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AccueilJurisprudence administrativeN° TA102-2200465

Tribunal Administratif de la Martinique — Décision N° TA102-2200465

jeudi 4 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de la Martinique
SectionTribunal Administratif de la Martinique
N° DossierTA102-2200465
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation1ère Chambre

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 2 août 2022, la SARL Agence française d'investissements (AFDI), représentée par sa gérante, demande au tribunal :

1°) d'annuler partiellement la décision de la commission nationale des sanctions du 19 mai 2022 en tant que, d'une part, elle a prononcé à son encontre une interdiction temporaire d'exercer l'activité d'agence immobilière pour une durée de deux mois avec sursis ainsi qu'une sanction pécuniaire d'un montant de 2 000 euros et que, d'autre part, elle a ordonné la publication de ces sanctions sur le site internet de la commission ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la procédure de contrôle a irrémédiablement porté atteinte à ses droits de la défense, garantis par l'article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, puisqu'elle n'a pas disposé d'un délai suffisant pour organiser sa défense préalablement aux deux contrôles sur place intervenus les 10 septembre 2019 et 12 décembre 2019 ;

- il a également été irrémédiablement porté atteinte à ses droits de la défense garantis par ces mêmes stipulations dans la mesure où elle n'a pas été informée, lors des opérations de contrôle, de son droit d'être représentée ou assistée par le conseil de son choix ;

- il a encore été irrémédiablement porté atteinte à ses droits de la défense garantis par ces mêmes stipulations dès lors que sa gérante n'a pas été informée de ce que les informations communiquées et retranscrites dans les procès-verbaux pouvaient être ultérieurement transmises à la commission nationale des sanctions ;

- la procédure de contrôle est de surcroit irrégulière, les trois agents de contrôle intervenus sur place n'étant pas spécialement habilités conformément à l'article L. 561-36-2 du code monétaire et financier ;

- la sanction est entachée d'erreur d'appréciation dès lors que les manquements reprochés ne sont pas caractérisés ;

- en effet, elle a satisfait à son obligation d'informer régulièrement ses personnels puisque ses collaborateurs justifient de diplômes supérieurs, qu'ils suivent des formations internes continues et qu'elle a décidé des actions complémentaires après le contrôle ;

- elle a rempli ses obligations concernant l'évaluation et la gestion des risques de blanchiment des capitaux dès lors qu'elle dispose d'un process de contrôle interne fiable, que le management interne assure la diffusion des informations et qu'elle a décidé des actions complémentaires après le contrôle ;

- elle a respecté son obligation d'identifier et de vérifier l'identité des clients et des bénéficiaires effectifs puisqu'elle a mis en place un contrôle interne permettant, dès la mise en relation, la tenue de fiches d'indentification des prospects et clients.

Par un mémoire en défense, enregistré le 13 janvier 2023, la commission nationale des sanctions, représentée par son président, conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- la requête est irrecevable dès lors que la société n'a pas eu recours au ministère d'avocat, en méconnaissance de l'article R. 431-2 du code de justice administrative ;

- les moyens soulevés par la SARL Agence française d'investissements (AFDI) ne sont pas fondés.

La procédure a été régulièrement communiquée au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, qui n'a produit aucune observation malgré une lettre de mise en demeure qui lui a été adressée par courrier du 22 novembre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de commerce ;

- le code monétaire et financier ;

- l'arrêté du 23 octobre 2012 relatif à l'habilitation des fonctionnaires de catégorie A, agents de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes, pour procéder aux enquêtes nécessaires à l'application des chapitres Ier et II du titre VI du livre V du code monétaire et financier ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Phulpin,

