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AccueilJurisprudence administrativeN° TA102-2200450

Tribunal Administratif de la Martinique — Décision N° TA102-2200450

jeudi 28 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de la Martinique
SectionTribunal Administratif de la Martinique
N° DossierTA102-2200450
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation1ère Chambre
Avocat requérantCABINET KPMG AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 21 juillet 2022 et le 13 février 2023, la société Carrefour des énergies renouvelables, représentée par Me Moraine et Me d'Acremont, demande au tribunal :

1°) de prononcer la décharge, en droits et pénalités, des rappels de taxe sur la valeur ajoutée mis à sa charge au titre des années 2017 et 2018 pour des montants respectifs de 22 296 euros et 28 791 euros ;

2°) de prononcer la décharge de la pénalité pour dépôt tardif, d'un montant de 2 452 euros ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ainsi que l'intégralité des frais de procédure.

Elle soutient que :

- au titre de l'année 2017, la somme de TVA déduite était fondée compte tenu de sa détention des chauffe-eaux solaires et des stipulations des conventions conclues avec des sociétés en nom collectif ;

- au titre de l'année 2018, l'administration a commis une erreur d'appréciation dès lors que la TVA au titre du rachat des chauffe-eaux solaires n'a pas été déduite ;

- la pénalité pour dépôt tardif, afférente à l'impôt sur les sociétés, n'est pas due compte tenu du dégrèvement intervenu.

Par un mémoire en défense, enregistré le 19 décembre 2022, le directeur régional des finances publiques de la Martinique conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- la société a bénéficié d'un dégrèvement partiel ;

- les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus, au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. de Palmaert,

- et les conclusions de M. Lancelot, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. La société Carrefour des énergies renouvelables a notamment pour activité la production d'eau chaude à partir de systèmes solaires thermiques. Suite à une vérification de comptabilité au titre de la période 2017-2019, une proposition de rectification lui a été adressée le 15 avril 2021 pour des rehaussements de taxe sur la valeur ajoutée et d'impôt sur les sociétés. En réponse à ses observations, les rehaussements au titre de l'impôt sur les sociétés ont été abandonnés. Un avis de mise en recouvrement a été émis le 30 novembre 2021 pour un montant total de 44 056 euros. La réclamation préalable présentée par la société Carrefour des énergies renouvelables a donné lieu à de nouveaux dégrèvements annoncés par la réponse du service vérificateur en date du 30 mai 2022. Par la présente requête, la société Carrefour des énergies renouvelables demande la décharge totale des sommes réclamées.

Sur l'étendue du litige et la recevabilité des conclusions aux fins de décharge :

2. Il résulte de l'instruction que des rappels de taxe sur la valeur ajoutée ont fait l'objet d'un dégrèvement annoncé à la société requérante par la décision par laquelle il a été statué sur sa réclamation préalable. Le montant des droits et pénalités réclamés pour 2017 et 2018 au titre de la TVA a ainsi été ramené aux sommes de 5 737 euros pour 2017 et 17 578 euros pour 2018. Il s'ensuit que les conclusions aux fins de décharge de la requête ne sont recevables qu'à hauteur de la somme totale de 23 315 euros s'agissant de la TVA, à laquelle s'ajoute la somme de 2 452 euros au titre de la pénalité afférente à l'impôt sur les sociétés.

Sur le bien-fondé des impositions :

En ce qui concerne le rappel de TVA déductible de l'année 2017 :

3. Aux termes du 2 du I de l'article 271 du code général des impôts : " Le droit à déduction prend naissance lorsque la taxe déductible devient exigible chez le redevable. ". Aux termes de l'article 269 du même code dans sa version applicable au litige : " () 2. La taxe est exigible a) pour les livraisons et les achats visés au a du 1 et pour les opérations mentionnées aux b et d du même 1, lors de la réalisation du fait générateur ; () ". Aux termes de l'article 256 du même code, alors applicable : " I. -Sont soumises à la taxe sur la valeur ajoutée les livraisons de biens et les prestations de services effectuées à titre onéreux par un assujetti agissant en tant que tel. / II. - 1° Est considéré comme livraison d'un bien, le transfert du pouvoir de disposer d'un bien corporel comme un propriétaire. 2° Sont notamment considérés comme des biens meubles corporels : () c) La remise matérielle d'un bien meuble corporel en vertu d'un contrat qui prévoit la location de ce bien pendant une certaine période ou sa vente à tempérament et qui est assorti d'une clause selon laquelle la propriété de ce bien est normalement acquise au détenteur ou à ses ayants droit au plus tard lors du paiement de la dernière échéance ; d) La remise matérielle d'un bien meuble corporel en vertu d'un contrat de vente qui comporte une clause de réserve de propriété.".

4. Créée en 2017, la société Carrefour des énergies renouvelables a acquis des chauffe-eaux solaires qu'elle a revendus à des structures porteuses d'actif constituées spécialement à cet effet sous la forme de sociétés en nom collectif. Ces appareils étaient simultanément donnés en location à la société Carrefour des énergies renouvelables pour une exploitation à ses risques pendant une durée de cinq ans, moyennant le versement d'un loyer annuel, les appareils étant revendus à la société Carrefour des énergies renouvelables au terme de la période de cinq ans. Par l'effet d'une promesse de vente émise par les sociétés en nom collectif et d'un acte de levée d'option de la société requérante, documents établis le même jour que tous les autres documents de cet ensemble contractuel, les chauffe-eaux étaient considérés comme déjà livrés à la société Carrefour des énergies renouvelables, qui en réalité ne s'en était pas dessaisie.

