délai significativement long qui s'est écoulé entre l'apparition de la fistule anastomotique, le 7 novembre 2018, et l'intervention chirurgicale, le 18 novembre 2018, et du très faible taux de mortalité, en cas de prise en charge correcte d'une telle fistule. Il y a lieu, dans ces conditions, de réduire, à hauteur de 90 %, les indemnités dues par l'office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales, en réparation des préjudices subis par les requérants, et de mettre ces indemnités à la charge du centre hospitalier universitaire de Martinique.
Sur les préjudices :
En ce qui concerne les préjudices subis par Mme K H avant son décès :
14. Le droit à la réparation d'un dommage, quelle que soit sa nature, s'ouvre à la date à laquelle se produit le fait qui en est directement la cause. Si la victime du dommage décède avant d'avoir elle-même introduit une action en réparation, son droit, entré dans son patrimoine avant son décès, est transmis à ses héritiers.
15. En premier lieu, il résulte de l'instruction que Mme K H a subi un déficit fonctionnel temporaire total, imputable à l'accident médical non fautif, pendant une période de 12 jours, s'étendant du 7 novembre 2021, date d'apparition de la fistule anastomotique, au 18 novembre 2021. Il sera fait une juste appréciation de ce chef de préjudice, en l'évaluant à la somme de 180 euros.
16. En second lieu, il résulte de l'instruction, et notamment du rapport d'expertise du 13 février 2020, que Mme K H a subi un préjudice esthétique temporaire, évalué à 3 sur 7. Compte tenu de la brève durée, pendant laquelle ce préjudice s'est manifesté, il sera fait une juste appréciation de ce chef de préjudice, en l'évaluant à la somme de 500 euros.
En ce qui concerne les préjudices subis par les victimes indirectes :
17. En premier lieu, il résulte de l'instruction que M. G H a supporté les frais d'obsèques de son épouse, pour un montant de 5 725 euros. Dans ces conditions, M. G H est fondé à solliciter une indemnisation à ce titre.
18. En deuxième lieu, si les requérants sollicitent une indemnisation, à hauteur de 1 627,50 euros, au titre de frais divers, correspondant aux honoraires du médecin conseil, qui les a assistés lors des opérations d'expertise, il résulte de l'instruction que les honoraires, facturés au titre de cette mission, ne s'élèvent qu'à la somme de 600 euros. Ces frais ont été utiles à la résolution du litige et M. G H, qui les a supportés, est fondé, dans cette mesure, à solliciter une indemnisation à ce titre.
19. En troisième lieu, il sera fait une juste appréciation du préjudice d'affection subi par les requérants, résultant du décès de Mme K H, en l'évaluant, s'agissant de M. G H, mari de la victime et père de ses 3 enfants, à la somme de 22 000 euros, s'agissant de Mme J H, de Mme E H et de M. L H, enfants de la victime, âgés respectivement de 38 ans, 32 ans et 28 ans au moment du décès et ne cohabitant pas avec la victime, à la somme de 5 000 euros chacun et, s'agissant de Mme F D, de M. A D, de Mme B D et de Mme I D, petits-enfants de la victime, à la somme de 2 500 euros chacun.
20. Il résulte de tout ce qui précède, compte tenu du partage de responsabilité retenu au point 13 ci-dessus, que, d'une part, le centre hospitalier universitaire de Martinique doit être condamné à verser aux ayants droit de Mme K H la somme de 612 euros, à M. G H la somme de 25 492,50 euros, à Mme J H la somme de 4 500 euros, à Mme E H la somme de 4 500 euros, à M. L H la somme de 4 500 euros, à Mme F D, représentée par sa représentante légale, la somme de 2 250 euros, à M. A D, représenté par sa représentante légale, la somme de 2 250 euros, à Mme B D, représentée par sa représentante légale, la somme de 2 250 euros et à Mme I D, représentée par sa représentante légale, la somme de 2 250 euros et, d'autre part, l'office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales doit être condamné à verser aux ayants droit de Mme K H la somme de 68 euros, à M. G H la somme de 2 832,50 euros, à Mme J H la somme de 500 euros, à Mme E H la somme de 500 euros, à M. L H la somme de 500 euros, à Mme F D, représentée par sa représentante légale, la somme de 250 euros, à M. A D, représenté par sa représentante légale, la somme de 250 euros, à Mme B D, représentée par sa représentante légale, la somme de 250 euros et à Mme I D, représentée par sa représentante légale, la somme de 250 euros.
Sur la déclaration de jugement commun :
21. La caisse générale de sécurité sociale de la Martinique a été mise en cause dans chacune des deux présentes instances, et n'a pas produit de mémoire. Par suite, il y a lieu de lui déclarer le jugement commun.
Sur les frais liés au litige :
22. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de mettre à la charge du centre hospitalier universitaire de Martinique une somme globale de 1 500 euros, au titre des frais exposés par M. G H, Mme J H, Mme E H et M. L H et non compris dans les dépens. Il n'y a pas lieu, en revanche, de faire application des mêmes dispositions et de mettre à la charge de l'office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales une quelconque somme, au titre des frais exposés par M. G H, Mme J H, Mme E H et M. L H et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : Le centre hospitalier universitaire de Martinique est condamné à verser aux ayants droit de Mme K H la somme de 612 euros, à M. G H la somme de 25 492,50 euros, à Mme J H la somme de 4 500 euros, à Mme E H la somme de 4 500 euros, à M. L H la somme de 4 500 euros, à Mme F D, représentée par sa représentante légale, la somme de 2 250 euros, à M. A D, représenté par sa représentante légale la somme de 2 250 euros, à Mme B D, représentée par sa représentante légale la somme de 2 250 euros et à Mme I D, représentée par sa représentante légale, la somme de 2 250 euros.
Article 2 : L'office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales est condamné à verser aux ayants droit de Mme K H la somme de 68 euros, à M. G H la somme de 2 832,50 euros, à Mme J H la somme de 500 euros, à Mme E H la somme de 500 euros, à M. L H la somme de 500 euros, à Mme F D, représentée par sa représentante légale, la somme de 250 euros, à M. A D, représenté par sa représentante légale, la somme de 250 euros, à Mme B D, représentée par sa représentante légale, la somme de 250 euros et à Mme I D, représentée par sa représentante légale, la somme de 250 euros.
Article 3 : Le centre hospitalier universitaire de Martinique versera à M. G H, à Mme J H, à Mme E H et à M. L H une somme globale de 1 500 euros, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions des requêtes de M. G H et autres est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement est déclaré commun à la caisse générale de sécurité sociale de la Martinique.
Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. G H, premier dénommé pour l'ensemble des requérants, au centre hospitalier universitaire de Martinique, à l'office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales et à la caisse générale de sécurité sociale de la Martinique.
Délibéré après l'audience du 5 décembre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Laso, président,
M. Lancelot, premier conseiller,
M. Phulpin, premier conseiller,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 décembre 2024.
Le rapporteur,
F. Lancelot
Le président,
J.-M. Laso
La greffière,
M. C
La République mande et ordonne à la ministre de la santé et de l'accès aux soins, en ce qui la concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
2 - 2300190
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026