- et les conclusions de M. Lancelot, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. La SARL Agence française d'investissement (AFDI) exerce en Martinique une activité déclarée de transaction sur immeuble et fonds de commerce. Les services de la direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes ont réalisé sur site, les 10 septembre 2019 et 12 décembre 2019, un contrôle portant sur le respect par cette société du dispositif de lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme. Au vu des conclusions du rapport d'intervention, le ministre de l'économie et des finances a saisi la commission nationale des sanctions le 6 juillet 2020. Par une décision du 19 mai 2022, la commission a, d'une part, prononcé une interdiction temporaire d'exercer l'activité d'agence immobilière pour une durée de deux mois avec sursis ainsi qu'une sanction pécuniaire d'un montant de 2 000 euros à l'encontre de la société, d'autre part, prononcé un avertissement ainsi qu'une sanction pécuniaire d'un montant de 500 euros à l'encontre de Mme F H, sa gérante, et, enfin ordonné la publication de ces sanctions sur le site internet de la commission. Dans la présente instance, la SARL Agence française d'investissement (AFDI) demande au tribunal administratif d'annuler partiellement cette décision, en tant, d'une part, qu'elle a prononcé à son encontre une interdiction temporaire d'exercer l'activité d'agence immobilière pour une durée de deux mois avec sursis ainsi qu'une sanction pécuniaire d'un montant de 2 000 euros et, d'autre part, qu'elle a ordonné la publication de ces sanctions sur le site internet de la commission.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la régularité de la procédure de sanction :

2. En premier lieu, l'article L. 561-2 du code monétaire et financier dispose, dans sa version applicable au litige : " Sont assujettis aux obligations prévues par les dispositions des sections 2 à 7 du présent chapitre : / () 8° Les personnes exerçant les activités mentionnées aux 1°, 2°, 4°, 5°, 8° et 9° de l'article 1er de la loi n° 70-9 du 2 janvier 1970 réglementant les conditions d'exercice des activités relatives à certaines opérations portant sur les immeubles et les fonds de commerce ; () ". L'article L. 561-36 du même code dispose, dans sa version applicable au litige : " I. - Le contrôle du respect, par les personnes mentionnées à l'article L. 561-2, des obligations prévues aux chapitres Ier et II du présent titre et, le cas échéant, le pouvoir de sanction en cas de non-respect de celles-ci sont assurés : / () 14° Par l'autorité administrative compétente telle que désignée par décret en Conseil d'Etat en application de l'article L. 561-36-2, pour les personnes mentionnées aux 8°, 9°, 9 bis, 11° et 15° de l'article L. 561-2 () ". L'article R. 561-40 du même code dispose, dans sa version applicable au litige : " () Le contrôle du respect par les personnes mentionnées aux 8°, 11° et 15° de l'article L. 561-2 des obligations prévues au premier alinéa est réalisé dans les conditions prévues au titre V du livre IV du code de commerce par des agents de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes spécialement habilités par arrêté du ministre chargé de l'économie. " L'article 1er de l'arrêté susvisé du ministre de l'économie et des finances du 23 octobre 2012 dispose : " Les fonctionnaires de catégorie A, agents de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes, sont habilités à conduire les inspections de contrôle prévues par les articles L. 561-36 et R. 561-40 du code monétaire et financier auprès des personnes mentionnées au 8° et au 15° de l'article L. 561-2 du même code. ".

3. Il résulte de l'instruction que le contrôle de la SARL Agence française d'investissements a été conduit par M. A B, Mme G C et M. E D, tous trois agents de catégorie A de la direction de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes. Ces agents étaient donc habilités à contrôler spécialement les personnes qui, comme la société requérante, exercent des activités mentionnées au 8° de l'article L. 561-2 du code monétaire et financier. Le caractère spécial de l'habilitation exigée par les dispositions citées au point précédent se rapporte à la nature des inspections concernées, en l'occurrence celles prévues par l'article L. 561-36 du code monétaire et financier, et n'implique donc pas que l'habilitation en cause soit nominative et individuelle, contrairement à ce que soutient la société requérante. La SARL Agence française d'investissements n'est dès lors pas fondée à soutenir que l'inspection dont elle a été l'objet n'aurait pas été réalisée par des inspecteurs spécialement habilités par l'autorité administrative, en méconnaissance des dispositions de L. 561-36-2 du code monétaire et financier. Le moyen doit, par suite, être écarté.