5. D'une part, il ne résulte pas de l'instruction, et il n'est d'ailleurs pas allégué par l'administration, que ce montage contractuel avait un caractère fictif et procédait d'un abus de droit commis par la société Carrefour des énergies renouvelables. D'autre part, ainsi qu'il a été dit au point précédent, il est constant, que la société requérante ne s'est jamais dessaisie des chauffe-eaux litigieux qu'elle exploitait dans le cadre de son activité industrielle. Elle était dès lors fondée à déduire, au titre de l'année 2017, les montants de taxe sur la valeur ajoutée appliqués sur le prix de revente des appareils, dont elle s'est acquittée dès l'année 2017, sans qu'y fasse obstacle la circonstance que cette revente à terme retardait de cinq ans le transfert de propriété.

6. Par ailleurs, il ressort de la jurisprudence de la Cour de justice de l'Union européenne relative aux articles 168, 178, 219, 220 et 226 de la directive du 28 novembre 2006, dont les dispositions mentionnées au point 2 assurent la transposition, notamment de l'arrêt Barlis 06 - Investimentos Imobiliários e Turísticos SA du 15 septembre 2016 (C-516/14), que l'obligation, faite à un assujetti souhaitant exercer son droit à déduction de la taxe sur la valeur ajoutée payée en amont, de disposer d'une facture faisant figurer les mentions obligatoires prévues par ces textes revêt une nature formelle, de sorte que sa méconnaissance n'a pas pour effet d'entraîner la déchéance de ce droit, à condition toutefois que l'assujetti établisse que les conditions de fond en sont remplies, ce qui implique de produire, devant l'administration ou devant le juge, une facture ou tout document en tenant lieu faisant figurer les informations permettant de déterminer l'étendue de son droit à déduction.

7. En l'espèce, le droit à déduction de la taxe sur la valeur ajoutée au titre de l'année 2017 ressort suffisamment des pièces communiquées au service vérificateur lors du contrôle et versés au dossier de l'instance. Les documents contractuels produits ainsi que la copie des chèques par lesquels a été payée la taxe permettent de déterminer l'étendue du droit à déduction de la société requérante au titre de 2017. L'administration fiscale ne peut dès lors utilement soutenir en défense que la déduction litigieuse ne pouvait être effectuée au motif d'une absence de facture.

En ce qui concerne le rappel de TVA déductible de l'année 2018 :

8. Il résulte de l'instruction que, contrairement aux déductions intervenues au titre de l'année 2017, les déductions de taxe sur la valeur ajoutée pratiquées par la société Carrefour des énergies renouvelables en 2018 ne concernent pas le rachat des chauffe-eaux solaires à des sociétés les lui ayant précédemment acquis. La société requérante soutient sans être contredite qu'elle n'a procédé à aucune déduction de taxe sur la valeur ajoutée en rapport avec le rachat de chauffe-eaux au titre de l'année 2018. Or, il ne résulte pas de l'instruction, à défaut d'observations en défense sur ce point, que les déductions effectuées par la requérante au titre de l'année 2018 n'étaient pas fondées.

9. Il résulte de tout ce qui précède que la société Carrefour des énergies renouvelables doit être déchargée des droits supplémentaires de taxe sur la valeur ajoutée auxquelles elle a été assujettie au titre de la période du 1er janvier 2017 au 31 décembre 2018, pour un montant total de 23 315 euros.

En ce qui concerne la pénalité afférente à l'impôt sur les sociétés :

10. Dans ses observations en défense produites dans la présente instance, l'administration fiscale soutient qu'il n'y a pas lieu de maintenir la pénalité de 2 452 euros qui avait été mise à la charge de la société requérante en complément de cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés qui, en définitive, ont été abandonnées par le service vérificateur. Il ne résulte pas de l'instruction que cette pénalité aurait fait l'objet d'un dégrèvement en cours d'instance. Par suite, la société requérante doit être déchargée de cette somme de 2 452 euros.

Sur les frais liés au litige :

11. En application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et dans les circonstances de l'espèce, l'Etat versera à la société Carrefour des énergies renouvelables la somme de 1 000 euros au titre de ses frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La société Carrefour des énergies renouvelables est déchargée des droits supplémentaires et pénalités relatifs à la taxe sur la valeur ajoutée auxquels elle a été assujettie au titre de la période du 1er janvier 2017 au 31 décembre 2018, ainsi que de la pénalité de retard afférente à l'impôt sur les sociétés, pour un montant total de 25 767 euros.

Article 2 : L'Etat versera à la société Carrefour des énergies renouvelables la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à la société Carrefour des énergies renouvelables et au directeur régional des finances publiques de la Martinique.

Délibéré après l'audience du 7 décembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Laso, président,

M. de Palmaert, premier conseiller,

M. Phulpin, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 décembre 2023.

Le rapporteur,

S. de Palmaert

Le président,

J-M. Laso

La greffière,

M. A

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition :

La greffière,

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