4. En second lieu, aux termes de l'article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit à ce que sa cause soit entendue équitablement, publiquement et dans un délai raisonnable, par un tribunal indépendant et impartial, établi par la loi, qui décidera, soit des contestations sur ses droits et obligations de caractère civil, soit du bien-fondé de toute accusation en matière pénale dirigée contre elle () ". Si le principe des droits de la défense garanti par l'article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales s'applique à la procédure de sanction ouverte par la notification des griefs et non à la phase préalable à la saisine de la commission nationale des sanctions, cette phase préalable ne saurait, sans entacher d'irrégularité la sanction prise au terme de l'instance juridictionnelle, porter par avance une atteinte irrémédiable aux droits de la défense des personnes qui font l'objet d'une procédure de sanction.

5. D'une part, l'article L. 561-36-2 du même code dispose, dans sa version applicable au litige : " I. - Le contrôle des obligations prévues par les dispositions des chapitres Ier et II du présent titre est exercé sur les personnes mentionnées aux 8° () de l'article L. 561-2 par des inspections conduites par l'autorité administrative désignée par décret en Conseil d'Etat. / Les inspections sont réalisées par des inspecteurs spécialement habilités par l'autorité administrative. / Sans que le secret professionnel leur soit opposable, les inspecteurs peuvent demander aux personnes contrôlées communication de tout document quel qu'en soit le support et en obtenir copie, ainsi que tout renseignement ou justification nécessaire à l'exercice de leur mission. / () II. - L'autorité administrative chargée de l'inspection des personnes mentionnées aux 8° () de l'article L. 561-2 du présent code assure le contrôle du respect des obligations prévues aux chapitres Ier et II du présent titre dans les conditions prévues au titre V du livre IV du code de commerce () ". L'article L. 450-3 du code de commerce, auquel il est ainsi renvoyé dispose, dans sa version applicable au litige : " Les agents mentionnés à l'article L. 450-1 peuvent opérer sur la voie publique, pénétrer entre 8 heures et 20 heures dans tous lieux utilisés à des fins professionnelles et dans les lieux d'exécution d'une prestation de services, ainsi qu'accéder à tous moyens de transport à usage professionnel. / () Les agents peuvent exiger la communication et obtenir ou prendre copie, par tout moyen et sur tout support, des livres, factures et autres documents professionnels de toute nature, entre quelques mains qu'ils se trouvent, propres à faciliter l'accomplissement de leur mission. Ils peuvent exiger la mise à leur disposition des moyens indispensables pour effectuer leurs vérifications. Ils peuvent également recueillir, sur place ou sur convocation, tout renseignement, document ou toute justification nécessaire au contrôle. " L'article L. 450-2 du même code dispose : " Les enquêtes donnent lieu à l'établissement de procès-verbaux et, le cas échéant, de rapports. / Les procès-verbaux sont transmis à l'autorité compétente. Copie en est transmise aux personnes intéressées. Ils font foi jusqu'à preuve contraire. ".

6. D'autre part, l'article L. 561-40 du code monétaire et financier dispose : " I. - La Commission nationale des sanctions peut prononcer l'une des sanctions administratives suivantes : / 1° L'avertissement ; / 2° Le blâme ; / 3° L'interdiction temporaire d'exercice de l'activité ou d'exercice de responsabilités dirigeantes au sein d'une personne morale exerçant cette activité pour une durée n'excédant pas cinq ans ; / 4° Le retrait d'agrément ou de la carte professionnelle. / La sanction prévue au 3° peut être assortie du sursis () / La commission peut prononcer, soit à la place, soit en sus de ces sanctions, une sanction pécuniaire dont le montant ne peut être supérieur à cinq millions d'euros ou, lorsque l'avantage retiré du manquement peut être déterminé, au double de ce dernier. Les sommes sont recouvrées par le Trésor public () ". L'article L. 561-41 du même code dispose : " I. - La Commission nationale des sanctions reçoit les rapports ou les procédures établis à la suite des contrôles effectués par les autorités administratives mentionnées à l'article L. 561-36-2. / II. - Le secrétaire général de la commission notifie les griefs susceptibles d'être retenus par la commission à la personne mise en cause. Lorsque les griefs sont notifiés à une personne morale, ils sont également notifiés à ses représentants légaux () ". L'article L. 561-42 du même code dispose : " () Aucune sanction ne peut être prononcée sans que la personne concernée ou son représentant ait été entendu ou, à défaut, dûment convoqué. " L'article R. 561-47 du même code dispose : " I. - Lorsque la Commission nationale des sanctions est saisie, en application de l'article L. 561-38, sur le fondement d'un rapport de contrôle établi dans les conditions prévues aux articles R. 561-39 et R. 561-40, la notification des griefs prévue à l'article L. 561-41 est faite, par les soins du secrétaire général, par lettre recommandée avec demande d'accusé de réception. Elle est accompagnée d'une copie du rapport de contrôle. / II. - La personne mise en cause adresse ses observations écrites à la commission dans un délai de trente jours à compter de la réception de la lettre recommandée lui notifiant les griefs. La notification mentionne ce délai et précise que l'intéressé peut prendre connaissance et copie des autres pièces du dossier auprès de la commission et, à cette fin, se faire assister ou représenter par la personne de son choix () ". L'article R. 561-48 du même code dispose : " Le président de la Commission nationale des sanctions convoque la personne mise en cause pour l'entendre, par lettre recommandée avec demande d'avis de réception, dans un délai qui ne peut être inférieur à quinze jours à compter de l'expiration du délai mentionné au II de l'article R. 561-47. La personne entendue peut se faire assister par son conseil. ".

7. La société requérante soutient que, en méconnaissance de ses droits de la défense garantis par les stipulations de l'article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, elle n'a pas disposé d'un délai suffisant pour organiser sa défense préalablement aux deux visites qui sont intervenues dans ses locaux professionnels les 10 septembre 2019 et 12 décembre 2019, et n'a pas davantage été informée de ce que les informations communiquées et retranscrites dans les procès-verbaux pouvaient être ultérieurement transmis à la commission nationale des sanctions, ni de la possibilité de se faire assister par un conseil de son choix. Toutefois, aucune disposition législative ou réglementaire applicable au présent litige n'impose que les visites des agents de la direction de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes soient précédées d'une information de la personne contrôlée, ni que la société soit informée au cours du contrôle de ce que les éléments recueillis, notamment lors de l'audition de sa dirigeante, étaient susceptibles d'être utilisés dans le cadre d'une procédure disciplinaire devant la commission nationale des sanctions, ni, enfin, de la faculté de recourir au conseil de son choix. Par ailleurs, il résulte de l'ensemble des dispositions citées aux points 5. et 6., que les enquêtes réalisées par les agents de la direction de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes permettent aux personnes mises en cause de recevoir ultérieurement la transmission de la copie des procès-verbaux, de la copie du rapport de contrôle, de la lettre de notification des griefs, et qu'elles ont également la possibilité de présenter des observations écrites et orales devant la commission nationale des sanctions avant le prononcé de toute sanction. Dans ces conditions, la SARL Agence française d'investissements n'est pas fondée à soutenir que la phase préalable à la saisine de la Commission nationale des sanctions a porté par avance une atteinte irrémédiable aux droits de la défense et entaché d'irrégularité la sanction prise à son encontre. Il s'ensuit que le moyen tiré de ce que la procédure suivie aurait méconnu le principe du respect des droits de la défense garantis par les stipulations de l'article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

En ce qui concerne les manquements reprochés :

8. Par la décision attaquée du 19 mai 2022, la commission nationale des sanctions a prononcé à l'encontre de la SARL Agence française d'investissement une interdiction temporaire d'exercer l'activité d'agence immobilière pour une durée de deux mois avec sursis, une sanction pécuniaire d'un montant de 2 000 euros et a ordonné la publication de ces sanctions sur le site internet de la commission. Cette décision se fonde sur trois manquements commis par la société, le premier tiré de la méconnaissance de son obligation de mise en place de systèmes d'évaluation et de gestion des risques de blanchiment des capitaux et de financement du terrorisme, le deuxième tiré de la méconnaissance de son obligation d'identifier et de vérifier l'identité des clients et des bénéficiaires effectifs, et le troisième tiré de la méconnaissance de son obligation d'informer régulièrement son personnel.

9. En premier lieu, l'article L. 561-4-1 du code monétaire et financier dispose, dans sa version applicable au litige : " Les personnes mentionnées à l'article L. 561-2 appliquent les mesures de vigilance destinées à mettre en œuvre les obligations qu'elles tiennent du présent chapitre en fonction de l'évaluation des risques présentés par leurs activités en matière de blanchiment de capitaux et de financement du terrorisme. / A cette fin, elles définissent et mettent en place des dispositifs d'identification et d'évaluation des risques de blanchiment des capitaux et de financement du terrorisme auxquels elles sont exposées ainsi qu'une politique adaptée à ces risques. Elles élaborent en particulier une classification des risques en question en fonction de la nature des produits ou services offerts, des conditions de transaction proposées, des canaux de distribution utilisés, des caractéristiques des clients, ainsi que du pays ou du territoire d'origine ou de destination des fonds () ". L'article L. 561-32 du même code dispose, dans sa version applicable au litige : " I. - Les personnes mentionnées à l'article L. 561-2 mettent en place une organisation et des procédures internes pour lutter contre le blanchiment des capitaux et le financement du terrorisme, tenant compte de l'évaluation des risques prévue à l'article L. 561-4-1 () ". L'article R. 561-38 du même code dispose : " Les personnes mentionnées à l'article L. 561-2 s'assurent que l'organisation du dispositif de lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme mentionné au I de l'article L. 561-32 est adaptée à leur taille, à la nature de leurs activités ainsi qu'aux risques identifiés par la classification des risques mentionnée à l'article L. 561-4-1. / Cette organisation doit être dotée d'outils, de moyens matériels et humains permettant la mise en œuvre effective de l'ensemble des obligations de vigilance prévues au présent chapitre et en particulier la détection, le suivi et l'analyse des personnes et opérations mentionnées au troisième alinéa de l'article L. 561-32. ".

10. Il résulte de l'instruction, en particulier du rapport d'intervention établi à l'issue du contrôle le 27 février 2020 et des différentes fiches de renseignement, que les vérificateurs ont constaté, à l'occasion de leurs deux visites dans les locaux professionnels de la société les 10 septembre 2019 et 12 décembre 2019, qu'il n'existait au sein de l'entreprise aucun document écrit retraçant l'évaluation ou la classification des risques en fonction de la nature de l'opération ou des conditions de la transaction. La dirigeante de la société a été seulement en mesure de communiquer aux agents de contrôle des questionnaires-types établis par le syndicat national des professionnels immobiliers, qu'elle a présentés comme constituant le protocole interne de l'entreprise. Cependant, ces fiches de renseignements non personnalisées destinées à recueillir des renseignements sur le vendeur, l'acquéreur, l'opération, la provenance des fonds et sur les justificatifs fournis, ne comportent aucune adaptation par rapport à l'activité de la société et ne contiennent aucune description des procédures internes et mesures devant être prises au cours de la relation client. Si la SARL Agence française d'investissements produit à l'appui de ses écritures deux documents non datés décrivant les procédures internes en matière de lutte contre le blanchiment de capitaux et de financement du terrorisme devant être suivies par le personnel pour tout location ou vente, il est toutefois manifeste que ces documents ont été établis postérieurement aux opérations de contrôle. Dans ces conditions, à supposer même qu'elle aurait effectivement adressé comme elle le soutient une déclaration de soupçon au service du traitement du renseignement et actions contre les circuits financiers clandestins (TRACFIN) le 24 octobre 2018, la SARL Agence française de financement d'investissements n'est pas fondée à soutenir que la commission nationale des sanctions aurait commis une erreur d'appréciation en estimant qu'elle n'avait pas satisfait aux obligations qui s'imposaient à elle en application des dispositions citées au point précédent des articles L. 561-4-1, L. 561-32 et R. 561-38 du code monétaire et financier. Le moyen ainsi soulevé doit, par suite, être écarté.

11. En deuxième lieu, l'article L. 561-5 du code monétaire et financier dispose : " I. - Avant d'entrer en relation d'affaires avec leur client ou de l'assister dans la préparation ou la réalisation d'une transaction, les personnes mentionnées à l'article L. 561-2 : / 1° Identifient leur client et, le cas échéant, le bénéficiaire effectif au sens de l'article L. 561-2-2 ; / 2° Vérifient ces éléments d'identification sur présentation de tout document écrit à caractère probant () ". L'article L. 561-2-2 du même code auquel il est ainsi renvoyé dispose : " Pour l'application du présent chapitre, le bénéficiaire effectif est la ou les personnes physiques : / 1° Soit qui contrôlent en dernier lieu, directement ou indirectement, le client ; / 2° Soit pour laquelle une opération est exécutée ou une activité exercée. / Un décret en Conseil d'Etat précise la définition et les modalités de détermination du bénéficiaire effectif. " L'article R. 561-5 du même code dispose : " Pour l'application du 1° du I de l'article L. 561-5, les personnes mentionnées à l'article L. 561-2 identifient leur client dans les conditions suivantes : / 1° Lorsque le client est une personne physique, par le recueil de ses nom et prénoms, ainsi que de ses date et lieu de naissance ; () ". L'article R. 561-5-1 du même code dispose : " Pour l'application du 2° du I de l'article L. 561-5, les personnes mentionnées à l'article L. 561-2 vérifient l'identité du client selon l'une des modalités suivantes : / () 3° Lorsque le client est une personne physique, physiquement présente aux fins de l'identification au moment de l'établissement de la relation d'affaires, par la présentation de l'original d'un document officiel en cours de validité comportant sa photographie et par la prise d'une copie de ce document ; () ". L'article R. 561-11 du même code dispose : " Lorsque les personnes mentionnées à l'article L. 561-2 ont de bonnes raisons de penser que l'identité de leur client et les éléments d'identification précédemment obtenus ne sont plus exacts ou pertinents, elles procèdent de nouveau à l'identification du client et à la vérification de son identité conformément aux articles R. 561-5 et R. 561-5-1 et, le cas échéant, à l'identification et à la vérification de l'identité de son bénéficiaire effectif conformément à l'article R. 561-7. ".

12. Il résulte de l'instruction, en particulier du rapport d'intervention établi le 27 février 2020, que la dirigeante de la société a admis au cours de la première visite de contrôle du 10 septembre 2019 que les informations qui étaient collectées avant le début de la relation d'affaires, à l'occasion d'une série de questions et d'une recherche internet, n'étaient pas systématiquement enregistrées et conservées dans ses dossiers. Lors de la seconde visite de contrôle du 12 décembre 2019, les inspecteurs de la direction de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes ont procédé au contrôle de quinze dossiers sélectionnés de manière aléatoire sur la liste des ventes de l'entreprise. Ils ont constaté que deux de ces dossiers concernant deux ventes au profit de personnes physiques, l'une ayant été conclue et l'autre ayant donné lieu à une offre d'achat, ne comportaient aucune copie de la pièce d'identité de l'acquéreur, ou d'un document officiel en cours de validité le concernant et comportant sa photographie. Si la société requérante conteste les constatations ainsi effectuées par les agents vérificateurs en cours de visite, elle ne produit toutefois aucun document à l'appui de ses écritures de nature à justifier du caractère complet des deux dossiers en cause. L'insuffisance alléguée des référencements des sociétés basées en Martinique sur les plateformes des services en ligne des tribunaux de commerce français, dont se prévaut la SARL Agence française d'investissements à l'époque des deux visites de contrôle, ne peuvent, en tout état de cause, avoir généré une quelconque difficulté de recherche des informations incombant à la société requérante s'agissant des deux dossiers incomplets, les bénéficiaires effectifs des transactions étant des personnes physiques et non des sociétés commerciales. Dans ces conditions, la SARL Agence française d'investissements n'est pas fondée à soutenir que la commission nationale des sanctions aurait commis une erreur d'appréciation en estimant qu'elle n'avait pas satisfait aux obligations qui s'imposaient à elle en application des dispositions citées au point précédent des articles L. 561-5, R. 561-5 et R. 561-11 du code monétaire et financier. Le moyen ainsi soulevé doit, par suite, être écarté.

13. En troisième lieu, l'article L. 561-34 du code monétaire et financier dispose : " En vue d'assurer le respect des obligations prévues aux chapitres Ier et II du présent titre, les personnes mentionnées à l'article L. 561-2 assurent l'information régulière de leurs personnels. / Dans le même but, elles mettent en place toute action de formation utile () ". L'article R. 561-38-1 du même code dispose : " Les personnes mentionnées à l'article L. 561-2 s'assurent que les personnes participant à la mise en œuvre des obligations prévues au présent chapitre disposent d'une expérience, d'une qualification et d'une position hiérarchique adéquates pour exercer leurs missions. / En outre, elles veillent à ce que ces personnes bénéficient de formations adaptées à leurs fonctions ou activités, à leur position hiérarchique ainsi qu'aux risques identifiés par la classification des risques mentionnée à l'article L. 561-4-1 et à ce qu'elles aient accès aux informations nécessaires à l'exercice de leurs fonctions ou activités () ".

14. Il résulte de l'instruction, en particulier du rapport d'intervention établi le 27 février 2020 que les inspecteurs de la direction de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes ont constaté au cours de la première visite du 10 septembre 2019 qu'aucun des six salariés de la SARL Agence française d'investissements n'avait reçu la moindre formation en matière de lutte contre le blanchiment des capitaux et le financement du terrorisme, ni ne disposait d'une information régulière en ce domaine. Si la société requérante se prévaut des formations supérieures dans le domaine de l'immobilier et de l'économie dont chacun de ses collaborateurs a dû justifier au moment de leur recrutement, de telles qualifications et expériences ne sauraient toutefois exonérer la société de son obligation, prévue par les dispositions citées au point précédent, d'informer régulièrement ses personnels et de mettre en place toute action de formation utile en matière de lutte contre le blanchiment de capitaux et de financement du terrorisme. La circonstance que plusieurs salariés de l'entreprise auraient postérieurement à la première visite de contrôle suivis des formations sur le thème de la lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme, dont trois dispensées par la gérante de la société au cours du mois de septembre 2019, n'est pas de nature à remettre en cause les constatations opérées par les inspecteurs de direction de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes dans les locaux professionnels de l'entreprise le 10 septembre 2019. Enfin, en se bornant à produire les éléments relatifs à une formation suivie au cours de l'année 2015 par l'une des salariés de l'entreprise sur le thème du crédit immobilier, la SARL Agence française d'investissements ne justifie pas qu'elle aurait rempli son obligation légale d'informer régulièrement ses personnels et de mettre en place toute action de formation utile en matière de lutte contre le blanchiment de capitaux et de financement du terrorisme. Dans ces conditions, la SARL Agence française d'investissements n'est pas fondée à soutenir que la commission nationale des sanctions aurait commis une erreur d'appréciation en estimant qu'elle n'avait pas satisfait aux obligations qui s'imposaient à elle en application des dispositions citées au point précédent des articles L. 561-34 du code monétaire et financier. Le moyen ainsi soulevé doit, par suite, être écarté.

15. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que la SARL Agence française d'investissements n'est fondée à contester la sanction que la commission nationale des sanctions lui a infligée par la décision attaquée du 19 mai 2022. Par suite, les conclusions principales de sa requête tendant à son annulation doivent être rejetées, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la fin de non-recevoir opposée en défense par la commission nationale des sanctions.

Sur les frais liés au litige :

16. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que la SARL Agence française d'investissements demande au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de SARL Agence française d'investissements (AFDI) est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la SARL Agence française d'investissements, à la commission nationale des sanctions et au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique.

Délibéré après l'audience du 20 avril 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Rouland-Boyer, présidente,

M. de Palmaert, premier conseiller,

M. Phulpin, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 mai 2023.

Le rapporteur,

V. Phulpin

La présidente,

H. Rouland-BoyerLa greffière,

J. Lemaître

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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